Pko 26.01.2020

eglise-cath-papeete-1.jpgBulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°05/2020

Dimanche 26 janvier 2020 – 3ème Dimanche du Temps ordinaire – Année A

Humeurs…

Diacre Léon MIN CHIU a rejoint la Maison du père

Diacre Léon MIN CHIU nous a quitté cette semaine. Ordonné diacre, il y a près de 41 ans, il était le dernier des quatre premiers diacres de l'Archidiocèse de Papeete. Un homme plein d'humour et faisant honneur au nom de « Diacre » : un vrai serviteur toujours soutenu par son épouse Pauline. Que le Seigneur l'accueil dans sa maison comme le bon et fidèle serviteur qu'il fut !

La communauté paroissiale de la Cathédrale présente à Pauline, son épouse, à ses enfants, petits-enfants et arrières petits-enfants ses plus sincères condoléances.

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« Je vous ai parlé ainsi, afin qu’en moi vous ayez la paix. Dans le monde, vous avez à souffrir, mais courage ! Moi, je suis vainqueur du monde. » Jn 16,33

Diacre Léon est né le 5 novembre 1944 à Punaauia. Il reçoit le baptême le 5 avril 1969, durant la Veillée pascale qui est aussi le jour de son mariage avec Pauline. Ils seront les parents de 4 enfants… et aujourd'hui ont 11 « motua » et 2 « hina ».

Il entre à l'école diaconale dès son ouverture en 1975 et sera ordonné quatre ans plus tard, le 24 février 1979 à l'église Maria no te Hau de Papeete par Mgr Michel COPPENRATH. Depuis ce jour-là, il ne manquera pas à sa tâche diaconale : président du Pou utuafare, engagé dans la Légion de Marie au côté de Sœur Saint Fidèle, animateur des premières retraites du Te Vai ora… il sera surtout totalement donné à sa paroisse de Saint Étienne… il en assurera même l'administration en 1999 avant l'arrivée de Mgr Michel à la paroisse.

Comme tout serviteur de l'Église, il souffrira autant pour l'Église, que parfois, par l'Église. Le 24 février dernier, il célébrait ses 40 ans de diaconat…

Tenari a te Atua

Bilan de 18 ans de « Campagne du tenari a te Atua »

Au communiqué diocésain de cette semaine sont joints les remerciements de Mgr Jean-Pierre aux fidèles de l’Archidiocèse pour leur participation au « Tenari a te Atua ». Une occasion pour nous de faire un bref bilan des 18 ans de Campagne et de la participation de la paroisse à cet effort diocésain.

Papeete le 20 Janvier 2020

Frères et Sœurs,

C’est avec reconnaissance et gratitude que j’ai le plaisir de vous faire part des résultats de notre campagne du « Tenari a te Atua 2019 ». Le bilan au 20 Janvier 2020 fait état d’un total récolté de 36 127 883 f. Soyez cordialement remerciés pour votre générosité. Votre participation, si minime soit-elle, témoigne de l’intérêt que vous portez à l’effort missionnaire de notre Église Diocésaine. Dieu seul sait ce qui se passe dans les cœurs, et il connait les sacrifices auxquels vous avez consenti pour atteindre ce résultat. Merci également à tous ceux, prêtres, diacres et laïcs qui ont mené à bien cette campagne dans chacune de nos paroisses.

Si le montant, à ce jour du 20 Janvier est légèrement inférieur au montant de l’année passée (qui était de 37 922 365 f), je me réjouis de ce que, par contre, le nombre de donateurs ait progressé, passant de 2 051 dons en 2018 à 2 397 en 2019.

Bien sûr, si la campagne officielle du « Tenari » est close, ceux qui pour de multiples raisons n’ont pas encore participé et voudraient rattraper leur retard peuvent toujours le faire.

Encore un grand merci à tous. Que le Seigneur vous bénisse et vous garde.

+ Mgr Jean Pierre COTTANCEAU

Archevêque de Papeete

C’est en 2002, que la 1ère campagne du Tenari a te Atua a été lancée dans l’archidiocèse. En 18 ans se sont pas moins de 672 573 682 xfp qui ont été collecté dont 46 141 359 xfp à la Cathédrale (soit 6,86%).

À partir de 2007, l’archidiocèse a pris la décision de reverser 1/3 des sommes collectés aux paroisses. La communauté paroissiale de la Cathédrale a perçu ce 1/3 jusqu’en 2014, date à laquelle elle a décidée d’abandonner ce 1/3 au profit de l’archidiocèse… ce sont 8 096 893 xfp qui ont ainsi été reversés à la Cathédrale.

La communauté paroissiale de la Cathédrale a donc participé à la vie de l’archidiocèse à hauteur de 38 044 466 xfp net, soit 5,65% des collectes dans l’archidiocèse depuis 2002.

Mauruuru roa !

© Communauté paroissiale de la Cathédrale - 2020

Laissez-moi vous dire…

L’intelligence artificielle (IA) pour servir ou asservir l’homme ?

De plus en plus d’appareils médicaux utilisent l’Intelligence Artificielle (IA). Par exemple il existe des « pacemakers » connectés qui permettent d’alerter le patient et les professionnels lorsque des anomalies du rythme cardiaque sont détectés. Dans de nombreux autres domaines l’IA permet de nouvelles avancées technologiques (voitures autonomes sans chauffeur, outils conversationnels ou « chatbots » que l’on trouve dans Google Home ou Amazon Alexa). Mais, comme tout « système connecté » cela présente des risques pour la sécurité des personnes qui les utilisent. Si ces dispositifs sont mal sécurisés du point de vue informatique, ils peuvent être « hackés » [piratés] par une personne mal intentionnée. Il est donc nécessaire de prévoir un dispositif de contrôle et de certification de ces outils.

C’est dans ce but que le Premier ministre a demandé la constitution d'un « comité national pilote d'éthique du numérique » pour répondre aux grands enjeux liés à l'usage de ces technologies. Une première réunion a eu lieu le 4 décembre dernier.

Si l’on regarde l’Histoire de l’humanité, les progrès techniques ont permis aux hommes une vie meilleure, plus aisée. L’invention de machines a rendu les travaux moins pénibles. Les progrès médicaux ont amélioré la santé et l’espérance de vie. Le développement des technologies de la communication et celui des moyens de transport ont rapproché les individus, les cultures, favorisé les échanges … Il semble que l’Homme ait bien obéi au dessein de Dieu sur l’humanité : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la » (Genèse 1,28a).

Mais les progrès techniques présentent aussi une face sombre lorsqu’ils sont dévoyés par des individus ou des groupes avides de pouvoir, de profit…

C’est un risque qu’il faut craindre et anticiper au regard de l’emprise de plus en plus grande de l’IA dans des domaines aussi divers que la robotique, la domotique, l’économie des données, les corps connectés… Si nous n’y prenons garde, c’est la logique d’un courant de pensée dénommé « transhumanisme » qui pourrait bouleverser notre vision de l’Homme. Cette idéologie anime de nombreux chercheurs de la Silicon Valley (Californie), à Shanghaï, Dubuai, Paris… La tendance viserait à s’affranchir du corps biologique pour lui préférer un support informatique afin d’augmenter de manières radicales les capacités physiques, sensorielles, cognitives de l’individu, de vaincre la maladie, la mort et d’annihiler la souffrance. Pour faire simple : il s’agit de « créer un homme augmenté ».  Mais augmenté pour qui ? pour quoi ? Sera-t-il encore « un humain » ?

L’Église souvent qualifiée de rétrograde, arriérée, déphasée… n’a pas manqué de s’inquiéter et d’attiser les réflexions sur le devenir de l’Homme et de l’humanité. Lors de sa visite au Japon en novembre dernier, le Pape François a clairement donné sa position face au nouveau « paradigme technocratique » du progrès et du développement. « Notre époque est tentée de faire du progrès technologique la mesure du progrès humain. Ce “paradigme technocratique” du progrès et du développement façonne la vie des personnes et le fonctionnement de la société et, souvent, conduit à un réductionnisme qui touche tous les milieux de nos sociétés (le Pape fait référence à son encyclique Laudato si’, n.101-114). Par conséquent, il est important, en des moments comme celui-ci, de marquer une pause, de nous arrêter et de réfléchir sur qui nous sommes et, peut-être de manière plus critique, sur qui nous voulons être. Quel genre de monde, quel genre d’héritage désirons-nous laisser à ceux qui viendront après nous ? La sagesse et l’expérience des anciens, associés au zèle et à l’enthousiasme des jeunes, peuvent aider à forger une vision différente, une vision qui aide à regarder avec respect le don de la vie et la solidarité avec nos frères et sœurs de l’unique famille humaine, multiethnique et multiculturelle. » (Discours prononcé à Tokyo le 25 novembre 2019, lors de la rencontre avec 800 rescapés des catastrophes de mars 2011 : séisme, tsunami et accident nucléaire de Fukushima)

Dominique SOUPÉ

© Cathédrale de Papeete – 2020

Regard sur l’actualité…

Que tous soient un

Du 18 au 25 Janvier nous est proposée comme chaque année la semaine de prière pour l’unité des Chrétiens. Oui, c’est un fait : les disciples du Christ se présentent divisés en face des nations ! Dans cette seule et unique Église du Christ sont apparues au cours des siècles des divisions qui demeurent, en même temps qu’un considérable appauvrissement, une pierre d’achoppement devant ceux qui ne croient pas. Faut-il baisser les bras et en prendre son parti ? Ce serait consacrer la victoire de la division sur l’unité, cette unité voulue par le Christ lui-même : « Qu’ils soient un pour que le monde croie » (Jn 17,21). Les Chrétiens désunis peuvent donc prier et, par un commun effort, rendre témoignage et diminuer ainsi le scandale de leur séparation qui rend peu croyable la Parole annoncée. Tout ce qui est fait en faveur de l’union des Chrétiens est donc fait à l’avantage de la mission de l’Église. Dans son exhortation apostolique « Église en Océanie », le Pape Jean Paul II nous dit à ce sujet : « Dans bien des territoires de mission de l’Océanie, les différences entre Églises et communautés ecclésiales ont conduit dans le passé à la compétition et à l’opposition. Récemment, en revanche, les relations sont devenues plus positives et plus fraternelles. »

En date du 19 Janvier 2019, le Pape François, lors d’une rencontre avec une délégation de l’Église Luthérienne, déclara : « L’engagement commun en faveur de l’œcuménisme est une exigence essentielle de la foi que nous professons, un prérequis qui nait de notre identité même de disciples de Jésus ». Rappelant que l’œcuménisme était un chemin irréversible et non une option, le Saint Père ajoutait : « Quand nous prions ensemble, quand nous annonçons ensemble l’Évangile et que nous servons les pauvres et les nécessiteux, nous nous retrouvons nous-mêmes sur ce chemin et le chemin lui-même progresse vers l’objectif de l’unité visible. »

Certes, même si dans notre diocèse, un certain nombre de familles se composent de personnes de confessions diverses, il reste du chemin à faire pour passer d’une « coexistence pacifique » à une communion véritable en Jésus Christ, communion qui, selon les paroles du Pape François, ne pourra venir que de l’Esprit Saint : « Si nous sommes dociles, l’Esprit Saint nous guidera de façons que nous ne pouvons pas même imaginer aujourd’hui. Entre temps, nous sommes appelés à faire tout notre possible pour favoriser la rencontre et pour résoudre dans la charité les malentendus, les hostilités et les préjugés qui ont vicié nos relations pendant des siècles ». Comprenons bien que pour parvenir à cette unité des croyants, il ne s’agit pas de « convertir » par tous les moyens ceux qui appartiennent à une autre confession, ou de faire valoir notre puissance par le nombre de fidèles… C’est, par notre témoignage, en nous rapprochant davantage du Christ, le cœur de notre Foi, et en nous enracinant davantage dans sa Parole comme le St Père nous invite à le faire lors de ce Dimanche de la Parole de Dieu que nous nous rapprocherons les uns des autres, comme les rayons d’une roue de bicyclette se rapprochent l’un de l’autre pour ne faire qu’un point lorsqu’ils ont atteint le centre de la roue.

« Seigneur, que par ta grâce, les Églises du monde entier deviennent des instruments de ta paix… Et donne à tous tes disciples de vivre en frères et sœurs pour s’accueillir les uns les autres en ton nom ! »

Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete - 2020

Audience générale

L’hospitalité, une vertu œcuménique et un facteur d’unité

Centrant sa catéchèse hebdomadaire sur le thème choisi pour la semaine de prière pour l’Unité des chrétiens, le Pape a affirmé que la pratique de l’hospitalité, « importante vertu œcuménique », peut contribuer à unir le peuple chrétien.

La catéchèse de ce jour est en phase avec la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Le thème de cette année, qui est celui de l’hospitalité, a été développé par les communautés de Malte et Gozo, à partir du passage des Actes des apôtres qui raconte l’hospitalité réservée par les habitants de Malte à saint Paul et à ses compagnons de voyage, naufragés avec lui. C’est précisément à cet épisode que je faisais référence dans la catéchèse d’il y a deux semaines.

Repartons donc de l’expérience dramatique de ce naufrage. Le bateau sur lequel voyage Paul est à la merci des éléments. Depuis quatorze jours, ils sont en mer, à la dérive, et puisque ni le soleil ni les étoiles ne sont visibles, les voyageurs se sentent désorientés, perdus. Au-dessous d’eux, la mer se brise violemment contre le bateau et ils craignent que celui-ci ne craque sous la force des vagues. Au-dessus, ils sont fouettés par le vent et la pluie. La force de la mer et de la tempête est terriblement puissante et indifférente au destin des navigateurs : ils étaient plus de 260 !

Mais Paul qui sait qu’il n’en est pas ainsi, parle. Sa foi lui dit que sa vie est dans la main de Dieu, qui a ressuscité Jésus des morts et qui l’a appelé, lui, Paul, pour apporter l’Évangile jusqu’aux confins de la terre. Sa foi lui dit également que, d’après ce qu’a révélé Jésus, Dieu est un Père aimant. C’est pourquoi Paul s’adresse à ses compagnons de voyage et, inspiré par sa foi, il leur annonce que Dieu ne permettra pas qu’un seul cheveu de leur tête soit perdu.

Cette prophétie s’accomplit quand le bateau échoue sur les côtes de Malte et que tous les passagers atteignent sains et saufs la terre ferme. Et là, ils font une nouvelle expérience. Contrastant avec la violence brutale de la mer en tempête, ils reçoivent le témoignage de la « rare humanité » des habitants de l’île. Ces personnes, qui leur sont étrangères, se montrent attentives à leurs besoins. Elles allument un feu pour qu’ils se réchauffent, leur offrent un abri contre la pluie et de la nourriture. Même si elles n’ont pas encore reçu la Bonne Nouvelle du Christ, elles manifestent l’amour de Dieu par des actes concrets de gentillesse. En effet, l’hospitalité spontanée et les gestes prévenants communiquent quelque chose de l’amour de Dieu. Et l’hospitalité des habitants de l’île de Malte est récompensée par les miracles de guérison que Dieu opère sur l’île à travers Paul. Ainsi, si le peuple maltais fut un signe de la Providence de Dieu pour l’apôtre, lui aussi fut témoin de l’amour miséricordieux de Dieu pour eux.

Très chers amis, l’hospitalité est importante ; et c’est même une vertu œcuménique importante. Cela signifie, avant tout, reconnaître que les autres chrétiens sont vraiment nos frères et sœurs dans le Christ. Nous sommes frères. On pourra dire : « Mais untel est protestant, tel autre orthodoxe… ». Oui, mais nous sommes frères dans le Christ. Ce n’est pas un acte de générosité à sens unique, parce que quand nous hébergeons d’autres chrétiens, nous les accueillons comme un don qui nous est fait. Comme les Maltais – ils sont bons, ces Maltais – nous sommes récompensés, parce que nous recevons ce que l’Esprit Saint a semé en nos frères et sœurs, et cela devient un don pour nous aussi, parce que l’Esprit Saint sème ses grâces partout. Accueillir des chrétiens d’une autre tradition signifie en premier lieu manifester l’amour de Dieu envers eux, parce qu’ils sont enfants de Dieu – nos frères –, et cela signifie en outre accueillir ce que Dieu a accompli dans leur vie. L’hospitalité œcuménique requiert la disponibilité pour écouter les autres, prêtant attention à leurs histoires personnelles de foi et à l’histoire de leur communauté, communauté de foi avec une autre tradition, différente de la nôtre. L’hospitalité œcuménique suppose le désir de connaître l’expérience que d’autres chrétiens font de Dieu et l’attente de recevoir les dons spirituels qui en découlent. Et c’est une grâce, découvrir ceci est une grâce. Je pense aux temps passés, à ma terre par exemple. Lorsque certains missionnaires évangéliques venaient, un petit groupe de catholiques allaient brûler leurs tentes. Cela, non ! Ce n’est pas chrétien. Nous sommes frères, nous sommes tous frères et nous devons nous offrir l’hospitalité les uns aux autres.

Aujourd’hui, la mer sur laquelle Paul et ses compagnons firent naufrage est, une fois encore, un lieu dangereux pour la vie d’autres navigateurs. Dans le monde entier, des hommes et des femmes migrants affrontent des voyages risqués pour fuir la violence, pour fuir la guerre, pour fuir la pauvreté. Comme Paul et ses compagnons, ils font l’expérience de l’indifférence, l’hostilité du désert, des fleuves, des mers… Bien souvent, on ne les laisse pas débarquer dans les ports. Mais malheureusement, ils rencontrent parfois aussi l’hostilité bien pire des hommes. Ils sont exploités par des trafiquants criminels : aujourd’hui ! Ils sont traités comme des numéros et comme une menace par certains gouvernants : aujourd’hui ! Parfois, l’inhospitalité les rejette comme une vague vers la pauvreté ou les dangers qu’ils ont fuis.

En tant que chrétiens, nous devons travailler ensemble pour manifester aux migrants l’amour de Dieu révélé par Jésus-Christ. Nous pouvons et nous devons témoigner qu’il n’y pas seulement de l’hostilité et de l’indifférence, mais que chaque personne est précieuse pour Dieu et aimée par lui. Les divisions, qui existent encore entre nous, nous empêchent d’être pleinement signe de l’amour de Dieu. Travailler ensemble pour vivre l’hospitalité œcuménique, en particulier à l’égard de ceux dont la vie est plus vulnérable, fera de nous tous – protestants, orthodoxes, catholiques, tous les chrétiens – des êtres humains meilleurs, des disciples meilleurs et un peuple chrétien plus uni. Cela nous rapprochera davantage de l’unité, qui est la volonté de Dieu pour nous.

© Libreria Editrice Vaticana - 2020

1er Dimanche de la parole de Dieu

La Parole de Dieu

Le 30 Septembre 2019, le Pape François instituait une nouveauté dans le calendrier liturgique, le « Dimanche de la Parole de Dieu », fixé au troisième Dimanche du temps ordinaire. Cette année, ce Dimanche de la Parole de Dieu tombe le 26 Janvier. Voici une réflexion proposée par notre archevêque, Mgr Jean-Pierre COTTANCEAU, pour ce 1er Dimanche de la Parole de Dieu.

1 – POURQUOI LIRE LA BIBLE ?

Pendant longtemps, la lecture de la Bible était interdite aux Catholiques ordinaires. En 1843, Mgr Affre écrivait dans une instruction pastorale : « L’Église Catholique n’a jamais cru que la lecture des Saintes Écritures fut nécessaire pour être solidement instruit de leur doctrine qui peut être donnée sous une autre forme, souvent plus appropriée à l’intelligence et aux dispositions des fidèles. Elle a pensé que cette lecture pouvait être selon les circonstances utile ou nuisible ! » (Instruction pastorale sur la composition, l’examen et la publication des livres en faveur desquels les auteurs et éditeurs sollicitent une approbation – Paris – 4 Déc 1842, p. 63)

Pourtant, dès son origine, la communauté Chrétienne qui se réunit pour la fraction du pain fait mémoire de Jésus, de ses paroles et de ses actes (ce qui deviendra les évangiles) et prolonge l’usage juif de la synagogue en lisant la Loi de Moïse, les Prophètes et autres écrits de notre Ancien Testament. Pourquoi ?

Jésus était Juif, ses premiers disciples également. Il n’a jamais voulu rompre avec la foi d’Israël, il n’a pas voulu fonder une religion nouvelle mais a voulu ramener le Judaïsme à ses sources fondamentales. De plus, Jésus lisait lui-même les Écritures (Cf. Jésus à la synagogue de Nazareth en Lc 4)

Mais qui était Jésus ? Pour répondre à cette question, la communauté n’avait qu’une seule ressource : interroger les Écritures. On ne peut comprendre Jésus qu’en lisant la Bible. N’est-il pas le nouveau Moïse ? Le nouvel Elie ? Le Messie annoncé par tant de textes ? Le Fils de Dieu du Ps 2 ? Jésus parle de lui comme « Fils de l’Homme » en référence à Dn 7. Il se présente comme prophète persécuté à l’image de Jérémie, comme le serviteur souffrant, évoqué en Is 53… Rappelons-nous comment il ouvre l’intelligence des disciples d’Emmaüs : « Commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Lc 24, 27). Lorsqu’à la Pentecôte, Pierre s’adresse aux juifs, il s’appuie sur l’Ancien Testament pour leur expliquer ce qui se passe.

C’est en premier dans la liturgie Chrétienne que la lecture des textes bibliques prend toute sa place. Quand une communauté se rassemble au nom de Jésus Christ, elle commence par faire mémoire : elle se souvient de son Seigneur, elle éclaire le mystère de sa mort résurrection. La liturgie est le lieu où naît la lecture des Écritures. Il ne s’agit pas d’informer ou de transmettre un savoir mais de témoigner de sa foi dans le Dieu de Jésus Christ. C’est une Parole destinée à faire vivre. Nous avons vu qu’au cours de l’Histoire, cette Parole fut réduite, rendue inoffensive, insignifiante. Les textes étaient lus en latin que personne ne comprenait, et les homélies parlaient plus de morale que de la parole de Dieu.

Où en est-on aujourd’hui ?

Nous n’en sommes plus au temps de Mgr Affre ! À la suite des encycliques « Providentissimus » de Léon XIII (1893), « Divino afflante Spiritu » de Pie XII (1943) et de la déclaration « Sancta Mater Ecclesia » de Paul VI, le Concile Vatican II dans la constitution « Dei Verbum » déclare : « Le Saint Concile exhorte de façon insistante et spéciale tous les Chrétiens… à apprendre par la lecture fréquente des divines Écritures la “science éminente de Jésus Christ”. En effet, l’ignorance des Écritures, c’est l’ignorance du Christ. Que volontiers donc, ils abordent le texte sacré lui-même, soit par la sainte liturgie… soit par une pieuse lecture… soit par des cours appropriés… Qu’ils se rappellent aussi que la prière doit aller de pair avec la lecture de la Sainte Écriture » (Dei Verbum n° 25).

Une Parole qui fait l’identité Chrétienne

Le Christianisme n’est pas d’abord un ensemble de doctrines ou de valeurs morales. Ce qui fait son identité, c’est une mémoire, un récit. L’auteur du livre du Deutéronome répète : « Souviens-toi ! N’oublie pas ! ». La Bible est le livre de la mémoire commune d’Israël puis des Chrétiens. En lisant les Écritures, nous racontons l’Histoire de nos ancêtres dans la Foi, nous vibrons à leurs aventures, nous éprouvons comme eux et avec eux la peur, le désir, l’espérance, le rêve… L’important n’est pas de savoir si cela s’est réellement passé, mais de nous reconnaître dans leur vie et leur expérience et de pouvoir dire comme les Juifs : « Abraham avînou » (Abraham, notre Père). Quand nous lisons l’Exode, ce n’est pas pour être informés de ce qui se passait en Égypte 1200 ans avant JC, mais pour y découvrir notre propre destinée : le passage de l’esclavage à la liberté, l’apprentissage de la Loi qui fait vivre. Quand nous lisons les prophètes, les psaumes, c’est pour entendre des croyants vivre ce que nous vivons.

Mais le cœur du récit qui fonde le Christianisme, c’est les 4 Évangiles. Ils ne nous parlent pas de Jésus seul, mais de Jésus avec ses disciples, de leurs relations avant et après Pâques. Que signifie pour nous « être disciples » de cet homme devenu le ressuscité ? Être avec lui, nouer avec lui une relation intime, annoncer ce qu’il annonçait, faire ce qu’il faisait… Pour y être fidèles, on ne peut que relire sans cesse les Évangiles avec cœur, avec foi, avec intelligence et honnêteté. Voilà pourquoi on ne saurait célébrer l’Eucharistie sans ouvrir le livre des évangiles. C’est ainsi que l’on retrouve la source. Lire et relire sans cesse… Pas seulement recevoir un message résumé en quelques formules, ni lire par procuration en laissant aux savants le soin de nous en faire un résumé… Mais lire avec ses propres yeux, entendre ce qu’on lit, avec sa propre expérience humaine et spirituelle. Lire non pour devenir savant mais pour nous laisser modeler, transformer par cette Parole, lire seul et en groupe afin de s’enrichir les uns les autres… Lire la Parole non parce que c’est un devoir, ni pour utiliser cette Parole pour ceci ou cela, ni pour lui demander des comptes mais simplement avec le désir de l’écouter, de la laisser nous interroger et peut-être nous mettre en crise… Avoir soif de cette Parole, l’aimer et la désirer…

2 – LE STATUT DE LA BIBLE DANS L’EGLISE

A / Auteur inspiré, Parole révélée

D.V n°11[1] : « Notre sainte Mère l’Église juge sacrés et canoniques tous les livres de l’AT et du NT puisque rédigés sous l’inspiration de l’Esprit Saint… Ils ont Dieu pour auteur… En vue de composer ces livres sacrés, Dieu a choisi des hommes… pour que dans le plein usage de leurs facultés et de leurs moyens, ils missent par écrit en vrais auteurs tout ce qui était conforme à son désir, et cela seulement ».

Dire ainsi de la Bible qu’elle est « Parole de Dieu » et « parole d’Homme » a conduit depuis longtemps à se poser la question de savoir la part qui revenait à Dieu et celle qui revenait à l’Homme.  A cette question, multiples furent les réponses et les impasses.

1° impasse : faire de l’Homme un « porte plume » écrivant ce que Dieu lui dicte ! Tout revient à Dieu.

2° impasse : faire de l’Homme celui qui écrit tout seul, l’Église décidant ensuite que c’est « inspiré de Dieu et exempt d’erreurs ». Tout revient à l’Homme.

L’inspiration ou possession par l’Esprit

L’Esprit de Dieu se présente dans la Bible comme une force mystérieuse qui peut s’emparer d’une personne, qui descend sur le prophète, qui emporte, et qui peut :

  • faire réaliser des prouesses physiques au service du peuple de Dieu : « L’Esprit de Dieu fondit sur Samson et sans rien avoir en main, Samson déchira le lion » (Jg 14,6) ;
  • faire réaliser des exploits guerriers : « L’Esprit de Dieu fondit sur Samson… et il tua 30 hommes » (Jg 14,19) ;
  • donner pouvoir de faire des miracles ;
  • donner pouvoir de prophétiser : « Levant les yeux, Balaam vit Israël… L’Esprit de Dieu vint sur lui et il prononça son poème » (Nb 24,2 ; cf Ex 11,24-25) ;
  • C’est l’Esprit qui est sur Jésus et le conduit à annoncer la Bonne Nouvelle à la synagogue de Nazareth (Lc 4,8). Poussé par l’Esprit, il part au désert (Lc 4,1), il va en Galilée (Lc 4,14) ;
  • À partir de la Pentecôte, l’Esprit tombe sur les païens que Pierre va baptiser (Ac 10,47), il éclaire les décisions des apôtres (Ac 13,2 ; 15,28), il guide les pas de Paul (Ac 16,7 ; 1Co 12,4).

En résumé, l’inspiration de l’Esprit est triple :

  • l’Esprit pousse à agir (c’est l’inspiration pastorale) ;
  • l’Esprit pousse à parler (c’est l’inspiration prophétique) ;
  • et en prolongement, l’Esprit pousse à écrire (c’est l’inspiration scripturaire).

La révélation, manifestation du Verbe

Parler de révélation, c’est parler de Parole, mais de la Parole telle que la concevait le monde juif.

  • La Parole (Dabar דבר en hébreu) est une force dynamique chargée de puissance. Elle désigne parole mais aussi action ou chose ;
  • La Parole divine est donc tout cela mais plus encore créatrice, féconde et efficace ;
  • La Parole est révélation : Dieu se révèle lui-même par sa Parole, il révèle à Israël le sens de son histoire, éclaire son peuple sur les étapes du plan divin et révèle même les temps derniers ;
  • Cette révélation n’est pas une somme de vérités abstraites ou un ensemble de doctrines. C’est la révélation de Dieu lui-même comme être vivant, personnel et agissant, créateur et sauveur, maître de l’Histoire.

Les porteurs de cette révélation sont les prophètes, les sages, les historiens et les écrivains Sacerdotaux. La révélation s’opère par la parole des prophètes mais également dans les événements de l’Histoire où Dieu se donne à connaître. Ainsi peut-on dire que les événements vécus par Israël et par l’Église primitive sont lieu de révélation car porteurs de sens. Et que ce soit parole de prophète ou d’autres, la médiation humaine est marquée par la personne, son histoire, son époque, sa culture, son style d’expression. Ainsi la révélation est la manifestation du Verbe, et l’inspiration le mouvement de l’Esprit, deux forces distinctes, mais complémentaires et inséparables. Les deux opèrent simultanément et harmonieusement.

B / Portée universelle, Parole pour tous

Comme Parole de Dieu, la Bible dépasse les limites de l’espace (d’où la légitimité du principe d’inculturation) et du temps (d’où la légitimité du principe d’actualisation). Elle dépasse les cultures dans lesquelles elle a été exprimée. Elle porte en elle la capacité de se propager dans les autres cultures, de façon à atteindre toute personne dans le contexte culturel où elle vit. Déjà dans ses textes, elle porte cette vocation à l’universel :

  • Mt 28, 18-20 : « Allez donc, de toutes les nations, faites des disciples » ;
  • Lc 24, 46-47 : « Ainsi était-il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait le 3° jour et qu’en son nom, le repentir en vue de la rémission des péchés serait proclamé à toutes les nations à commencer par Jérusalem » ;
  • 1 Co 12,13 : « Nous avons été baptisés en un seul Esprit pour ne former qu’un seul corps, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres ».

L’effort d’inculturation : cette démarche passe par plusieurs étapes :

  • Traduire le texte dans la langue du pays ;
  • Interpréter le message en rapport avec d’autres façons de vivre, de penser, de s’exprimer ;
  • Arriver ainsi à la formation d’une culture locale Chrétienne s’étendant à toutes les dimensions de l’existence : prière, travail, vie sociale, coutumes, réflexion philosophique et théologique.

Il s’agit d’une mutuelle fécondation :

  • Les richesses des cultures permettent à la Parole de Dieu de produire de nouveaux fruits ;
  • La parole de Dieu permet d’opérer un tri dans ce qu’apportent les cultures.

Bien comprise, cette dynamique permet d’éviter deux écueils :

* celui d’une interprétation superficielle du message ;

* celui de la fusion syncrétiste.

L’effort d’actualisation

+ Le message biblique a valeur pour toutes les époques ;

+ Il est nécessaire cependant d’appliquer le message aux circonstances présentes, dans un langage adapté ;

+ Il faut donc discerner ce qui relève des points essentiels du message et ce qui relève des conditionnements historiques. Cette démarche est possible grâce au dynamisme de la tradition vivante de la communauté de Foi. Celle-ci protège contre les interprétations aberrantes et assure la transmission du dynamisme originel ;

+ L’actualisation présuppose une exégèse correcte du texte qui en donne le sens littéral ;

+ Elle passe par l’interprétation de l’Écriture par l’Écriture (comme le NT interprète l’AT) ;

+ Elle demande une mise en rapport avec le ministère du Christ et de l’Église.

C – Problèmes d’interprétation

Parce qu’elle est née dans des communautés croyantes qui y reconnaissaient l’expression de la foi révélée à travers expériences humaines et événements de l’Histoire, et parce qu’elle fut confiée à l’Église en ses multiples communautés, la Bible est en quelque sorte le miroir dans lequel l’Église peut constamment redécouvrir son identité et vérifier, siècle après siècle, la façon dont elle répond sans cesse à l’Évangile. Ainsi revient-il à la Bible de susciter et nourrir la foi, mais également de guider la vie Chrétienne.

Encore faut-il pouvoir la lire et la comprendre ! Ce problème de la compréhension du texte biblique n’est pas nouveau, il ne date pas d’aujourd’hui. A Philippe qui lui demande s’il comprend ce qu’il lit, l’eunuque de la reine Candace répond : « … Et comment le pourrais-je si personne ne me guide ? » (Ac 8,31). En 2P 3,16, Pierre parle des lettres de Paul et précise : « Il s’y rencontre des points obscurs que les gens sans instruction et sans fermeté détournent de leur sens – comme d’ailleurs les autres écritures – pour leur propre perdition ». Cf. également les disciples d’Emmaüs.

C’est pourquoi il est tellement important de lire la Bible en Église, en communauté, afin qu’éclairé par ses pasteurs garants de la Foi et de la compréhension du Christ, et enrichi du regard de ses frères, chacun puisse avancer dans la compréhension de la Parole. C’est pourquoi l’Église insiste tant aujourd’hui sur la fréquentation des Éritures.

Aujourd’hui, la Bible est dans l’Église :

= Base privilégiée des études théologiques ;

= Parole vivante dans la liturgie, notamment la liturgie sacramentelle qui réalise l’actualisation la plus parfaite des textes bibliques, puisqu’elle situe la proclamation de la Bible au sein même de la communauté des croyants réunis autour du Christ ;

= Première source, fondement et norme de l’enseignement catéchétique visant à faire découvrir la vérité divine qu’elle contient et susciter ainsi la réponse de l’Homme au message que Dieu lui adresse par sa Parole ;

= Lieu où s’enracine l’exigence œcuménique puisque dans la Bible se trouve le fondement théologique d’une telle exigence : « Que tous soient un comme toi, Père tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 21).

Cette avancée positive a eu ces dernières décennies des conséquences positives :

  • Essor des études Bibliques et des groupes bibliques ;
  • Dialogue œcuménique facilité ;
  • Intérêt croissant pour la Bible chez les croyants ;
  • Place plus grande de la Bible dans la théologie et la catéchèse.

3 - QUE DIT St PAUL DE LA PAROLE ?

Le mot « Évangile » est utilisé comme contenu et comme puissance.

+ Comme contenu : 2Co 2,12 ; Rm 1,1. Objet de tradition, l’Évangile est proclamé, annoncé. Celui qui reçoit obéit à l’évangile, écoute, entend. Le contenu de l’évangile est décrit en 1 Co 15,1-3 : « Je vous rappelle, frères, l’évangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu… Je vous ai transmis tout d’abord ce que j’avais moi-même reçu, à savoir que le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures, qu’il a été mis au tombeau, qu’il est ressuscité le 3° jour selon les Écritures, qu’il est apparu à Céphas puis aux douze… » Ces événements sont porteurs de force de salut, concordent avec les Écritures et réalisent les promesses de l’Ancien Testament.

+ Comme puissance agissante de Dieu : Dieu est à l’œuvre dans l’évangile, l’Évangile est force de Dieu pour tout croyant. Cette efficacité réalise :

  • le salut : Rm 1,16
  • la vie nouvelle : 1 Co 4,15
  • l’espérance : Col 1,5
  • la paix, la plénitude, l’accomplissement : Eph 6,15

Ainsi, pour Paul, la parole est vivante. Elle retentit, elle circule, édifie, enseigne, elle est source de foi et de vie. Elle est nommée « Parole de Dieu », « Parole du Christ », « Parole de Vérité », « Parole de foi », « Parole de réconciliation ».

Cette Parole est Parole de Dieu et se distingue de la parole de sagesse qui renvoie aux discours philosophiques des Grecs. La Parole de Dieu est Parole de la Croix. Mais le discernement entre les deux n’est pas toujours facile à établir ! La 1° aux Corinthiens s’ouvre sur cette difficulté : « Car le Christ m’a envoyé annoncer l’Évangile, et cela sans la sagesse du langage pour que ne soit pas réduit à néant la croix du Christ… Car il est écrit : Je détruirai la sagesse des sages, et l’intelligence des intelligents, je la rejetterai. Où est-il, le sage ? Où est-il, l’Homme cultivé ? Où est-il, le raisonneur de ce siècle ? Dieu n’a-t-il pas frappé de folie la sagesse du monde ?… Alors que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse, nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens… » (1 Co 1,10 ss)

Pour Paul, la Parole de l’AT trouve en Jésus son accomplissement. L’Écriture nourrit la Parole de l’Évangile, la Parole de l’Évangile ressuscite l’Écriture. Elle atteint à la foi sa dimension universelle et sa pénétration au plus profond de chacun.

Enfin, Paul adresse l’évangile à tous et se démarque des religions à mystère qui réservent la révélation à des expériences indicibles et intransmissibles en dehors des initiés. Certes, lors d’une extase, il a fait l’expérience de paroles impossibles à répéter (2 Co 12,4) et il connaît le « parler en langue ». Mais il se garde d’en faire l’essentiel de la réception de l’Esprit. Il dit en 1 Co 14,19 : « Cinq paroles compréhensibles valent mieux que dix mille en langues ! »

4 - QUE DIT St JEAN DE LA PAROLE ?

Le VERBE : Jean attribue ce titre à Jésus et il y consacre l’introduction de son évangile : le prologue. C’est un hymne grandiose, un « porche majestueux » pour entrer dans le mystère du Christ. Ce VERBE traduit le mot grec « parole (λογος) ». Mais cette parole a une existence personnelle, sans même qu’il y ait une bouche pour la proclamer. Il est au commencement, quand rien n’existe que Dieu. Il est avec Dieu, il est Dieu. Tout ce qui existe est son œuvre et reçoit de lui vie et lumière. Cf. en Gn 1 : « Dieu DIT… ». Ce VERBE est une personne qui un jour dans le temps fut chair, membre de l’humanité. Et malgré le refus de l’humanité de le recevoir, rien ne put l’empêcher de demeurer parmi nous.

Pour Jean, l’Écriture est tendue vers l’événement pascal. Elle annonce et appelle cet événement. L’Écriture est donc en relation avec « l’heure » de Jésus. C’est donc la résurrection qui permet de comprendre les Écritures.

Et pour comprendre les Écritures, le rôle de l’Esprit est essentiel : « Le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom vous enseignera toutes choses et vous fera vous ressouvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14,26).

Ainsi, il faut l’événement de Pâques et l’Esprit pour lire les Écritures.

Jean pose sur l’Écriture un regard de croyant. Elle est ouverte sur Jésus à qui elle rend témoignage. Selon l’Écriture, Jésus devait se relever d’entre les morts (Jn 20,9) ; Philippe dit à Nathanaël : « Celui de qui il est écrit dans la loi de Moïse et dans les prophètes, nous l’avons trouvé, c’est Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth » (Jn 5,46). Pour Jean, la lecture de l’Écriture ouvre sur Jésus. Ne pas y trouver le Christ, c’est refermer l’AT sur lui-même. C’est ce qui se passe pour les Juifs. Les Écritures ne procurent la vie que si elles conduisent le lecteur vers celui pour qui elles témoignent, le Christ. L’Écriture témoigne que Jésus est venu, c’est un événement historique.

Pratiquement, Jean cite les Écritures accomplies en Jésus Christ :

  • « afin que l’Écriture fut accomplie… » (Jn 13,18) ;
  • « afin que fut accomplie la Parole écrite… » (Jn 15,25) ;
  • « …pour que l’Écriture fut accomplie » (Jn 17,2) ;
  • « …pour que fut accomplie la Parole… » (Jn 18,9) ;
  • « …pour que fut accomplie l’Écriture… » (Jn 19,24) ;
  • …etc…

À travers ces références à l’AT, Jean nous fait comprendre que les Écritures avaient prévu ce refus de croire des Juifs, refus qui conduisit Jésus à la mort. Elles nous aident à comprendre comment a été possible cette incroyance. Le serviteur souffrant maltraité, chargé volontairement de nos péchés, l’aveuglement des Hommes, les adversaires qui lèvent le talon contre Jésus, qui l’ont haï sans raison, ceux qui partagent ses vêtements et qui le transpercent sur la croix… Jésus accomplit donc les Écritures. Il n’a perdu aucun de ses disciples. C’est bien lui l’agneau, la lumière, le verbe, la source, le pain, le berger, la vigne… Jean donne ainsi un sens « chrétien » à ces figures et en retour, ces figures font mieux comprendre le mystère qui se révèle en Jésus.

5 – JESUS ET LES ECRITURES

Mt et Mc attribuent à Jésus des propos très clairs sur le lien entre ce qui lui arrive et les Écritures. De même, Luc insiste sur le rôle du Ressuscité expliquant les Écritures aux disciples d’Emmaüs et leur rappelant ce qu’il avait dit « quand il était avec eux ». La question que nous devons nous poser est de savoir comment Jésus a compris sa vie à la lumière des Écritures.

Pour cela, il importe de laisser à Jésus un avenir, une liberté lui permettant de faire face aux événements qui surviennent. Jésus ne dit pas à chaque événement : « … Je vous l’avais bien dit !!! » Ce qui arrive, Jésus ne l’a pas prédit, mais annoncé. Jésus annonce, comme un homme peut parler de « la tournure globale » que vont prendre les événements, sans en connaître les modalités exactes et précises. Son caractère divin se manifeste par la façon exceptionnelle qu’il a d’accueillir les événements et de réaliser avec eux sa mission. Jésus prévoit rapidement que les choses vont mal se terminer pour lui. C’est donc en toute lucidité qu’il prend la route vers Jérusalem. Son comportement est celui d’un prophète. Comme eux, il rencontre vite l’opposition à la suite de ses gestes prophétiques : dès le pardon des péchés du paralysé porté par le toit, puis après ses paroles sur le Sabbat… Jésus sait que ses gestes et ses paroles tombent sous le coup de la Loi juive et que pour cela, il est passible de mort. Pourtant, il va jusqu’au bout de sa mission, en sachant bien que la mort est au bout : il se dit l’époux qui sera bientôt enlevé à ses amis, il parle d’un baptême qui le remplit d’angoisse, il se compare au prophète qui doit mourir à Jérusalem, au Fils du propriétaire de la vigne qui sera tué hors de la vigne, il est la pierre rejetée par les bâtisseurs… Jésus emprunte toutes ces images aux Écritures et aux traditions anciennes de ces Écritures. Elles sont pour lui comme le lieu où il vérifie que ces événements qui lui arrivent sont conformes à la volonté de Dieu. Il y trouve la certitude d’être dans la lignée des prophètes annonçant la venue du Royaume. Mais la question se pose de savoir pourquoi cette venue se fait par un chemin douloureux, un chemin de mort ? Ce sont les Écritures qui permettront de relier le plan de Dieu aux événements brutaux de la vie de Jésus. Jésus relie son destin aux Écritures, leur donnant ainsi une nouvelle jeunesse, il accomplit ce que les prophètes avaient laissé ouvert. Sa mort est le sommet de l’œuvre de Dieu, l’accomplissement des promesses, le salut des hommes.

© Archidiocèse de Papeete - 2020

 


[1] Concile Vatican II, Constitution « Dei Verbum »

Commentaire des lectures du dimanche

Chers frères et sœurs, bonjour !

La page de l’Évangile d’aujourd’hui (cf. Mt 4,12-23) raconte le début de la prédication de Jésus en Galilée. Il quitte Nazareth, un village de montagne, et il s’établit à Capharnaüm, un centre important sur la rive du lac, habité en grande partie par des païens, carrefour entre la méditerranée et l’intérieur des terres de Mésopotamie. Ce choix indique que les destinataires de sa prédication ne sont pas seulement ses compatriotes, mais ceux qui arrivent dans la cosmopolite « Galilée des nations » (v.15 ; cf. Is 8,23), comme on l’appelait. Vue depuis la capitale Jérusalem, cette terre est géographiquement périphérique et religieusement impure parce qu’elle était pleine de païens, en raison du mélange avec ceux qui n’appartenaient pas à Israël. On n’attendait certainement pas de grandes choses de la Galilée, pour l’histoire du salut. En revanche, c’est précisément de là – précisément de là — que se diffuse cette « lumière » sur laquelle nous avons médité les dimanches précédents : la lumière du Christ. Elle se diffuse justement à partir de la périphérie.

Le message de Jésus reprend celui de Jean-Baptiste, en annonçant le « Royaume des cieux » (v.17). Ce royaume ne comporte pas l’instauration d’un nouveau pouvoir politique, mais l’accomplissement de l’alliance entre Dieu et son peuple, qui inaugurera un temps de paix et de justice. Pour conclure ce pacte d’alliance avec Dieu, chacun est appelé à se convertir, en transformant sa façon de penser et de vivre. Cela est important : se convertir, ce n’est pas seulement changer sa façon de vivre, mais aussi sa façon de penser. C’est une transformation de la pensée. Il ne s’agit pas de changer de vêtements, mais d’habitudes ! Ce qui différencie Jésus de Jean-Baptiste, c’est le style et la méthode. Jésus choisit d’être un prophète itinérant. Il ne reste pas à attendre les gens, mais il va à leur rencontre. Jésus est toujours sur la route ! Ses premières sorties missionnaires ont lieu le long des rives du lac de Galilée, au contact de la foule, en particulier des pêcheurs. Là, non seulement Jésus proclame la venue du Royaume de Dieu, mais il cherche des compagnons à associer à sa mission de salut. C’est en ce même endroit qu’il rencontre deux couples de frères : Simon et André, Jacques et Jean ; il les appelle en disant : « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes » (v.19). L’appel les rejoint en plein milieu de leurs activités quotidiennes : le Seigneur se révèle à nous non pas de façon extraordinaire ou éclatante, mais dans le quotidien de notre vie. C’est là que nous devons trouver le Seigneur, c’est là qu’il se révèle, qu’il fait sentir son amour à notre cœur ; et là — dans ce dialogue avec Lui au cours de notre vie quotidienne — il transforme notre cœur. La réponse des quatre pêcheurs est immédiate et prompte : « Eux, aussitôt, laissant les filets, le suivirent » (v.20). Nous savons en effet qu’ils avaient été des disciples de Jean-Baptiste, et que, grâce à son témoignage, ils avaient déjà commencé à croire en Jésus comme le Messie (cf. Jn 1,35-42).

Nous, chrétiens d’aujourd’hui, nous avons la joie de proclamer et de témoigner notre foi parce qu’il y a eu cette première annonce, parce qu’il y a eu ces hommes humbles et courageux, qui ont répondu généreusement à l’appel de Jésus. Sur les rives du lac, dans une terre impensable, est née la première communauté des disciples du Christ. Que la conscience de ces débuts suscite en nous le désir d’apporter la parole, l’amour et la tendresse de Jésus Christ dans chaque contexte, même le plus difficile et résistant. Apporter la Parole à toutes les périphéries ! Tous les espaces de la vie humaine sont un terrain où jeter la semence de l’Évangile, afin qu’elle porte un fruit de salut.

Que la Vierge Marie nous aide, par son intercession maternelle, à répondre avec joie à l’appel de Jésus, à nous mettre au service du Royaume de Dieu.

© Libreria Editrice Vaticana – 2017

 

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Date de dernière mise à jour : 2020-02-03