Pko 28.07.2019

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Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°37/2019

Dimanche 28 juillet 2019 – 17ème Dimanche du Temps ordinaire – Année C

Humeurs…

Tehau Théodore… réveilleras-tu notre conscience ?

Jeudi soir, alors que le Truck de la Miséricorde était en maraude, place Vaiete, un homme se mourrait. Pompiers et SAMU sont intervenus sans pouvoir rien faire… il était trop tard… Tehau Théodore, 48 ans, s’en est allé définitivement vers la maison du Père… lui qui dormait et vivait dans la rue…

C’est la cinquième personne en grande précarité et à la rue qui décède cette année ! Tous, à l’exception de John (78 ans), avaient moins de 50 ans. Il paraît que la « misère » est moins douloureuse sous le soleil !!!

Qu’est devenu la solidarité polynésienne en ce 21ème siècle ? …

Demain, Théodore aura peut-être droit à un entrefilet dans les médias… mais durant son errance dans les rues de la ville… existait-il pour quelqu’un ? Avons-nous perdu tout sens d’humanité… pour qu’un homme puisse mourir dans nos rues dans l’indifférence ?

Qui reprendra le flambeau du prophète Isaïe : « Le jeûne qui me plaît, n’est-ce pas ceci : faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs ? N’est-ce pas partager ton pain avec celui qui a faim, accueillir chez toi les pauvres sans abri, couvrir celui que tu verras sans vêtement, ne pas te dérober à ton semblable ? » (Is 58,6-8)

Théodore seras-tu le « SDF » mort dans nos rues qui réveillera nos consciences ? Seras-tu le « SDF mort » de trop ? Ou ne seras-tu qu’un petit émoticon sur facebook marqué d’une larme ou un petit commentaire « RIP » !

Qu’avons nous fait de notre humanité ?

Laissez-moi vous dire…

Vendredi 2 août 2019 : Cérémonie d’investiture des « katekita »

Le Katekita : un phare ? ou un tô’ere retentissant ?

Je me souviens, j’avais 13 ans, je venais d’être opéré des yeux… Pendant l’opération - qui se déroulait sous anesthésie locale - j’entendais le médecin discuter avec les religieuses infirmières, il commentait le concert de la veille donné par le Père Duval ! Et moi je me disais : est-ce que je vais rester aveugle ou non ? Ce fut ma hantise pendant trois jours durant lesquels je suis resté dans le noir. C’est ainsi que j’ai découvert combien nos sens s’adaptaient très vite quand l’un [en l’occurrence, la vue] venait à faire défaut. Ainsi j’étais sensible aux moindres bruits : la cloche lointaine de la chapelle me rythmait les heures ; les bruits dans le couloir… Et quand Maman venait me rendre visite avec ma petite sœur je m’amusais à reconnaitre au toucher quelle robe elle portait. Quel bonheur lorsqu’on m’a enlevé le bandeau et que j’ai revu la lumière ! Et en plus ma vue s’est nettement améliorée passant de trois dixièmes à huit dixièmes !

Une telle expérience m’a souvent amené à méditer sur l’état dans lequel les gens peuvent se trouver à cause de l’ignorance, de la pauvreté, d’un drame, d’un deuil … de l’incertitude du lendemain. Et dans presque tous les cas, il s’agit d’un déficit d’espérance. Comment pallier ce déficit ?

Les missionnaires ont souvent été confrontés à des populations désespérées ou fatalistes, acceptant leur état de vie sans savoir comment peser favorablement sur son amélioration. L’idée d’ouvrir une école des katekita, certes inspirée par l’Esprit-Saint, est sans doute le fruit d’une réflexion cherchant à trouver un compromis entre l’insuffisance du nombre de prêtres et le nombre de communautés - notamment îliennes - à soutenir et dynamiser tout au long de l’année entre deux visites pastorales.

La réouverture de cette école, il y aura 50 ans l’année prochaine, a été un véritable « pari pastoral ». Allait-on trouver suffisamment de candidats ayant les compétences requises pour mener à bien cette mission de katekita ? Le pari a été en partie gagné si l’on en juge par la vitalité de la pratique religieuse au sein des diverses amuiraa.

Toutefois le contexte actuel de ces communautés est très différent de celui qui a conduit à l’ouverture de l’école des katekita. Les États Généraux des katekita ont obligé à une relecture des rôles, attributions et charges à confier aux tavini ta’a’ê, tauturu katekita et katekita. Il en va de même quant au regard porté par les fidèles sur ces différents « serviteurs » ! Dans la mentalité des « catholiques de base » on a établi une hiérarchie à trois niveaux, et pour certains il y aurait même un quatrième niveau : celui des tiatono. Le passage d’un « grade » à l’autre se faisant d’une part « à l’ancienneté », et d’autre part « au mérite ». La cérémonie dite « d’investiture » n’est pas étrangère à ce mode de représentation. Le katekita, dans les îles isolées, devenant un des notables au même niveau que le tavana, l’infirmier ou l’instituteur !

Or la charge pastorale confiée est bien plus que celle d’un simple « chef de prière ». Être tavini ou katekita dans une communauté, un village, une île en souffrance, n’est ni une récompense, ni un toroa. Certes il faut assurer la prière quotidienne, veiller à la pratique dominicale, préparer la réception des sacrements, mais est-ce l’essentiel ?

Me reviennent trois passages de la parole de Dieu ;

Le premier : « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, comment lui rendre de la saveur ? … Vous êtes la lumière du monde. » (Matthieu 5,13-14)

Le second : « partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable ? Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront vite. (…) Si tu fais disparaître de chez toi le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante, si tu donnes à celui qui a faim ce que toi, tu désires, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera lumière de midi. » (Isaïe 58,7-10)

Le troisième : « s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante [un tô’ere qui résonne]. » (1 Corinthiens 13,1)

À l’heure actuelle un grand nombre d’hommes, de femmes, d’enfants semblent être dans une certaine obscurité. Leur vie est rythmée par des « faux bonheurs », une recherche de plaisirs qui ne rendent pas heureux mais qui conduisent à l’envie, la jalousie et souvent la violence. Ce contexte nécessite un discernement de la part des katekita et une intervention plus ciblée et appropriée qu’un simple purera’a bien dirigé et bien animé.

Souvent nous sommes étonnés par l’éducation donnée par nos frères et sœurs des Saints des Derniers Jours, leur rigueur morale et leur constance dans l’effort. Il nous arrive d’admirer nos cousins, Témoins de YHWH, qui vont par deux ou trois de maison en maison… Et nous, catholiques ? que faisons-nous confinés dans nos églises, nos chapelles… ? Plus que jamais il nous faut écouter l’Exhortation de notre Saint Père François : « Nous sommes appelés à être une Église en sortie, en mission. Une Église missionnaire, non enfermée dans nos conforts et nos schémas, mais qui sort à la rencontre de l’autre. Église samaritaine, miséricordieuse, en attitude de dialogue, d’écoute. Chaussez vos baskets, sortez, avec le maillot du Christ et jouez pour vos idéaux. Allez avec Lui soigner les blessures de tant de nos frères couchés au bord du chemin, allez avec Lui semer l’espoir dans nos villages et dans nos villes, allez avec Lui pour renouveler l’histoire. » [Message vidéo de Pape François aux jeunes d’Argentine, 27 mai 2018]

Le katekita retrouvant son véritable rôle de serviteur et de pasteur [passeur d’âmes] est à la fois ce phare qui éclaire et guide au milieu des dangers, ce signe d’espérance qui réconforte, console, apaise, pacifie… Mais il peut être aussi ce tô’ere qui appelle, rassemble, réjouit la communauté. Il demeure le lien pastoral entre le peuple de Dieu, le prêtre et l’unique Pasteur qu’est le Christ.

Confions au Bienheureux Peter To Rot (*), patron des katekita, nos prières pour soutenir et guider nos katekita responsables de communautés.

Dominique Soupé

(*) Peter To Rot est devenu catéchiste en 1933, dès l’âge de 21 ans, véritable bras droit du Père Emilio Jakobi, Missionnaire du Sacré-Cœur de Jésus, curé de Rakunai, village situé dans les collines proches de Rabaul, capitale de Papouasie-Nouvelle-Guinée. En 1942, les Japonais occupent le pays. Les missionnaires et le personnel des missions sont emprisonnés dans des camps de concentration. Pour s’assurer le soutien des chefs locaux, les Japonais réintroduisent la pratique de la polygamie. Peter élève la voix pour défendre le caractère sacré du mariage et son importance dans le plan de Dieu. À Noël 1944, il est arrêté et emprisonné dans un camp de concentration. Dans la nuit du 7 juillet 1945, un médecin japonais accompagné de deux fonctionnaires l'a tué par injection mortelle. Martyr de la foi et de la défense du mariage, le catéchiste Peter To Rot, « un mari dévoué, un père aimant et un catéchiste convaincu », a été béatifié par le pape Jean-Paul II le 17 janvier 1995.

© Cathédrale de Papeete – 2019

En marge de l’actualité…

Regard sur juillet 2019

Ce mois de Juillet qui s’achève bientôt fut un mois fertile en évènements dans la vie de notre diocèse. En effet, plusieurs temps forts ont été ou seront vécus, manifestant une vitalité certaine de notre Église.

Ce sont d’abord les écoles de la Foi qui rassemblent cette année près de 700 personnes venues de tout le diocèse pour approfondir leur foi, améliorer leurs connaissances, se former aux diverses responsabilités qu’ils seront amenés à prendre dans leur paroisse une fois leur formation terminée. Le fait que beaucoup ont pris leur mois de vacances pour cela témoigne du sérieux qu’ils accordent à cette expérience communautaire de formation et témoigne également de cette foi qui les anime et qu’ils veulent mettre au service de l’Église là où ils vivent.

Ce fut ensuite les Journées Diocésaines des Jeunes, du 14 au 21 Juillet d’abord dans les paroisses d’accueil, ensuite à Tibériade à partir du 18 Juillet. Près de 1 000 jeunes venus de tous les archipels du diocèse et leurs accompagnateurs s’étaient donné rendez-vous. Ce temps passé à Tibériade fut l’occasion de temps de prière et d’adoration, de réflexion, de témoignages : c’est ainsi qu’ils purent bénéficier d’une intervention de Mme la Ministre de l’éducation, de la jeunesse et des sports, et de Sœur Mary venue de Rome pour évoquer devant eux et pour eux les problèmes de pédophilie qui secouent l’Église, leur donnant ainsi l’occasion de s’exprimer sur ce sujet. Une Sœur qui parle de sexualité à des jeunes, voilà qui pouvait surprendre ! Ils purent également accueillir le témoignage d’un petit groupe de jeunes métropolitains qui, ayant traversé l’Atlantique sur un voilier pour participer aux J.M.J. de Panama, poursuivaient leur navigation vers les Marquises et Tahiti pour partager leur expérience. Ce fut également l’occasion d’une marche entre Tibériade et Toahotu avec comme thème le regard de Dieu sur la création, dans l’esprit du texte du Pape François « Laudato si ». Le tout fut animé et ponctué de moments de fête, de chants, donnant à tous de vivre un moment peu ordinaire devant les renforcer dans leur foi et leur permettre, une fois rentrés chez eux de prendre davantage leur place dans la vie de leurs communautés.

Ce fut également la visite de Sœur Mary LEMBO de la Commission Pontificale pour la protection des mineurs, venue nous aider à aborder cette douloureuse question de la pédophilie dans l’Église. Comme elle le disait elle-même, elle ne venait pas pour enseigner mais pour libérer la Parole et apporter quelques éléments pour nourrir la réflexion des auditeurs. Elle eut l’occasion de passer dans toutes les « écoles de Juillet », touchant ainsi nombre de futurs responsables d’Église sur Tahiti et dans les îles. Elle fut également invitée à intervenir devant près de 240 personnes travaillant dans l’action sociale : travailleurs sociaux, responsables de foyers d’accueil, croix rouge, associations d’aide à l’enfance, services de protection de l’enfance, villages d’enfants, et représentants des confessions religieuses, et ce, en présence de Mr Fritch, président de Polynésie Française, de Mme Sachet, ministre de la famille et des solidarités.

Autre temps fort, ce Samedi 27 Juillet, à Maria no te Hau, l’invitation faite aux Katekita, Tauturu-katekita, diacres permanents de se retrouver pour faire le point sur les avancées des commissions lancées à la suite des États Généraux des Katekita de Juillet 2018. Deux thèmes essentiels au menu : la formation et la place des Katekita dans la liturgie de l’Église diocésaine. Nous sommes en effet à mi-parcours de ce travail de rénovation du ministère du Katekita entrepris lors des États Généraux de l’an dernier. Rappelons que les orientations et les décisions qui émaneront de cette réflexion devraient être promulguées en Juillet 2020, lors de la célébration des 50 ans de l’institution des Katekita dans notre diocèse.

Tout cela nous invite à rendre grâces à Dieu pour la présence de son Esprit Saint qui anime et vivifie le cœur des croyants, et le cœur de l’Église. Tout n’est pas parfait, certes, et beaucoup reste à faire. Des conversions restent à vivre. Mais comme dit le proverbe, « tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir ! »

+ Mgr Jean Pierre COTTANCEAU

© Archidiocèse de Papeete - 2019

Histoire religieuse

Histoire des Filles de la Charité du Sacré-Cœur en Polynésie française

Alors que Sœur Marie-Andrée Huveke, originaire des îles Marquise, vient d’être élue Supérieure Générale de la Congrégation des Filles de la Charité du Sacré-Cœur de La Salle de Vihiers, ce mercredi 24 juillet 2019, lors du Chapitre International qui s’est tenu à Angers, il nous paraît intéressant de rappeler l’histoire de la présence de cette Congrégation en Polynésie.

Origine de la Congrégation

la Congrégation des Filles de la Charité du Sacré-Cœur de La Salle de Vihiers a été fondée en 1823 par le Père Jean-Maurice Catroux, curé de La Salle de Vihiers [près d’Angers, en France] et Rose Giet qui deviendra Mère Marie-Rose. Dans une commune ravagée par les guerres de Vendée, lors de la Révolution française, le curé voulait lutter contre la misère des campagnes et donner aux jeunes filles une éducation humaine et chrétienne. Puis la mission s’est élargie à l’éducation des enfants et au soutien des malades.

En 1856, les Sœurs de la Providence de La Jumelière ont fusionné avec la congrégation de La salle de Vihiers. Puis en 1964 se sont adjointes les Franciscaines des Recollets de Doué la Fontaine ; et en 1971 les Sœurs du Sacré-Cœur de Valence d’albigeois.

La Congrégation puise son charisme, comme l’a souhaité son fondateur, dans la contemplation du Cœur du Christ Jésus.

La Congrégation compte environ 1 000 religieuses réparties en France, au Canada, aux États-Unis, au Brésil, au Lesotho, à Madagascar, en Afrique du sud, au Togo.

Les œuvres des F.C.S.J.C. à Tahiti et dans les Îles

Tahiti constitue un volet de l'histoire missionnaire récente des Filles de la Charité du Sacré-Cœur de Jésus à l'extérieur du pays. La fondation de Tahiti s'incarne dans des événements racontés par les actrices elles-mêmes de qui nous avons recueilli les informations.

En 1969, Sœur Marielle Fortier, demandée par une Sœur Missionnaire de Notre-Dame des Anges pour donner des cours en mathématiques aux professeurs de leurs écoles à Tahiti, part accompagnée de Sœur Estelle Jacques. Cette dernière aidera les professeurs à l'application de la méthode dynamique au primaire. Un mois plus tard, elles reviennent toutes deux au Québec. Cependant, Sœur Estelle y retournera la même année dans le but de faire une recherche pour un mémoire ; il s'agit de l'application de la méthode dynamique dans un autre pays francophone de culture différente de celle du Québec. Elle y séjourne une année, renouvelle la demande pour une deuxième année puis pour une troisième année. Sœur Estelle manifeste alors à Sœur Marie-Anne Gendron, supérieure provinciale, le désir qu'il y ait une communauté des F.C.S.C.J. à Tahiti.

Entre-temps, à la période des vacances d'été, en 1970, Sœur Germaine Pouliot et, en 1971, Sœur Raymonde Picard offrent aux enseignantes de Tahiti et des Îles des sessions de formation pédagogique en français.

Démarche d'investigations

En mai 1972, après un séjour au Québec, Sœur Estelle Jacques retourne à Tahiti accompagnée de Sœur Hélène Parent mandatée par la Supérieure provinciale, Sœur Marie-Anne Gendron, et son conseil, pour mener une investigation auprès de l'Évêque de Tahiti, Mgr Michel Coppenrath. Le but : connaître les besoins qu'il perçoit pour son diocèse et voir s'il y a lieu d'y établir une communauté.

Sœur Hélène Parent reçoit une réponse positive de l'Évêque. « Oui, dans mon diocèse, il y a toujours de la place pour de l'apostolat chez les polynésiens. Nous aurions besoin de personnes compétentes pour donner de la formation aux tahitiens/tahitiennes qui pourraient par la suite assurer l'enseignement de la catéchèse dans leur paroisse. » Puis, après avoir exprimé son désir qu'une infirmière se rende dans l'île de Hao dans les Tuamotu, il oriente Sœur Hélène vers Madame Mathilde Frébault, directrice de l'Hôpital de Mamao. Celle-ci l'accueille avec intérêt et lui dit qu'elle préfère plutôt une infirmière dans les îles Gambiers à Rikitea.

Enfin, Sœur Hélène se dirige chez le Président de la Polynésie française, Monsieur Gaston Flosse, de qui elle reçoit aussi un accueil favorable. Il lui manifeste tout de suite son désir de fonder une crèche et lui demande si la communauté ne pourrait pas fournir une personne compétente pour en assurer la direction. Il est prêt à construire.

Sœur Hélène revient donc au Canada avec un bagage intéressant d'informations. Elle présente à Sœur Marie-Anne Gendron et son conseil le résultat de ses entrevues.

Implantation à Pirae

Sœur Marie-Anne, ouverte à l'idée d'une communauté F.C.S.C.J. à Tahiti et après les démarches nécessaires, prend avec son conseil la décision d'une fondation à Pirae.

Sœur Estelle demeure à Tahiti. Elle assume déjà la direction du bureau pédagogique de l'enseignement catholique à Papeete et la direction de l'école primaire Saint-Michel à Pirae.

Le 21 décembre 1972, avec l'arrivée de Sœur Jacqueline Bédard, s'ouvre à Tahiti la première communauté F.C.S.C.J. Avec des moyens restreints, Sœur Jacqueline s'active à aménager un habitat convenable dans l'ancien presbytère de Pirae.

Diversification des œuvres

  • En juin 1973, Sœur Carmelle Bouchard vient prendre la direction de la crèche. Elle est accompagnée de Sœur Cécile Turgeon qui, après un cours de sage-femme à l'hôpital de Mamao, doit partir pour les Gambiers le 3 octobre de la même année avec une sœur de la communauté locale de Jésus-Sauveur. Déception : elle aurait préféré se rendre à Hao plus près de Tahiti et plus facile d'accès. Les moyens pour se rendre aux Gambiers, soit par avion régulier, soit par avion militaire, étant limités, accentuent les difficultés de communications. Le 27 juillet 1973, Sœur Céline Paquin vient seconder Sœur Carmelle à la crèche de Pirae.
  • Le 23 novembre de la même année arrivent à Tahiti, Sœur Hélène Parent et Sœur Denise Lessard pour prendre la responsabilité de la catéchèse, et Sœur Gisèle Bégin pour accompagner Sœur Cécile Turgeon aux Gambiers et pour y donner de la catéchèse aux jeunes. Le Père résidant n'accepte pas ses méthodes d'enseignement de la catéchèse (trop modernes), basées sur l'Amour et l'épanouissement de l'enfant. Il est encore à l'heure des menaces d'un Dieu vengeur. La relation est difficile, Sœur Gisèle reçoit davantage de soutien de la part du directeur de l'école publique. Elle apporte aussi une aide à Sœur Cécile Turgeon et étudie la langue.
  • Le 24 février 1974, en remplacement de Sœur Estelle, Sœur Jocelyne Gauthier accepte la direction de l'école primaire Saint-Michel et de la maternelle à Pirae.
  • En août 1974, de retour de Rikitea, Sœur Gisèle travaille en catéchèse avec le comité diocésain. Elle suit des cours en langue tahitienne et traduit un catéchisme dans cette langue.
  • En 1977, Sœur Marcelle Vigneux succède à Sœur Marie-Anne Gendron comme Supérieure provinciale. Elle visite les sœurs à Tahiti et prend connaissance de la mission.
  • En 1978, Sœur Gisèle prend en main la direction de la librairie catholique Pureora.
  • Le 30 juillet 1979, Sœur Yvette Laprise rejoint la communauté. À son arrivée, un travail en pastorale familiale lui est confié par Mgr Michel Coppenrath. Elle fait un essai d'étude de la langue et offre une aide précieuse aux familles dans le besoin. Elle ira dans tous les archipels et même jusque dans les Australes à Tubuai. Elle sera accompagnée par M. Maurice Guitteny qui sera son interprète.
  • En 1979, Sœur Denise Lessard ouvre un foyer vocationnel à Papeete.
  • En août 1981, Sœur Jocelyne quitte la direction de l'école Saint-Michel pour prendre la responsabilité du Centre de la Fraternité chrétienne des handicapés à Papeete.

Période de réajustements

  • Au cours des années 72-80, les départs définitifs de Tahiti pour diverses raisons ont diminué les effectifs. Sœur Micheline Busque est nommée pour venir aider à la catéchèse et arrive à Tahiti le 2 novembre 1981. Dès l'année suivante, elle doit s'initier à la librairie en remplacement de Sœur Gisèle Bégin retournée au Canada pour des raisons de santé.
  • À compter du 12 février 1986, Sœur Irène Chauvette prête main-forte à la communauté de Pirae, étant donné le repos de Sœur Jacqueline Bédard au Canada.
  • En 1986 également, on ouvre un noviciat à Pirae : Sœur Denise Lessard assume la responsabilité de la formation.
  • En 1986, Sœur Huguette Allard fait appel à des « volontaires », (au moins deux sœurs), pour la mission de Tahiti : pas de réponse, puis Sœur Rita Lepitre offre ses services. Sœur Huguette se met en devoir de trouver une autre sœur pour partir avec Sœur Rita. Elle fait alors une demande à Sœur Claire Jubinville. Après un discernement, Sœur Claire accepte. Elles s'envolent donc toutes deux le 15 novembre 1987 pour arriver le lendemain. Sœur Rita travaillera en catéchèse et Sœur Claire, après un début à la Librairie, s'orientera vers l'enseignement spécialisé à la Fraternité Chrétienne des handicapés, enfants et adolescents.
  • En septembre 1988, première profession à Tahiti, il s'agit de Sœur Maria-Andrée Huveke, marquisienne. Elle avait terminé une étape de formation de six mois au Québec.
  • En octobre 1988, Sœur Jacqueline Bédard, Sœur Rita Lepître et Sœur Claire Jubinville ouvrent une nouvelle communauté dans la commune de Mahina.
  • En 1991 vient s'ajouter, à la Fraternité chrétienne des handicapés, un nouveau pavillon pour permettre à des adolescents de 14 à 20 ans de faire des apprentissages professionnels. Il portera le nom « Pavillon Jocelyne Gauthier ». L'Association désire vivement la présence de Sœur Jocelyne pour l'inauguration. Un billet de voyage aller-retour lui est offert. Sœur Jocelyne accepte.
  • En 1992, avait lieu à la chapelle du camp militaire d'Arue l'engagement des premiers associés de Tahiti.
  • En 1994, la désaffectation de la cantine scolaire de l'école Saint-Michel met les responsables de l'APEL (Association des parents des élèves) dans l'obligation de reprendre les locaux de la résidence des religieuses. Ces dernières quittent donc les lieux pour aménager à Arue.
  • En 1998, Sœur Huguette Sénécal, Supérieure provinciale se rend à Tahiti et reçoit les vœux définitifs de Sœur Marie-Andrée Huveke. À cette même occasion, comme à chacune des visites des supérieures provinciales, elle rencontre les autorités religieuses du diocèse, les sœurs d'Arue et les membres associés.
  • En 2002, les associés de Tahiti fêtent leur 10e anniversaire d'engagement dans la congrégation des F.C.S.C.J.
  • En 2005, à la demande de Sœur Suzelle Roberge, supérieure provinciale, Sœur Monique Bourdeau accepte de vivre une expérience d'un an de présence à Tahiti.
  • En 2007, à l'occasion de leur 15e anniversaire, des associés se rendront au Québec et vivront les fêtes du 100e anniversaire de l'arrivée des F.C.S.C.J. en terre québécoise.

En 2007, ne  demeurent à Tahiti que Sœur Micheline Busque pour la direction de la librairie diocésaine et Sœur Maria-Andrée Huveke pour l'enseignement catholique. Toutes deux assument également la formation des catéchistes à Tahiti et dans les îles.

Tout au long de cette période de 1969 à aujourd'hui, nos Supérieurs provinciales et nos Supérieures générales ont été un soutien très apprécié à cette mission en étant présentes et attentives au vécu des sœurs. La communication a été grandement facilitée par les nouvelles technologies. (téléphonie, télécopieur, courriel électronique)

Les œuvres des F.C.S.J.C. à Tahiti et dans les Îles

Idéal : Être porteuse du message de Jésus par la vie de foi, de prière et d'action, « Vivre AVEC, Être AVEC »1. Se faire toutes à toutes et à tous.

Préoccupation majeure

Au Québec, dans les années 70, le mouvement d'éveil à la promotion de la personne prenait son essor. Rappelons-nous simplement les changements survenus dans la société et les multiples adaptations de la vie religieuse pour y répondre. Les sœurs partant pour Tahiti en étaient fortement influencées de sorte que la dimension FORMATION des intervenant-e-s dans cet esprit a toujours été un souci constant, particulièrement dans la catéchèse, la pastorale familiale et l'enseignement sans oublier les autres secteurs tels : le foyer vocationnel, le noviciat, le nursing, la librairie religieuse, la cantine, les cours dispensés au Grand Séminaire, les associés, la léproserie.

En 2008, elle quitte définitivement l’archidiocèse de Papeete.

© FCSCJ - 2008

Témoignage

Un avenir de la vie sociale et religieuse en Polynésie inquiétant

Le Père Demers n'est pas un étranger à Tahiti. Durant 30 années, jusqu'en juin 2018, il a jugé des centaines de causes de mariage pour les Diocèses de Papeete et des Marquises. En 1989, Monseigneur Michel Coppenrath lui a demandé s'il pouvait se rendre à Papeete pour organiser un Tribunal et juger les causes de mariages. Ayant obtenu son doctorat en Droit Canon, en 1961, à l'Université Catholique de Washington, Il a enseigné le Droit de l'Église et la théologie dans plusieurs universités aux États-Unis et au Grand Séminaire de Papeete. En plus il a animé plusieurs retraites à Miti Rapa. Le but des articles qu'il nous présente est de partager avec nous ses expériences et connaissances concernant le mariage à Tahiti.

Depuis 1989, j'instruis et je juge des demandes de déclaration de nullité de mariage pour le Diocèse de Papeete. Durant ces années, j'ai déjà complété 600 causes de nullité de mariage pour le Diocèse en plus d'un grand nombre de causes pour les autres diocèses de la CEPAC. Après mûre réflexion sur les conversations avec une multitude de gens mariés en crise et sur les témoignages d'un plus grand nombre de témoins qui ont été impliqués en ces causes et venant de toute la Polynésie et du Sud Pacifique, je voudrais partager avec vous mes réflexions concernant les raisons de l'échec des mariages en Polynésie et sur les conséquences néfastes du divorce sur nos enfants, sur la vie sociale et religieuse.

Il va sans dire que l'institution du mariage aujourd'hui est en crise par tout le monde. Les statistiques sont très inquiétantes pour l'avenir de la vie sociale et religieuse du pays. Près de 50% des mariages se terminent en divorce et parmi les mariages dont les époux demeurent ensemble, combien sont vraiment un succès ? Plusieurs couples demeurent ensemble en raison des enfants et d'autres, pour des raisons de finances.

Les causes les plus communes de l'échec du mariage sont surtout les problèmes d'immaturité, d'infidélité, de manque de confiance et de dialogue entre les époux et problèmes financiers. Il faut donc admettre que notre vie culturelle et sociale ne favorise pas la réussite des mariages chrétiens. Si ces problèmes ne sont pas adressés par le gouvernement et par l'Église, l'espoir d'une vie sociale paisible est très sombre. Le Saint Père Jean Paul Il a écrit dans une lettre aux familles que la vie des nations passe par la famille et que le mariage est « crucial » pour une vie familiale normale et propice à la maturité et sécurité des enfants et de la société. La disparition de l'amour, de la fidélité et de la générosité envers les enfants défigure la famille et les conséquences en sont l'ennui pour les parents et l'indifférence et abandon des enfants.

La Polynésie est reconnue par tout le monde pour son sens d'accueil, son caractère sympathique, sa générosité extraordinaire. Tous les touristes qui visitent ce pays sont émerveillés de ces qualités de la culture polynésienne. Les colliers de fleurs que l'on donne à l'arrivée des visiteurs est très symbolique de la chaleur des Polynésiens et de la beauté de la nature et des gens. En plus, la beauté des îles attire des milliers de touristes qui admirent le spectacle de la création de notre Dieu. Mais ce qui est le plus merveilleux chez les Polynésiens est leur hospitalité. Les portes de leurs maisons et de leurs cœurs sont toujours ouvertes. L'hospitalité est le signe d'une culture civilisée. Chez les Polynésiens, personne n'est refusé d'entrer dans leur maison et de partager la générosité de leur table. Contrairement à la « vieille Europe » où la religion est aujourd'hui en déclin, le Christianisme joue un rôle de prime importance en Polynésie française où la population en plus d'être très croyante est aussi très pratiquante.

Cependant, si les relations avec les étrangers sont si sympathiques, il demeure que les relations interpersonnelles au sein des familles polynésiennes portent des dangers pour l'épanouissement normal des époux, des enfants et du bien commun de la société.

Après une courte explication de la doctrine de l'Église sur le mariage, je veux méditer avec vous sur la grandeur et le mystère du mariage.

ENSEIGNEMENT DE L'ÉGLISE

La doctrine de l'Église maintient que le mariage est une alliance entre un homme et une femme qui s'engagént pour établir et maintenir entre eux une communauté de vie et d'amour et pour la génération et l'éducation des enfants. Donc, le contrat de mariage donne naissance à un nombre d'obligations que l'homme et la femme doivent assumer. L'Église enseigne que le mariage comporte deux dimensions; une sur la relation entre époux-épouse et l'autre sur la relation des parents et leurs enfants.

Le mariage est le premier commandement et la première institution établis par Dieu dès la création. "L'homme doit quitter sa famille, s'attacher à sa femme et les deux doivent devenir un." (Genèse, 2, 24) Le mariage, selon Dieu, comporte alors un don total de soi, un renoncement à ses goûts et caprices et exige que chacun porte son attention surtout sur le bien-être des époux et des enfants. Par le mariage un homme et une femme s'obligent à se donner totalement au bien-être de l'autre ce qui implique un détachement total de son bien-être personnel. Ainsi, ils deviennent l'image parfaite de notre Dieu, sur la terre, c'est-à-dire image de la Sainte Trinité, étant trois personnes qui vivent ensemble pour former une communauté. Ainsi, la famille qui habite sur la terre prolonge, dans l'histoire, les cadeaux de communion propre aux trois personnes divines. Ainsi, la promotion de l'amour fraternel, sous la forme de vie commune dans le mariage montre que le partage dans la communion trinitaire peut changer les rapports humains et créer un nouveau type de solidarité. De cette façon, la famille chrétienne nous parle par ses membres de la beauté de leurs vertus et du chemin qui pourrait nous conduire à les imiter. » Les personnes consacrées vivent « pour » Dieu et « de » Dieu, et c'est précisément pour cette raison, ils sont capables pour rendre témoignage à la puissance réconciliatrice de grâce, qui surmonte les tendances qui sème la discorde présente dans le cœur de l'homme et dans la société.

[à suivre]

© FCSCJ - 2008

Commentaire des lectures du dimanche

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

L’Évangile de ce dimanche (Lc 11,1-13) s’ouvre par la scène de Jésus qui prie seul, à l’écart ; quand il finit, les disciples lui demandent : « Seigneur, apprends-nous à prier » (v.1) ; et Il répond : « Lorsque vous priez, dites :  “Père…” » (v.2). Ce mot est le « secret » de la prière de Jésus, il est la clé qu’il nous donne Lui-même pour que nous puissions entrer nous aussi dans cette relation de dialogue confidentiel avec le Père qui l’a accompagné et soutenu toute sa vie.

À l’appellation « Père », Jésus associe deux requêtes : « Que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne » (v.2). La prière de Jésus, et donc la prière chrétienne, est avant tout faire de la place à Dieu, en le laissant manifester sa sainteté en nous et en faisant avancer son règne, à partir de la possibilité d’exercer sa seigneurie d’amour dans notre vie.

Trois autres requêtes complètent cette prière que Jésus enseigne, le « Notre Père ». Ce sont trois requêtes qui expriment nos nécessités fondamentales : le pain, le pardon et l’aide dans les tentations (cf. vv.3-4). On ne peut pas vivre sans pain, on ne peut pas vivre sans pardon et on ne peut pas vivre sans l’aide de Dieu dans les tentations. Le pain que Jésus nous fait demander est celui qui est nécessaire, pas le superflu ; c’est le pain des pèlerins, le juste, un pain qui ne s’accumule pas et ne se gaspille pas, qui n’alourdit pas notre marche. Le pardon est, avant tout, ce que nous-mêmes recevons de Dieu : seule la conscience d’être des pécheurs pardonnés par l’infinie miséricorde divine peut nous rendre capables d’accomplir des gestes concrets de réconciliation fraternelle. Si une personne ne se sent pas un pécheur pardonné, elle ne pourra jamais faire un geste de pardon ou de réconciliation. On commence à partir du cœur, où l’on se sent pécheur pardonné. La dernière requête, « ne nous soumets pas à la tentation », exprime la conscience de notre condition, toujours exposée aux pièges du mal et de la corruption. Nous savons tous ce qu’est une tentation !

L’enseignement de Jésus sur la prière se poursuit par deux paraboles, dans lesquelles Il prend pour modèle l’attitude d’un ami à l’égard d’un autre ami et celle d’un père à l’égard de son fils ( cf. vv.5-12). Toutes les deux veulent nous enseigner à avoir une totale confiance en Dieu, qui est Père. Il connaît mieux que nous-mêmes nos nécessités, mais veut que nous les lui présentions avec audace et avec insistance, car c’est notre façon de participer à son œuvre de salut. La prière est le premier et principal « instrument de travail » entre nos mains ! Insister auprès de Dieu ne sert pas à le convaincre, mais à fortifier notre foi et notre patience, c’est-à-dire notre capacité de lutter avec Dieu pour les choses vraiment importantes et nécessaires. Dans la prière, nous sommes deux : Dieu et moi, à lutter ensemble pour les choses importantes.

Parmi elles, il y en a une, la grande chose importante dont Jésus parle aujourd’hui dans l’Évangile, mais que nous ne demandons presque jamais, c’est le Saint-Esprit. « Donne-moi le Saint-Esprit ! ». Et Jésus le dit : « Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui l’en prient ! » (v.13). Le Saint-Esprit ! Nous devons demander que le Saint-Esprit vienne en nous. Mais à quoi sert le Saint-Esprit ? Il sert à vivre bien, à vivre avec sagesse et amour, en faisant la volonté de Dieu. Quelle belle prière ce serait, en cette semaine, si chacun de nous demandait au Père : « Père, donne-moi le Saint-Esprit ! ». La Vierge Marie nous le montre à travers son existence, entièrement animée par l’Esprit de Dieu. Qu’elle nous aide à prier le Père unis à Jésus, pour ne pas vivre de façon mondaine, mais selon l’Évangile, guidés par le Saint-Esprit.

© Libreria Editice Vaticana – 2016

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Date de dernière mise à jour : 2019-08-09