Pko 22.12.2019

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Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°62/2019

Dimanche 22 décembre 2019 – 4ème Dimanche de l’Avent – Année A

Humeurs…

Alea jacta est… les dés sont jetés !

« Te Vai-ete doit poursuivre la mission d’Église qui lui a été confiée »

Il y a un an, nous annoncions la fermeture de l’Accueil Te Vai-ete le 23 décembre 2019, 25ème anniversaire de l’Accueil, si nous ne trouvions pas un terrain et l’argent nécessaire pour ouvrir l’« Accueil Te Vaiete ‘api »… Paroles présomptueuses de notre part ! À ce jour, nous n’avons ni le terrain, ni l’argent nécessaire !

Mais paroles présomptueuses surtout parce que nous avions oublié un élément fondamental : l’« Accueil Te Vai-ete » n’est ni l’œuvre d’un homme, ni celle des nombreux bénévoles qui se donnent au quotidien… l’Accueil Te Vai-ete est une œuvre d’Église et une mission de l’Église comme nous le rappelle Mgr Jean-Pierre, archevêque de Papeete, dans son édito du mercredi 18 décembre (voir ci-dessous) : « Te Vai Ete” doit poursuivre la mission d’Église qui lui a été confiée ».

« Alea jacta est… les dés sont jetés… »… il nous reste à prendre acte de cette mission renouvelées et confirmées par notre archevêque… au diable notre orgueil… on retrousse nos manches et l’on repart avec notre bâton de pèlerin… plus fort et plus déterminé que jamais, missionné par cette Église que nous avons choisi de servir il y a 26 ans : « Ce doit être le souci de tout notre diocèse que d’accompagner ce projet de mise en place d’un nouveau centre pour un meilleur service. »

Quelle est la tâche qui nous attend ?

1° Le projet de l’Accueil Te Vai-ete ‘api reste d’une actualité urgente… Il nous faut trouver un terrain situé en périphérie proche de la ville sans pour autant être au cœur d’habitation ! La Mission catholique - quoi qu’en disent les Ponce Pilate du XXIème siècle qui se lavent les mains devant la misère de leurs frères et sœurs - n’a pas de terrains qui répondent à ces exigences… même si elle n’exclue pas une possibilité d’échange de terrain… à ce jour seul le Pays à des terrains disponibles qui répondent à ces critères !!! Il nous faut ensuite trouver les fonds… à ce jour nous avons 20 millions d’acquit… suite à l’intervention officiel de Mgr Jean-Pierre un mécène s’est engagé à une « participation conséquente » en plus… souhaitons que cela fasse boule de neige « sous les tropiques » !

2° Continuer le service auprès de nos frères et sœurs de la rue avec toutes les femmes et tous les hommes de bonne volonté… car si l’Accueil Te Vai-ete est une mission qui nous est confiée par l’Église, elle est œuvre d’humanité qui ne connaît ni religion, ni culture, ni classe sociale ! Une mission qui au cours de ces 25 années n’a cessé de se développer… des simples repas des 1ère années au travail de réinsertion, de suivi médical et administratif assuré aujourd’hui grâce aux bénévoles du secteur privé… malgré les embûches récurrentes du service public, liée, hélas, à la jalousie, au jeu de pouvoir d’une petite poignée de personnes ! Continuer contre vents et marées à ce que les droits des sans toits soit respectés tout simplement, à ce que la dignité de la personne prenne le pas sur les égoïsmes qu’engendre notre société d’hyper consommation !

3° Dans la même veine, continuer inlassablement à communiquer, informer… les hommes et les femmes de notre temps sur la réalité de l’exclusion dans notre Fenua… au risque de déplaire, de lasser…

Courage et en avant !

Laissez-moi vous dire…

25 décembre 2019 : Nativité du Seigneur

Noël : joie et tristesse mêlées

Minuit, les cloches retentissent ! Que se passe-t-il ?

Les enfants accourent de partout, certains sont en pyjama…

Y-a-t-il le feu ? pourquoi sonne-t-on les cloches ? Les plus hardis passent la tête à la porte de l’église… Des projecteurs éclairent une scène étrange, une « cabane » a été installée dans laquelle une femme et un homme sont à genoux devant… un petit bébé endormi ! couché dans une « mangeoire » ! Un bœuf et un âne réchauffent l’Enfant par leur souffle ! Et devant, quelques hommes, femmes et enfants sont à genoux, ils semblent en contemplation ; un chant très mélodieux s’élève, cela ressemble à « Gloria… » ?

À genoux devant la crèche je me joins aux enfants, je contemple cette scène qui a bouleversé l’Histoire de l’humanité…

Hélas, la plupart semblent méconnaitre cette Histoire. Mon cœur oscille entre joie et tristesse. Joie de voir que la tradition de Noël se perpétue ; tristesse de constater que beaucoup ont oublié le sens de cette fête doublement millénaire.

Ce malaise émotionnel, heureusement beaucoup de chrétiens le ressentent. Les publicités, les médias, les films occultent le caractère chrétien de Noël. Plus de crèches (ou si peu) dans les magasins, elles sont remplacées par des sapins gigantesques. Des pères et des mères Noël, en veux-tu, en voilà ; adieu l’Enfant-Jésus et la Sainte Famille. Tout semble pousser à faire ripaille et bombance ! Au fenua, heureusement quelques associations invitent au partage avec les plus démunis, perpétuant ainsi l’esprit de Noël.

Saint Augustin disait dans les Confessions : « Il y a lutte entre mes tristesses mauvaises et les bonnes joies ». Pourquoi laisser la tristesse m’envahir car « le Seigneur entend toujours le cri de ma prière ; il incline vers moi son oreille » (Psaume 114) ! Saint Paul affirmait : « Nous pouvons réconforter tous ceux qui sont dans la détresse, grâce au réconfort que nous recevons de Dieu » (2 Corinthiens 1,4). C’est ainsi que, grâce à nos actions, se réalise la promesse de Jésus : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau et moi je vous procurerai le repos » (Matthieu 11,28).

Au début de son pontificat le Pape François nous rappelait ce que signifiait pour les chrétiens : « être peuple de Dieu ».

« Chers frères et sœurs, être Église, être peuple de Dieu, selon le grand dessein d’amour du Père, cela signifie être le ferment de Dieu dans notre humanité ; cela signifie annoncer et apporter le salut de Dieu dans notre monde, qui est souvent égaré, qui a besoin d’avoir des réponses qui encouragent, qui donnent l’espérance, qui donnent une nouvelle vigueur sur le chemin (…) Que chacun puisse se sentir écouté, aimé, pardonné, encouragé. » (Audience papale du 12 juin 2013). Cette exhortation est dans la droite ligne de la mission de Saint François d’Assise qui se laissait guider par le Seigneur. « Le Seigneur lui-même me conduisit parmi les lépreux et je les soignai de tout mon cœur. Ce qui m’avait semblé si amer s’était changé pour moi en douceur pour l’esprit et pour le corps. » (Testament de Saint François). En effet, « il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Actes 20,35). Devant la crèche et ce divin Enfant donné totalement au monde par un Père infiniment Bon et Miséricordieux, nous pourrions reprendre la prière de Mère Teresa (*). Alors la face du monde pourrait changer et nos tristesses se transformer en joies !

Dominique Soupé

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(*) Prière de Mère Teresa :

« Seigneur, quand je suis affamé, donne-moi quelqu’un qui ait besoin de nourriture.

Quand j’ai soif, envoie-moi quelqu’un qui ait besoin d’eau.

Quand j’ai froid,  envoie-moi quelqu’un à réchauffer.

Quand je suis blessé, donne-moi quelqu’un à consoler.

Quand ma croix devient lourde, donne-moi la croix d’un autre à partager.

Quand je suis pauvre, conduis-moi à quelqu’un dans le besoin.

Quand je n’ai pas de temps, donne-moi quelqu’un que je puisse aider un instant.

Quand je suis humilié, donne-moi quelqu’un dont j’aurai à faire l’éloge.

Quand je suis découragé, envoie-moi quelqu’un à encourager.

Quand j’ai besoin de la compréhension des autres, donne-moi quelqu’un qui ait besoin de la mienne.

Quand j’ai besoin qu’on prenne soin de moi, envoie-moi quelqu’un dont j’aurai à prendre soin.

Quand je ne pense qu’à moi, tourne mes pensées vers autrui.

Amen. »

© Cathédrale de Papeete – 2019

En marge de l’actualité…

« Te Vai-ete »

Dans quelques jours, le 23 Décembre exactement, le centre d’accueil « Te Vai Ete » va célébrer son 25° anniversaire d’existence. Cette structure d’accueil et d’accompagnement des personnes à la rue a vu le jour sous l’impulsion du Secours Catholique et de son aumônier récemment nommé à l’époque, le P. Christophe. Pendant ces 25 années, le centre « Te Vai Ete » s’est développé, il a eu besoin d’avoir recours aux locaux du presbytère de la Cathédrale pour assurer son service. En 25 ans, la situation sociale a également changé sur Tahiti, les demandes d’aide ont augmenté en nombre et en diversité. Ainsi, en plus d’assurer une aide alimentaire, le centre assure depuis quelques années une assistance médicale et un suivi des dossiers des SDF pour la CPS. Le « truck de la miséricorde » assure des « maraudes » non seulement à Papeete mais également de Arue à Faaa, et le 1° Vendredi du mois, sur tout le tour de Tahiti et presqu’île. Une équipe de bénévoles se dépense sans compter pour faire fonctionner cette structure d’accueil. Qu’ils soient ici remerciés pour leur dévouement et pour ce témoignage discret qu’ils donnent de l’amour de leur prochain.

Mais aujourd’hui, « Te Vai Ete » ne peut plus guère continuer à assurer son service dans les conditions actuelles. Après 25 ans, les responsables ont jugé le moment venu d’envisager l’avenir sur de nouvelles bases, et avec de nouveaux locaux. À cette occasion, il est bon pour nous de nous redire l’importance de la présence de l’Église dans ce combat contre la misère sous toutes ses formes. Avec le Secours Catholique, l’Ordre de Malte, « Emauta » et tous ceux et celles qui s’engagent au service des plus pauvres, « Te Vai Ete » doit poursuivre la mission d’Église qui lui a été confiée, et pour cela, doit s’équiper pour pouvoir répondre aux besoins d’aujourd’hui. Ce doit être le souci de tout notre diocèse que d’accompagner ce projet de mise en place d’un nouveau centre pour un meilleur service. Ce projet est en gestation, et nous pouvons déjà prier pour sa réussite.

Au-delà de tous les propos négatifs que parfois nous entendons dire sur les « sans domicile fixe », et qui pourraient constituer un bon motif pour ne rien faire afin de les aider, ouvrons plutôt nos cœurs et accueillons ces paroles de Jésus en Mt 25,35 : « J’avais faim et vous m’avez donné à manger… J’étais malade et vous m’avez visité ». Le Seigneur ne nous reprochera jamais d’avoir été trop bons !

Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete - 2019

Audience générale

La crèche est un Évangile vivant et domestique

Dans la frénésie du monde contemporain, la crèche est une invitation à la contemplation. Une semaine avant les célébrations de Noël, le Pape François est revenu sur le sens de la crèche lors de son audience générale donnée en salle Paul VI au Vatican, mercredi 18 décembre.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans une semaine, ce sera Noël. Ces jours-ci, alors que l’on court pour faire les préparatifs de la fête, nous pouvons nous demander : « Comment est-ce que je me prépare à la naissance de celui que nous célébrons ? » Une manière simple mais efficace de se préparer consiste à faire la crèche. Moi aussi, cette année, j’ai emprunté ce chemin : je suis allé à Greccio, où saint François fit la première crèche, avec les gens du lieu. Et j’ai écrit une lettre pour rappeler la signification de cette tradition, ce que signifie la crèche pendant le temps de Noël.

En effet, la crèche « est comme un Évangile vivant » (Lett. ap. Admirabile signum, 1). Elle apporte l’Évangile dans les endroits où l’on vit : dans les maisons, dans les écoles, dans les lieux de travail et de retrouvailles, dans les hôpitaux et les maisons de retraite, dans les prisons et sur les places. Et là où nous vivons, elle nous rappelle quelque chose d’essentiel : que Dieu n’est pas resté invisible dans le ciel, mais qu’il est venu sur terre, il s’est fait homme, petit enfant. Faire la crèche, c’est célébrer la proximité de Dieu. Dieu a toujours été proche de son peuple, mais quand il s’est incarné et qu’il est né, il a été très proche, extrêmement proche. Faire la crèche, c’est célébrer la proximité de Dieu, c’est redécouvrir que Dieu est réel, concret, vivant et palpitant. Dieu n’est pas un monsieur lointain ni un juge détaché, mais il est l’Amour humble, descendu jusqu’à nous.

L’Enfant dans la crèche nous transmet sa tendresse. Certaines statuettes représentent le « petit enfant » les bras ouverts, pour nous dire que Dieu est venu embrasser notre humanité. Il est beau alors de se tenir devant la crèche et là, de confier au Seigneur notre vie, lui parler des personnes et des situations qui nous tiennent à cœur, faire avec lui le bilan de l’année qui se termine, partager nos attentes et nos préoccupations.

Aux côtés de Jésus, nous voyons la Vierge Marie et saint Joseph. Nous pouvons imaginer les pensées et les sentiments qui étaient les leurs tandis que l’Enfant naissait dans la pauvreté : joie, mais aussi désarroi. Et nous pouvons également inviter la Sainte Famille chez nous, là où sont nos joies et nos préoccupations, là où nous nous réveillons tous les jours, où nous prenons notre nourriture et où nous nous endormons auprès des personnes qui nous sont les plus chères. La crèche est un Évangile domestique. Le mot ‘crèche’ signifie littéralement « mangeoire », tandis que la ville de la crèche, Bethléem, signifie « maison du pain ». Mangeoire et maison du pain : la crèche que nous installons à la maison, où nous partageons notre nourriture et notre affection, nous rappelle que Jésus est la nourriture, le pain de la vie (cf. Jn 6,34). C’est lui qui alimente notre amour, c’est lui qui donne à nos familles la force d’avancer et de nous pardonner.

La crèche nous offre un autre enseignement de vie. Dans les rythmes parfois frénétiques d’aujourd’hui, elle est une invitation à la contemplation. Elle nous rappelle l’importance de nous arrêter. Parce que c’est seulement quand nous savons nous recueillir que nous pouvons accueillir ce qui compte dans la vie. Seulement si nous laissons hors de chez nous le vacarme du monde que nous nous ouvrons à l’écoute de Dieu, qui parle dans le silence. La crèche est actuelle, elle est l’actualité de toutes les familles. Hier, on m’a offert une petite représentation d’une crèche particulière, toute petite, qui s’appelait : « Laissons maman se reposer ». Il y avait la Vierge Marie endormie et Joseph là, avec l’Enfant Jésus qu’il aidait à s’endormir. Combien d’entre vous doivent partager la nuit entre le mari et la femme pour l’enfant qui pleure, pleure, pleure. « Laissez maman se reposer » : c’est la tendresse d’une famille, d’un couple.

La crèche est plus actuelle que jamais, alors que l’on fabrique tous les jours dans le monde tant d’armes et d’images violentes, qui entrent dans les yeux et le cœur. La crèche, au contraire, est une représentation artisanale de la paix. C’est pour cela qu’elle est un Évangile vivant.

Chers frères et sœurs, de la crèche nous pouvons enfin saisir un enseignement sur le sens même de la vie. Nous voyons des scènes quotidiennes : les bergers avec leurs brebis, les forgerons qui battent le fer, les meuniers qui font le pain ; parfois s’insèrent des paysages et des situations de nos territoires. C’est juste, parce que la crèche nous rappelle que Jésus vient dans notre vie concrète. Et c’est important. Faire une petite crèche chez soi, toujours, parce que c’est le rappel que Dieu est venu chez nous, est né chez nous, nous accompagne dans la vie, est un homme comme nous, s’est fait homme comme nous.

Dans la vie de tous les jours, nous ne sommes plus seuls, il habite avec nous. Il ne change pas les choses de façon magique mais, si nous l’accueillons, tout peut changer. Je souhaite pour vous alors que faire la crèche soit l’occasion d’inviter Jésus dans votre vie. Quand nous faisons la crèche chez nous, c’est comme ouvrir la porte et dire : « Jésus, entre ! », c’est rendre concrètes cette proximité, cette invitation faite à Jésus pour qu’il vienne dans notre vie. Parce que, s’il habite notre vie, la vie renaît. Et si la vie renaît, c’est vraiment Noël. Joyeux Noël à tous !

© Libreria Editrice Vaticana - 2019

Éthique sociale

Accueil Te Vai-ete : que faisons-nous ?

Tahiti infos de mercredi s’est fait le relais de notre question. Au-delà du 23 décembre, l’avenir de l’Accueil Te Vai-ete est entre les mains du diocèse de Papeete. L’an dernier à la veille de Noël, le Père Christophe avait fixé cette date butoir en se donnant un an pour lancer la construction d’un nouveau centre d’accueil pour nécessiteux. L’échéance approche sans que rien de concret n’ait pu voir le jour.

À sa création en 1994 sous l’impulsion du Secours catholique, l’Accueil Te Vai-ete était une cuisine couplée à une salle à manger où des repas étaient servis aux personnes à la rue de Papeete. Un endroit où ils pouvaient également laver leur linge, prendre une douche. En 25 ans, la mission de cette œuvre caritative s’est étoffée d’une activité d’accompagnement à l’emploi, d’assistance judiciaire et de soutien administratif en faveur des sans-abris, pour les demandes ou renouvellements de carte d’identité, carte CPS, dossier Cotorep, etc. L’activité a été complétée, depuis le presbytère de Papeete, d’une aide médicale avec la collaboration de médecins généralistes et spécialistes bénévoles ; d’un service de consultation psychiatrique tous les mardis matin. L’Accueil se charge aussi de la redistribution aux nécessiteux du linge et des produits d’hygiène issus de donations. Il ouvre une table pour les sans-abris tous les mercredis soir au presbytère. Il assure des maraudes à la rencontre des SDF dans les quartiers, avec son Truck de la miséricorde, les mardis et jeudis.

Non-conformité aux normes de sécurité et sanitaires, exiguïté, dispersion de ses locaux entre Vaininiore et le presbytère de Papeete, le Père Christophe avait interpellé la collectivité polynésienne au sujet de l’avenir de l’Accueil Te Vai-ete, pour la date anniversaire des 24 ans d’activité du centre : « Une certitude... Le 23 décembre 2019, l'accueil Te Vai-ete là où il est ne sera plus... »

Entre temps, un projet de relocalisation de l’Accueil a été annoncé pour un investissement de 150 millions de Fcfp. Un appel aux dons a été lancé. Il totalise « plus de 18,5 millions de francs » à ce jour. Mais la recherche d’un terrain dans l’agglomération urbaine a été entreprise en vain. « J’ai exprimé la nécessité de pouvoir, 25 ans après, construire un lieu qui soit plus adapté, et qui englobe toutes les activités de l’Accueil Te Vai-ete », rappelle le Père Christophe. « Aujourd’hui, je suis contraint de constater que nos objectifs n’ont pas été atteints : nous n’avons pas trouvé de terrain qui convienne ; la récolte des fonds nécessaires est insuffisante. On arrive à un moment où, strictement par rapport à ma parole, je ne peux pas aller plus loin. Que puis-je faire d’autre, si ce n’est m’adresser à celui qui m’a confié la mission ? »

« La mission ne m’appartient pas »

Le Père Christophe a donc interpellé publiquement l’archevêque Jean-Pierre Cottanceau, son supérieur hiérarchique. Durant la messe de la patronne de la cathédrale de Papeete, l’Immaculée Conception, dimanche 8 décembre en soirée, il a remis entre ses mains l’avenir de la mission caritative dont il a la charge depuis 25 ans, en tant qu'aumônier du Secours catholique : « L’an dernier, à la même époque, j’ai annoncé qu’il n’était plus possible de continuer la mission de l’Accueil Te Vai-ete dans les conditions que nous connaissons », a-t-il rappelé durant le culte avant de questionner devant l'assemblée de fidèles : « Nous voici aujourd’hui, à deux semaines de l’échéance que je me suis fixée pour prendre une décision. Mais comme je viens de le rappeler, ce n’est pas « ma » mission, c’est la mission de l’Église ; il ne m’appartient donc pas de prendre une telle décision. Je voudrais ce soir, en mon nom et au nom de tous les bénévoles qui ont œuvré et qui œuvrent à tout ce qui fait l’Accueil Te Vai-ete aujourd’hui, te demander : Que faisons-nous ? Je n’attends pas une réponse ce soir, mais une réponse, écrite si possible. »

« Normalement, dimanche il va annoncer quelle est la décision du diocèse, estime l'homme d'église. Il y a peu de chance que l’on s’arrête, soyons clairs, mais je laisse la primeur à l’évêque d’annoncer la chose. Jusqu’au 8 décembre, l’annonce que j’avais faite n’engageait que ma parole. Mais au bout du compte, il faut bien reconnaître que je ne suis pas en mesure de prendre une telle décision. Le 23 décembre, l’évêque décidera ce qu’il advient. Nous ne sommes pas arrivés au bout du projet. Mais c’est à lui qu’il appartient de voir si la mission doit continuer ou pas et avec ou sans moi. Même si je suis la cheville ouvrière de l’Accueil Te Vai-ete, la mission ne m’appartient pas. Elle nous a été confiée par l’Église et confirmée par les évêques successifs. »

Te Vai-ete en chiffres

L’Accueil Te Vai-ete a pris en charge autour de 300 personnes différentes dont un tiers de femme et autour de 10% de mineurs en 2019. En 2018, le Secours catholique a ainsi pu servir un total de 17 037 repas, dont 10 850 à l’antenne de Vaininiore de l'Accueil Te Vai-ete et 6 187 lors des maraudes.

Et, pour le Père Christophe, quelle que soit la décision que prendra le Diocèse ce dimanche au plus tard, « on peut envisager que les choses se fassent autrement, que l’engagement de l’Église soit autre. Mais l’engagement auprès des plus pauvres n’est pas une option parmi d’autres pour l’Église, c’est une exigence de l’Evangile ».

Un nouveau centre d'accueil dans les cartons du Pays

L’annonce d’une éventuelle cessation d’activité de l’Accueil Te Vai-ete a précipité la réflexion du Pays en vue d’une solution de remplacement. Le maire de Papeete s’est engagé cette année à céder l’emprise foncière sur laquelle sont construits les hangars qui hébergent les activités du Secours catholique et du centre de jour de l’association Te Torea, derrière la caserne des pompiers à Vaininiore. Une délibération du conseil municipal de Papeete doit encore être prise, pour formaliser ce transfert de propriété.

La construction d’un centre d’accueil de jour des sans-abris est prévue sur ce terrain de 1 500 mètres carrés, à l’emplacement des locaux existants.

La gestion du site sera confiée au service des affaires sociales. La mise en œuvre du projet a été donnée à TNAD. Le 19 septembre dernier, Édouard Fritch avait fait un point sur l’état de ce projet, lors du discours prononcé à l’assemblée pour l’ouverture de la session budgétaire : « Nous allons procéder à la reconstruction du centre de jour qui accueille actuellement les associations Te Vai’ete et Te Torea sur l’actuel terrain de Vaininiore, derrière la caserne des pompiers. Cette opération se doublera d’une résorption de l’habitat insalubre du quartier. »

Le nouvel immeuble prévoit l’aménagement de 26 appartements à l’étage destinés au relogement de riverains de Vaininiore actuellement en habitat insalubre. Le rez-de-chaussée sera dédié aux actions caritatives. « D’ici la fin de l’année 2020, on pourra installer le nouveau centre de jour », annonce le ministère des affaires sociales.

Une solution que rejettent l’association Te Torea, tout comme le Secours catholique. « Il se trouve, que nous n’avons pas été consultés », s’indigne le Père Christophe. « La perspective de faire quelque chose sans prendre en compte l’expérience de ceux qui sont sur le terrain me semble curieuse ».

Mais pour le ministère des Affaires sociales, « les associations ont rendu des services importants, mais aujourd’hui, on n’a pas une vision claire sur l’évolution de cette population précaire. Il est temps que le Pays reprenne la main, pour identifier, répertorier et accompagner cette population nécessiteuse dans un centre à l’identique de ce qui se fait déjà en métropole ».

Un appel à candidature sera lancé pour la gestion de ce nouveau centre d’accueil de Vaininiore. Le Secours catholique confirme qu’il n’y participera pas, tandis que Te Torea déménage progressivement son centre de jour à Mamao.

© Tahiti Infos - 2019

Éthique – abus sexuel

Le Pape abolit le secret pontifical pour les cas d’abus sexuels

C’est un fruit direct de la rencontre sur les abus de février dernier : avec l’abolition du secret pontifical pour les cas de violences sexuelles et abus sur mineurs, François poursuit sur le chemin de la transparence.

Le sommet sur la protection des mineurs convoqué en février dernier par François au Vatican continue à porter des fruits : on annonce ce mardi 17 décembre une décision importante, -qu’il n’est pas hasardeux de qualifier d’historique-, au regard du secret pontifical. Le Pape a ainsi décidé de l’abolir dans les cas d’abus sur mineurs, de violence sexuelle et de pédopornographie.

Concrètement, cela signifie que les plaintes, les témoignages et les documents des procès relatifs aux cas d’abus conservés dans les Archives des dicastères du Saint-Siège, ainsi que ceux qui se trouvent dans les Archives des diocèses, et qui jusqu’à aujourd’hui étaient soumis au secret pontifical, pourront être consignés aux magistrats instructeurs des pays qui en feront la demande. Un signe d’ouverture, de disponibilité, de transparence, de collaboration avec les autorités civiles.

Dans le cas des dicastères du Vatican, la demande pourra être transférée à travers une commission rogatoire internationale, ce qui est habituel dans le cadre des relations entre États. En revanche, la procédure est différente dans les cas où les documents demandés sont conservés dans les archives des curies diocésaines : les magistrats instructeurs des pays respectifs transmettront en effet la demande directement à l'évêque. Toutefois, les régimes spéciaux, qui peuvent être prévus dans des accords ou arrangements entre Église et État, ne sont pas concernés.

Il est évident que la portée de cette décision du Pape François se relie au Motu proprio « Vos estis lux mundi » de mai dernier : le bien des enfants et des jeunes doit toujours primer sur la sauvegarde du secret, fût-il pontifical. Le rescrit n’affecte bien évidemment en rien le sceau sacramentel, c’est-à-dire le secret de la confession, qui n’a rien à voir avec le secret pontifical sur les actes et les témoignages. Il ne signifie pas non plus que les documents des procès doivent devenir du domaine public ou qu’ils soient destinés à la divulgation. La confidentialité pour les victimes et les témoins doit toujours être protégée. Mais maintenant, la documentation devra être mise à disposition des autorités civiles pour les enquêtes concernant les cas déjà sous le coup d’une procédure canonique.

Ce sont deux documents qui feront date : dans un premier rescrit, le Pape François abolit le secret pontifical dans les cas de violences sexuelles et d’abus sur mineurs commis par des membres du clergé ; dans un second, il change la norme concernant le délit de pédopornographie, faisant tomber dans la catégorie des « delicta graviora », -les délits les plus graves-, la détention et la diffusion d’images pornographiques montrant des mineurs âgés de moins de 18 ans.

Le premier document, le plus important, est un rescrit signé par le cardinal secrétaire d’État Pietro Parolin, qui communique que, le 4 décembre dernier, le Souverain Pontife a ordonné l’abolition du secret pontifical sur les plaintes, les procès et les décisions concernant les délits cités dans le premier article du récent Motu Proprio, « Vos estis lux mundi » (Vous êtes la lumière du monde), à savoir : les cas de violences ou d’actes sexuels accomplis avec menace ou abus d’autorité ; les cas d’abus sur mineurs et sur personnes vulnérables ; les cas de pédopornographie ; les cas de non-dénonciation et de couverture des abuseurs de la part d’évêques et de supérieurs généraux d’instituts religieux.

La nouvelle instruction spécifie que les « informations sont traitées de manière à en garantir la sécurité, l’intégrité et la confidentialité » établies par le Code de Droit Canon afin de protéger « la bonne réputation, l’image et la sphère privée » des personnes impliquées. Mais ce « secret professionnel », peut-on encore lire dans cette instruction, « n’empêche pas l’accomplissement des obligations établies par les législations nationales », y compris les éventuelles obligations de signalement, « ainsi que l’exécution des requêtes exécutives des autorités judiciaires civiles ». En outre, « aucun devoir de silence sur les faits ne peut être imposé » à celui qui effectue un signalement, à la victime et aux témoins.

Sur la confidentialité des causes

  1. Les dénonciations, les procès et les décisions regardant les délits suivants ne sont pas couverts par le secret pontifical :
    1. de l’article 1 du Motu proprio « Vos estis lux mundi », du 7 mai 2019 ;
    2. de l’article 6 des Normae de gravioribus delictis réservées au jugement de la Congrégation pour la doctrine de la foi, dont parle le Motu proprio « Sacramentorum Sanctitatis Tutela », de saint Jean-Paul II du 30 avril 2001, et ses modifications successives.
  2. Quand ces délits sont commis en concours d’autres délits, ils sont également exclus du secret pontifical.
  3. Dans les cas du point 1, les informations sont traitées de façon à en garantir la sécurité, l’intégrité et la confidentialité au sens des canons 471, 2° CIC et 244 §2, 2° CCEO, afin de protéger la bonne renommée, l’image et la sphère privée de toutes les personnes impliquées.
  4. Le secret professionnel n’empêche pas l’accomplissement des obligations établies par les législations nationales, y compris les éventuelles obligations de signalement, ainsi que l’exécution des requêtes exécutives des autorités judiciaires civiles.
  5. Aucun devoir de silence sur les faits ne peut être imposé à celui qui effectue un signalement, à la personne qui se dit offensée et aux témoins.

Dans un second rescrit, toujours signé par le cardinal Parolin et par le préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, le cardinal Luis Ladaria Ferrer, sont rendues publiques les modifications appliquées à trois articles du Motu proprio « Sacramentorum sanctitatis tutela » (daté de 2001 et modifié une première fois en 2010). Sont désormais considérés comme relevant de la catégorie des délits les plus graves : « l’acquisition ou la détention ou la divulgation, à des fins sexuelles, d’images pornographiques de mineurs de moins de 18 ans par un membre du clergé, de quelque manière que ce soit et quel que soit l’instrument utilisé ». Jusqu’à aujourd’hui, la limite d’âge était fixée à 14 ans.

Enfin, dans un autre article, il est permis que, dans les affaires concernant ces crimes les plus graves, « le rôle d'avocat et procureur » puisse également être assumé par des fidèles laïcs titulaires d'un doctorat en droit canonique et non plus seulement par des prêtres.

Voici notre traduction de ce rescrit, accompagné d’un autre rescrit qui inclut dans la catégorie des « délits les plus graves » la détention et la diffusion d’images pornographiques de mineurs âgés de moins de 18 ans.

Article 1

L’art.6 §1, 2° de Sacramentorum Sanctitatis Tutela est intégralement substitué par le texte suivant : « l’acquisition ou la détention ou la divulgation, à des fins sexuelles, d’images pornographiques de mineurs de moins de 18 ans par un membre du clergé, de quelque manière que ce soit et quel que soit l’instrument utilisé ».

Article 2

§ 1 – L’art.13 de Sacramentorum Sanctitatis Tutela est intégralement substitué par le texte suivant : « Peut faire fonction d’avocat et de procureur un fidèle, titulaire d’un doctorat en droit canonique, qui est approuvé par le président du collège. »

§ 2 – L’art.14 de Sacramentorum Sanctitatis Tutela est intégralement substitué par le texte suivant : « Dans les autres tribunaux, ensuite, pour ces causes, seuls les prêtres peuvent remplir les offices de juge, promoteur de justice et notaire, selon les présentes normes. »

Le pape François a disposé que le présent rescrit soit publié sur L’Osservatore Romano, ainsi que dans les Acta Apostolicae Sedis, entrant en vigueur à partir du 1er janvier 2020.

Du Vatican, 3 décembre 2019,

Cardinal Pietro Parolin

Secrétaire d’État

Cardinal Luis Francisco Ladaria

Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi

© Libreria Editrice Vaticana - 2019

Commentaire des lectures du dimanche

Chers frères et sœurs, bonjour !

La liturgie d’aujourd’hui, qui est le quatrième et dernier dimanche de l’Avent, est caractérisée par le thème de la proximité, la proximité de Dieu à l’humanité. Le passage de l’Évangile (cf. Mt 1,18-24) nous montre les deux personnes, les deux personnes qui plus que toute autre ont été touchées par ce mystère d’amour : la Vierge Marie et son époux Joseph. Mystère d’amour, mystère de proximité de Dieu avec l’humanité.

Marie est présentée à la lumière de la prophétie qui dit : « Voici que la vierge concevra et enfantera un fils » (v.23). L’évangéliste Matthieu reconnaît que cela est arrivé en Marie, qui a conçu Jésus par l’opération du Saint Esprit (cf. v.18). Le Fils de Dieu « vient » en son sein pour devenir homme et Elle l’accueille. Ainsi, de façon unique, Dieu s’est approché de l’être humain en prenant la chair d’une femme : Dieu s’est approché de nous et a pris chair d’une femme. Dieu s’approche aussi de nous, de façon différente, avec sa grâce pour entrer dans notre vie et nous offrir en don son Fils. Et nous que faisons-nous ? Est-ce que nous l’accueillons, nous le laissons s’approcher ou bien nous le rejetons, nous l’écartons ? Comme Marie, qui en s’offrant librement au Seigneur de l’histoire, lui a permis de changer le destin de l’humanité, ainsi, nous aussi, en accueillant Jésus et en cherchant à le suivre tous les jours, nous pouvons coopérer à son dessein de salut sur nous-mêmes et sur le monde. Marie nous apparaît donc comme le modèle vers lequel se tourner et le soutien sur lequel compter dans notre recherche de Dieu, dans notre proximité à Dieu, pour laisser Dieu s’approcher de nous et dans notre engagement en vue de construire la civilisation de l’amour.

L’autre protagoniste de l’Évangile d’aujourd’hui est saint Joseph. L’évangéliste met en évidence que Joseph seul ne peut s’expliquer l’événement qui est en train de se produire sous ses yeux, c’est-à-dire la grossesse de Marie. Précisément alors, dans ce moment de doute, et aussi d’angoisse, Dieu se fait proche — de lui aussi — à travers un messager et il est éclairé sur la nature de cette maternité : « Ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint » (v.20). Ainsi, face à l’événement extraordinaire, qui suscite certainement dans son cœur de nombreuses interrogations, il se fie totalement de Dieu qui se fait proche de lui et, suivant son invitation, ne répudie pas son épouse promise, mais la prend chez lui et épouse Marie. En accueillant Marie, Joseph accueille consciemment et avec amour Celui qui a été conçu en elle par l’œuvre admirable de Dieu, auquel rien n’est impossible. Joseph, homme humble et juste (cf. v.19), nous enseigne à avoir toujours confiance en Dieu, qui se fait proche de nous : quand Dieu s’approche de nous, nous devons avoir confiance. Joseph nous enseigne à nous laisser conduire par Lui avec une obéissance volontaire.

Ces deux figures, Marie et Joseph, qui, les premières, ont accueilli Jésus à travers la foi, nous introduisent au mystère de Noël. Marie nous aide à nous placer dans une attitude de disponibilité pour accueillir le Fils de Dieu dans notre vie concrète, dans notre chair. Joseph nous encourage à toujours rechercher la volonté de Dieu et à la suivre avec une confiance totale. Tous les deux se sont laissés approcher par Dieu.

« Voici que la vierge concevra et enfantera un fils, et on l’appellera du nom d'Emmanuel, ce qui se traduit : “Dieu avec nous” » (Mt 1,23). L’ange dit : « L’enfant s’appellera Emmanuel, qui signifie Dieu-avec-nous », c’est-à-dire Dieu proche de nous. Et à Dieu qui s’approche, est-ce que j’ouvre la porte — au Seigneur — quand je sens une inspiration intérieure, quand je sens qu’il me demande de faire quelque chose de plus pour les autres, quand il m’appelle à la prière ? Dieu-avec-nous, Dieu qui s’approche. Cette annonce d’espérance, qui s’accomplit à Noël, accomplit l’attente de Dieu également en chacun de nous, dans toute l’Église, et dans tant de petits que le monde méprise, mais que Dieu aime et dont Dieu s’approche.

© Libreria Editrice Vaticana – 2016

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Date de dernière mise à jour : 2020-01-14