Pko 27.01.2019

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Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°05/2019

Dimanche 27 janvier 2019 – 3ème Dimanche du Temps ordinaire – Année C

Humeurs…

L’insurrection de la bonté

« La pauvreté se passe de brioche, la misère n’a pas de pain »   Charles Péguy

Il y a 65 ans l’Abbé Pierre lançait son appel en faveur des sans-logis… un message qui reste d’actualité ici aussi… même si l’on n’y meurt pas de froid… Ne comptons pas sur les autres… ne comptons pas sur les promesses politiques… il en va de la dignité de chacun de nous… levons-nous !

« Mes amis, au secours...

Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à 3 heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant-hier, on l'avait expulsée. Chaque nuit, ils sont plus de 2000 recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d'un presque nu. Devant l'horreur, les cités d'urgence, ce n'est même plus assez urgent !

Écoutez-moi ! En trois heures, deux premiers centres de dépannage viennent de se créer : l'un sous la tente au pied du Panthéon, rue de la Montagne Sainte Geneviève ; l'autre à Courbevoie. Ils regorgent déjà, il faut en ouvrir partout. Il faut que ce soir-même, dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s'accrochent sous une lumière dans la nuit, à la porte de lieux où il y ait couvertures, paille, soupe, et où l'on lise sous ce titre « centre fraternel de dépannage », ces simples mots : “Toi qui souffres, qui que tu sois, entre, dors, mange, reprends espoir, ici on t'aime”.

La météo annonce un mois de gelées terribles. Tant que dure l'hiver, que ces centres subsistent, devant leurs frères mourant de misère, une seule opinion doit exister entre hommes : la volonté de rendre impossible que cela dure. Je vous prie, aimons-nous assez tout de suite pour faire cela. Que tant de douleur nous ait rendu cette chose merveilleuse : l'âme commune de la France. Merci ! Chacun de nous peut venir en aide aux sans-abri. Il nous faut pour ce soir, et au plus tard pour demain : 5 000 couvertures, 300 grandes tentes américaines, 200 poêles catalytiques.

Déposez-les vite à l'hôtel Rochester, 92, rue de la Boétie ! Rendez-vous des volontaires et des camions pour le ramassage, ce soir à 23 heures, devant la tente de la montagne Sainte Geneviève.

Grâce à vous, aucun homme, aucun gosse ne couchera ce soir sur l'asphalte ou sur les quais de Paris ».

L’Accueil Te Vai-ete, avec tout ce que cela implique1 recherche un local ou un terrain pour demain !

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1   L’Accueil Te Vai-ete ce n’est pas seulement un repas chaque matin, c’est aussi les maraudes du mardi et du jeudi, les dépistages des MST tous les vendredi, l’accompagnement dans les démarches administratives, les activités pré-réinsertion, l’accompagnement dans la réinsertion… uniquement avec des bénévoles, des bienfaiteurs… sans subvention !

Laissez-moi vous dire…

21 au 27 janvier : Journées Mondiales de la Jeunesse à Panama

Politique et bénévolat : deux domaines accessibles aux jeunes

Ma voisine, une lycéenne, fille d’un de mes anciens élèves, m’a demandé : « Vous pourriez me conseiller pour préparer un exposé sur “Ressources énergétiques et développement durable : quels choix les jeunes proposent-ils ?” ; j’ai trouvé des MOOC1 intéressants mais j’aimerais avoir votre avis. »

Au cours de la guidance, j’ai découvert une lycéenne très motivée et très impliquée dans la politique relative à l’environnement et à la sauvegarde de la planète. Grâce au Net et aux MOOC j’ai constaté qu’elle est loin d’être la seule et que d’autres jeunes -lycéens ou jeunes travailleurs- utilisent intelligemment les outils numériques.

En fait, le choix de cette problématique est né à la suite d’un cours de géographie où le professeur avait proposé -entre autres documents- des extraits de l’Encyclique du pape François sur la sauvegarde de l’environnement : « Laudato Si ». Un enseignant d’un lycée public qui cite le Pape ! ? Ce n’est pas banal…

Le lien avec les JMJ à Panama m’a semblé évident. En effet le Souverain Pontife insiste beaucoup sur le rôle que peuvent jouer les jeunes pour contribuer au bien de la société, notamment dans deux domaines : la politique et le bénévolat.

Ces JMJ interviennent trois mois après le Synode des évêques sur la jeunesse, et quelques mois avant celui d’octobre prochain centré sur l’Amazonie. Panama est au cœur d’une région marquée par des troubles politiques et sociaux auxquels les jeunes sont confrontés. Et l’Amazonie est une région où les ressources naturelles et énergétiques sont convoitées et exploitées sans aucun respect des populations autochtones.

Notre jeune lycéenne, sans en avoir pleinement conscience -au départ-, a choisi un sujet éminemment politique et d’actualité qui peut déboucher sur des propositions de choix politiques qui engagent l’avenir de la jeunesse. Dans une démarche écocitoyenne elle envisage également des suggestions d’actions bénévoles en faveur d’un développement respectueux de l’avenir des populations océaniennes et de la planète Terre – « notre maison à tous », comme aime le répéter le Pape François-.

Dominique Soupé

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1   Terme admis par l’Education Nationale : MOOC = Massiv Open Online Courses [traduction : Cours en ligne ouvert et massif] ; ce sont des cours proposés sur le Net par des écoles ou des universités sous forme de courtes video complétées par des documents. On peut aussi trouver des SPOC = Small Private Online Course [traduction : Cours privé en ligne destiné à un petit groupe].

© Cathédrale de Papeete - 2019

En marge de l’actualité…

Qu’ils soient un

En cette semaine où les Chrétiens du monde entier sont invités à prier pour l’unité, l’occasion nous est donnée de prendre d’abord conscience de cette douloureuse réalité que constitue la division qui règne entre les disciples du Christ et ensuite de chercher comment réparer cette division. Si Jésus a prié pour que ses disciples soient un, comme le rapporte Jean dans son évangile (Jn 17,21), la division n’a pas tardé à briser cette unité dès les premiers siècles de l’Église. Différents d’ordre théologique, conflits de pouvoir, luttes politiques ne cessèrent de la mettre à mal au cours des siècles et de diviser les Chrétiens en de multiples Églises.

Pourtant, depuis le début du XXème siècle, face à la souffrance de cette division, des Chrétiens se sont levés pour prier et entreprendre une réflexion permettant un rapprochement entre Églises. Ce mouvement œcuménique donna lieu, lors du Concile Vatican II à un décret, « Unitatis redintegratio » encourageant la poursuite de cette recherche d’unité : « Une seule et unique Église a été instituée par le Christ Seigneur. Et pourtant, plusieurs communautés Chrétiennes se présentent aux hommes comme le véritable héritage de Jésus Christ… Une telle division s'oppose ouvertement à la volonté du Christ. Elle est pour le monde un objet de scandale et elle fait obstacle à la plus sainte des causes : la proclamation de l’Évangile. Or le Maître des siècles… a commencé en ces derniers temps de répandre plus abondamment dans les Chrétiens divisés entre eux l’Esprit de repentir et le désir de l’union. Très nombreux sont partout les hommes qui ont été touchés par cette grâce et, sous l’action de l’Esprit Saint, est né un mouvement… en vue de rétablir l’unité de tous les Chrétiens… et qu’on appelle le mouvement œcuménique » (« Unitatis redintegratio » n°1) Si nous voulons œuvrer pour cette unité des Chrétiens, à quoi nous invitent les Pères du Concile ?

D’abord à une conversion du cœur. Le désir d’unité ne peut partir que d’une conversion intérieure permettant l’humilité, la douceur dans le service, la fraternelle générosité à l’égard des autres. Le texte ajoute au n°7 : « Par une humble prière, nous devons donc demander pardon à Dieu et aux frères séparés, de même que nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés… Que les fidèles se souviennent qu’ils favoriseront l’union des Chrétiens, bien plus, qu’ils la réaliseront dans la mesure où ils s’appliqueront à vivre plus purement selon l’Évangile ».

Ensuite, nous sommes invités à prier, en assemblée et en privé pour l’unité des Chrétiens. Là se trouve l’âme de tout œcuménisme. Que les Catholiques s’associent pour prier avec les frères séparés. « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18,20) « De telles supplications communes sont assurément un moyen efficace de demander la grâce de l’unité et elles constituent une expression authentique des liens par lesquels les Catholiques demeurent unis avec les frères séparés » (« Unitatis redintegration » n°8)

Nous sommes également invités à mieux connaître l’état d’esprit de nos frères séparés : mieux connaître leur doctrine, leur histoire, leur culture propre pour ne pas juger mais mieux comprendre, avec loyauté et bienveillance.

Nous devons aussi être à même de bien connaître et de bien comprendre le contenu de notre propre foi afin de pouvoir en rendre compte clairement et dans sa totalité. Rien n’est plus étranger à l’œcuménisme que cette tentation d’altérer la pureté de notre foi ou de supprimer ce qui pourrait faire obstacle. Nous devons pouvoir exposer notre foi avec au cœur l’amour de la vérité, de la charité et de l’humilité.

Que cette semaine de prière pour l’unité des Chrétiens nous donne d’entrer plus avant dans ces dispositions, afin que chacun puisse se sentir responsable à son niveau de la réalisation de cette prière du Christ : « Que tous soient un » !

+ Monseigneur Jean Pierre COTTANCEAU

Archevêque de Papeete

© Archidiocèse de Papeete - 2019

J.M.J. de Panama

Le droit à l’avenir est un droit humain

Devant 700 autorités politiques, diplomatiques et civiles du Panama, le Pape a livré son premier discours, jeudi 24 janvier, au Palais de la Chancellerie dans le centre historique de Panama City.

Monsieur le Président,

Distinguées Autorités,

Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie, Monsieur le Président, pour vos paroles de bienvenue et pour votre aimable invitation à venir visiter cette nation. Je désire saluer en votre personne et remercier tout le peuple panaméen qui, de Darien à Chiriqui et Bocas del Toro, a accompli des efforts sans mesure pour accueillir tant de jeunes provenant de toutes les parties du monde. Merci de nous ouvrir les portes de votre maison.

Je commence mon pèlerinage en ce lieu historique où Simon Bolivar, affirmant que « si le monde devait choisir une capitale, l’isthme de Panama serait désigné pour être cette auguste destination », appela les leaders de son temps pour forger le rêve de l’unification de la Grande Patrie. Appel qui nous aide à comprendre que nos peuples sont capables de créer, forger et surtout rêver une grande patrie qui sache et puisse héberger, respecter et embrasser la richesse multiculturelle de chaque peuple et culture. Suivant cette inspiration, nous pouvons contempler Panama comme une terre d’appel et de rêves.

1. Une terre d’appel

C’est ainsi que l’a présentée le Congrès Amphictyonique, et c’est aussi ce que fait voir aujourd’hui le débarquement de milliers de jeunes qui portent avec eux le désir et l’envie de se rencontrer et de célébrer.

Votre pays, par sa position privilégiée, est devenu une enclave stratégique non seulement pour la région mais aussi pour le monde entier. Pont entre les océans et terre naturelle de rencontres, Panama, le pays le plus étroit de tout le continent américain, est le symbole du développement durable qui naît de la capacité à créer des liens et des alliances. Cette capacité constitue le cœur du peuple panaméen.

Chacun de vous a un rôle particulier dans la construction de la nation et est appelé à veiller à ce que cette terre puisse accomplir sa vocation à être une terre d’appels et de rencontres ; cela implique la décision, l’engagement et le travail quotidien pour que tous les habitants de ce sol aient l’opportunité de se sentir acteurs de leur destin, de leurs familles et de toute la nation. Il est impossible de penser l’avenir d’une société sans la participation active – et non seulement théorique – de chacun de ses membres, en sorte que la dignité se voit reconnue et garantie par l’accès à une éducation de qualité et la promotion d’emplois dignes. Ces deux réalités possèdent la force d’aider à reconnaître et valoriser le génie et le dynamisme créateur de ce peuple et, par ailleurs, elles sont le meilleur antidote à tout type de tutelle qui prétendrait réduire la liberté et soumettre ou supprimer la dignité civile, plus particulièrement celle des plus pauvres.

Le génie de ces terres est marqué par la richesse de ses peuples d’origine : bribi, buglé, embera, kuna, nasoteribe, ngäbe et waunana, qui ont tant à dire et à rappeler à partir de leurs cultures et de leur vision du monde : je leur adresse mes salutations et ma gratitude. (…) Etre terre d’appel suppose de célébrer, reconnaître et écouter ce qu’il y a de particulier en chacun de ces peuples et chez tous les hommes et les femmes qui constituent le visage panaméen, et c’est oser tisser un avenir d’espérance ; car c’est seulement si on est capable de défendre le bien commun par-dessus les intérêts de quelques-uns ou pour quelques-uns qu’existe la ferme décision de partager avec justice ses biens.

Les nouvelles générations, par leur joie et leur enthousiasme, par leur liberté, leur sensibilité et leur capacité critique demandent aux adultes, mais spécialement à tous ceux qui ont un leadership dans la vie publique, de mener une vie conforme à la dignité et à l’autorité qu’ils revêtent et qui leur ont été confiées. C’est une invitation à vivre avec rigueur et transparence dans la responsabilité concrète pour les autres et pour le monde ; mener une vie qui montre que la fonction publique est synonyme d’honnêteté et de justice, et antinomique avec toute forme de corruption. Ils réclament un engagement où tous – à commencer par ceux que nous appelons chrétiens – nous ayons l’audace de construire « une politique authentiquement humaine » (Const. past. Gaudium et spes, n°73) qui mette la personne au centre comme le cœur de tout, lequel pousse à créer une culture de plus grande transparence chez les pouvoirs publics, le secteur privé et toute la population, comme le demande cette belle prière que vous avez pour la patrie : « Donne-nous le pain de chaque jour : que nous puissions le manger chacun dans sa maison et avec une santé digne d’êtres humains ».

2. Terre de rêves

Ces jours-ci, Panama ne va pas être rappelé seulement comme centre régional et point stratégique pour le commerce et le passage de personnes ; elle va se changer en un « hub » de l’espérance. Point de rencontre où des jeunes provenant des cinq continents, remplis de rêves et d’espérances, vont célébrer, se rencontrer, prier et raviver le désir et leur engagement pour créer un monde plus humain. Ils vont mettre au défi les regards myopes à court terme qui, tentés par la résignation, l’avidité, ou prisonniers du paradigme technocratique, croient que le seul chemin possible passe par « le jeu de la compétitivité, [de la spéculation] et de la loi du plus fort, où le puissant mange le plus faible » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n°53), fermant le lendemain à une nouvelle imagination de l’humanité. En accueillant les rêves de ces jeunes, Panama devient une terre de rêves qui défie beaucoup de certitudes de notre époque et génère des horizons de vie qui indiquent une nouvelle manière de marcher avec un regard respectueux et plein de compassion sur les autres. Durant ce temps nous serons témoins de l’ouverture de nouveaux canaux de communication et de compréhension, de solidarité, de créativité et d’aide mutuelle ; des canaux à dimension humaine qui stimulent l’engagement et rompent l’anonymat et l’isolement en vue d’une nouvelle manière de construire l’histoire.

Un autre monde est possible, nous le savons et les jeunes nous invitent à nous impliquer dans sa construction pour que les rêves ne tombent pas dans l’éphémère ou l’éthéré, mais pour qu’ils stimulent un pacte social dans lequel tous puissent avoir l’opportunité de rêver un lendemain : le droit à l’avenir est aussi un droit humain.

Les paroles de Ricardo Miró, chantant le terroir de ses amours, semblent prendre corps dans cet horizon ; il disait :

Pourquoi en te voyant, Patrie, on disait

que la volonté divine t’a formée

parce que sous le soleil qui t’éclaire

l’Humanité entière se réunira

(Patria de mis amores).

Je vous renouvelle mes remerciements pour tous ce que vous avez fait pour que cette rencontre soit possible, et je vous exprime, Monsieur le Président, à toutes les personnes ici présentes et à celles qui suivent à travers les moyens de communication, mes vœux les meilleurs d’une espérance renouvelée de joie dans le service du bien commun.

Que Santa Maria La Antigua bénisse et protège le Panama.

© Libreria Editrice Vaticana – 2019

66eme Journée mondiale des lépreux

Situation de la lèpre en Polynésie française

EvolutionlepreFigure : Évolution de l’endémie de lèpre en Polynésie française entre 1983 et 2018

La lèpre est une maladie bactérienne curable à déclaration obligatoire en Polynésie française (arrêté ministériel du 7 février 1911). La lèpre est devenue hypo endémique en Polynésie française depuis 1991, avec une prévalence inférieure à 1/10 000 habitants, définie comme seuil d’élimination de la lèpre en tant que problème de santé publique par l’Organisation Mondiale de la Santé. Le programme de lutte contre la lèpre est limité principalement au traitement des nouveaux cas par des antibiotiques spécifiques (pendant 6 mois à 2 ans), le dépistage des sujets contacts des cas déclarés et le maintien de l’expertise sur cette maladie par le service CCSMIT.

Le nombre de nouveaux cas détectés en Polynésie française à la fin de décembre 2018 est de 5 personnes (4 hommes âgés de 33 à 60 ans et une petite fille de 9 ans). Aucune rechute n’a été constatée en 2018. À la fin de décembre 2018, 10 patients (tous multibacillaires) étaient encore sous polychimiothérapie.

Grâce à l’aide apportée par l’ordre de Malte ces dernières années, la prise en charge des patients souffrant de lèpre a été notablement améliorée. Le financement des cartes de bus pour le transport des patients économiquement défavorisés vers le centre de consultation spécialisée, l’aide alimentaire mensuelle en cas de nécessité, les lunettes de soleil, la prise en charge des produits mal ou non remboursés par la CPS (vitamine B6, crème réhydratant, savates adaptées,…) ont facilité le quotidien des patients. L’aide alimentaire s’est traduite notamment par un regain de poids significatif chez certaines personnes malnutries. Cette collaboration fructueuse est à poursuivre dans l’intérêt des patients.

Dr NGUYEN Ngoc Lam

© Nguyen Ngoc Lam – 2019

Ordre de Malte en Polynésie

Interventions en 2018

En 2018, l’Ordre de Malte France a ouvert une aide d’un montant de 20 000 € (2 386 640 xfp) pour les patients et anciens patients atteints de lèpre en Polynésie et en grande précarité.

L’ordre de Malte – Polynésie peut ainsi intervenir aussi bien auprès des personnes d’Orofara (4) que des patients suivis par le Dr Lam N’Guyen du C.H.P.F du Taaone.

Cette aide est dispensée par le Dr Lam et l’infirmier Stéphane. Elle est pour l'heure essentiellement alimentaire, plus des pommades, vitamines et des cartes pour le transport pour venir à la consultation à l'hôpital.

Le contenu du sac/panier alimentaire a été défini par l’infirmier Stéphane de manière à être le plus équilibré possible. La valeur moyenne d’un panier est de 4 000 xfp, financer par l’aide de l’Ordre de Malte France et l’apport des collectes locales.

En 2019, un projet de bon d’achat de légumes dans les grandes surfaces doit être mis en place pour compléter le dispositif.

66eme Journée mondiale des lépreux

La Lèpre en Polynésie française en 1905

Voici une description de la situation de la Lèpre en Polynésie française telle que décrite en 1905 par le Dr A. Kermorgant dans les Annales d’hygiène et de médecine coloniales.

Établissements français de l’Océanie

Nos établissements de l’Océanie, composés d’une centaine d’îles, comprennent : les archipels de la Société, des Marquises, des Tuamotus et des Gambiers, les îles Tubuai, Raivavae, Rapa et le protectorat des îles Rurutu et Rimatara.

La lèpre règne dans toutes ces îles depuis une époque que l’on ne peut préciser, mais qui doit être fort ancienne, car on trouve dans la langue maôri un mot pour la désigner, kovi aux Marquises, Oovi à Tahiti.

Quelques personnes attribuent l'importation de Ia maladie à des Chinois ; mais les missionnaires, qui les ont précédés de longue date, affirment que la lèpre existait dans nos établissements bien ayant l'arrivée des Célestes.

LepretahitiTahiti.

La lèpre est très fréquente à Tahiti ; il y a quarante ans, on comptait déjà quatre Européens contaminés, rien qu'au chef-lieu, Papeete.

Toutes les formes y sont également communes et il n'est pas rare de voir des enfants indigènes de 5 à 9 ans porteurs de la terrible maladie.

Les lépreux circulent librement, les Tahitiens n'éprouvant aucune répugnance à vivre avec eux.

Il est incontestable que la lèpre a fait de rapides progrès depuis une vingtaine d'années ; aussi les autorités locales se sont-elles émues à différentes reprises de la recrudescence de la maladie. En 1891, on nommait une commission chargée d'indiquer les mesures prophylactiques à prendre ; un projet d'arrêté pour l'internement des lépreux fut élaboré ; les ressources pécuniaires ayant fait défaut, il n'y fut pas donné suite.

En 1895, en présence des progrès croissants de la maladie, le service médical proposa d'isoler les lépreux de nos établissements à l’île Masse du groupe de Marquises, mais ce projet ne fut pas adopté. Il régnait d'ailleurs un doute dans l'esprit de certains conseillers généraux au sujet de la contagiosité de la lèpre ; quelques-uns la niaient complètement et citaient à l'appui de leur dire des cas de longue cohabitation entre conjoints, dont l'un était lépreux, sans que l'autre le soit devenu. Il n'est pas surprenant que, dans ces conditions, l'on n'ait pas voté les crédits nécessaires pour l'isolement de ces malades.

Aujourd'hui, la colonie effrayée des progrès toujours croissants de la lèpre, non seulement sur les indigènes, mais aussi sur les métis el les Européens, sollicite du Département de lui indiquer les mesures à prendre eu vue d'enrayer le fléau.

Îles Marquises

La lèpre prenait déjà une telle extension aux Marquises, il y a une trentaine d'années, que, dès 1874, on s'occupa des moyens d'empêcher sa diffusion, en créant dans cet archipel, à Puamau, une léproserie, qui fut abandonnée au bout de quelques mois, sous prétexte qu'elle entrainait des dépenses trop élevées.

Les marquisiens, lépreux ou non, ont, il faut bien le dire, toujours protesté contre l'internement, aussi est-ce avec joie qu'ils virent fermer la léproserie de Puamau ; depuis cette époque, ils évitent autant que possible de se montrer aux médecins. La lèpre ne les effraye pas, parce que c'est une maladie qui ne les fait mourir qu'à longue échéance. Les indigènes n'éprouvent aucune répugnance pour les lépreux, qui, aussi bien vus que les autres, trouvent femme très facilement. Ils n'hésitent pas à manger avec eux et à les laisser plonger dans le plat commun leurs mains mutilées et ulcérées.

Depuis 1882 jusqu'à ces dernières années, les lépreux des trois iles du groupe du Sud-Est des Marquises avaient été réunis par les soins de l'Administration, dans des endroits isolés du reste de la population, avec laquelle ils ne communiquaient que pour recevoir la nourriture que leur apportaient leurs parents. Leurs cases avaient été construites par les indigènes sous la surveillance des chefs de poste. Quant aux lépreux des trois iles du groupe du Nord-Ouest, qui étaient très peu nombreux, ils n'ont jamais été isolés.

Depuis quelques années, l'Administration s’est relâchée dans ses mesures d'isolement ; aussi les lépreux circulent-ils en toute liberté.

Ces léproseries partielles ont donné de bons résultats au, Marquises, parce que, contrairement à ce qui se passe en Nouvelle-Calédonie, les malades avaient été internés dans d’immenses vallées d'un abord difficile, mais qui leur permettaient cependant de subvenir à leurs principaux besoins. Ils jouissaient ainsi d'une liberté relative et étaient plus heureux que dans une léproserie.

La lèpre anesthésique est la plus commune aux Marquises, la tuberculeuse est loin cependant d'être rare ; elle semble plus commune chez les Européens, qui commencent à être sérieusement atteints.

Nous ne sommes pas très bien renseignés sur le nombre des lépreux résidant dans nos Établissements ; un quinzième des habitants serait, dit-on, actuellement atteint de lèpre.

© Annales d’hygiène et de médecine coloniales - 1905 

Commentaire des lectures du dimanche

À l’origine était le Verbe. Au commencement était la Parole, car Dieu dit et cela fut. Le Seigneur a tout créé par sa Parole et en dehors d’elle rien n’existe. Pas de véritable commencement donc sans une proclamation de la Parole de Dieu. C’est bien ce qu’illustrent, en se répondant, les deux commencements présentés par la liturgie de ce dimanche. Le 1er commencement évoqué par le livre de Néhémie est celle du judaïsme après la terrible période de l’exil à Babylone au VIe siècle avant Jésus-Christ. Il s’agit de restaurer le culte du Dieu d’Israël à Jérusalem en lien avec la reconstruction du Temple et la restauration politique du peuple élu. Et ce commencement prend la forme d’une proclamation solennelle de la Loi de Moïse, des cinq livres qui forment la Torah, devant l’assemblée. A ce moment solennel correspond un autre commencement, celui de l’évangile selon saint Luc qui est suivie de la 1re prédication de Jésus : celle-ci a lieu dans la petite bourgade de Nazareth et est donc beaucoup moins éclatante que la précédente : pourtant, dans sa simplicité, elle est en réalité beaucoup plus décisive.

Proclamation de la Parole de Dieu qui annonce un commencement et qui est efficace. Elle crée en disant, elle produit des effets. Or, ces effets sont étonnamment divers voire contraires. Néhémie précise que les auditeurs « pleuraient tous en entendant les paroles de la Loi » et celui-ci de les inviter à ne pas prendre le deuil. Car chez lui, cette proclamation produit la joie et il invite l’assemblée à se réjouir et à entrer dans la joie de Dieu. Il en est de même dans l’évangile si on lit la suite de notre passage : l’assemblée de Nazareth est d’abord dans l’admiration devant la parole de Jésus puis subitement bascule vers le soupçon et enfin le rejet. Mais quelle est donc cette parole qui peut provoquer en même temps ou presque des sentiments si contraires ? Comment se fait-il que la Parole de Dieu puisse apporter joie et tristesse, provoquer attachement et rejet ?

C’est que la Parole de Dieu est plus incisive qu’un glaive à deux tranchants (He 4,12). Son premier tranchant est libérateur : il est la communication de la proximité de Dieu. Après les 70 ans de déportation à Babylone, le peuple s’est interrogé sur l’éloignement ou l’absence apparente de Dieu, sur son silence. Et voici que Dieu parle à nouveau par l’Écriture proclamée. Dieu se fait de nouveau proche de son peuple et le bénit. Il donne une parole qui est le signe de sa présence. Mais ceci n’est qu’un avant-goût. Car dans l’évangile, nous assistons à un sommet de proximité : sa parole a pris la forme d’une humanité, celle de Jésus de Nazareth. Le Christ est le Verbe fait chair que nous avons accueilli à Noël : il incarne lui-même la proximité de Dieu puisqu’il est désormais avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde. En Jésus, Dieu s’est approché et s’est fait notre prochain. La proximité de Dieu n’est plus seulement audible ; elle devient visible. La Parole est une personne. Voilà le cœur de la bonne nouvelle annoncée par le prophète Isaïe et que Jésus vient accomplir. En lui s’accomplit l’Écriture : il est le Christ qui a reçu l’onction du Père au baptême et qui nous verse la joie de Dieu. Désormais, c’est définitif : la joie de Dieu est notre rempart et rien ne pourra plus nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ. La joie dont parle Néhémie n’est qu’un maigre apéritif devant le festin des noces de l’Agneau. Maintenant cette joie demeure pour toujours.

Mais d’où vient donc cette tristesse chez le peuple d’Israël puis cette révolte chez les habitants de Nazareth ? Elle vient de notre cœur qui est comme sommé de se positionner face à cette bonne nouvelle : c’est le 2e tranchant du glaive de la Parole de Dieu. Le Dieu qui s’approche est caché mais il est le Dieu saint qui ne peut pas laisser indifférent. Sa parole touche le cœur et invite à se tourner vers lui. Elle peut alors provoquer la tristesse car notre péché est dévoilé : entrer dans la joie de Dieu demande de quitter mes tristesses auxquelles je suis finalement si attaché, dans lesquelles je me complais tant car je peux me plaindre. Elle peut aussi conduire au rejet car l’orgueil en moi est le plus fort et je pense que je n’ai pas besoin de Dieu et de sa proximité pour trouver la joie et être heureux. La Parole de Dieu démasque et bouscule mais elle ne s’impose pas ; elle ne me réduit pas au silence. Je dois répondre. Et ne pas répondre, c’est toujours répondre, par la négative et m’enfermer dans mon mutisme ou ma révolte. La tristesse et la révolte ne viennent donc pas de la Parole de Dieu mais de mon cœur qui est dévoilé par elle : elle met au jour ce qui était caché en moi.

Voilà donc une alternative pour nous en ce dimanche : comment nous situons-nous devant la Parole de Dieu ? La laissons-nous entrer dans notre cœur et nous donner la joie d’un nouveau commencent ? Ou bien décidons-nous de fermer nos oreilles et donc de rester dans notre routine marquée par l’isolement et la tristesse ? Voulons-nous être des « serviteurs de la Parole » comme dit saint Luc ou d’éternels frustrés ? En ouvrant notre cœur au Christ, nous entrons en même temps dans l’expérience de faire partie de son corps. Car de même que Jésus a reçu l’Esprit au baptême, ainsi nous-mêmes analogiquement par notre baptême : nous avons tous été baptisés en un seul Esprit pour former un seul Corps, le Corps du Christ. Et la Parole de Dieu nous aide à prendre notre juste place dans ce corps. Si Dieu se fait proche de nous, c’est afin que nous-mêmes soyons proches les uns des autres. On ne peut être proche du Christ sans l’être de ses frères. Et cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens nous le rappelle : nous ne pouvons nous satisfaire des divisions qui traversent le corps que nous formons. Nous devons sans cesse invoquer l’Esprit de Jésus pour que sa Parole forme entre nous l’unité que le Père désire. Car l’unité que nous désirons et demandons est un don : elle ne peut donc venir que d’une écoute priante et assidue de la Parole de Dieu, seule apte à créer un commencement hors de nos séparations.

Au fond la Parole de Dieu est salutaire même dans la tristesse qu’elle peut dévoiler. L’écoute de la parole testamentaire de Jésus « que tous soient un » (Jn 17,21) ne peut en effet que nous plonger dans la tristesse du non-accomplissement de cette parole à cause de nos fautes. Eh bien, qu’elle nous réveille, frères sœurs, qu’elle nous fasse demander la joie complète que Jésus a promise. Ne nous lassons jamais de commencer toujours.

F. Jean-Alexandre de l’Agneau, ocd

© Asso. Carmel.org - 2016

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Date de dernière mise à jour : 2019-01-28