Pko 29.03.2018

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Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°18/2018

Jeudi 29 mars 2018 – Cène du Seigneur – Année B

 

Panis angelicus

fit panis hominum;

Dat panis coelicus

figuris terminum:

O res mirabilis!

manducat Dominum

Pauper, servus, et humilis.

Te trina Deitas

unaque poscimus:

Sic nos tu visita,

sicut te colimus;

Per tuas semitas

duc nos quo tendimus,

Ad lucem quam inhabitas.

Amen.

Le pain des anges

Devient le pain des hommes.

Le pain du ciel met

Un terme aux symboles.

Ô chose admirable!

Il se nourrit de son Seigneur

Le pauvre, le serviteur, le petit.

Dieu Trinité

En Un, nous te le demandons,

Daigne par ta visite

Répondre à nos hommages.

Par tes voies, conduis-nous

Au but où nous tendons,

À la lumière où tu demeures.

Ainsi soit-il.

 

L’Eucharistie, signe par excellence de l’Alliance qui divinise

Annonce de la table du Royaume à venir

François Varillon, jésuite, a publié en octobre 1967 dans la revue Études un excellent « Abrégé de la foi catholique » (p. 291-315). En voici un compte rendu succinct.

« Le Christ est le sacrement de Dieu. L’Église est le sacrement du Christ. L’Eucharistie est le sacrement de l’Église »

L’Eucharistie, signe par excellence de l’Alliance qui divinise

Parmi les signes sensibles à travers lesquels l’Église exprime sa vie et actualise son être, l’Eucharistie occupe une place privilégiée.

Le Christ est le sacrement de Dieu. L’Église est le sacrement du Christ. L’Eucharistie est le sacrement de l’Église.

Elle se donne à comprendre en contemplant le Christ lui-même. Au cœur de sa personne se vit une extraordinaire rencontre entre Dieu et l’humanité. Jésus a été le point de convergence d’un double mouvement, celui de Dieu vers l’être humain et celui de l’être humain vers Dieu.

Or l’eucharistie donne de voir et de vivre cette convergence. Pour le dire autrement, reprenons les mots même de Jésus. L’eucharistie nous donne de faire Alliance avec Dieu et donne à Dieu, de faire Alliance avec nous. C’est cette Alliance qui a la capacité de nous transformer, de nous rendre saint à la manière de Dieu, bref, comme le dit Varillon, de nous « diviniser ».

L’Eucharistie, sacrement de la mort et de la résurrection du Christ

On ne peut comprendre le Christ sans d’abord contempler la relation qu’il entretient avec Dieu. Il en est le Fils et c’est en tant que Fils de Dieu qu’il a épousé la condition humaine jusqu’à son extrême limite.

D’ailleurs, c’est par l’acte ultime de sa mort, qu’il aura révélé au monde sa véritable nature : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime… » (Jn 15,13)

Mais le Christ n’est pas demeuré dans le silence du tombeau. Sa mort a connu un lendemain : celui de la résurrection.

C’est pourquoi l’eucharistie ne peut être le sacrement du Christ dans toute sa réalité sans rendre compte de ces deux dimensions. Elle est donc pour une part le mémorial de sa mort. Mais comme le Christ est ressuscité et qu’il ne peut avoir d’autre présence que celle d’un ressuscité, le pain et vin consacrés, deviennent le corps et le sang du Christ ressuscité.

Ainsi l’eucharistie est essentiellement le sacrement, et de la mort, et de la résurrection du Christ. Pour cette raison on l’appelle le sacrement du mystère pascal.

Consentir à faire le passage

La mort est au cœur de toute vie donnée : mort au désir de tout posséder, mort à la tentation de s’évader de ses responsabilités, mort à tout ce qui menace ou détruit la fraternité…

Pour un chrétien qui a compris les exigences de la foi, croire à l’eucharistie, y participer, s’en nourrir, c’est déjà reconnaître qu’il n’est pas le centre et la fin de tout. C’est surtout opérer un passage décisif vers le don de soi. D’ailleurs, Pâques ne signifie-t-il pas « passage » ?

En s’engageant ainsi sur le chemin du don, en empruntant ce passage, le croyant entreprend sa transfiguration.

Afin que l’être humain vive par et pour Dieu

Rendre grâces, c’est reconnaître que tout ce qui est bon, beau et bien vient de Dieu et est don de Dieu. En ce sens, tout est grâce.

Pour signifier cette totalité, le pain et le vin, « fruit de la terre et du travail de nos mains » sont précisément là pour évoquer tout ce que la vie peut nous offrir.

En consacrant le pain et le vin, en le transformant pour en faire le corps et le sang du Christ, l’Église donne déjà à contempler l’intime communion à laquelle l’être humain est appelé. Par ailleurs, quand l’eucharistie devient pour lui nourriture, elle le transforme et le transfigure faisant de lui un véritable fils de Dieu.

Le travail humain qui devient vie du Christ

Le pain et le vin sont le fruit du travail d’hommes et de femmes bien concrets, incarnés dans une histoire. Le pain et le vin disent à leur manière cette histoire. Sur la table eucharistique, elle devient une histoire sainte, celle du Christ.

Transfiguré en pain et vin du Royaume, le travail humain devient la vie même du Christ et ne peut être que l’objet d’une offrande. À ce titre, on comprendra qu’il se gagne dans la justice et l’amour.

Le Christ nous unit à Lui en nous unissant les uns aux autres

Le pain est le fruit de grains moulus devenus farine. Le vin, celui de raisins pressés. Multiples et dispersés, les voilà réunis pour se faire nourriture et breuvage. Posés sur la table ils deviennent repas. Or est-il geste plus fraternel que de manger ensemble ?

Quand le pain et le vin deviennent corps et sang du Christ, ils donnent aux frères et aux sœurs attablés de communier au Christ lui-même et par Lui, d’être en communion les uns avec les autres. Est-il fraternité plus grande ?

À la table eucharistique – annonce de la table du Royaume à venir – les relations humaines ne sont plus les mêmes, elles sont transfigurées à l’image du pain et du vin eux-mêmes transfigurés. Pour François Varillon, l’invitation de Jésus prend alors toute sa mesure :

« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15,12)

© Libreria Editrice Vaticana - 2017

Portez la joyeuse annonce !

Homélie de la Cène du Seigneur 2017 – Pape François

Au dîner, il y avait Jésus, avec eux lors de la dernière Cène, et l’Évangile dit : « Sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père ». Il savait qu’il avait été trahi et qu’il allait être livré par Judas cette nuit même. « Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout ». Dieu aime ainsi : jusqu’au bout. Et il donne la vie à chacun de nous, et il se vante de cela, et il veut cela parce qu’il a de l’amour : « Aimer jusqu’au bout ». Ce n’est pas facile, parce que nous sommes tous des pécheurs, nous avons tous des limites, des défauts, tant de choses. Nous savons tous aimer mais nous ne sommes pas comme Dieu qui aime sans regarder les conséquences, jusqu’au bout. Et il donne l’exemple : pour faire voir cela, Lui qui était « le chef », qui était Dieu, il lave les pieds de ses disciples. Laver les pieds était une habitude de l’époque, avant les déjeuners et les dîners, parce que les routes n’étaient pas goudronnées et les gens marchaient dans la poussière. Ainsi, l’un des gestes pour accueillir une personne chez soi, et à manger, était de lui laver les pieds. Ce sont les esclaves qui le faisaient, ceux qui avaient été réduits en esclavage, mais Jésus renverse cela et le fait lui-même. Simon ne voulait pas le faire, mais Jésus lui expliqua que c’était ainsi, que Lui était venu au monde pour servir, pour nous servir, pour se faire esclave pour nous, pour donner sa vie pour nous, pour aimer jusqu’au bout.

Aujourd’hui, sur la route, quand j’arrivais, il y avait des gens qui saluaient : « Le Pape arrive, le chef. Le chef de l’Église... ». Le chef de l’Église, c’est Jésus ; ne plaisantons pas ! Le Pape est la figure de Jésus, et je voudrais faire ce qu’il a fait Lui. Pendant cette cérémonie, le curé lave les pieds des fidèles. C’est un renversement : celui qui semble le plus grand doit faire le travail d’esclave, mais pour semer l’amour. Pour semer l’amour parmi nous, je ne vous dis pas d’aller aujourd’hui vous laver les pieds les uns les autres : ce serait une plaisanterie. Mais le symbole, la figure, oui : je vous dirai que si vous pouvez apporter une aide, accomplir un service, ici, en prison, au compagnon ou à la compagne, faites-le.

Parce que cela est l’amour, c’est comme laver les pieds. C’est être serviteur des autres. Une fois, les disciples se disputaient à propos de qui était le plus grand, le plus important. Et Jésus dit : « Celui qui veut être important, doit se faire le plus petit et le serviteur de tous ». Et cela, c’est ce qu’il a fait ; Lui, c’est ce que fait Dieu avec nous. Il nous sert. Il est le serviteur. Nous tous qui sommes de pauvres gens, tous ! Mais Lui est grand, Lui est bon. Et Lui nous aime tels que nous sommes. Pour cela, pendant cette cérémonie, pensons à Dieu, à Jésus. Ce n’est pas une cérémonie folklorique : c’est un geste pour rappeler ce que Jésus a donné. Après cela, il a pris le pain, et il nous a donné son Corps ; il a pris le vin et il nous a donné son Sang. Et l’amour de Dieu est ainsi. Aujourd’hui, pensons uniquement à l’amour de Dieu.

François

© Libreria Editrice Vaticana - 2017

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Date de dernière mise à jour : 2018-03-27