Pko 23.02.2020

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Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°09/2020

Dimanche 23 février 2020 – 7ème Dimanche du Temps ordinaire – Année A

Humeurs…

Ah ! Cher(e)s politiques !!!

La campagne des élections municipales est en cours ! Inutile de lire la presse écrite ou visuelle pour le constater ! Il suffit de pratiquer dans nos églises et nos temples… les politiques fleurissent. Certains sont des habitués – mais peu – d’autres n’y viennent qu’en périodes électorales. L’œcuménisme est de rigueur… on en voit certains qui vont a deux offices un même dimanche, au temple et à l’église !

Mais, nous aurions tords de nous en plaindre… ils sont là, et ça ne peut pas leur faire de mal… à défaut de leur faire du bien. Et à ceux qui s’en offusqueraient, nous leur feront la même réponse qu’à ceux qui nous disent : « Il y a plein de catholiques qui vont à la messe… mais qui sont pire que les autres » Nous répondons : « Heureusement qu’ils y vont… autrement ils seraient encore pire !!! »

Ensuite, il y a les discours… et là… extra, les récupérations ou les distanciations… je ne parlerai ici que des questions au sujet des SDF : entre ceux qui se revendiquent proches de père Christophe et ceux qui réaffirment que le temps du bénévolat est dépassé… ceux qui veulent construire avec nous, et ceux qui veulent construire sans nous !!! Faites vos choix… rien ne va plus !

Mais attention… nous ne sommes ni à vendre… ni à acheter ! Et ceci est valable aussi bien pour l’Église que pour notre petite personne !

Par contre mesdames et messieurs les politiques… l’argent n’ayant pas d’odeur… vos dons personnels sont bienvenus sur le compte de l’Accueil Te Vai-ete !

Bonne campagne à tous !

____________

P.S. : au risque de choquer et de scandaliser, je n’ai jamais été inscrit sur les listes électorales… non par mépris de la démocratie mais par amour de ma liberté !

Laissez-moi vous dire…

Mercredi 26 février : début du carême
Les pauvres : « des profiteurs »

Pardon cher(e) lecteur(trice) si un tel titre vous choque. Mais c’est plutôt aux pauvres que je devrais demander pardon de proférer une telle offense à leur égard. Cependant, n’avez-vous jamais entendu des remarques du genre : « regardez-moi ces traine-savates, tous des fainéants, des roublards… » ; « ils ne paient pas de cotisations sociales mais ils ont l’assistance médicale gratuite ; ils bénéficient d’aides sociales »… etc… ? Une fois, une dame m’a dit en passant devant une jeune femme mendiante : « Monsieur, je connais les parents de cette fille, ils ont une maison, un bon salaire, mais leur fille préfère “taparu” dans la rue ».

Dans le rapport statistique du Secours Catholique (1), il apparait en France métropolitaine qu’en 2017 les CAF (Caisses d’Allocations Familiales), lors d’opérations de contrôle de 2 allocataires sur 3, seulement 0,36% étaient des fraudeurs. En réalité, les personnes en situation de pauvreté ont la plupart du temps honte de s’adresser aux services sociaux. C’est pourquoi des associations (souvent de bénévoles) essaient d’entrer en dialogue avec ces personnes pour les informer relativement à leurs droits, les aider dans des démarches administratives parfois complexes. Les travailleurs sociaux connaissent bien la problématique (sont-ils assez nombreux ?).

Nous n’avons pas idée de ce que subissent les pauvres. Humiliés par des paroles blessantes, leur dignité est bafouée ; et pourtant, chez nous – au fenua -, la plupart restent courtois, certains esquissent même un sourire !

Nul n’est à l’abri de la vulnérabilité. Il nous arrive de faire l’expérience d’une vulnérabilité physique à la suite d’une maladie plus ou moins grave ou invalidante. La vulnérabilité d’un de nos proches peut survenir -par exemple- lorsqu’un jeune de notre entourage cherche désespérément un emploi … D’autres font l’expérience d’une vulnérabilité affective suite au décès d’un parent ou après un divorce.

En ce temps de carême que nous allons commencer mercredi prochain (26 février), nous nous souvenons du commandement de Dieu : « Aimer Dieu, aimer son prochain ». Temps de prière, de sacrifice, de pénitence, de partage fraternel… Et si l’on faisait l’expérience d’aller vers une famille pauvre ou vers un(e) SDF ; d’entrer en dialogue et – pourquoi pas vivre quelques heures ou même une journée entière avec elle (ou lui) comme elle (comme lui) ? Découvrir de l’intérieur le quotidien de ces personnes : les contraintes domestiques (hygiène corporelle, recherche d’intimité, recherche de nourriture, recherche d’un abri…), les frustrations affectives… etc…

Alors les paroles du Seigneur prendront-elles plus de sens : « Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable… » (Isaïe 58,7). Alors on comprendra cette promesse : « Si tu fais disparaître de chez toi le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante, si tu donnes à celui qui a faim ce que toi, tu désires, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera lumière de midi » (Isaïe 58,10)

Dominique Soupé

1   Rapport publié en 2018, conforté par des observations similaires réalisées par le Fonds de la Complémentaire santé solidaire, par la Caisse Nationale d’Assurance Maladie ou encore l’Observatoire des Inégalités…

© Cathédrale de Papeete – 2020

Regard sur l’actualité…

« Si tu donnes ton pain à l’affamé… ta lumière se lèvera dans les ténèbres » (Is 58,10)

Mercredi 26 Février débute le Carême. Ce temps liturgique est marqué par une insistance particulière sur la prière, le jeûne et l’aumône. En ouvrant le temps du carême par l’imposition des cendres, l’Église nous appelle à nous laisser regarder par le Christ en toute confiance. Oui, nous laisser regarder par le Christ, sans crainte, avec foi, et avec le désir de changer dans nos vies et avec son aide ce qui doit l’être, pour nous ouvrir à son royaume, à sa miséricorde… avec le désir d’aimer non seulement en intention mais aussi en actes. C’est ainsi que va une véritable conversion ! Faire le point sur notre relation à Dieu (la prière), sur notre relation à nous-mêmes et à notre corps (jeûne) et sur notre relation à ceux qui ont besoin d’aide (l’aumône). Il nous appartient de faire de ce temps de pénitence qui ouvre sur le mystère Pascal et sur la joie de la Résurrection de notre Seigneur Jésus Christ non pas un temps de tristesse pendant lequel nous devrions prendre un air abattu et un visage décomposé, mais un temps de grâce pendant lequel nous est offerte la possibilité d’une conversion qui nous rapproche de Dieu, de nous-mêmes et de notre prochain.

Pour cela, le Seigneur Jésus nous propose de devenir « sel de la terre et lumière du monde ». Comment ? Le prophète Isaïe nous trace un chemin pour y arriver, poser des gestes de partage : « Si tu donnes ton pain à l’affamé, si tu rassasies l’opprimé, ta lumière se lèvera dans les ténèbres… » (Is 58,10). Puissions-nous ainsi laisser le Christ rayonner en nous.  Alors notre Église n’en sera que plus rayonnante dans notre monde.

Comme chaque année, le Diocèse propose à tous la campagne de solidarité que je veux présenter ici.

Aide aux étudiants Irakiens

Ce projet s’inscrit dans un partenariat entre l’Église de France, représentée par la Conférence des évêques de France, et l’Œuvre d’Orient. Il vise à mobiliser les catholiques par une action commune autour de la prière et la collecte de fonds. Pour Mgr Youssif Thomas Mirkis, archevêque chaldéen de Kirkouk et Souleymanieh, que les jeunes restent en Irak se former est « la priorité et l’avenir de l’Irak ». Ces étudiants suivent des formations très diverses dans les treize universités de Mossoul réouvertes depuis 2019… ils veulent être médecins, pharmaciens, architectes ou ingénieurs. L’objectif est de leur fournir scolarité, logement, nourriture et transport. Aujourd’hui ils sont plus de 700. Depuis la campagne de Carême 2017, et pour répondre à l’invitation de la Conférence des évêques de France, le diocèse de Papeete a pris en charge les frais de scolarité et de pension pour 4 étudiants Irakiens.

Pour la campagne de Carême 2020, nous poursuivrons pour la 4° année consécutive notre soutien à cette cause, dans la continuité des années précédentes.

Soutien au futur centre d’accueil « Te Vai Ete »

Après 25 ans d’existence, le moment est venu d’envisager l’avenir de ce centre d’accueil sur de nouvelles bases, et avec de nouveaux locaux. À cette occasion, il est bon pour nous de nous redire l’importance de la présence de l’Église dans ce combat contre la misère sous toutes ses formes. Avec le Secours Catholique, l’Ordre de Malte, « Emauta » et tous ceux et celles qui s’engagent au service des plus pauvres, « Te Vai Ete » doit poursuivre la mission d’Église qui lui a été confiée, et pour cela, doit s’équiper pour pouvoir répondre aux besoins d’aujourd’hui. Ce doit être le souci de tout notre diocèse que d’accompagner ce projet de mise en place d’un nouveau centre pour un meilleur service.

C’est pourquoi une partie du fruit de notre campagne de Carême 2020 sera destinée au financement du mobilier et des équipements du futur centre Te Vai Ete.

Puissions-nous ainsi être lumière pour éclairer, aux côtés de toutes les personnes de bonne volonté, les ténèbres de notre monde, et révéler ainsi la présence et l’amour de Dieu au milieu des Hommes !

Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete - 2020

Audience générale

La douceur rassemble, la colère sépare

Au cours de l’audience hebdomadaire ce mercredi, le Pape s’est arrêté sur la troisième Béatitude (Mt 5,5) : « heureux les doux, ils recevront la terre en héritage ». L’occasion pour le Saint-Père de revenir sur les vertus de la douceur, capable de défaire la colère, de sauver des amitiés, et de restaurer des liens brisés.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans la catéchèse de ce jour, nous abordons la troisième des huit béatitudes de l’Évangile de Matthieu : « Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage » (Mt 5,5).

Le terme « doux » employé ici veut dire littéralement aimable, bienveillant, gentil, sans violence. La douceur se manifeste dans les moments de conflit, on la voit à la manière dont on réagit à une situation hostile. Tout le monde pourrait sembler doux quand tout est tranquille, mais comment réagit-on « sous pression », si l’on est attaqué, offensé, agressé ?

Dans un passage, saint Paul rappelle « la douceur et la bienveillance du Christ » (2 Cor 10,1). Et saint Pierre, à son tour, rappelle l’attitude de Jésus pendant la Passion : il ne répondait ni ne menaçait, parce qu’il « s’abandonnait à celui qui juge avec justice » (1 P 2,23). Et la douceur de Jésus se voit nettement pendant sa Passion.

Dans l’Écriture, la parole « doux » indique également celui qui n’a pas de propriétés foncières et le fait que la troisième béatitude dise justement que les doux « recevront la terre en héritage » est donc frappant.

En réalité, cette béatitude reprend le psaume 37, que nous avons entendu au début de la catéchèse. Là aussi la douceur et la possession de la terre sont mises en relation. Si l’on y réfléchit bien, ces deux choses semblent incompatibles. En effet, la possession de la terre est typiquement du domaine du conflit : on se bat souvent pour un territoire, pour obtenir l’hégémonie sur une zone particulière. Dans les guerres, le plus fort prévaut et conquiert d’autres terres.

Mais regardons bien le verbe employé pour indiquer la possession des doux : ils ne conquièrent pas la terre ; on ne dit pas « heureux les doux, car ils conquerront la terre ». Il la « recevront en héritage ». Heureux les doux car ils « recevront en héritage » la terre. Dans les Écritures, le verbe « recevoir en héritage » a un sens encore plus grand. Le peuple de Dieu appelle « héritage » précisément la terre d’Israël qui est la Terre de la Promesse.

Cette terre est une promesse et un don pour le peuple de Dieu, et elle devient le signe de quelque chose de beaucoup plus grand qu’un simple territoire. Il y a une « terre », – permettez-moi de jouer sur les mots – qui est le ciel, c’est-à-dire la terre vers laquelle nous marchons : les nouveaux cieux et la nouvelle terre vers lesquels nous allons (cf. Is 65,17 ; 66,22 ; 2 P 3,13 ; Ap 21,1).

Alors le doux est celui qui « reçoit en héritage » le plus sublime des territoires. Ce n’est pas un lâche, un « mou », qui se trouve une morale de repli pour rester en dehors des problèmes. C’est bien autre chose ! C’est une personne qui a reçu un héritage et ne veut pas le disperser. Le doux n’est pas quelqu’un d’accommodant mais c’est le disciple du Christ qui a appris à défendre une tout autre terre. Il défend sa paix, il défend sa relation à Dieu, il défend ses dons, les dons de Dieu, en protégeant la miséricorde, la fraternité, la confiance et l’espérance. Parce que les personnes douces sont des personnes miséricordieuses, fraternelles, confiantes et des personnes qui ont l’espérance.

Ici, nous devons mentionner le péché de colère, un mouvement violent dont nous connaissons tous la fougue. Qui ne s’est pas déjà mis en colère ? Nous devons renverser la béatitude et nous poser une question : combien de choses avons-nous détruites par la colère ? Combien de choses avons-nous perdues ? Un moment de colère peut détruire beaucoup de choses ; on perd le contrôle et on n’évalue pas ce qui est vraiment important, et l’on peut ruiner la relation avec un frère, parfois de façon irrémédiable. À cause de la colère, tant de frères ne se parlent plus, s’éloignent l’un de l’autre. C’est le contraire de la douceur. La douceur rassemble, la colère sépare.

La douceur peut conquérir beaucoup de choses. La douceur est capable de gagner les cœurs, de sauver les amitiés et bien d’autres choses, parce que les personnes s’emportent mais ensuite elles se calment, elles y réfléchissent et font marche arrière, et ainsi on peut reconstruire par la douceur.

La « terre » à conquérir par la douceur est le salut de ce frère dont parle l’Évangile de Matthieu : « S’il t’écoute, tu as gagné ton frère » (Mt 18,15). Il n’y a pas de plus belle terre que le cœur d’autrui, il n’y a pas de territoire plus beau à gagner que la paix retrouvée avec un frère. Et c’est là la terre à recevoir en héritage par la douceur !

© Libreria Editrice Vaticana - 2020

Exhortation apostolique

Querida Amazonia… pour une Église à visage humain

L'exhortation post-synodale sur l'Amazonie a été rendue publique. Le document trace de nouvelles voies d'évangélisation, pour la protection de l'environnement et le salut des pauvres. François espère un nouvel élan missionnaire et encourage le rôle des laïcs dans les communautés ecclésiales.

« L’Amazonie bien aimée se présente au monde dans toute sa splendeur, son drame et son mystère ». C’est par ces mots que commence l'exhortation apostolique post-synodale, Querida Amazonia. Le Souverain pontife, dans les premiers points, explique « le sens de cette Exhortation » parsemée de références aux documents des conférences épiscopales des pays de l'Amazonie mais aussi aux poèmes d'auteurs liés à l'Amazonie. Le Pape souligne qu'il souhaite « exprimer les résonances » que le Synode a provoquées en lui ; et précise qu'il n'entend pas remplacer ou répéter le Document final qu'il invite à lire « dans son intégralité », en espérant que toute l'Église se laissera « enrichir et questionner » par ce dernier et que l'Église en Amazonie s'engagera « pour son application ». François partage ses « rêves pour l'Amazonie », dont le sort doit concerner tout le monde car cette terre est aussi « la nôtre ». Il formule « quatre grands rêves » : que l'Amazonie « lutte pour les droits des plus pauvres », « préserve cette richesse culturelle », « préserve jalousement l'irrésistible beauté naturelle », et enfin, que les communautés chrétiennes soient « capables de se donner et de s'incarner en Amazonie ».

Le rêve social : l'Église aux côtés des opprimés

Le premier chapitre de Querida Amazonia est consacré au  « rêve social » et souligne qu'« une vraie approche écologique » est aussi une « approche sociale ». Tout en appréciant le « bien-vivre » des indigènes, il met en garde contre le « conservatisme » qui ne se préoccupe que de l'environnement. Sur un ton vibrant, François parle d’« injustice et de crime ». Il rappelle que Benoît XVI avait déjà dénoncé « la dévastation de l’environnement en Amazonie ». Les peuples originels, prévient-il, sont soumis à l’« asservissement » de la part des pouvoirs locaux et extérieurs. Pour le Pape, les opérations économiques qui alimentent la dévastation, les meurtres, et la corruption, méritent le nom d'« injustice et de crime ». Et comme Jean-Paul II, il réaffirme que la mondialisation ne doit pas devenir un nouveau colonialisme.

Que les pauvres soient entendus sur l'avenir de l'Amazonie

Face à une telle injustice, le Souverain pontife demande de « s’indigner et de demander pardon ». Pour François, il faut des « réseaux de solidarité et de développement » . Il appelle tout le monde, y compris les dirigeants politiques, à s'engager. Puis, le Pape s'arrête sur la question du « sens communautaire ». Il rappelle que pour les peuples amazoniens, les relations humaines « sont imprégnées de la nature environnante ». C'est pourquoi, écrit-il, ils vivent un véritable « déracinement » lorsqu'ils sont « contraints d'immigrer en ville » . La dernière partie du premier chapitre est consacrée aux « institutions dégradées » et au « dialogue social ». Le Pape dénonce le mal de la corruption qui empoisonne l'État et ses institutions. Il espère que l'Amazonie deviendra « un lieu de dialogue social » avant tout « avec les derniers ». Que la voix des pauvres, avertit le Pape, soit « la voix la plus forte » sur l'Amazonie. 

Le rêve culturel : prendre soin du polyèdre amazonien

Le deuxième chapitre est consacré au « rêve culturel » . François précise dès le début que « promouvoir l'Amazonie » ne signifie pas « la coloniser culturellement ». Il utilise ainsi une image qui lui est chère : « le polyèdre amazonien ». Il est nécessaire de lutter contre la « colonisation post-moderne », et il est tout autant urgent de « prendre soin des racines ». Citant Laudato Si’ et Christus Vivit, il souligne que la « vision consumériste de l'être humain » tend à « homogénéiser les cultures » et que cela impacte surtout les jeunes. C’est à eux que le Pape demande de « prendre en charge les racines » et de « retrouver la mémoire perdue ».

Non à l'indigénisme fermé,
la nécessité d'une rencontre interculturelle

L'Exhortation poursuit sur la « rencontre interculturelle ». Même les « cultures prétendument plus évoluées », observe François, peuvent apprendre des ethnies qui ont « développé un trésor culturel en étant liées à la nature ». La diversité n'est donc pas « une frontière » mais « un pont ». Le Pape dit non à un « indigénisme complètement fermé ». La dernière partie de ce chapitre concerne les « cultures menacées » et les « peuples à risque », avec une recommandation pour tout projet concernant l'Amazonie : « il faut inclure la perspective des droits des peuples ». Ceux-ci, précise le Saint-Père, « peuvent difficilement rester intacts » si l'environnement dans lequel ils sont nés et se sont développés « se détériore ».

Le rêve écologique :
combiner le souci de l'environnement et celui de l'homme

Le troisième chapitre, « Un rêve écologique », est celui qui est le plus étroitement lié à l'encyclique Laudato Si’. Dans l'introduction, il est souligné qu'en Amazonie, il existe une relation étroite entre l'être humain et la nature. Prendre soin de nos frères comme le Seigneur prend soin de nous, écrit le Pape, « est la première écologie dont nous avons besoin ». La protection de l'environnement et la prise en charge des pauvres sont « inséparables ». François se penche ensuite sur le « rêve fait d'eau », citant Pablo Neruda et d'autres poètes locaux sur la force et la beauté du fleuve Amazone. Avec leurs poèmes, écrit-il, ils « nous aident à nous libérer du paradigme technocratique et consumériste qui détruit la nature ».

À l'écoute du cri de l'Amazonie,
que le développement soit durable

François estime qu’il est urgent d'écouter « le cri de l'Amazonie », et rappelle que l'équilibre planétaire dépend de la santé de cette vaste région. Il y a, écrit-il, de puissants intérêts pas uniquement au niveau local, mais également internationaux. La solution n'est donc pas « l'internationalisation » de l'Amazonie, mais plutôt l’accroissement de « la responsabilité des gouvernements nationaux ». Le développement durable, poursuit-il, exige que les habitants soient toujours informés des projets qui les concernent et souhaite la création d'un « système normatif » avec des « limites infranchissables ». Il appelle en conséquence à la « prophétie de la contemplation ». En écoutant les peuples originels, souligne-t-il, on peut aimer l'Amazonie « et pas seulement l'utiliser » ; on peut y trouver « un lieu théologique, un espace où Dieu lui-même se montre et appelle ses enfants ». La dernière partie du troisième chapitre s’intitule « éducation et habitudes écologiques ». Le Pape souligne que l'écologie n'est pas une question technique, mais qu'elle comporte toujours « un aspect éducatif ».

Le rêve ecclésial : développer une Église à visage amazonien

Le dernier chapitre, le plus substantiel, est consacré « plus directement » aux pasteurs et aux fidèles catholiques et se concentre sur le « rêve ecclésial ». Le Pape invite à « développer une Église au visage amazonien » à travers une « grande annonce missionnaire », une « annonce indispensable en Amazonie ». Pour le Saint-Père, il ne suffit pas d'apporter un « message social ». Ces peuples ont « le droit à l'annonce de l'Évangile », écrit-il, sinon « toute structure ecclésiale se transformera en une ONG ». Une partie importante est donc consacrée à l'inculturation. Reprenant Gaudium et Spes, François parle de « l'inculturation » comme d'un processus qui « porte à sa plénitude à la lumière de l’Évangile » ce qu’il y a de bon dans les cultures amazoniennes.

Une nouvelle inculturation de l'Évangile en Amazonie

François approfondit la question en soulignant les «chemins d'inculturation en Amazonie». Les valeurs présentes dans les communautés d'origine, écrit-il, doivent être prises en compte «dans l'évangélisation». Et dans les deux paragraphes suivants, il s'attarde sur l’«inculturation sociale et spirituelle», pour souligner qu’étant donnée la pauvreté de nombreux habitants de l'Amazonie, l'inculturation doit avoir «une odeur fortement sociale». Parallèlement, cependant, la dimension sociale doit être intégrée à la dimension «spirituelle».

Des sacrements accessibles à tous, en particulier aux pauvres

L'Exhortation indique les « points de départ pour une sainteté amazonienne » qui ne doit pas copier les « modèles des autres régions ». Elle souligne qu'« il est possible de recueillir d’une certaine manière un symbole autochtone sans le qualifier nécessairement d’idolâtrie ». On peut valoriser, peut-on lire ensuite, un mythe « chargé de sens spirituel » sans nécessairement le considérer comme « une erreur païenne ». Il en va de même pour certaines fêtes religieuses qui, bien qu'elles nécessitent un « processus de purification », « contiennent une signification sacrée ».

Un autre passage significatif de Querida Amazonia porte sur l'inculturation de la liturgie. Le Souverain pontife note que le concile Vatican II avait déjà appelé à un effort d'« inculturation de la liturgie chez les peuples autochtones ». Il rappelle également, dans une note, que lors du synode, « la proposition d'élaborer un rite amazonien » a germé. Les sacrements, exhorte François, « doivent être accessibles surtout aux pauvres ». L'Église, poursuit-il rappelant Amoris laetitia, ne peut pas être transformée en « douane ».

Les évêques d'Amérique latine
envoient des missionnaires en Amazonie

À cela s'ajoute le thème de « l'inculturation de la ministérialité » auquel l'Église doit apporter une réponse « courageuse ». Pour le Pape, « une plus grande fréquence de la célébration de l'eucharistie » doit être garantie. À cet égard, il rappelle qu'il est important de « déterminer ce qui est plus spécifique au prêtre ». La réponse, lit-on, se trouve dans le sacrement de l'Ordre Sacré qui établit que seul le prêtre peut présider l'eucharistie. Comment, alors, « assurer ce ministère sacerdotal » dans les régions éloignées ? François exhorte tous les évêques, en particulier ceux d'Amérique latine, « à être plus généreux », en orientant ceux qui « montrent une vocation missionnaire » à choisir l'Amazonie et les invite à revoir la formation des prêtres.

Favoriser un protagonisme des laïcs dans les communautés

Après les sacrements, Querida Amazonia se penche sur les « communautés pleines de vie » dans lesquelles les laïcs doivent assumer « des responsabilités importantes ». Pour le Pape, en effet, il ne s'agit pas « seulement de faciliter une plus grande présence des ministres ordonnés ». Un objectif « très limité » si l'on ne suscite pas une « nouvelle vie dans les communautés ». De nouveaux « services laïcs » sont donc nécessaires. Ce n'est qu'à travers « un rôle important des laïcs », rappelle-t-il, que l'Église pourra répondre aux « défis de l'Amazonie ». Pour le Souverain pontife, les personnes consacrées occupent également une place spécifique, tandis qu'il rappelle le rôle des communautés de base qui ont défendu les droits sociaux et encourage en particulier l'activité du REPAM et des « équipes missionnaires itinérantes ».

De nouveaux espaces pour les femmes,
mais sans cléricalisation

Le Pape a consacré un espace à part à la force et au don des femmes. Il reconnaît qu'en Amazonie, certaines communautés ne se sont maintenues que « grâce à la présence de femmes fortes et généreuses ». Il avertit cependant qu'il ne faut pas réduire « l'Église à des structures fonctionnelles ». Si tel était le cas, de fait, elles ne se verraient attribuer un rôle que si elles avaient accès à l’Ordre Sacré. Pour le Pape, la cléricalisation des femmes doit être rejetée, en accueillant plutôt une modalité de contribution féminine qui prolonge « la force et la tendresse de Marie ». Il encourage l'émergence de nouveaux services pour les femmes, qui - avec la reconnaissance publique des évêques - influencent les décisions pour les communautés.

Lutte commune des chrétiens
pour défendre les pauvres de l'Amazonie

Il faut « élargir des horizons au-delà des conflits » estime François, et se laisser interpeller par l'Amazonie pour « surmonter des perspectives limitées » qui « demeurent enfermées dans des aspects partiels ». Le quatrième chapitre se termine sur le thème de la « cohabitation œcuménique et interreligieuse » au profit de laquelle le Pape invite les croyants à « trouver des espaces pour discuter et pour agir ensemble pour le bien commun ». « Comment ne pas lutter ensemble ? » - demande François. Comment ne pas prier ensemble et travailler côte à côte pour défendre les pauvres de l'Amazonie ?

Confions l'Amazonie et ses peuples à Marie

François conclut Querida Amazonia par une prière à la Mère de l'Amazonie. « Mère, regarde les pauvres de l’Amazonie », récite un passage de sa prière, « parce que leur maison est en cours de destruction pour des intérêts mesquins. (...) Touche la sensibilité des puissants parce que même si nous sentons qu’il est tard tu nous appelles à sauver ce qui vit encore ».

© Radio Vatican - 2020

Exhortation apostolique

L’Ariège semblable à l’Amazonie

Sur le site Internet de son diocèse, Mgr Jean-Marc Eychenne, évêque de Pamiers, Couserans et Mirepoix, propose une lecture originale de l’exhortation post-synodale en remplaçant l’expression « Amazonie bien-aimée » par « Ariège bien-aimée ».

Sur le site Internet de son diocèse, Mgr Jean-Marc Eychenne, évêque de Pamiers, Couserans et Mirepoix, propose une lecture originale de l’exhortation post-synodale en remplaçant l’expression « Amazonie bien-aimée » par « Ariège bien-aimée ».

Depuis deux jours, le site Internet du diocèse de Pamiers, Couserans et Mirepoix provoque la curiosité. En lisant l’exhortation apostolique du pape François sur l’Amazonie, et en constatant que « de nombreux éléments exprimés pouvaient s’appliquer, presque à la lettre, à la situation de (son) diocèse », Mgr Jean-Marc Eychenne s’est livré, en effet, à un exercice singulier. Il a remplacé – grâce à son logiciel de traitement de texte – le mot « Amazonie » par le mot « Ariège » et le terme « autochtones » par l’expression « gens du lieu ».

« Le résultat est saisissant, assure-t-il sur le site diocésain. Il semblerait que notre pape ait écrit précisément pour nous. » Tant et si bien que Mgr Eychenne a décidé d’envoyer cette exhortation ainsi modifiée à ses diocésains, par le biais de sa newsletter mensuelle. Sans attendre début mars, et afin de mettre l’eau à la bouche à ses lecteurs, l’évêque cite quelques paragraphes.

« Je rêve d’une Ariège qui… »

« Tout ce que l’Église offre doit s’incarner de manière originale dans chaque lieu du monde (§ 5). Voilà pourquoi je me permets humblement d’exprimer quatre grands rêves que l’Ariège m’inspire. Je rêve d’une Ariège qui lutte pour les droits des plus pauvres, des gens du lieu, où leur voix soit écoutée et leur dignité soit promue. »

« Je rêve d’une Ariège, traduit-il en reprenant à son compte les quatre rêves du pape pour l’Amazonie, qui préserve cette richesse culturelle qui la distingue, où la beauté humaine brille de diverses manières. Je rêve d’une Ariège qui préserve l’irrésistible beauté naturelle qui la décore, la vie débordante qui remplit ses fleuves et ses forêts. Je rêve de communautés chrétiennes capables de se donner et de s’incarner en Ariège, au point de donner à l’Église de nouveaux visages aux traits ariégeois. »

Une vingtaine de prêtres en activité

Certes, l’Ariège n’est pas l’Amazonie et nul prêtre ici ne se déplace en pirogue ou en petit avion. Mais, « avec seulement une vingtaine de prêtres en activité (contre 270 en 1930), rappelle Mgr Eychenne à La Croix, on est dans une logique où les communautés locales doivent se prendre en main ».

« Dans les circonstances spécifiques de l’Ariège, poursuit Mgr Eychenne à partir des paragraphes 89 et 90, avec autant d’audace que le pape, il faut trouver un moyen d’assurer le ministère sacerdotal. Les laïcs pourront annoncer la Parole, enseigner, organiser leurs communautés, célébrer certains sacrements, chercher différentes voies pour la piété populaire. Mais ils ont besoin de la célébration de l’Eucharistie parce qu’elle fait l’Église. » (…)

« Si vraiment nous croyons qu’il en est ainsi, il est urgent d’éviter que les Ariégeois soient privés de cet aliment de vie nouvelle et du sacrement du pardon. Cette nécessité urgente, écrit encore l’évêque de Pamiers non sans humour, m’amène à exhorter tous les évêques, en particulier ceux des métropoles, à être plus généreux en orientant ceux qui montrent une vocation missionnaire à choisir l’Ariège. »

Mgr Eychenne a même été plus loin. Ayant appris que le pape François vient d’officialiser une suggestion faite pendant le Synode pour l’Amazonie, afin que les futurs nonces apostoliques passent, pendant leur formation, une année au service d’un diocèse de mission, il a écrit mercredi 20 février au président de l’Académie pontificale ecclésiastique pour suggérer que « le diocèse de Pamiers est partant pour accueillir des missionnaires envoyés par Rome », comme il l’explique à La Croix.

Des Ariégeoises à la tête des communautés

L’évêque transforme également le paragraphe 103 sur les femmes qui « jouent un rôle central dans les communautés ariégeoises (et) devraient pouvoir accéder à des fonctions, y compris des services ecclésiaux, qui ne requièrent pas l’Ordre sacré et qui permettent de mieux exprimer leur place. Ces services impliquent une stabilité, une reconnaissance publique et l’envoi par l’évêque. Cela donne lieu aussi à ce que les Ariégeoises aient un impact réel et effectif dans l’organisation, dans les décisions les plus importantes et dans la conduite des communautés, mais avec le style propre de leur empreinte féminine ».

Mgr Eychenne termine, après un lien vers un résumé de « Querida Amazonia » et vers le texte intégral, en invitant ses diocésains à lire cette exhortation : « lisons là ensemble et inspirons-nous des appels qu’elle porte pour renouveler le visage de notre Église en cette belle terre ariégeoise que le Seigneur nous a confiée ».

Depuis qu’il a posté son texte, mardi 18 février, l’évêché a reçu un certain nombre d’appels et de réactions, notamment de journalistes et d’institutionnels dont l’attention est ainsi attirée, poursuit l’évêque pour La Croix, sur « tout le travail fait pour dynamiser des communautés locales ».

© La Croix - 2020

Commentaire des lectures du dimanche

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans l’Évangile de ce dimanche (Mt 5,38-48) — l’une des pages qui expriment le mieux la « révolution » chrétienne —, Jésus montre le chemin de la vraie justice à travers la loi de l’amour qui dépasse celle du talion, c’est-à-dire « œil pour œil, dent pour dent ». Cette antique règle imposait d’infliger aux transgresseurs des peines équivalentes aux dommages infligés : la mort à qui avait tué, l’amputation à qui avait blessé quelqu’un, et ainsi de suite. Jésus ne demande pas à ses disciples de subir le mal, au contraire, il demande de réagir, toutefois, non pas par un autre mal, mais par le bien. Ce n’est qu’ainsi que l’on brise la chaîne du mal : un mal apporte un autre mal, un autre apporte un autre mal... On brise cette chaîne du mal et les choses changent vraiment. En effet, le mal est un « vide », un vide de bien, et on ne peut pas remplir un vide par un autre vide, mais seulement par un « plein » c’est-à-dire par le bien. Les représailles ne conduisent jamais à la résolution des conflits. « Tu m’as fait cela, moi je te le rendrai » : cela ne résout jamais un conflit, et ce n’est pas non plus chrétien.

Pour Jésus, le refus de la violence peut comporter aussi de renoncer à un droit légitime, et il en donne des exemples : tendre l’autre joue, céder son vêtement ou son argent, accepter d’autres sacrifices (cf. vv.39-42). Mais ce renoncement ne signifie pas que les exigences de la justice sont ignorées ou contredites : non, au contraire, l’amour chrétien qui se manifeste d’une façon spéciale dans la miséricorde, représente une réalisation supérieure de la justice. Ce que Jésus veut nous enseigner, est la distinction nette que nous devons faire entre la justice et la vengeance. Distinguer entre la justice et la vengeance. La vengeance n’est jamais juste. Il nous est permis de demander justice ; il est de notre devoir de pratiquer la justice. En revanche, il nous est interdit de nous venger ou de fomenter la vengeance, de quelque façon que ce soit, car il s’agit d’une expression de la haine et de la violence.

Jésus ne veut pas proposer un nouvel ordre civil, mais plutôt le commandement de l’amour du prochain, qui comprend également l’amour des ennemis : « Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs » (v.44). Et ce n’est pas facile. Cette parole ne doit pas être comprise comme une approbation du mal accompli par l’ennemi, mais comme une invitation à une perspective supérieure, une perspective magnanime, semblable à celle du Père céleste qui — dit Jésus — « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (v.45). En effet, même l’ennemi est une personne humaine, créée en tant que telle à l’image de Dieu, bien qu’à présent, cette image soit obscurcie par une conduite indigne.

Quand nous parlons « d’ennemis », nous ne devons pas penser à qui sait quelles personnes différentes et loin de nous. Nous parlons aussi de nous-mêmes, qui pouvons entrer en conflit avec notre prochain, parfois avec notre famille. Combien d’inimitiés dans les familles, combien ! Pensons à cela. Les ennemis, ce sont également ceux qui parlent mal de nous, qui nous calomnient et qui nous font des torts. Et cela n’est pas facile à digérer. A eux tous, nous sommes appelés à répondre par le bien, qui a lui aussi ses stratégies, inspirées par l’amour.

Que la Vierge Marie nous aide à suivre Jésus sur ce chemin exigeant, qui exalte vraiment la dignité humaine et nous fait vivre en fils de notre Père qui est aux cieux. Qu’elle nous aide à pratiquer la patience, le dialogue, le pardon, et à être ainsi des artisans de communion, des artisans de fraternité, dans notre vie quotidienne, surtout dans notre famille.

© Libreria Editrice Vaticana – 2017

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