Pko 25.12.2019

eglise-cath-papeete-1.jpgBulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°64/2019

Mercredi é25 décembre 2019 – Nativité de notre Seigneur – Année A

Humeurs…

Le Noël de la rue !

Petit bonhomme où t'en vas-tu

Courant ainsi sur tes pieds nus

Je cours après le Paradis

Car c'est Noël à ce qu'on dit...

Le Noël de la rue

C'est la neige et le vent

Et le vent de la rue

Fait pleurer les enfants

La lumière et la joie

Sont derrière les vitrines

Ni pour toi, ni pour moi

C'est pour notre voisine

Mon petit, amuse-toi bien

En regardant, en regardant

Mais surtout, ne touche à rien

En regardant de loin...

Le Noël de la rue

C'est le froid de l'hiver

Dans les yeux grands ouverts

Des enfants de la rue

 

Collant aux vitres leurs museaux

Tous les petits font le gros dos

Ils sont blottis comme des Jésus

Que Sainte Marie aurait perdus...

Le Noël de la rue

C'est la neige et le vent

Et le vent de la rue

Fait pleurer les enfants

Ils s'en vont reniflant,

Ils s'en vont les mains vides

Nez en l'air et cherchant

Une étoile splendide

Mon petit, si tu la vois

Tout en marchant, tout en marchant

chauffe y tes petits doigts

Tout en marchant bien droit

Le Noël de la rue

c’est au ciel de leur vie

Une étoile endormie

Qui n’est pas descendue.

Edith PIAF

Vœux de Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU…

Vœux de Noël et de Sainte Année

Grandir en humanité

Frères et sœurs,

en ces jours où il nous est donné de faire mémoire de l'année écoulée avant de basculer dans une année nouvelle, nous pouvons nous rappeler les événements qui ont marqué notre vie pendant cette année 2019, notre vie et celle de nos proches. Événements heureux et malheureux qui ont marqué notre vie par des réjouissances et par des moments de souffrance, retrouvailles joyeuses et séparations douloureuses, réussites personnelles et échecs lourds à assumer, expériences qui nous ont fait grandir et expériences qui nous ont abîmés, gestes de réconciliation et gestes de rupture, que ce soit envers Dieu ou envers nos prochains. C'est là, au cœur de ce qui fait notre vie de tous les jours que je veux vous rejoindre pour vous présenter mes meilleurs vœux de bonne et heureuse année 2020 et mes meilleurs vœux de joyeux Noël.

Mes vœux sont pour vous, habitants des Australes, des Gambier, des Tuamotu, des îles du Vent et des îles Sous-le-Vent, quelle que soit votre confession religieuse. Mes vœux sont pour vous, pour les membres de vos familles, ceux qui souffrent, pour vos enfants et particulièrement pour ceux qui ont quitté le fenua pour leurs études ou pour d'autres raisons. Mes vœux sont pour vous frères et sœurs malades, isolés ou détenus. Mes vœux sont pour vous qui êtes loin de vos familles parce que vous êtes en voyage pour raisons professionnelles.

Que peuvent signifier ces vœux de Noël et de bonne année ? Accueillir l'enfant de la crèche avec Marie et Joseph, c'est d'abord accueillir la vie dans sa forme la plus simple et la plus belle, cette vie qui fait irruption sans aucune considération de richesse, de classe sociale, de race ou de niveau intellectuel. La naissance d'un enfant est, dans nos familles, un moment privilégié car elle ouvre un avenir. Elle est une victoire de la vie. Elle est un don. Elle est, ou devrait être, un fruit de l'amour. La naissance du Christ Jésus dans la crèche de Bethléem c'est tout cela, mais plus encore ! Elle donne à chacun et chacune d'entre nous une dignité incomparable puisque Dieu se fait homme. Désormais même le plus petit, le plus pauvre, le dernier, se voit revêtu de cette dignité qui trouve son origine dans l'amour que Dieu porte à notre humanité. Désormais ce qui touche et concerne l'humain, touche et concerne Dieu, et blesser l'homme c'est blesser Dieu. Cette naissance nous dit enfin où nous pouvons chercher Dieu : ni dans de riches palais, ni dans des luxueuses maisons, ni dans des lieux inaccessibles aux pauvres et aux humbles, mais dans une crèche où Dieu se fait petit, faible et fragile comme un nouveau-né, un lieu où les bergers pourront le trouver simplement, sans encombre, car il est venu habiter chez nous.

Accueillir une nouvelle année c'est aussi accueillir une nouvelle page de vie à écrire. C'est poursuivre l'aventure que Dieu nous propose avec confiance, même si nous savons que tout ne sera pas facile tous les jours. Accueillir une nouvelle année c'est nous donner de nouvelles occasions d'aimer et de servir pour rendre notre vie plus belle et pour rendre notre fenua meilleur. Aussi à toutes et à tous je souhaite que durant cette nouvelle année 2020, nous puissions grandir en humanité. Je souhaite à chacun et à chacune beaucoup d'amour à donner, à recevoir et à partager. Je demande au Seigneur d'écarter de nos cœurs tout ce qui avilit et tout ce qui détruit. Je lui demande de faire grandir ce qu'il y a de meilleur en nous, ce qu'il y a de beau, afin que puisse germer en chacun de nous la semence de paix, de réconciliation et de fraternité qui nous permettront de bâtir ensemble cette nouvelle année encore plus belle et encore plus fraternelle, dans nos maisons, dans nos quartiers, sur nos lieux de travail, dans nos écoles, là où nous sommes.

À tous et à toutes je souhaite un joyeux Noël et une bonne et heureuse année 2020 !

+ Monseigneur Jean-Pierre COTTANCEAU,

Archevêque de Papeete

© Archidiocèse de Papeete - 2019

Conte de Noël…

La fête des toits fantaisie…

À une certaine époque, Le Figaro avait l'habitude de faire appel à des écrivains pour raconter un conte de Noël : ces histoires apportent quelque chose de merveilleux aux lecteurs, voire un moment de féerie enfantine. Voici le conte d'Alphonse Daudet, paru en 1873, parenthèse magique en ce 25 décembre.

Oh ! comme les toits de Paris étaient beaux cette nuit-là ! Quel silence, quel calme, quelle clarté surnaturelle !

En bas, les rues étaient noires de boue, la rivière lourde de glace, le gaz triste se noyait dans le dégel des ruisseaux. En haut, à perte de vue, au-dessus des palais, des tours, des terrasses, des coupoles, sur l'aiguille mince de la Sainte-Chapelle, et ces milliers de toitures serrées, inclinées l'une vers l'autre, la neige étincelait toute blanche avec des reflets bleuâtres, et cela faisait comme une seconde ville, un Paris aérien suspendu entre le vide de l'ombre et la lumière fantastique de la lune.

Quoiqu'il fût encore de bonne heure, tous les feux étaient éteints, pas la moindre fumée ne flottait sur les toits. Pourtant les cheminées heureuses, où chaque jour le bois, flambe et craque, se reconnaissaient bien au cercle noir que la fumée élargit autour d'elles et à leur souffle tiède montant dans l'air glacé comme l'haleine de la maison endormie. Les autres, rigides, serrées dans la neige épaisse, gardaient encore des nids du dernier printemps, vides comme elles de chaleur et de vie…

Et dans cette ville haute, engourdie de blancheur, que les rues de Paris traversaient en tout sens comme d'immenses précipices, les ombres de toutes ces cheminées inégales, déchiquetées et noires ainsi que des arbres d'hiver, s'entrecroisaient sur des avenues désertes où personnes n'avait jamais marché, excepté les moineaux parisiens, dont les traces aiguës et sautillantes égratignaient de place en place la neige cristallisée. À cette heure même une bande de ces effrontés petits bohèmes s'agitait, voletait au bord d'une gouttière, et leurs cris troublaient seuls le silence religieux, l'attente solennelle de la ville des toits, recouverte entièrement d'un immense tapis d'hermine comme pour le passage d'un roi-enfant.

Les moineaux de Paris : Nom d'un chien ! Qu'il fait froid ! Pas moyen de dormir. On a beau se mettre en boule, hérisser ses plumes : la gelée vous réveille et vous cingle...

Un moineau : (de loin). Ohé ! les autres, ohé !... vite par ici. J'ai trouvé une vieille cheminée à chapeau de fonte, où l'on a fait du feu très tard. Nous aurons bien chaud en nous serrant centre elle.

Toute la troupe : (volant vers lui). Tiens ! c'est vrai. Comme on est bien. Comme il fait chaud... Rions, chantons. Vive la joie ! Piou, piou,piou… Cui, cui, cui…

La cheminée : Voulez-vous bien vous taire, galopins. Il n'y a que vous vraiment pour oser crier dans un moment pareil, quand tout se recueille et fait silence. Voyez ! le vent lui-même reprend son souffle. Pas une girouette ne bouge.

Comment ! Vous ne savez pas que c'est la fête des toits cette nuit ?

Les moineaux : (plus bas). Qu'est-ce qu'il y a donc ?

La cheminée : Comment ! Vous ne savez pas que c'est la fête des toits cette nuit ? Vous ne savez pas que Noël va venir pour faire sa distribution aux enfants ?

Les moineaux : Le roi Noël ?...

La cheminée : Eh ! oui... Si vous voyiez en bas dans les maisons tous ces petits souliers rangés devant là cendre tiède. Il y en a de toutes les formes, de toutes les grandeurs, depuis les mignons souliers bleus des petits pieds qui hésitent, jusqu'aux petites bottes qui résonnent si ferme en remplissant de train tout le logis ; depuis le brodequin brodé de fourrures, jusqu'aux petits sabots des courses indigentes ; jusqu'à ces souliers trop grands qui chaussent par hasard des pieds nus, comme si le pauvre n'avait pas d'âge, ni le droit d'être enfant.

Les moineaux : Mais toute à l'heure…à minuit…chut ! écoutez.

L’heure : (d'une voix grave) Dan…Dan…Dan…

La cheminée : Voyez-vous là-bas tout le fond du ciel qui s'allume.

Les moineaux : (avec l'élan des badauds parisiens regardant un feu d'artifice). Oh !!

L’heure : (continuant). Dan…Dan…Dan…Minuit !...

… À peine le dernier coup de minuit était-il sonné, qu'une grande volée de cloches retentit de tous les côtés à la fois. Sous les clochers encapuchonnés de neige elles carillonnaient à la hauteur des toits et comme pour eux seuls, alternant leurs voix, les confondant, mêlant les carillons clairs aux bourdons, s'éloignant, se rapprochant, avec ces ampleurs, ces effacements de son qui viennent de la direction du vent et donnent l'illusion d'un clocher, tournant comme un phare.

Les cloches : Baoum, Baoum…Le voilà. C'est lui, C'est le roi Noël…

Le vent : Hu…Hu… Sonnez ferme, mes bonnes cloches, à toute volée, encore plus fort. Noël est là, il me suit. Sentez-vous cette bonne odeur de houx vert, d'encens, de cire parfumée que j'apporte sur mes ailes ?

Les carillons : Dig din don… Dig din don…Noël ! Noël !

Le vent : Allons, les cheminées. Qu'est-ce que vous avez donc à rester là la bouche ouverte ? Chantez Noël avec moi. En avant les toits, en avant les girouettes !

La cheminée : Ui….Ui!.. Noël ! Noël !

Ls girouettes : Cra...Cra…Noël ! Noël !

Une tuile : (trop enthousiaste). Noël ! No… (Dans sa joie elle fait un bond et se précipite dans la rue) patatras…Bing !...

Les moineaux : Quel tapage !

La cheminée : Eh bien ! les moineaux, vous ne dites plus rien. C'est maintenant qu'il faut chanter.

Les moineaux : Piou, piou, piou. Cui, cui, cui… Noël !

La cheminée : Montez donc sur mon épaule, vous serez mieux pour voir.

Les moineaux : (sur la cheminée).Oh ! que c'est joli, que c'est joli ! Toutes ces lumières roses, vertes, bleues qui dansent sur les toits.

Les kobolds les esprits familiers de chaque maison conduisent Noël à toutes les cheminées où il y a des petits souliers qui attendent.

La cheminée : Et cette procession de corbeilles pleines de joujoux, de rubans, de fleurs, de bonbons, tout l'hiver de Paris qui passe entouré de dorures et de couleurs vives.

Les moineaux : Qu'est-ce que c'est donc que ces petits hommes qui portent les corbeilles ? Est-ce que c'est des rois Noel, tout ça ?

La cheminée : Mais non. Ce sont les kobolds.

Les moineaux : Vous dites ? Les…

La cheminée : Les kobolds c'est-à-dire les esprits familiers de chaque maison. Qui conduisent Noël à toutes les cheminées où il y a des petits souliers qui attendent.

Les moineaux : Et Noël, où, donc est-il ?

La cheminée : C'est le dernier de tous, ce petit blond avec des yeux si doux, ses cheveux aux rayons d'or éparpillés autour de lui comme des brins de paille de sa crèche, et ses joues rosés du froid de l'air. Regardez-le marcher ses pieds effleurent la neige sans laisser de traces.

Les moineaux : Qu'il est beau ! On dirait une image…

La cheminée : Chut ! Écoutez.

À ce moment une voix grave et jeune, perlée comme un rire de baby, résonna dans cette atmosphère de cristal que font sur les hauteurs le grand froid et la lune claire. Le Roi-enfant s'était arrêté sur un toit en terrasse, et là, debout, entouré de tous ses petits porte-corbeilles, il parlait ainsi à son peuple :

Oh ! oui, mon Paris, je t'aime, parce que toi qui ris de tout, tu n'as pas encore ri du petit Noël, parce que tu crois à lui.

Noël : Oui, mes amis, c'est moi, c'est Noël. Bonjour, les toits. Bonjour, mes vieux clochers. La nuit est si claire que je vous vois tous dispersés autour de moi dans ce grand Paris que j'aime. Oh ! oui, mon Paris, je t'aime, parce que toi qui ris de tout, tu n'as pas encore ri du petit Noël, parce que tu crois à lui, toi qui ne crois guère plus rien. Aussi, tu vois, je viens te visiter régulièrement tous les ans. Jamais je n'y ai manqué ; Je suis même venu pendant le siège, te rappelles-tu ? C'était bien triste, par exemple. Ni feu ni lumière, les cheminées toutes froides ; les obus qui sifflaient sur ma tête, trouant les toits, renversant les cheminées. Et puis, tant de petits enfants qui manquaient ! J'avais trop de joujoux, cette année-là ; j'en ai remporté de pleines corbeilles. Heureusement que cette nuit il ne m'en restera pas. On m'a prévenu que j'aurais beaucoup de petits souliers à remplir. Aussi, j'apporte des jouets merveilleux, et tous français, pas un qui vienne d'Allemagne. C'est fini les Allemands !

Un moineau de Paris : Bravo ! Je le gobe assez ce petit là, moi.

Tous les moineaux : Piou, piou. Cui, cui Vive Noël !

Un vol de cigognes : (passant dans le ciel en triangle). Oua.Oua. Vive Noël !

Le vent : (bousculant la neige). Chante donc Noël, toi aussi !

La neige : (très-bas). Je me puis pas chanter, mais je l'encense. Regarde les tourbillons de fine poussière blanche que j'envoie autour des corbeilles, dans les cheveux blonds de mon petit roi. C'est que nous nous connaissons depuis longtemps, tous les deux ! Pense que je l'ai vu naître là-bas dans sa petite étable.

Le vent, le scloches, les cheminées : (chantant ensemble, de toutes leurs forces) Noël ! Noël!  Vive Noël !

Noël : Pas si fort, mes amis, pas si fort. Il ne faut pas réveiller tout notre petit monde de là-dessous. C'est si bon la joie qui vous arrive en dormant, sans qu'on y pense… Çà ! maintenant, messieurs les kobolds, marchez avec moi sur la pente des toits, nous allons commencer notre distribution. Seulement écoutez ceci. Cette année j'ai résolu d'essayer quelque chose. Tout ce que nous avons de plus beau comme joujoux, les polichinelles en or, les sacs de satin pleins de pralines, les grandes poupées tout en dentelles, je veux que tout cela tombe aux plus pauvres souliers, dans les cheminées sans feux, dans les mansardes froides, et que nous jetions au contraire aux maisons heureuses, sur le velours des tapis, les fourrures épaisses, tous ces petits jouets d'un sou qui sentent la résine et le bois blanc.

Les moineaux de Paris : Fameux, fameux !.. Voila une bonne idée.

Les Kobolds : Excuse-nous de te faire une observation, mon petit Noël. Pourtant, vois ! avec ton nouveau système, les pauvres seront heureux, mais les riches pleureront. Et dame, un enfant qui pleure n'est plus ni riche ni pauvre. C'est un enfant qui pleure ; et il n'y a rien de si triste.

Noël : Laissez donc. Je connais mieux cela que vous. Les pauvres seront ravis de toucher à ces jouets compliqués qui leur paraissent si tentants derrière la vitrine des magasins- et dont le luxe doré n'ajoute rien à leur valeur de joujou, à leur grâce d'amusement. Mais je parie, que les petits riches seront tout aussi contents d'avoir pour une fois des pantins au bout d'une ficelle, des poupées à ressort toutes ces tentations des bazars à treize sous où ils ne sont jamais entrés…

Allons, voilà qui est entendu. À présent, en route, et dépêchons-nous. Il y a tant de cheminées à Paris et la nuit est si courte.

Là-dessus les petites lumières se répandirent de tous les côtés, comme si l'on avait secoué sur la neige des toits toutes les branches allumées d'un sapin de Noël. Pas une cheminée n'était oubliée, depuis les palais entourés de terrasses et d'arbres blancs de givre jusqu'à ces pauvres toits lourds de misère, qui semblent s'étayer l'un l'autre pour ne pas crouler sous le poids. Bientôt sur toutes les maisons de Paris on entendit cette sonnerie de grelots, tous ces bruits fantaisistes et divers qui entourèrent les magasins de jouets, les bêlements des moutons, le bégaiement des poupées, le froissement des satins brodés, les crécelles, les trompettes, les tambours, les roulettes des chevaux de poste, le coup de fouet des postillons, la roue ailée des moulins à vent. Tout cela s'agitait disparaissait, bondissait le long des cheminées. Où il n'y avait pas d'enfants, Noël guidé par ses kobolds passait vite sans se tromper ; mais quelquefois, au moment où il s'approchait d'elle les mains pleines, la cheminée chuchotait de sa bouche noire : « Il est mort, c'est inutile. Il n'y a plus de petits souliers dans la maison. Garde tes joujoux, mon petit roi. Ça ferait pleurer la mère de les voir… »

Longtemps, longtemps les petites lumières errèrent ainsi.

Tout à coup un coq enroué chanta au fond du brouillard, un filet de jour blanc entr'ouvrit le ciel, et aussitôt toute la magie de Noël s'évanouit.

La fête des toits était finie, celle des maisons commençait. Déjà un bruit doux, ravissant, montait des cheminées en même temps que la fumée des feux rallumés.

C'étaient des cris de joie, des rires fous, des voix d'enfants qui criaient à leur tour « Noël ! Noël ! vive Noël !... » pendant que, sur les toits déserts, le soleil, en se levant, un beau soleil d'hiver factice et rose, faisait traîner ses premiers rayons qui ressemblaient, dans le scintillement de la neige à des nacres, des franges d'or tombés des corbeilles du petit roi.

Par Alphonse Daudet

© Figaro - 2019

Commentaire des lectures du dimanche

Joseph, avec Marie son épouse, monta jusqu’à « la ville de David appelée Bethléem » (Lc 2,4). Cette nuit, nous aussi, nous montons jusqu’à Bethléem pour y découvrir le mystère de Noël.

1. Bethléem : le nom signifie maison du pain. Dans cette “maison”, le Seigneur donne aujourd’hui rendez-vous à l’humanité. Il sait que nous avons besoin de nourriture pour vivre. Mais il sait aussi que les aliments du monde ne rassasient pas le cœur. Dans l’Écriture, le péché originel de l’humanité est associé précisément au manger : « elle prit de son fruit, et en mangea » dit le livre de la Genèse (3,6). Elle prit et elle mangea. L’homme est devenu avide et vorace. Avoir, amasser des choses semble pour beaucoup de personnes le sens de la vie. Une insatiable voracité traverse l’histoire humaine, jusqu’aux paradoxes d’aujourd’hui ; ainsi quelques-uns se livrent à des banquets tandis que beaucoup d’autres n’ont pas de pain pour vivre.

Bethléem, c’est le tournant pour changer le cours de l’histoire. Là, Dieu, dans la maison du pain, naît dans une mangeoire. Comme pour nous dire : me voici tout à vous, comme votre nourriture. Il ne prend pas, il offre à manger : il ne donne pas quelque chose, mais lui-même. À Bethléem, nous découvrons que Dieu n’est pas quelqu’un qui prend la vie mais celui qui donne la vie. À l’homme, habitué depuis les origines à prendre et à manger, Jésus commence à dire : « Prenez, mangez : ceci est mon corps » (Mt 26,26). Le petit corps de l’Enfant de Bethléem lance un nouveau modèle de vie : non pas dévorer ni accaparer, mais partager et donner. Dieu se fait petit pour être notre nourriture. En nous nourrissant de lui, Pain de vie, nous pouvons renaître dans l’amour et rompre la spirale de l’avidité et de la voracité. De la “maison du pain”, Jésus ramène l’homme à la maison, pour qu’il devienne un familier de son Dieu et frère de son prochain. Devant la mangeoire, nous comprenons que ce ne sont pas les biens qui entretiennent la vie, mais l’amour ; non pas la voracité, mais la charité ; non pas l’abondance à exhiber, mais la simplicité à préserver.

Le Seigneur sait que nous avons besoin chaque jour de nous nourrir. C’est pourquoi il s’est offert à nous chaque jour de sa vie, depuis la mangeoire de Bethléem jusqu’au cénacle de Jérusalem. Et aujourd’hui encore sur l’autel, il se fait Pain rompu pour nous : il frappe à notre porte pour entrer et prendre son repas avec nous (cf. Ap 3,20). À Noël, nous recevons sur terre Jésus, Pain du ciel : c’est une nourriture qui ne périme jamais, mais qui nous fait savourer déjà la vie éternelle.

À Bethléem, nous découvrons que la vie de Dieu court dans les veines de l’humanité. Si nous l’accueillons, l’histoire change à commencer par chacun d’entre nous. En effet, quand Jésus change le cœur, le centre de la vie n’est plus mon moi affamé et égoïste, mais lui qui naît et vit par amour. Appelés cette nuit à sortir de Bethléem, maison du pain, demandons-nous : quelle est la nourriture de ma vie, dont je ne peux me passer ? Est-ce le Seigneur ou quelque chose d’autre ? Puis, en entrant dans la grotte, flairant dans la tendre pauvreté de l’Enfant un nouveau parfum de vie, celle de la simplicité, demandons-nous : ai-je vraiment besoin de beaucoup de choses, de recettes compliquées pour vivre ? Est-ce j’arrive à me passer de tant de garnitures superflues, pour mener une vie plus simple ? À Bethléem, à côté de Jésus, nous voyons des gens qui ont marché, comme Marie, Joseph et les pasteurs. Jésus est le Pain de la route. Il n’aime pas des digestions paresseuses, longues et sédentaires, mais il demande qu’on se lève en hâte de table pour servir, comme des pains rompus pour les autres. Demandons-nous : à Noël, est-ce je partage mon pain avec celui qui n’en a pas ?

2. Après Bethléem maison du pain, réfléchissons sur Bethléem maison de David. Là, David, jeune garçon, faisait le pasteur et à ce titre il a été choisi par Dieu, pour être pasteur et guide de son peuple. À Noël, dans la ville de David, pour accueillir Jésus, il y a précisément les pasteurs. Dans cette nuit « ils furent saisis d’une grande crainte, nous dit l’Évangile » (Lc 2,9), mais l’ange leur dit : « Ne craignez pas » (v.10). Dans l’Évangile revient tant de fois ce ne craignez pas : c’est comme un refrain de Dieu à la recherche de l’homme. En effet, l’homme depuis les origines, encore à cause du péché, a peur de Dieu : « j’ai eu peur […], et je me suis caché » (Gn 3,10), a dit Adam après le péché. Bethléem est le remède à la peur, parce que malgré les “non” de l’homme, là Dieu dit pour toujours “oui” : pour toujours il sera Dieu-avec-nous. Et pour que sa présence n’inspire pas la peur, il s’est fait un tendre enfant. Ne craignez pas : cela n’est pas dit à des saints, mais à des pasteurs, des gens simples qui en même temps ne se distinguent pas par la finesse ni par la dévotion. Le Fils de David naît parmi les pasteurs pour nous dire que personne n’est jamais seul ; nous avons un Pasteur qui surmonte nos peurs et nous aime tous, sans exceptions.

Les pasteurs de Bethléem nous disent aussi comment aller à la rencontre du Seigneur. Ils veillent dans la nuit : ils ne dorment pas, mais font ce que Jésus demandera à plusieurs reprises : veiller (cf. Mt 25,13 ; Mc 13,35 ; Lc 21,36). Ils restent éveillés, attendent éveillés dans l’obscurité ; et Dieu « les enveloppa de sa lumière » (Lc 2,9). Cela vaut aussi pour nous. Notre vie peut être une attente, qui également dans les nuits des problèmes s’en remet au Seigneur et le désire ; alors elle recevra sa lumière. Ou bien une prétention, où ne comptent que les forces et les moyens propres : mais dans ce cas, le cœur reste fermé à la lumière de Dieu. Le Seigneur aime être attendu et on ne peut pas l’attendre dans le divan, en dormant. En effet, les pasteurs se déplacent : « ils se hâtèrent » dit le texte (v.16). Ils ne restent pas sur place comme celui qui sent qu’il est arrivé et n’a besoin de rien, mais ils s’en vont ; laissant le troupeau sans surveillance, ils prennent des risques pour Dieu. Et après avoir vu Jésus, sans même être des experts de discours, ils vont l’annoncer, à telle enseigne que « tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leurs racontaient les bergers » (v.18).

Attendre éveillé, aller, risquer, raconter la beauté : ce sont des gestes d’amour. Le bon Pasteur, qui à Noël vient donner la vie aux brebis, à Pâques adressera à Pierre et, à travers lui à nous tous, la question finale : « M’aimes-tu » (Jn 21,15). C’est de la réponse que dépendra l’avenir du troupeau. Cette nuit, nous sommes appelés à répondre, à lui dire nous aussi : “Je t’aime”. La réponse de chacun est essentielle pour le troupeau tout entier.

« Allons jusqu’à Bethléem » (Lc 2,15) : c’est ce qu’ont dit et fait les pasteurs. Nous aussi, Seigneur, nous voulons venir à Bethléem. Aujourd’hui également la route est ascendante : on doit dépasser le sommet de l’égoïsme, il ne faut pas glisser dans les ravins de la mondanité et du consumérisme. Je veux arriver à Bethléem, Seigneur, parce que c’est là que tu m’attends. Et me rendre compte que toi, déposé dans une mangeoire, tu es le pain de ma vie. J’ai besoin du parfum tendre de ton amour pour être, à mon tour, pain rompu pour le monde. Prends-moi sur tes épaules, bon Pasteur : aimé par toi, je pourrai moi aussi aimer et prendre mes frères par la main. Alors, ce sera Noël quand je pourrai te dire : “Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t’aime” (cf. Jn 21,17).

 © Libreria Editrice Vaticana - 2016

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Date de dernière mise à jour : 2020-01-14