Pko 29.12.2019

eglise-cath-papeete-1.jpg

Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°65/2019

Dimanche 29 décembre 2019 – Dimanche de la Sainte Famille – Année A

Humeurs…

La Famille dans un monde en mutation !

Les discours sur la famille sont légions… Les discours, qu’ils soient politiques, religieux, associatifs se résument bien souvent à : « Si la société va mal, c’est parce que la famille va mal » ou mieux « Si la société va mal c’est la faute aux familles, aux parents » ! Comme si la famille idéale avait jamais existé !

Il suffit de scruter les Écritures pour se rendre compte que la famille parfaite n’a jamais existée… la famille biblique n’est pas parfaite… Adam et Ève, Noé, Abraham, Isaac, Samuel, Saül, David… La famille idéale n’existe pas… elle est en devenir… et dans un monde ne mutation, elle doit inventer de nouvelles façons de se construire…

Cependant la famille n’est pas abandonnée à elle-même… Dieu lui donne des points de repères fondamentaux : « Aimer le Seigneur sont Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force et son prochain comme soi-même »… et le prochain le plus proche est sa famille…

La famille est appelée à être le sanctuaire de l’Amour de Dieu… Ne craignons pas le monde qui vient… La famille n’est pas en danger… elle doit juste se réinventer dans une société en profonde mutation… le monde passe… l’Amour de Dieu demeure… et son sanctuaire qu’est la famille transcende le temps !

Laissez-moi vous dire…

1er janvier 2020 : 53ème Journée mondiale de la Paix

Notre fraternité n’a pas de frontières

Ils ont été nombreux celles et ceux qui n’ont pas fêté Noël. Beaucoup parmi eux ont été victimes ou menacés par des armes venues de Pays étrangers. Des conflits qui ne les concernent pas ont bouleversé leur vie : villes et villages détruits, familles dispersées et même martyrisées, maltraitances et emprisonnements abusifs … Et notre « belle » nation -berceau des « droits de l’homme », « modèle » de fraternité, de justice- est parmi les premières pourvoyeuses d’armes ! Les fabricants d’armes français ont fait des bénéfices records en 2019.

En ce dimanche 29 décembre où nous fêtons la Sainte Famille, il peut paraître déplacé, voire inconvenant de parler de guerres et de donner l’impression de jeter l’opprobre sur notre « mère-patrie ». Celle-ci possède l’arme nucléaire, elle préserve le Pays des conflits ; elle rassure car elle défend les peuples opprimés (du moins certains). Nous, Français, sommes responsables -directement ou indirectement- d’un bon nombre de mouvements de réfugiés. Le comble est, quand ceux-ci se présentent à nos frontières, ils sont rejetés ou parqués. Les associations qui leur viennent en aide sont vilipendés ou, pire, traduits en justice !

Le Pape François lui-même se fait moquer lorsqu’il s’élève contre l’arme nucléaire. Depuis 1945, les papes avaient admis la dissuasion nucléaire comme un pis-aller, à condition qu’elle soit une étape sur la voie du désarmement. Depuis deux ans le Pape François revient sur cette position : « L’Église catholique, pour sa part, est irrévocablement engagée dans la décision de promouvoir la paix entre les peuples et les nations : c’est un devoir auquel elle se sent obligée devant Dieu comme devant tous les hommes et femmes de cette terre. Nous ne pourrons jamais nous lasser d’œuvrer et de soutenir avec insistance les principaux instruments juridiques internationaux de désarmement et de non-prolifération nucléaire, y compris le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires ». (Discours à Nagasaki le 24 novembre 2019)

Dans son message pour la 53ème Journée Mondiale de la Paix (1er janvier 2020) le Souverain Pontife insiste : « nous ne pouvons pas prétendre maintenir la stabilité mondiale par la peur de l’anéantissement, dans un équilibre plus que jamais instable, suspendu au bord du gouffre nucléaire et enfermé dans les murs de l’indifférence, où l’on prend des décisions socio-économiques qui ouvrent la voie aux drames de l’exclusion de l’homme et de la création, au lieu de nous protéger les uns les autres. » (Message pour la 53ème Journée Mondiale de la Paix, 1er janvier 2020, n°1)

Il insiste sur la nécessité d’une réconciliation : « Le chemin de la réconciliation exige patience et confiance. On n’obtient pas la paix si on ne l’espère pas. Il s’agit avant tout de croire en la possibilité de la paix, de croire que l’autre a le même besoin de paix que nous. En cela, l’amour de Dieu pour chacun d’entre nous peut nous inspirer un amour libérateur, sans limite, gratuit, inlassable. » ibid., n°5)

Chrétiens, bien au chaud dans nos îles tropicales, ne restons pas indifférents face aux grandes questions qui agitent le monde. Chacun(e) de nous peut agir à son niveau pour changer nos regards, nos pratiques, nos mentalités. Il ne tient qu’à nous d’être artisans de paix et de justice ; d’être acteurs pour sauver notre « Maison Terre » et celles et ceux qui y vivent.

Notre fraternité n’a pas de frontières.

Bonne et heureuse année fraternelle à chacune et chacun.

Dominique SOUPÉ

© Cathédrale de Papeete – 2019

En marge de l’actualité…

Venez ! Laissez vos activités… il vous attend…

Ils sont venus, pauvres comme les bergers ; riches comme les Mages… « Ils ont vu une grande lumière… sur eux la lumière a resplendi » (Isaïe 9,1).

Où trouver refuge, consolation, tendresse, compréhension, réconfort, courage ? Si ce n’est auprès de la Sainte Famille de Bethléem, la ville de David. En effet l’ange l’avait dit aux bergers : « Je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur. » (Luc 2,10-11).

C’est exactement la prophétie d’Isaïe : « Un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Sur son épaule est le signe du pouvoir ; son nom est proclamé : “Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix” ». (Isaïe 9,5).

Difficile d’imaginer une telle réalité en contemplant ce petit bébé en ce lieu si improbable. C’est le « mystère de l’Incarnation ». Saint Jean confirme : « Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. » (Jean 1,14) C’est pourquoi il nous faut prendre le temps de contempler le mystère de la Nativité ; comme disait Saint François d’Assise : « Je veux, évoquer le souvenir de l’Enfant qui naquit à Bethléem… Je veux le voir, de mes yeux de chair, tel qu’il était, couché dans une mangeoire et dormant sur le foin, entre un bœuf et un âne. »

Quoi de plus beau qu’un enfant devant la crèche, émerveillé par ce “poupon” appelé Enfant-Jésus, réchauffé par un bœuf et un âne (!), surveillé tendrement par Marie et Joseph. C’est alors que l’enfant se prend à rêver : « Qu’il fait bon auprès de cette famille – la Sainte Famille de Dieu - ! J’aimerais tant que cette crèche reste gravée dans mon petit cœur ! » Quelle belle image !

Résonne alors en moi cette parole de l’Évangile : « Si vous ne changez pas pour devenir comme des enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. » (Matthieu 18,3) Puisse mon cœur être une petite crèche afin que tous ceux qui viennent à moi y trouvent Pain et Refuge. Alors le mystère de l’Incarnation s’éclaire un peu plus…

Joyeuse et Sainte fête de Noël à toutes et tous.

Dominique SOUPÉ

© Archidiocèse de Papeete - 2019

Message Urbi et Orbi

Jésus Christ notre Paix est né

En ce 25 décembre 2019, le Pape François a prononcé sa traditionnelle bénédiction de Noël, entouré du cardinal Renato Martino, protodiacre, et du cardinal Konrad Krajewski, aumônier apostolique.

« Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière » (Is 9, 1).

Chers frères et sœurs, joyeux Noël !

Du sein de la mère Église, cette nuit, le Fils de Dieu, fait homme, est né de nouveau. Son nom est Jésus, qui signifie Dieu sauve. Le Père, Amour éternel et infini, l’a envoyé dans le monde non pas pour le condamner, mais pour le sauver (cf. Jn 3,17). Le Père l’a donné, avec une immense miséricorde. Il l’a donné pour tous. Il l’a donné pour toujours. Et Il est né, comme une petite flamme allumée dans l’obscurité et dans le froid de la nuit.

Cet Enfant, né de la Vierge Marie, est la Parole de Dieu faite chair. La Parole qui a orienté le cœur et les pas d’Abraham vers la terre promise, et continue d’attirer ceux qui font confiance aux promesses de Dieu. La Parole qui a guidé les Hébreux sur le chemin de l’esclavage à la liberté, et continue à appeler les esclaves de tout temps, même d’aujourd’hui, à sortir de leurs prisons. C’est une Parole plus lumineuse que le soleil, incarnée dans un petit fils d’homme, Jésus, lumière du monde.

Pour cela, le prophète s’exclame : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière » (Is 9,1). Oui, il y a des ténèbres dans les cœurs humains, mais plus grande est la lumière du Christ. Il y a des ténèbres dans les relations personnelles, familiales, sociales, mais plus grande est la lumière du Christ. Il y a des ténèbres dans les conflits économiques, géopolitiques et écologiques, mais plus grande est la lumière du Christ.

Que le Christ soit lumière pour les nombreux enfants qui subissent la guerre et les conflits au Moyen Orient et dans divers Pays du monde. Qu’Il soit le réconfort du bien-aimé peuple syrien qui ne voit pas encore la fin des hostilités qui ont déchiré le Pays en cette décennie. Qu’Il secoue les consciences des hommes de bonne volonté. Qu’Il inspire aujourd’hui les gouvernants et la communauté internationale à trouver des solutions qui garantissent la sécurité et la coexistence pacifique des peuples de la Région et qu’Il mette fin à leurs indicibles souffrances. Qu’Il soit un soutien pour le peuple libanais, afin qu’il puisse sortir de la crise actuelle et redécouvre sa vocation d’être un messager de liberté et d’harmonieuse coexistence pour tous.

Que le Seigneur Jésus soit lumière pour la Terre Sainte où Il est né, le Sauveur de l’homme, et où continue l’attente de nombreuses personnes qui, bien qu’étant fatigués mais sans se décourager, attendent des jours de paix, de sécurité et de prospérité. Qu’Il soit la consolation pour l’Iraq, traversé par des tensions sociales, et pour le Yémen, éprouvé par une grave crise humanitaire.

Que le petit Enfant de Bethléem soit une espérance pour tout le Continent américain, où plusieurs Nations traversent une période d’agitations sociales et politiques. Qu’Il fortifie le cher peuple vénézuélien, longuement éprouvé par des tensions politiques et sociales et qu’Il ne lui fasse pas manquer l’aide dont il a besoin. Qu’Il bénisse les efforts de tous ceux qui s’engagent pour favoriser la justice et la réconciliation et s’efforcent de surmonter les multiples crises et les nombreuses formes de pauvreté qui offensent la dignité de toute personne.

Qu’Il soit la lumière, le Rédempteur du monde, pour la chère Ukraine, qui aspire à des solutions concrètes pour une paix durable.

Que le Seigneur qui est né soit la lumière pour les peuples de l’Afrique, où persistent des situations sociales et politiques qui contraignent souvent les personnes à émigrer, en les privant d’une maison et d’une famille. Qu’Il soit la paix pour la population qui vit dans les régions orientales de la République Démocratique du Congo, meurtrie par des conflits persistants. Qu’Il soit le réconfort pour tous ceux qui souffrent à cause des violences, des calamités naturelles ou des urgences sanitaires. Qu’Il soit le réconfort pour tous ceux qui sont persécutés à cause de leur foi religieuse, spécialement les missionnaires et les fidèles kidnappés, et pour tous ceux qui tombent victimes des attaques de la part des groupes extrémistes, surtout au Burkina Faso, au Mali, au Niger et au Nigéria.

Que le Fils de Dieu, descendu du Ciel sur la terre, soit une défense et un soutien pour tous ceux qui, à cause de ces différentes injustices et d’autres, doivent émigrer dans l’espérance d’une vie sûre. C’est l’injustice qui les oblige à traverser des déserts et des mers, transformés en cimetières. C’est l’injustice qui les contraint à subir des abus innommables, l’esclavage de toutes sortes et des tortures dans des camps de détention inhumains. C’est l’injustice qui les refoule des lieux où ils pourraient avoir l’espérance d’une vie digne et leur fait trouver des murs d’indifférence.

Que l’Emmanuel soit lumière pour toute l’humanité blessée. Qu’il assouplisse notre cœur souvent endurci et égoïste et qu’Il fasse de nous des instruments de son amour. Qu’à travers nos pauvres visages, Il donne son sourire aux enfants du monde entier : à ceux qui sont abandonnés et à ceux qui ont subi des violences. À travers nos pauvres faibles bras, qu’Il revête les pauvres qui n’ont rien pour se couvrir, qu’Il donne le pain aux affamés, qu’Il soigne les malades. Par notre fragile compagnie, qu’Il soit proche des personnes âgées et de celles qui sont seules, des migrants et des marginalisés. En ce jour de fête, qu’Il donne à tous sa tendresse et illumine les ténèbres de ce monde.


Vœux de Noël après le Message Urbi et Orbi

Chers frères et sœurs,

Je renouvelle mes vœux de joyeux Noël à vous tous, venus de toutes les parties du monde sur cette place, et à toutes les personnes de divers pays reliés par la radio, la télévision et d’autres moyens de communication. Je vous remercie pour votre présence en ce jour de joie.

Nous sommes tous appelés à donner l’espérance au monde, en annonçant par la parole et surtout par le témoignage de notre vie que Jésus, notre paix, est né.

S’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi, bon déjeuner de Noël et au revoir !

© Libreria Editrice Vaticana - 2019

Société

Les grands évènements religieux marquants de 2019

Dans l’actualité religieuse de l’année 2019, La Croix a retenu une douzaine d’événements particulièrement significatifs.

22-27 janvier : Les JMJ de Panama rassemblent plus de 110 000 jeunes

Le pape axe ces Journées mondiales de la jeunesse, célébrées de manière inédite à cette période de l’année, autour des migrations qui ravagent l’Amérique centrale. Il se rend également dans un centre de jeunes malades du sida et dans une prison pour mineurs.

29 janvier : Asia Bibi est définitivement libre

Après que la Cour suprême du Pakistan a rejeté le recours déposé par l’imam qui s’opposait à son acquittement, cette chrétienne, condamnée à mort pour blasphème en 2010, pourra s’exiler au Canada. Elle y vit désormais avec son mari et ses deux filles dans un lieu tenu secret.

4 février : Le pape et l’imam Ahmed al Tayeb signent un document sur la fraternité

À Abu Dhabi, pendant sa visite aux Émirats arabes unis, le pape François signe avec l’imam d’Al-Azhar, université de l’islam sunnite au Caire (Égypte), une déclaration courageuse sur la « Fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune », insistant sur le dialogue interreligieux et l’égalité des droits.

15 février : Le nonce apostolique en France est visé par une enquête

Après que trois plaintes pour agressions sexuelles ont été déposées en France par des hommes majeurs contre de Mgr Luigi Ventura, le nonce apostolique quittera Paris fin septembre. Sa démission « pour raison d’âge » est acceptée par le pape le 17 décembre.

7 mars : Le cardinal Barbarin est condamné à six mois de prison avec sursis

Condamné par le tribunal correctionnel de Lyon à six mois de prison avec sursis pour non-dénonciation des abus sexuels commis par Bernard Preynat, l’archevêque de Lyon part à Rome remettre sa démission au pape (qui la refuse), tandis que ses avocats annoncent qu’ils feront appel. Le 29 novembre, l’avocat général demande la relaxe du cardinal devant la 4e chambre correctionnelle de la cour d’appel de Lyon. Sa décision sera rendue le 30 janvier 2020.

15 mars : Les attentats contre deux mosquées de Christchurch font 51 morts

Un suprémaciste blanc australien de 28 ans attaque deux mosquées de Nouvelle-Zélande, pays de cinq millions d’habitants (dont 1 % de musulmans), connu pour sa tradition d’accueil et sa faible criminalité.

15 avril : Le toit et la flèche de Notre-Dame de Paris sont détruits par un incendie

Si la cathédrale est sauvée, grâce à l’intervention de 400 pompiers, elle reste en état d’« urgence absolue ». Aussitôt, le président Macron annonce vouloir sa reconstruction dans un délai de cinq ans, et une collecte nationale est lancée, permettant de recueillir 922 millions d’euros. Fin juillet, la loi « Notre-Dame » autorise certaines dérogations pour échapper aux lourdeurs administratives, mais le chantier doit être interrompu trois semaines pour des contrôles du plomb et la mise en place de mesures dans la « zone contaminée ». Le démontage de l’échafaudage devrait commencer en février 2020.

21 avril : La Pâques sanglante au Sri Lanka fait 258 morts

Sept musulmans radicalisés provoquent des explosions dans quatre hôtels de luxe et trois églises, en pleine messe de Pâques, en plusieurs endroits de cette île d’Asie du Sud qui compte 7 % de chrétiens et 10 % de musulmans. Daech revendiquera ces actes. Un mois après, le cardinal Fernando Filoni, alors préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, se rend sur place pour témoigner de la proximité du pape aux victimes.

7 septembre : Les orthodoxes européens se rattachent à Moscou

Après que le Saint Synode du Patriarcat de Constantinople a décidé en 2018 de révoquer l’acte par lequel il octroyait le statut d’exarchat à l’archevêché des Églises russes en Europe occidentale (AERO, dont le siège est à Paris), puis de démettre, fin août, Mgr Jean de Charioupolis de ses fonctions à la tête de cet archevêché, l’AERO choisit de quitter le Patriarcat de Constantinople pour rejoindre celui de Moscou. Un choix qui clôt un siècle d’histoire de la diaspora russe en Europe.

3 octobre : Un agent administratif radicalisé tue quatre policiers

À la suite de cette attaque au couteau, au cœur même de la préfecture de police de Paris, et après l’appel du gouvernement à détecter les « signes » de radicalisation et à construire une « société de vigilance », de vives polémiques divisent les partis politiques sur le voile tandis que les musulmans dénoncent instrumentalisation et stigmatisation.

13 octobre : Le cardinal Newman est canonisé

Passé de l’anglicanisme au catholicisme, le cardinal britannique John Henry Newman (1801-1890) fut un grand théologien qui a notamment travaillé sur la conception de l’Église et ses relations avec le monde et les autres religions, sur la conscience et la liberté religieuse, sur le rôle des laïcs et l’appel à la sainteté des fidèles. Des réflexions qui ont préparé Vatican II.

27 octobre : Le Synode sur l’Amazonie publie son document final

Présenté la veille de la clôture de l’assemblée du synode pour l’Amazonie, le document final des pères synodaux reprend les cris des peuples amazoniens, face à la destruction de leur territoire et de leurs cultures, et sollicite la possibilité d’ordonner prêtres des diacres mariés. En revanche, il ne demande pas le diaconat féminin. La publication de l’exhortation apostolique post-synodale est attendue pour début 2020.

5-6 novembre : Des laïcs à l’Assemblée des évêques de France

Pour la première fois dans l’histoire de l’Église de France, des non-évêques participent à l’Assemblée plénière de Lourdes. Parmi les 200 baptisés invités par leurs évêques, une majorité a moins de 40 ans et est engagée dans l’écologie, en lien avec le premier sujet abordé par cette Assemblée d’automne.

Celle-ci s’est ensuite prononcée, à la majorité des deux tiers, en faveur d’un « geste de reconnaissance financière de la souffrance vécue » pour les victimes de prêtres, dans le prolongement de l’un des quatre axes de travail mis en place par le nouveau président de la CEF élu en avril 2019, Mgr Éric de Moulins-Beaufort.

24 novembre : Depuis le Japon, le pape redit « non » aux armes nucléaires

Le pape choisit d’être au Japon, seul pays à avoir été frappé par deux bombes atomiques, pour lancer un appel vigoureux en vue de l’élimination totale des armes nucléaires. Après ses propos à Nagasaki puis à Hiroshima, il redit dans l’avion du retour que « l’usage des armes nucléaires est immoral » et que « cela doit entrer dans le Catéchisme de l’Église catholique ».

En 2019, la religion au cinéma

Plusieurs films autour de la religion ont marqué l’année. Celui que François Ozon a consacré à l’affaire Preynat, « Grâce à Dieu », a attiré près de 920 000 entrées. D’autres ont séduit la critique, comme « Jeanne » de Bruno Dumont revisitant la figure de Jeanne d’Arc dans un film épuré. Ou comme celui de Sarah Suco, « Les éblouis », racontant les désillusions d’une famille confrontée aux dérives sectaires d’une communauté charismatique. La fin de l’année cinématographique est marquée par la sortie, le 11 décembre, du chef-d’œuvre de Terrence Malick, « Une vie cachée », inspiré de la vie du paysan autrichien Franz Jägerstätter, qui a résisté au nazisme et a été béatifié en 2007.

© La Croix - 2019

Bible

Les familles dans la Bible

La parole de Dieu est remplie de références à la famille. Cependant, même si nous voyons et réalisons le projet de Dieu pour la famille en connexion avec le royaume de Dieu et l’influence qu’elle est appelée à exercer, il est difficile de trouver dans les Écritures des exemples de famille qui le vivent pleinement et à qui nous pourrions regarder en disant : « Voici une famille-modèle.

Les familles bibliques, des familles imparfaites

Quand le péché est entré dans le monde au travers d’Adam et Ève, il a non seulement affecté la relation de l’homme avec son Créateur, mais également ses relations dans sa famille. Ainsi, chaque famille depuis la chute est une famille imparfaite. Dieu a donné des lois à l’homme pour l’aider à vivre dans la justice, puis bien sûr il lui a donné le salut en Jésus-Christ afin de recevoir un cœur nouveau et une vie nouvelle et de briser le lien du péché. Les lois divines, comme l’enseignent les Écritures, continuent de nous guider pour vivre dans la justice (2Tm 3,16). Dans les Écritures, nous trouvons des « normes » pour la vie de famille, mais nous peinons à trouver un exemple d’une famille vivant selon ces normes. Une famille « normale » semble être une famille qui n’atteint pas ces normes, une famille imparfaite.

Les Écritures définissent clairement ce que la mission du chrétien dans la vie doit être, ce qui est la somme et le cœur de toute la loi : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. C'est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mt 22,37-39).

Ces deux commandements sont essentiels à la famille. Si nous n’aimons pas Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme et de toute notre pensée, nous ne pouvons pas aimer notre famille. Et en parlant de prochain, il n’y en a pas de plus proche que celui de notre propre maison.

Notre mission est donc claire : Aimer Dieu et aimer notre famille. Pas notre famille seulement, mais notre famille d’abord. Si nous échouons ici, nous n’aurons que peu de succès en aimant et en servant qui que ce soit d’autre. Nous croyons que la plupart des familles chrétiennes échouent dans cette étape fondamentale de s’aimer les uns les autres, et c’est probablement une des raisons principales pour laquelle l’église n’est pas aussi pertinente qu’elle devrait l’être aujourd’hui.

Cependant, nous ne sommes pas seuls dans notre échec. Les Écritures dépeignent maintes familles ayant été moins que parfaites dans l’accomplissement de la mission de la loi. En les observant, nous pourrons peut-être apprendre de leurs erreurs.

Les familles dans les Écritures

Comme mentionné précédemment, il est difficile de trouver dans les Écritures un modèle de famille accomplissant la mission de la loi. En survolant la liste ci-dessous, quelle famille prendriez-vous comme modèle ?

  • Adam et Éve : deux de leurs fils se sont battus, et l’un tua l’autre.
  • Noé : alors qu’il avait un problème avec la boisson, son fils Cham le voit nu et est maudit.
  • Abraham : il « vend » sa femme deux fois par crainte pour sa propre sécurité, et a un enfant hors mariage (Ismaël).
  • Lot : tente de donner ses filles à des homosexuels puis, plus tard, se saoule et commet l’inceste avec elles.
  • Isaac : il préférait un de ses fils à l’autre, alors que sa femme Rachel préférait l’autre, entraînant une rivalité entre frères.
  • Jacob : plusieurs enfants nés hors mariage. Il a favorisé les enfants d’une des femmes par rapport aux autres. Ses enfants se sont battus et ont tenté de tuer leur frère Joseph.
  • Caleb : positif : il a pourvu à un mari pour sa fille, ainsi qu’à tous ses besoins matériels (Jg 1,12-15).
  • Gédéon : il emmena son fils aîné Jéther à la guerre alors qu’il n’était qu’un enfant, il fit un idole, eut plusieurs femmes et un fils né hors mariage (Abimelek) qui tua soixante-dix de ses frères nés des femmes de Gédéon.
  • Jephté : né d’une prostituée, il fit un vœu insensé qui lui coûta la vie de sa fille.
  • Ruth : Le dévouement de Ruth envers sa belle-mère Naomi est un des meilleurs exemples d’accomplissement de la mission de la loi que nous puissions trouver dans les Écritures.
  • Elkana : il était marié à deux femmes, bien qu’ayant une description positive de la manière dont il a pourvu pour ses femmes et ses enfants. Anne choisit de ne pas élever son fils aîné Samuel, mais de le laisser avec le grand prêtre Eli.
  • Eli : il honora ses fils plus que Dieu (1S 2,29), ses fils étaient méchants.
  • Samuel : il fut élevé par un Eli qui échoua avec ses propres fils, « les fils de Samuel ne marchèrent point sur ses traces ; ils se livraient à la cupidité, recevaient des présents, et violaient la justice » (1S 8,3).
  • Saül : il fit un vœu insensé dans une bataille qui lui coûta presque la vie de son fils Jonathan (1S 14), sa fille Merab était promise à David, mais finalement donnée à quelqu’un d’autre. Son autre fille Mikal devint femme de David, et elle sauva son mari de la mort. Saül donna ensuite Mikal à un autre homme. David finit par la reprendre (2S 3,13-16), mais elle méprisa David et resta stérile (2S 6,16-23).
  • David : David eut au moins huit femmes, dont une avec qui il commit adultère et tua le mari avant de l’épouser. Un de ses fils, Amnon, viola sa demi-sœur Tamar (fille de David), puis le frère de Tamar, Absalom tua Amnon. Absalom se rebella contre son père et tenta de le tuer et de lui prendre le royaume.
  • Job : il avait sept fils et trois filles. Job était très préoccupé par ses enfants, qui apparemment passaient leur temps à boire et à faire la fête. Dieu lui enleva tous ses enfants, et il semble que sa femme l’abandonna aussi. Plus tard, Job éleva sept autres fils et trois autres filles. Ses filles partagèrent son héritage avec leurs frères, et Job vit ses petits-enfants jusqu’à la quatrième génération.
  • Jésus : Joseph, mari de Marie la mère de Jésus, est dépeint comme un homme attentionné que ne veut pas l’exposer à la disgrâce quand il découvre qu’elle est enceinte. On n’entend plus parler de Joseph après que Jésus ait douze ans. Quelques passages des Évangiles nous montrent que les frères de Jésus ne soutenaient guère son ministère et ne croyaient pas qu’il soit le messie avant sa crucifixion.
  • Philippe :  Un des sept diacres établis dans Actes 6, Philippe alla évangéliser la Samarie après la mort d’Étienne et finit à Césarée où apparemment il s’établit et fonda une famille. Vingt-trois ans plus tard, on le retrouvera à Césarée avec quatre filles qui prophétisent (Ac 21,8-9).

Un certain nombre de choses nous frappent lorsque nous considérons ces familles. Tout d’abord, il est très étonnant que certains des personnages les plus justes dans les Écritures aient eu une vie de famille déplorable ! En dépit des échecs dans leur famille, Dieu les a malgré tout utilisés. Mais n’auraient-ils pas pu être bien plus efficaces s’ils avaient pu remplir la mission de la loi dans leur propre famille ? Bien sûr, nous n’avons pas accès à la vie de famille de tous. On ne peut que spéculer, par exemple, sur ce qu’a été la vie de famille de Moïse à Madian. Il y fut établi pendant quarante ans, a eu le temps d’y élever une famille avant que Dieu ne l’appelle à délivrer les Israélites.

Le deuxième élément frappant, c’est que bien que nous voyions certaines relations familiales positives, comme celles de Ruth avec Naomi, de Job, de Caleb ou de Philippe, il n’y a pas de famille dans les Écritures que nous pourrions mettre à part et étudier comme la « famille idéale ». Nous sommes ainsi laissés avec les « normes » pour la vie de famille plutôt que des exemples.

Une trame de fond : le sanctuaire familial

Dans son livre « Family sanctuary », John Garr souligne que, cependant, en parcourant les Écritures, nous trouvons une trame de fond. Adam et Ève vivaient en communion avec Dieu quand il venait les visiter dans leur jardin dans la fraîcheur du soir. Ils n’avaient pas un temple que Dieu aurait bâti pour eux. Dieu les visitait dans leur foyer, qui était un lieu naturel pour l’adoration et la communion. Garr l’appelle le sanctuaire familial. Il n’y avait pas de grande façade. Tout y était simple. Ce n’étaient qu’Adam et Ève – la première famille – et Dieu. Le prototype dans les Cieux était reproduit dans la famille de l’homme sur la terre. L’homme devenait l’image de Dieu et le temple familial l’ombre du céleste.

Plus tard, Noé « trouva grâce aux yeux de l’Éternel » et sauva l’humanité dans son sanctuaire familial, l’arche. Le salut du déluge fut accompli dans le contexte de la famille. « Par la foi, Noé, étant averti divinement des choses qui ne se voyaient pas encore, craignit et bâtit une arche pour la conservation de sa maison » (Hb 11,17).

La tente de Sarah et d’Abraham fut un exemple magnifique de sanctuaire familial. La tradition rabbinique souligne le fait que la tente de Sarah était ouverte des quatre côtés, démontrant l’hospitalité profonde de son foyer. Cette tente était si consacrée qu’elle pouvait accueillir le Seigneur lui-même. Accompagné de deux anges, Dieu visita le sanctuaire familial d’Abraham et de Sarah.

Jusqu’au moment où Dieu amena les descendants du patriarche au Sinaï et en fit le peuple d’Israël, toutes les fonctions sacerdotales étaient vécues dans le contexte de la famille. Même le grand événement qui suscita leur libération de l’esclavage en Égypte ne s’est pas déroulé dans un contexte collectif, mais dans chaque foyer hébreu.

« Placez le sang de l’agneau sur les deux poteaux et le linteau de la porte de vos maisons. » Telle fut l’instruction reçue par les Israélites. « Restez dans vos maisons, mangez la viande d’agneau rôtie et le pain sans levain. » Moïse aurait certainement pu dire à Aaron de sacrifier un agneau pour tout le peuple au cours d’une cérémonie publique solennelle. Mais l’acte qui amena le salut d’Israël fut une histoire de famille. Moïse avait dit aux peuple : « On prendra un agneau pour chaque famille, un agneau pour chaque maison » (Ex 12,3). Dieu était sur le point de délivrer tout Israël ; cependant, la méthode qu’il allait employer pour leur délivrance serait manifestée dans une famille à la fois au travers d’une célébration dans leur maison qui allait durer toute la nuit !

Depuis le temps de l’Exode jusqu’à aujourd’hui, la principale expérience d’adoration annuelle pour les descendants de ceux qui sont sortis d’Égypte a été la Pâque. Ce rendez-vous divin est célébré chaque année depuis des millénaires dans le contexte de la famille, comme la première fois. Les parents et les grands-parents conduisent chaque famille dans cet acte de commémoration. Tous les membres de la famille, du plus âgé au plus jeune, célèbrent le fait qu’ils ont été délivrés de l’Égypte.

Toute cette célébration demeure avant tout une expérience d’adoration familiale. Dans l’esprit d’hospitalité si cher à la pensée juive, le sanctuaire familial est aussi élargi pour inclure les membres de la famille élargie (oncles, tantes, cousins, neveux ou nièces), des amis et même des étrangers. Le sanctuaire familial n’est pas un cercle fermé et exclusif. C’est une compagnie ouverte, inclusive, qui invite les autres à partager la sainteté de l’adoration et de la communion familiale.

Comme le dira Jérémie quelques siècles plus tard : « En ce temps-là, dit l'Éternel, je serai le Dieu de toutes les familles d'Israël, et ils seront mon peuple » (Jr 31,1). Voyons encore quelques exemples instructifs parmi tous ceux que nous trouvons dans les Écritures.

La prise de position de Josué

« Et si vous ne trouvez pas bon de servir l'Éternel, choisissez aujourd'hui qui vous voulez servir, ou les dieux que servaient vos pères au-delà du fleuve, ou les dieux des Amoréens dans le pays desquels vous habitez. Moi et ma maison, nous servirons l'Éternel » (Jo 24,15).

Chaque tribu d’Israël, au moment d’entrer dans son héritage, est défiée par son chef à se positionner. Notre mentalité humaniste moderne, disant : « Je ne veux rien imposer à mes enfants. Ils choisiront quand ils seront grands ce qu’ils veulent croire ! », n’avait alors pas voix au chapitre. « Moi et ma maison », s’écria Josué. Quelle prise de position ! L’enjeu de cette prise de position pour sa famille est l’idolâtrie. Qui voulez-vous servir ? Votre famille aura de toute façon un ou plusieurs dieux. Il s’agira peut-être du matérialisme, de l’humanisme, des loisirs, voire de la famille elle-même !

Malgré cette prise de position familiale et le fait que tout le peuple rassemblé s’engage de même derrière Josué à trois reprises pendant ce rassemblement à servir l’Éternel, il semble y avoir peu de répercussions concrètes dans le vécu familial du peuple.

« Toute cette génération fut recueillie auprès de ses pères, et il s'éleva après elle une autre génération, qui ne connaissait point l'Éternel, ni ce qu'il avait fait en faveur d'Israël. Les enfants d'Israël firent alors ce qui déplaît à l'Éternel, et ils servirent les Baals. Ils abandonnèrent l'Éternel, le Dieu de leurs pères, qui les avait fait sortir du pays d'Égypte, et ils allèrent après d'autres dieux d'entre les dieux des peuples qui les entouraient ; ils se prosternèrent devant eux, et ils irritèrent l'Éternel. Ils abandonnèrent l'Éternel, et ils servirent Baal et les Astartés » (Jg 2,10-13).

Après la génération de Josué, qui a vécu tant de victoires, qui est entrée dans les promesses de Dieu, vient une autre génération qui ne connaît pas l’Éternel, qui ne l’a pas vu agir et qui se détourne de lui pour servir les idoles ! Comment est-ce possible après la prise de position si ferme de Josué 24 ? Voyez-vous, il nous faut plus que des bonnes résolutions ou des grandes déclarations pour que l’héritage de Dieu se transmette d’une génération à la suivante. Il faut des gens qui prêts à changer leurs priorités, leur style de vie et à investir dans leur famille d’abord. Sinon, nous courrons le risque de perdre après chaque génération ce que nous aurons conquis, et de devoir à chaque génération recommencer à zéro.

Obed Édom

Voici un homme dont on ne parle pas souvent. David, couronné roi de tout Israël, avait voulu ramener l’arche de Dieu à Jérusalem. Cependant, il l’avait faite transporter sur un char plutôt que porter par des Lévites selon les prescriptions de la loi. À un moment, l’arche a glissé et a failli tomber du char. Uzza, qui se tenait à côté, s’est précipité pour la retenir, et le Seigneur l’a foudroyé sur place. David et tout le peuple eurent peur de l’Éternel en ce jour-là. Le roi se dit : « Comment l'arche de l'Éternel entrerait- elle chez moi ? » (2S 6,9).

« Il ne voulut pas retirer l'arche de l'Éternel chez lui dans la cité de David, et il la fit conduire dans la maison d'Obed Édom de Gath. L'arche de l'Éternel resta trois mois dans la maison d'Obed Édom de Gath, et l'Éternel bénit Obed Édom et toute sa maison » (2S 6,10-11).

Voilà un homme qui a eu l’arche de Dieu pendant trois mois dans sa maison. Imaginez ! L’arche de Dieu ! L’arche de l’alliance ! Dans votre salon ! Cette même arche qui, dans le tabernacle, était dans le lieu très saint, dans lequel seul le souverain sacrificateur pouvait entrer une fois par an. Cette arche représentait la présence et la gloire de Dieu, comment pourrait-elle prendre place ailleurs que dans le temple ou le tabernacle ? Cependant, le résultat fut surprenant. Dieu ne foudroya pas Obed Édom et sa famille, mais il les bénit. La présence et la gloire de Dieu dans nos maisons, dans nos familles, est une source de bénédiction. Obed Édom va être marqué par cette proximité de la présence de Dieu. Par la suite, nous le retrouvons parmi les portiers de la maison de Dieu (1Ch 15,18), puis parmi les chantres (1Ch 15,21). Mais cela ne lui suffisait pas. Il se retrouva portier de l’arche (1Ch 15,24). Il avait appris à chérir cette présence de Dieu et à rechercher sa proximité. Dans 1Ch 26,4-8, on nous donne la liste de ses fils, huit au total, « car Dieu l’avait béni » (v.5), ainsi que certains de ses petits-enfants, desquels il nous est dit : « Tous ceux-là étaient des fils d'Obed Édom ; eux, leurs fils et leurs frères, étaient des hommes pleins de vigueur et de force pour le service, soixante-deux d'Obed Édom » (1Ch 26,8).

Une famille zélée pour le service de Dieu, et ce sur plusieurs générations. Une famille qui a commencé par accueillir la présence de Dieu chez elle, dans sa maison. Certaines personnes ont peur que, en mettant trop l’accent sur la famille, nous cherchions en quelque sorte à « privatiser » l’église, niant la nécessité de l’église locale plus large. Non ! Voyez le résultat dans la famille d’Obed Édom ! Ils se sont tous mis au service de la maison de Dieu et ne sont pas restés centrés sur eux-mêmes.

La famille d’Esaïe

« Voici, moi et les enfants que l'Éternel m'a donnés, nous sommes des signes et des présages en Israël, de la part de l'Éternel des armées, qui habite sur la montagne de Sion » (Is 8,18).

Esaïe servait le Seigneur en famille. Ses fils avaient des noms prophétiques : Chear-Yachoub (Is 7,3, « un reste reviendra ») et Maher-Chalal-Hach-Baz (Is 8,3, « vite au pillage, en hâte au butin »). Chear-Yachoub accompagna son père pour certaines déclarations prophétiques (Is 7,3). Sa femme est appelée la prophétesse dans Is 8,3.

Les mots utilisés pour signe et présage signifie réellement cela : signe, miracle, prodige, mais aussi monument, bannière, évidence. Pouvons-nous imaginer, en tant que famille, avec nos enfants, avoir une portée prophétique ? Sans même ouvrir la bouche, être un monument, une bannière de l’Éternel, une évidence de son action et de son règne ?

Le nom même des enfants avait été donné par Dieu et, chaque fois qu’ils étaient prononcés, rappelait à ceux qui les entendaient ce que Dieu avait déclaré ! Le Seigneur est-il impliqué dans le choix des noms de nos enfants ? Dans la pensée biblique, le nom représente l’identité, et nous voyons à plusieurs reprises le Seigneur donner à des futurs parents le nom de leur enfant. De même, le Seigneur est celui qui change le nom d’Abram, de Simon, de Lévi, de Saul... pour refléter ce qu’il a fait en eux et leur nouvelle identité en lui. Et le Seigneur promet à chacun de nous un nom nouveau (Ap 2,17). Finalement, le Seigneur a promis à Esaïe de poursuivre l’œuvre commencée en lui et par lui dans la vie de ses descendants : « Mon esprit, qui repose sur toi, et mes paroles, que j'ai mises dans ta bouche, ne se retireront point de ta bouche, ni de la bouche de tes enfants, ni de la bouche des enfants de tes enfants, dit l'Éternel, dès maintenant et à jamais » (Is 59,21).

Le style de vie d’Ezechias...

Dans l’histoire des rois de Juda, nous voyons souvent que le règne d’un roi juste est suivi du règne de son fils méchant. Le fait de vivre le cœur de la loi dans sa propre famille est apparemment une des leçons les plus difficiles que le peuple de Dieu doit apprendre. Par conséquent, nous ne sommes toujours qu’à une génération d’une société corrompue. La triste leçon des Écritures est que peu importe combien Dieu nous utilise pendant notre vie, si nous n’avons pas aimé notre famille et transmis notre héritage en Dieu à nos enfants, tout ce que nous accomplissons dans cette vie peut être balayé en une génération. Cette leçon n’est probablement nulle part aussi évidente dans les Écritures que dans le récit du règne d’Ézéchias, puis de son fils Manassé.

Le roi Ézéchias était le fils du roi Achaz, un des plus mauvais rois du royaume de Juda. Le roi Achaz marchait sur les mauvaises voies des rois d’Israël, le royaume du nord, adorant les Baals et faisant même passer certains de ses enfants (les frères d’Ézéchias) par le feu (2Ch 28,1-3). Ce n’était pas là exactement un environnement idéal pour l’éducation d’Ézéchias ! Mais Dieu toucha la vie de ce jeune homme, qui devint roi à l’âge de vingt-cinq ans et, dans le premier mois de son règne, il entama des réformes nationales et restaura l’adoration dans le temple. Il devint l’un des rois les plus justes de l’histoire de Juda : « Il mit sa confiance en l’Éternel, le Dieu d’Israël ; et parmi tous les rois de Juda qui vinrent après lui ou qui le précédèrent, il n’y en eut point de semblable à lui. Il fut attaché à l’Éternel, il ne se détourna point de lui, et il observa les commandements que l’Éternel avait prescrits à Moïse. Et l’Éternel fut avec Ézéchias, qui réussit dans toutes ses entreprises. Il se révolta contre le roi d’Assyrie, et ne lui fut plus assujetti » (2R 18,5-7).

Nous lisons dans 2R 20 qu’Ézéchias tomba gravement malade à l’âge de trente-neuf ans. L’annonce de sa mort imminente fut apportée par le prophète Esaïe. Ézéchias pleura et pria le Seigneur, qui répondit en le guérissant et en lui faisant savoir qu’il vivrait encore quinze ans de plus. Que fit Ézéchias pendant ces quinze années ? Apparemment, il accumula beaucoup de richesses (2Ch 32,27-29) et tomba dans l’orgueil, dont il se repentit plus tard (2Ch 32,25-26). Il accomplit beaucoup pour rendre la nation prospère, ce qui apparemment inclut l’arrangement et la transmission des Écritures de l’Ancien Testament, selon Pv 25,1 qui dit : « Voici encore des Proverbes de Salomon, recueillis par les gens d’Ézéchias, roi de Juda. » Son fils Manassé naquit également pendant cette période (dans la troisième année de ces quinze ans supplémentaires), bien que nous n’ayons aucune référence à la vie de famille d’Ézéchias. Cependant, en observant la vie d’Ézéchias, sur-occupé à servir le Seigneur, sa propre éducation par Achaz et le style de vie de Manassé qui dépassera grand-papa Achaz dans sa méchanceté, il paraît raisonnable de tirer l’hypothèse qu’Ézéchias a passé très peu de temps pour remplir la mission de la loi envers son fils.

Et ses fruits dans la vie de son fils Manassé !

Manassé devint roi à l’âge de douze ans, et il régna cinquante-cinq ans. Il fut un plus mauvais que tous les rois l’ayant précédé. Auparavant, quand un roi de Juda était mauvais, il était comparé aux mauvais rois du royaume du nord, Israël (comme par exemple Achaz en 2R 16,3). Mais le roi Manassé tomba à un niveau encore plus bas : « Il fit ce qui est mal aux yeux de l’Éternel, selon les abominations des nations que l’Éternel avait chassées devant les enfants d’Israël » (2R 21,2). Il nous faut remonter jusqu’aux nations païennes que Dieu avait chassées par Josué dans la conquête du pays promis. Ces nations desquelles Moïse avait déclaré : « Lorsque l’Éternel, ton Dieu, les chassera devant toi, ne dis pas en ton cœur : C’est à cause de ma justice que l’Éternel me fait entrer en possession de ce pays. Car c’est à cause de la méchanceté de ces nations que l’Éternel les chasse devant toi » (Dt 9,4). Ces nations païennes étaient si méchantes que Dieu dut les annihiler du pays. Et voilà que Manassé, le roi du peuple élu de Dieu, se mettait à commettre des péchés pires qu’elles. Manassé revint en arrière sur toutes les réformes que fit son père, souilla le temple, fit passer ses propres fils par le feu et répandit le sang innocent d’un bout de Jérusalem à l’autre. Manassé se repentira à la fin de sa vie, après que le roi d’Assyrie l’ait emmené captif à Babylone (2Ch 33,11-17). Il reviendra en Juda et restaurera le temple. Mais même avec ces réformes, et les réformes et réveils sous le règne de son petit-fils Josias quelques trente ans plus tard, Dieu ne pardonna pas les péchés de Manassé (2R 23,26-27), et la nation fut jugée et emmenée en captivité à Babylone pour soixante-dix ans pour expier les péchés de Manassé.

Ézéchias fut utilisé par Dieu pour de grandes choses dans sa nation pendant sa vie, mais le fait d’avoir négligé sa famille affecta sa nation bien après sa mort.

Néhémie met les familles au travail

Néhémie est arrivé à Jérusalem avec un fardeau pour reconstruire la muraille. Le temple et l’autel avaient déjà été redressés, mais les murailles et les portes de la ville étaient encore en ruine. Quelle va être sa stratégie ? Va-t-il tout faire tout seul ? Va-t-il organiser des rencontres de construction où les parents vont venir tous au même endroit alors que les enfants seront à la maison avec des baby-sitters ?

Non, nous voyons dans le merveilleux chapitre de Néhémie 3 comment cet homme mit toutes les familles de Jérusalem au travail, chacune devant sa propre maison. La vision de construire toute la muraille est écrasante, mais chacun peut imaginer réparer une petite portion qui lui est proche et qui le concerne directement. Et quand toutes les familles se mettent au travail, ainsi que les corps de métiers, la tâche avance.

Il en va de même dans l’Église : si nous ne comptons que sur les pasteurs et les responsables, la muraille ne sera jamais construite et ils seront vite épuisé. Imaginez Néhémie, avec sa vision, qui se met à la tâche tout seul ! Dans la symbolique biblique, la muraille représente la puissance et la force. Les portes représentent l’autorité. C’est là que les décisions étaient prises. C’est là qu’on laissait passer ou non certaines choses. La muraille et les portes de l’église doivent être restaurées, mais ce n’est pas qu’une question de responsables. Chaque famille doit faire sa part devant sa maison.

Le Nouveau Testament

La vision familiale reste au cœur de la nouvelle alliance, même si elle n’est plus aussi forte que dans l’ancienne. Nous voyons les églises se réunir dans les maisons (donc dans les familles). On nous mentionne spécifiquement les maisons de Corneille, de Lydie, de Crispus, du geôlier de Philippes, de Stéphanas, de César, de Nymphas, d’Onésiphore, de Philémon, de Prisca et Aquilas. Il nous est spécifié que Corneille craignait Dieu avec toute sa maison (Ac 10,2) et que le geôlier de Philippes, qui accueillit Paul et Silas au milieu de la nuit dans sa maison pour laver leurs plaies, « fut baptisé sur le champ avec tous les siens. Et il les fit monter dans sa maison, et fit dresser une table ; et croyant Dieu, il se réjouit avec toute sa maison » (Ac 16,33-34). Nous voyons Philippe, diacre-évangéliste, accueillir Paul dans sa maison avec ses quatre filles qui prophétisent, nous entendons parler de l’influence de la mère et de la grand-mère de Timothée sur la foi de celui-ci...

Jésus était annoncé et enseigné comme le Christ tous les jours dans le temple et de maison en maison (Ac 5,42), donc de famille en famille ! Le salut était promis à l’ensemble de la famille. Bien sûr, cela n’enlève pas la nécessité d’une décision personnelle de chacun des membres, mais la vision familiale était là. Nous le voyons dans les deux versets suivants : « Crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé, toi et ta maison » (Ac 16,31) et « Fais venir Simon, surnommé Pierre, qui te dira des choses par lesquelles tu seras sauvé, toi et toute ta maison » (Ac 11,14). Qu’il est bon d’avoir de telles promesses pour nous appuyer dans notre intercession !

Jésus lui-même cherchait à avoir un impact sur des familles complètes. Dans Jean 4,53, le père du paralytique guéri crut, lui et toute sa maison. Dans Jn 8,14, il entra dans la maison de Pierre et guérit sa belle-mère qui souffrait de la fièvre. Dans Mc 5,19, il renvoya l’ex-démoniaque de Gadara maintenant délivré, lui disant : « Va dans ta maison, vers les tiens, et raconte-leur tout ce que le Seigneur t'a fait, et comment il a usé de miséricorde envers toi. »

Il envoyait ses disciples prêcher aux familles entières. Dans Mc 10,12, il leur dit : « Quand vous entrerez dans une maison, saluez-la. » Il ne s’agissait pas de saluer le bâtiment, mais la famille qui l’habitait ! Ainsi, quand les disciples arrivaient deux par deux dans une localité, ils cherchaient d’abord à établir le contact avec un « homme de paix » et sa famille, qui constituerait par la suite la base missionnaire pour toucher la région. Beaucoup de mouvements d’implantation d’église utilisent aujourd’hui cette même approche.

Conclusion

La famille biblique n’est pas une famille parfaite. Notre mission dans la vie est d’aimer le Seigneur notre Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme et de toute notre pensée et d’aimer notre prochain comme nous-mêmes. Nos prochains les plus proches sont les membres de notre propre famille, et l’appel à aimer sa famille est un appel élevé. Ceux qui sacrifient leur famille pour leur carrière ou leur ministère sèment des conséquences éternelles.

Les chrétiens qui manquent d’aimer leurs prochains les plus proches sacrifient non seulement leur propre famille, mais le fondement même de l’église et de la société. Tout comme la nation d’Israël est tombée lorsque ses leaders ont négligé leur famille, ainsi nos églises sont au bord du désastre parce que les leaders chrétiens sont trop occupés par leur ministère pour servir leur propre famille. Plutôt que d’avoir une église qui affecte positivement la culture, ce sont les valeurs de la culture contemporaine qui ont intégré l’église et la façon dont les chrétiens voient la famille. Notre seul espoir est de revenir à notre mission dans la vie, et de faire de nos familles notre ministère premier.

Famille de Foi - 2019

Commentaire des lectures du dimanche

Chers frères et sœurs, bonjour !

En ce premier dimanche après Noël, la liturgie nous invite à célébrer la fête de la Sainte Famille de Nazareth. De fait, chaque crèche nous montre Jésus avec la Madone et saint Joseph, dans la grotte de Bethléem. Dieu a voulu naître dans une famille humaine, il a voulu avoir une mère et un père, comme nous !

Et aujourd’hui l’Évangile nous présente la Sainte Famille sur le chemin douloureux de l’exil, à la recherche d’un refuge en Égypte. Joseph, Marie et Jésus font l’expérience de la situation dramatique des réfugiés, marquée par la peur, l’incertitude, les désagréments (cf. Mt 2,13-15.19-23). Hélas, de nos jours, des millions de familles peuvent se reconnaître dans cette triste réalité. La télévision et les journaux donnent presque chaque jour des nouvelles de réfugiés qui fuient la faim, la guerre, d’autres graves dangers, à la recherche de la sécurité, et d’une vie digne pour eux et pour leurs familles.

Même lorsqu’ils trouvent du travail, dans des terres lointaines, les immigrés et les réfugiés ne trouvent pas toujours un vrai accueil, le respect, et les valeurs dont ils sont porteurs ne sont pas appréciées. Leurs attentes légitimes se heurtent à des situations complexes et les difficultés qui semblent parfois insurmontables.

C’est pourquoi, en tournant notre regard vers la Sainte Famille de Nazareth, au moment où elle est contrainte à devenir réfugiée, pensons au drame de ces migrants et de ces réfugiés qui sont victimes du rejet et de l’exploitation, qui sont victimes de la traite des personnes et du travail forcé.

Mais pensons aussi aux autres « exilés », je les appellerais les « exilés cachés », ces exilés qui peuvent se trouver à l’intérieur même des familles : les personnes âgées, par exemple, qui sont parfois traitées comme des présences encombrantes. Je pense souvent qu’un signe pour savoir comment une famille se porte est la façon dont on y traite les enfants et les personnes âgées.

Jésus a voulu appartenir à une famille qui ait fait l’expérience de ces difficultés, afin que personne ne se sente exclu de la proximité amoureuse de Dieu. La fuite en Égypte à cause des menaces d’Hérode nous montre que Dieu est là où l’homme est en danger, là où l’homme souffre, là où il s’enfuit, là où il fait l’expérience du rejet et de l’abandon. Mais Dieu est aussi là où l’homme rêve, espère rentrer dans sa patrie en toute liberté, fait des projets et fait des choix pour sa vie et sa dignité, la sienne et celle de sa famille.

Aujourd’hui, notre regard sur la Sainte Famille se laisse aussi attirer par la simplicité de la vie qu’elle a menée à Nazareth.

C’est un exemple qui fait tellement de bien à nos familles, les aide à devenir toujours plus une communauté d’amour et de réconciliation, où l’on fait l’expérience de la tendresse, de l’aide mutuelle, du pardon réciproque.

Rappelons les trois mots-clefs pour vivre dans la paix et dans la joie en famille : s’il te plaît, merci, excuse-moi. Quand, dans une famille, on n’est pas intrusif et que l’on demande « s’il te plaît », quand, dans une famille, on n’est pas égoïste et que l’on apprend à dire « merci », et quand, dans une famille, quelqu’un s’aperçoit qu’il a fait quelque chose de mal et sait demander « excuse-moi », dans cette famille il y a la paix et la joie. Souvenons-nous de ces trois mots. Mais on peut les répéter tous ensemble : s’il te plaît, merci, excuse-moi. Tous : « s’il te plaît, merci, excuse-moi » !

Je voudrais aussi encourager les familles à prendre conscience de l’importance qu’elles ont dans l’Église et dans la société. De fait, l’annonce de l’Évangile passe avant tout par les familles, pour ensuite atteindre différents milieux de la vie quotidienne.

Invoquons avec ferveur Marie la très sainte, la Mère de Jésus et notre Mère, et saint Joseph, son époux. Demandons-leur d’éclairer, de réconforter, de guider chaque famille du monde pour qu’elle puisse accomplir avec dignité et sérénité la mission que Dieu lui a confiée.

© Libreria Editrice Vaticana – 2014

Ajouter un commentaire

Date de dernière mise à jour : 2020-01-14