PKO 11.11.12

Dimanche 11 novembre 2012 – XXXIIème Dimanche du Temps ordinaire – Année B

 

Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°56/2012

HUMEURS

 

Dans un communiqué solennel « le Grand Orient de France condamne fermement les propos de l'Église Catholique »

Les FrancsMaçons sortent de l’ombre pour défendre le droit au mariage pour tous… Il faut dire que depuis 2010 le G.O.F. a fait un grand progrès, il autorise les femmes à devenir membre de leur cercle très fermé1, Alors que… cela ne fait que 2 000 ans que l’Église catholique autorise les femmes et toute personne, sans considération de sexe ou de race… à être baptisé et membre à part entière de l’Église… sans rites secrets, sans prétention à une quelconque gnose pour élus cooptés.

« Au nom de la Laïcité, le Grand Orient de France rappelle que les Églises doivent se restreindre à la seule sphère spirituelle… » Mais ce n’est pas l’Église qui s’invite dans le discours du mariage pour tous, c’est la sphère politique qui nous oblige à cette présence… La république laïque nous interdit de célébrer le mariage religieux de personnes qui ne sont pas mariées civilement… Tant que la conception laïque du mariage correspondait à la vision catholique, cela ne posait aucun problème… mais avec le mariage pour tous, c’est une autre question : pourquoi les croyants devraient se soumettre à une loi civile dans laquelle ils ne se retrouvent pas pour pouvoir vivre leur foi ?

Ce n’est pas l’Église qui s’invite dans le discours…c’est la République laïque qui l’y oblige.

1   À ce jour la seule femme vénérable de la G.O.F. est Olivia Chaumont initié(e) il y a 35 ans en tant qu’homme !

                                                                  

En marge de l’actualité

 

Qu’est ce que le MARIAGE ?

Avec le discours sévère du Cardinal Vingt-Trois devant les évêques assemblés à Lourdes et la présentation du Projet de Loi sur « le mariage et l'adoption pour tous » au Conseil des ministres on vient de découvrir que de nombreux citoyens français méconnaissent les fondements du mariage.

Neuf Français sur dix pensent que le mariage est la célébration sociale de l'amour. On comprend alors pourquoi 58% des adultes de France seraient d'accord pour que l'on célèbre un « mariage » entre deux personnes du même sexe qui s'aiment. On comprend également pourquoi le recours au divorce est si fréquent, puisque si l'on se s'aime plus il n'y a plus de mariage !

Au risque d'être soupçonnée injustement d' « homophobie », l'Eglise catholique n'hésite pas à porter le débat hors du seul champ religieux en se plaçant aux plans éthique et anthropologique. Deux objections fondamentales au « mariage et à l'adoption pour tous » sont développées : l'une liée à la différence sexuelle, l'autre à la place de l'enfant dans l'homoparentalité.

Le mariage  n'est pas seulement un contrat, c'est aussi une institution. Ce n'est pas parce que la réalité sociétale change que le mariage change. Il est ordonné à lier deux personnes ayant une affection réciproque mais appelées à mener une vie commune jusqu'à la mort dans la perspective d'engendrer et élever des enfants partageant leur contenu génétique. Le mariage est fondé, parmi d'autres éléments essentiels, sur une différence de sexe et non sur l'orientation sexuelle. Le mariage, dans le droit français, lie conjugalité et procréation ce qui permet à l'enfant une lisibilité de sa filiation.

L'homoparentalité présente deux dangers, d'abord pour l'équilibre psychologique des enfants élevés ou adoptés par deux parents de même sexe, ensuite pour la cohésion même de notre société, dans la mesure où la filiation est livrée au hasard quant au choix du nom de l'enfant et à la désignation de ses parents (« parent 1 », « parent 2 »).

En ce qui concerne la Polynésie, nul doute que le projet heurte les consciences, compte tenu de l'attachement porté à la filiation et aux lignées familiales. Et ceci n'a rien à voir avec un dénigrement de l'homosexualité ou un mépris des homosexuels. En effet nous avons un grand respect pour les homosexuels, ils ont leur place dans nos communautés. Nous connaissons leurs souffrances liées à la conjugalité et à la procréation, ce n'est pas en légalisant le mariage pour eux que nous atténuerons leurs souffrances. Le gouvernement français fait fausse route.

Les statistiques montrent, dans les pays où le mariage entre personnes de même sexe a été légalisé, que la proportion de ces mariages est relativement faible par rapport au nombre de personnes qui se reconnaissent homosexuelles.

Il est surprenant, voire inquiétant, qu'un gouvernement qui se veut ouvert au dialogue et au débat démocratique, refuse d'entendre les avis de groupes représentatifs de la population, fussent-ils confessionnels. Il est donc nécessaire d'agir directement auprès de nos élus pour faire entendre nos  objections et nos convictions.

Dominique SOUPÉ

Chancelier

 

Année de la Foi : le désir de Dieu

 

Catéchèse pour l’Année de la Foi du pape Benoît XVI du 7 novembre 2012

« Même l’abîme du péché ne peut éteindre en l’homme l’étincelle qui lui permet de reconnaître le vrai bien, de le savourer et d’engager un parcours de remontée sur lequel Dieu, avec le don de sa grâce, ne refuse jamais son aide », déclare Benoît XVI qui invite à « promouvoir une sorte de pédagogie du désir ». Il ne s’agit pas, explique-t-il, « d’étouffer le désir qui est dans le cœur de l’homme, mais de le libérer, afin qu’il puisse atteindre sa véritable hauteur ». Au cours de l’audience hebdomadaire de ce mercredi 7 novembre, le pape a en effet poursuivi sa catéchèse pour l’Année de la foi.

Chers frères et sœurs,

Le chemin de réflexion que nous faisons ensemble en cette Année de la foi nous amène à méditer aujourd’hui sur un aspect fascinant de l’expérience humaine et chrétienne : l’homme porte en lui un désir mystérieux de Dieu. De manière très significative, le Catéchisme de l’Église catholique s’ouvre justement par la considération suivante : « Dieu ne cesse d’attirer l’homme vers Lui, et ce n’est qu’en Dieu que l’homme trouvera la vérité et le bonheur qu’il ne cesse de chercher » (n. 27).

Aujourd’hui encore, une telle affirmation semble pouvoir être partagée, presque comme une évidence, dans de nombreux contextes culturels ; elle pourrait, en revanche, apparaître comme une provocation dans le monde de la culture occidentale sécularisée. Beaucoup de nos contemporains pourraient en effet objecter qu’ils ne ressentent nullement un tel désir de Dieu. Dans de vastes secteurs de la société, il n’est plus l’attendu, le désiré, mais plutôt une réalité qui laisse indifférent, devant laquelle il n’est même pas nécessaire de faire l’effort de se prononcer.

En réalité, ce que nous avons défini comme le « désir de Dieu » n’a pas du tout disparu mais se manifeste encore aujourd’hui dans le cœur de l’homme, de nombreuses manières. Le désir humain tend toujours vers des biens concrets et déterminés, tout autres que spirituels, et il se trouve cependant face à la question de ce qu’est vraiment « le » bien, et donc confronté à quelque chose qui est, en soi, autre, que l’homme ne peut construire, mais qu’il est appelé à reconnaître. Qu’est-ce qui peut véritablement rassasier le désir de l’homme ?

Dans ma première encyclique, Deus caritas est, j’ai cherché à analyser comment un tel dynamisme se réalise dans l’expérience de l’amour humain, expérience qui, à notre époque, est plus facilement perçue comme un moment d’extase, de sortie de soi, comme un lieu où l’homme sent qu’il est traversé par un désir qui le dépasse. À travers l’amour, l’homme et la femme expérimentent de manière nouvelle, l’un par l’autre, la grandeur et la beauté de la vie et du réel. Si ce que j’expérimente n’est pas une simple illusion, si vraiment je veux le bien de l’autre comme une voie qui est aussi pour mon bien, alors je dois être disposé à me décentrer, à me mettre à son service, jusqu’à renoncer à moi-même. La réponse à la question sur le sens de l’expérience de l’amour passe donc par la purification et la guérison de la volonté, nécessaires au bien que l’on veut pour l’autre. Il faut s’y exercer, s’entraîner, se corriger même, pour que ce bien puisse être véritablement voulu.

L’extase initiale se traduit ainsi en un pèlerinage, un « exode permanent allant du je enfermé sur lui-même vers sa libération dans le don de soi, et précisément ainsi vers la découverte de soi-même, plus encore vers la découverte de Dieu » (Deus caritas est, 6). Par un tel chemin, l’homme pourra progressivement approfondir sa connaissance de cet amour qu’il avait expérimenté au début. Et le mystère ainsi représenté se profilera toujours davantage : en effet, pas même la personne aimée n’est en mesure de rassasier le désir qui réside dans le cœur humain, au contraire, plus l’amour de l’autre est authentique, plus il laisse entrevoir la question de son origine et de sa destinée, de la possibilité qu’a cet amour de durer pour toujours. L’expérience humaine de l’amour a donc en soi un dynamisme qui renvoie au-delà de soi, c’est l’expérience d’un bien qui pousse à sortir de soi pour se retrouver face au mystère qui enveloppe l’existence entière.

On pourrait faire des considérations analogues à propos d’autres expériences humaines comme l’amitié, l’expérience du beau, l’amour de la connaissance : tout bien expérimenté par l’homme tend vers le mystère qui enveloppe l’homme ; tout désir qui se manifeste au cœur humain se fait l’écho d’un désir fondamental qui n’est jamais pleinement rassasié. À partir d’un désir aussi profond, qui cache aussi quelque chose d’énigmatique, on ne peut évidemment pas arriver directement à la foi. En définitive, l’homme connaît bien ce qui ne le rassasie pas, mais il ne peut pas imaginer ni définir ce qui lui ferait expérimenter ce bonheur dont il porte la nostalgie dans son cœur. On ne peut pas connaître Dieu simplement à partir du désir de l’homme. De ce point de vue-là, le mystère demeure : l’homme est un chercheur de l’absolu, un chercheur qui avance en tâtonnant. Et cependant, l’expérience du désir, du « cœur inquiet » comme le nommait saint Augustin, est déjà très significative. Elle atteste que l’homme est profondément un être religieux (cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, 28), un « mendiant de Dieu ». Nous pouvons dire, avec les paroles de Pascal : « L’homme passe infiniment l’homme » (Pensées, éd. Chevalier 438 ; éd. Brunschvicg 434). Les yeux reconnaissent les objets quand ceux-ci sont éclairés par la lumière. D’où le désir de connaître la lumière elle-même qui fait briller les choses du monde et qui, avec elles, éveille le sens de la beauté.

Nous devons donc retenir qu’il est possible, même à notre époque, apparemment si réfractaire à la dimension transcendante, d’ouvrir un chemin vers un authentique sens religieux de la vie, qui montre que le don de la foi n’est pas absurde, ni irrationnel. Il serait très utile, dans ce but, de promouvoir une sorte de pédagogie du désir, que ce soit pour le chemin de ceux qui ne croient pas encore ou que ce soit pour ceux qui ont déjà reçu le don de la foi. Une pédagogie qui comprenne au moins deux aspects.

En premier lieu, apprendre ou réapprendre le goût des joies de la vie authentiques. Toutes les satisfactions ne produisent pas en nous le même effet : certaines laissent une trace positive, sont capables de pacifier l’esprit, nous rendent plus actifs et généreux. D’autres, au contraire, après la lumière initiale, semblent décevoir les attentes qu’elles avaient suscitées et laissent parfois derrière elles amertume, insatisfaction ou une impression de vide. Eduquer dès la tendre enfance à goûter les vraies joies, dans tous les domaines de l’existence – la famille, l’amitié, la solidarité avec ceux qui souffrent, le renoncement à soi pour servir l’autre, l’amour de la connaissance, de l’art, des beautés de la nature – tout ceci signifie exercer son goût intérieur et produire des anticorps efficaces contre la banalisation et l’aplatissement si diffus aujourd’hui. Les adultes aussi ont besoin de redécouvrir ces joies, de désirer les réalités authentiques, se purifiant de la médiocrité dans laquelle ils peuvent se trouver entraînés. Il sera alors plus facile de laisser tomber, ou de repousser, tout ce qui, malgré un attrait apparent, se révèle en fait insipide, source d’accoutumance et non de liberté. Et cela fera émerger ce désir de Dieu dont nous parlons.

Un second aspect, qui va de pair avec le précédent, consiste à ne jamais se contenter de ce que l’on a obtenu. Les joies les plus vraies sont précisément capables de libérer en nous cette saine inquiétude qui pousse à être plus exigeant – vouloir un bien plus élevé, plus profond – et en même temps à percevoir de plus en plus clairement que rien de ce qui est fini ne peut combler notre cœur. Nous apprendrons ainsi à tendre, désarmés, vers ce bien que nous ne pouvons construire ni nous procurer par nos propres forces, à ne pas nous laisser décourager par la fatigue ou les obstacles qui viennent de notre péché.

À ce sujet, nous ne devons toutefois pas oublier que le dynamisme du désir est toujours offert à la rédemption. Même lorsqu’il se présente sur des chemins détournés, lorsqu’il poursuit des paradis artificiels et semble perdre sa capacité à aspirer au véritable bien. Même l’abîme du péché ne peut éteindre en l’homme l’étincelle qui lui permet de reconnaître le vrai bien, de le savourer et d’engager un parcours de remontée sur lequel Dieu, avec le don de sa grâce, ne refuse jamais son aide. Nous avons d’ailleurs tous besoin de parcourir un chemin de purification et de guérison du désir. Nous sommes des pèlerins en marche vers la patrie céleste, vers ce bien plénier, éternel, que rien ne pourra jamais nous arracher. Il ne s’agit donc pas d’étouffer le désir qui est dans le cœur de l’homme, mais de le libérer, afin qu’il puisse atteindre sa véritable hauteur. Lorsque, dans le désir, s’ouvre une fenêtre vers Dieu, c’est déjà le signe de la présence dans l’âme de la foi, foi qui est une grâce de Dieu. Saint Augustin n’affirmait-il pas : « ainsi Dieu en différant de se donner à toi, dilate tes désirs, en les dilatant il élargit ton esprit, en l'élargissant il te rend plus capable de le posséder » (Commentaire de la Première lettre de saint Jean, 4, 6).

Dans ce pèlerinage, sentons-nous frères de tous les hommes, compagnons de voyage aussi de celui qui ne croit pas, de celui qui est en recherche, de celui qui se laisse interroger avec sincérité par le dynamisme de son désir de vérité et de bien. En cette Année de la foi, prions pour que Dieu montre son visage à tous ceux qui le cherchent d’un cœur sincère. Merci.

© Libreria Editrice Vaticana – 2012


Le mariage gay repose sur une « supercherie »

 

Discours d’ouverture du Cardinal André VINGT-TROIS à la Conférence des Évêques de France

L’Assemblée plénière d’automne de la Conférence des évêques de France, s’est ouverte samedi 3 novembre, à Lourdes. Son président, le cardinal André Vingt-Trois a exprimé une nouvelle fois sa vive opposition au projet gouvernemental de « mariage pour tous ». Une « supercherie » mise en œuvre « en urgence », sans « débat national ». En des termes directs et sans concessions, le président de la conférence des évêques de France (CEF), le cardinal André Vingt-Trois le projet de « mariage pour tous » prévu par le gouvernement, dans son discours d’ouverture de l’Assemblée plénière de la CEF qui se tient à Lourdes jusqu’au 8 novembre. Certes, son texte d’une vingtaine de minutes a balayé de nombreux autres sujets comme les 50 ans du Concile Vatican II, l’ouverture de l’Année de la Foi mais aussi l’influence sur l’organisation du catéchisme de la réforme du temps scolaire voulue par le ministre de l’Éducation nationale Vincent Peillon mais c’est la tonalité politique – attendue – de l’intervention de l’archevêque de Paris que l’on retiendra. Devant un parterre inhabituel de journalistes, notamment de radios et de télévisions, le président de la CEF a adopté un ton ferme, empreint d’une certaine gravité.

La crise économique atteint de plus en plus l’ensemble de notre société. Des entreprises ferment et la précarité s’étend. Des actes de violence barbares heureusement isolés, montrent l’extrême fragilité de notre tissu social et le désarroi de nombreuses familles qui ont besoin d’être soutenues et confortées dans leur mission éducative.

C’est dans ce contexte préoccupant que le gouvernement fait passer en urgence des mutations profondes de notre législation qui pourraient transformer radicalement les modalités des relations fondatrices de notre société. Des changements de cette ampleur imposaient un large débat national qui ne se contente pas d’enregistrer des sondages aléatoires ou la pression ostentatoire de quelques lobbies. Nous aurions été heureux, comme dans d’autres occasions, notamment pour les lois de bio-éthique, d’apporter notre contribution à ce débat. L’élection présidentielle et les élections législatives ne constituent pas un blanc-seing automatique, surtout pour des réformes qui touchent très profondément les équilibres de notre société. Puisque ce débat n’a pas encore été organisé, nous voulons du moins exprimer un certain nombre de convictions et alerter nos concitoyens sur la gravité de l’enjeu.

Contrairement à ce que l’on nous présente, le projet législatif concernant le mariage n’est pas simplement une ouverture généreuse du mariage à de nouvelles catégories de concitoyens, c’est une transformation du mariage qui toucherait tout le monde. Ce ne serait pas le « mariage pour tous » (étrange formule qu’il ne faut sans doute pas prendre au pied de la lettre !). Ce serait le mariage de quelques-uns imposé à tous. Les conséquences qui en découlent pour l’état civil en sont suffisamment éloquentes : a-t-on demandé aux citoyens s’ils étaient d’accord pour ne plus être le père ou la mère de leur enfant et ne devenir qu’un parent indifférencié : parent A ou parent B ? La question fondamentale est celle du respect de la réalité sexuée de l’existence humaine et de sa gestion par la société. Alors que l’on prescrit la parité stricte dans de nombreux domaines de la vie sociale, imposer, dans le mariage et la famille où la parité est nécessaire et constitutive, une vision de l’être humain sans reconnaître la différence sexuelle serait une supercherie qui ébranlerait un des fondements de notre société et instaurerait une discrimination entre les enfants.

Que pouvons-nous faire ? Face à ces mesures qui menacent notre société, que pouvons-nous faire ? Que devons-nous faire ? Nous devons d’abord inviter à prier puisqu’il s’agit de provoquer et soutenir la liberté de conscience de chacun. Comme pasteurs de notre Église, il nous incombe d’éclairer les consciences, de dissiper les confusions, de formuler le plus clairement possible les enjeux. Comme évêques, nous nous efforçons d’être des interlocuteurs pour les responsables politiques et les parlementaires. Nous n’hésitons pas à faire appel à leur liberté de conscience pour des projets et des votes qui engagent plus qu’une simple alternance politique. Nous en appelons à leur sens du bien commun qui ne se réduit pas à la somme des intérêts particuliers.

Nous continuons d’appeler les chrétiens, et tous ceux qui partagent notre analyse et nos questions, à saisir leurs élus en leur écrivant des lettres personnelles, en les rencontrant et en leur exprimant leurs convictions. Comme citoyens, ils peuvent, et peut-être doivent, utiliser les moyens d’expression qui sont ceux d’une société démocratique, d’une « démocratie participative », pour faire connaître et entendre leur point de vue. Les sites de la conférence épiscopale et ceux de nos diocèses présentent toutes sortes d’arguments qui sont finalement assez connus. Une chose doit être claire : nous ne sommes pas dans une défense de je ne sais quels privilèges confessionnels. Nous parlons pour ce que nous estimons le bien de tous. C’est pourquoi nous ne mettons pas en avant la question du sacrement de mariage qui est une vocation particulière, mais la fonction sociale du mariage qui ne dépend d’aucune religion.

Notre société est très sensible et vigilante sur le respect dû aux enfants. Elle attend de ses responsables qu’ils prennent la défense des plus faibles et qu’elle les protège. C’est pourquoi, dans cette période il est important de rappeler un certain nombre de droits fondamentaux, qui sont le fruit de la sagesse cumulée de notre civilisation et qui ont marqué sa sortie progressive de la barbarie. Chacun des droits et des impératifs éthiques qui en découle et que nous énonçons ici s’impose à la conscience morale des hommes, quelle que soit leur croyance religieuse ou leur incroyance. Aucune règle, et a fortiori aucune loi, ne pourra jamais nous décharger de notre responsabilité personnelle et des enjeux de notre liberté.

1/ Aucun être humain n’a le pouvoir de disposer de la vie de son semblable, à quelque stade que ce soit de son développement ou de son itinéraire et quels que soient les handicaps dont il peut être frappé ou la détérioration de son état de santé. Chacun de nous est responsable du respect de cet interdit absolu du meurtre et notre société doit s’employer à éliminer les manquements à cette obligation. Dès lors que le respect absolu de la vie humaine ne serait plus la règle défendue par la société, les individus entreraient dans une dynamique de suspicion et d’angoisse. Qui va décider si et jusqu’à quand je peux vivre, jusqu’à quel seuil de handicap, quel seuil de douleur, quel seuil de gêne pour les autres, quel coût pour la société ?

2/ Tout être humain conçu a le droit de vivre à quelque moment que ce soit de son développement. Celui et celle qui l’ont appelé à la vie en sont responsables et la société doit les soutenir et les aider dans l’exercice de cette responsabilité. Le respect de l’embryon participe de cette protection que la société doit aux plus faibles de ses membres. Alors que les recherches sur les cellules souches adultes donnent déjà lieu à des applications thérapeutiques et que le prix Nobel de médecine vient d’être attribué au Professeur Yamanaka et au Professeur Gurdon pour leurs travaux sur la reprogrammation des cellules différenciées en cellules pluripotentes, certains voudraient autoriser plus largement encore la recherche sur des cellules souches embryonnaires. De telles recherches restent moralement inacceptables et économiquement hasardeuses.

3/ Tout enfant venu au monde a droit à connaître ceux qui l’ont engendré et à être élevé par eux, conformément à la Convention Internationale relative aux droits de l’enfant ratifiée par la France en 1990 (article 7 /1 : « L’enfant est enregistré aussitôt sa naissance et a dès celle-ci le droit à un nom, le droit d’acquérir une nationalité et, dans la mesure du possible, le droit de connaître ses parents et d’être élevé par eux »). Ce droit impose de ne pas légaliser les procréations anonymes qui rendent cet impératif impossible à tenir. Dans certaines situations exceptionnelles des personnes peuvent, pour le bien de l’enfant, assumer généreusement la responsabilité parentale. Elles ne peuvent jamais se substituer totalement à l’homme et à la femme qui ont engendré l’enfant.

4/ Tout enfant a droit à être éduqué. Cette obligation repose d’abord sur les parents qui sont les premiers responsables de l’éducation de leurs enfants. La société doit les soutenir et les aider dans cette mission, aussi bien par les aides financières, qui reconnaissent leur apport pour un meilleur avenir de l’ensemble de notre société, que par des aides pédagogiques qui sont souvent très nécessaires.

L’obligation de l’éducation repose ensuite sur l’institution scolaire qui a la charge de transmettre les savoirs nécessaires à l’exercice de la liberté personnelle, mais aussi le devoir de développer chez les jeunes la reconnaissance et le développement d’un certain nombre de qualités morales sur lesquelles reposent le consensus social et l’apprentissage de relations respectueuses et pacifiques entre les membres du corps social. Nommer le bien et le mal fait partie de cette responsabilité collective.

5/ Les enfants ou les jeunes délinquants, quels que soient leur statut juridique : français, étrangers, en situation régulière ou non, ne doivent pas être traités par la seule incarcération. Dans une démarche éducative, la punition peut être nécessaire. Elle doit toujours avoir pour objectif la transformation positive de celui qui l’a méritée. Elle ne doit pas éluder les responsabilités des adultes dans le déclenchement, l’organisation ou l’exploitation de la délinquance : réseaux organisés de mendicité, institution du trafic de drogues, prostitution, pornographie publique, etc.

+ André cardinal Vingt-Trois

Archevêque de Paris

© Conférence des Évêque de France - 2012

 

Les questions de l’humanité appartiennent à la raison et à la vérité

 

Discours de Benoit XVI à l’Académie pontificale des sciences

En recevant l’assemblée plénière de l’Académie pontificale des sciences réuni pour discuter du thème : « Complexité et analogie dans les sciences : aspects théoriques, méthodologiques et épistémologiques », Benoît XVI a rappelé que « l'univers n'est pas le chaos ou le résultat du chaos ». Pour lui les grandes questions de l’humanité appartiennent au domaine « de la raison et de la vérité » et ne doivent pas être « livrées à l'irrationnel, au mythe ou à l'indifférence ». Voici son discours :

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Je salue les membres de l'Académie pontificale des sciences à l'occasion de cette assemblée plénière, …

Cette session plénière, sur le thème : « Complexité et analogie dans les sciences : aspects théoriques, méthodologiques et épistémologiques », aborde un sujet important qui offre une variété de points de vue orientant vers une nouvelle vision de l'unité des sciences. En effet, les découvertes importantes et les progrès de ces dernières années nous invitent à considérer la grande analogie de la physique et de la biologie qui se manifeste clairement chaque fois que nous parvenons à une compréhension plus profonde de l'ordre naturel. S'il est vrai que certaines des nouvelles notions obtenues de cette manière peuvent nous permettre de tirer des conclusions sur les processus des premiers temps, cette extrapolation révèle aussi la grande unité de la nature insérée dans la structure complexe du cosmos et le mystère de la place de l'homme en son sein. La complexité et la grandeur de la science contemporaine, dans tout ce qu'elle permet à l'homme de connaître sur la nature, a des conséquences directes pour les êtres humains. Seul l'homme peut élargir constamment sa connaissance de la vérité et l’ordonner judicieusement pour son bien et celui de son environnement.

Dans vos débats, vous avez cherché à examiner, d'une part, la dialectique permanente de l'expansion constante de la recherche scientifique, ses méthodes et ses spécialisations et, d'autre part, la recherche d'une vision globale de cet univers où les êtres humains, doués d’intelligence et de liberté, sont appelés à comprendre, aimer, vivre et travailler. À notre époque, la disponibilité de puissants instruments de recherche et le potentiel pour mener des expériences très complexes et précises ont permis aux sciences naturelles d'aborder les fondements mêmes de la réalité corporelle en tant que telle, même si elles ne parviennent pas à comprendre complètement sa structure unificatrice et son unité ultime.

La succession sans fin et l'intégration patiente de diverses théories, où les résultats obtenus servent à leur tour de présuppositions pour de nouvelles recherches, témoignent à la fois de l'unité de la démarche scientifique et de l'aspiration constante des scientifiques à une compréhension plus adéquate de la vérité de la nature et à une vision plus complète de celle-ci. On peut penser ici, par exemple, aux efforts de la science et de la technologie pour réduire les différentes formes d'énergie à une force fondamentale élémentaire, ce qui semble désormais être mieux exprimé dans la nouvelle approche de la complexité en tant que base pour les modèles explicatifs. Si cette force fondamentale ne semble plus si simple, cela stimule les chercheurs à élaborer une formulation plus large, capable d'embrasser à la fois les systèmes les plus simples et les plus complexes.

Une telle approche interdisciplinaire de la complexité montre également que les sciences ne sont pas des mondes intellectuels déconnectés les uns des autres et de la réalité, mais plutôt qu'ils sont reliés entre eux et dirigés vers l'étude de la nature comme une réalité unifiée, intelligible et harmonieuse dans son incontestable complexité. Une telle vision a des points de contact fructueux avec celle que la philosophie et la théologie chrétiennes ont de l’univers, avec la notion d'être par participation selon laquelle chaque créature, dotée de sa perfection propre, partage également un caractère spécifique et ce, dans un cosmos ordonné qui tire son origine de la Parole créatrice de Dieu. C'est précisément cette organisation intrinsèque « logique » et « analogique » de la nature qui encourage la recherche scientifique et fait découvrir à l'esprit humain la coparticipation horizontale entre les êtres et la participation transcendantale par l'Être Premier.

L'univers n'est pas le chaos ou le résultat du chaos, au contraire, il apparaît de plus en plus clairement comme une complexité ordonnée qui nous permet, grâce à l'analyse comparative et à l'analogie, de nous élever de la spécialisation vers un point de vue plus universel et vice-versa. Alors que les premiers instants de l'univers et de la vie échappent encore à l'observation scientifique, la science est néanmoins amenée à réfléchir sur un vaste ensemble de processus qui révèlent un ordre de constantes et de correspondances évidentes et qui servent comme composants essentiels d’une création permanente.

C'est dans ce contexte élargi que je tiens à souligner combien l'utilisation de l'analogie s’est montrée féconde pour la philosophie et la théologie, non seulement comme outil d'analyse horizontale des réalités de la nature, mais aussi comme un stimulant pour une pensée créative sur un plan transcendantal plus élevé. C’est précisément à cause de la notion de création que la pensée chrétienne a utilisé l'analogie non seulement pour l'étude des réalités terrestres, mais aussi comme un moyen de s'élever de l'ordre créé à la contemplation de son Créateur, en tenant dûment compte du principe selon lequel la transcendance de Dieu implique que chaque similitude avec ses créatures suppose nécessairement une plus grande dissemblance : alors que la structure de la créature est d'être un être par participation, celle de Dieu est d'être un être par essence, ou Esse subsistens.

Dans la grande entreprise humaine qui s'efforce de percer les mystères de l'homme et de l'univers, je suis convaincu de l'urgente nécessité de poursuivre le dialogue et la coopération entre les mondes de la science et de la foi, afin d’édifier une culture du respect de l'homme, du respect de sa dignité et de sa liberté, pour l'avenir de notre famille humaine et pour le développement durable à long terme de notre planète. Sans cette interaction nécessaire, les grandes questions de l'humanité délaissent le domaine de la raison et de la vérité, et sont livrées à l'irrationnel, au mythe ou à l'indifférence, portant dangereusement atteinte à  l'humanité elle-même, à la paix et à notre destinée ultime.

Chers amis, pour clore ces réflexions, je voudrais attirer votre attention sur l'Année de la foi que l'Église célèbre en commémoration du cinquantième anniversaire du Concile Vatican II. Vous remerciant de la contribution spécifique de l'Académie au renforcement des rapports entre la raison et la foi, je vous assure de mon vif intérêt pour vos activités et de mes prières pour vous et vos familles. Sur vous tous, j'invoque les bénédictions de Dieu tout-puissant, source de sagesse, de joie et de paix.

© Libreria Editrice Vaticana – 2012

 

Atlantic City : les casinos… et 12% de chômage

 

ou quand le rêve devient cauchemar

Alors qu’il y a pas si longtemps, des hommes d’affaires appuyés par des hommes politiques du pays, affirmaient que les « Casions » étaient la seule solution pour sortir la Polynésie de la crise économique et lui donner un avenir pour son tourisme, voici un article nous présentant la situation humaine et économique dramatique du « Las Vegas de la côte Est : Atlantic City. L’article se passe d tout commentaire ! En quatre ans, le clone miniature de Las Vegas sur la côte est a vu son nombre de demandeurs d'emploi doubler. Reportage.

Imaginez une ville qui compte autant de machines à sous que d'habitants. D'emblée, Las Vegas vous viendrait naturellement à l'esprit. Il s'agit en réalité de son clone en miniature, sur la côte est des États-Unis : Atlantic City. Quarante mille âmes y vivent en bord de mer, à l'inverse de sa grande sœur en plein désert. Voilà en tout cas pour la carte postale. Car, sous les eaux, la ville charrie une maladie chronique au cœur du débat présidentiel : un chômage record.

Ici, en quatre ans, le nombre de demandeurs d'emploi a doublé jusqu'à atteindre plus de 12 %, soit quatre points de plus que la moyenne nationale. Classée quinzième des zones urbaines les plus touchées des États-Unis, selon les chiffres du département du Travail, Atlantic City représente tout ce qui ronge une partie de la société américaine : la précarité de l'emploi et la multiplication des travailleurs pauvres. Lilwood, 72 ans, est l'un d'eux. Pour 10 dollars, vous pouvez monter à bord de son chariot qu'il pousse à pied vers l'un des dix casinos que compte la promenade sur la jetée.

Pension de retraite insuffisante

« Je fais ça pour survivre, car ma pension de retraite n'est pas suffisante. Un peu moins de 800 dollars », prévient-il. Le septuagénaire a commencé ce petit boulot il y a dix ans. Mais, remarque-t-il, « ces dernières années, j'ai moins de clients, car les gens préfèrent marcher. Je gagne aujourd'hui 70 dollars par jour, mais je loue mon chariot 60 dollars la semaine et je suis ici de 8 heures du matin jusqu'à minuit. Avec ce travail, j'ai perdu 40 pounds [18 kilos] et mon médecin m'a dit d'arrêter, car ça va finir par me tuer ».

Dans le passé, Lilwood a été soldat lors de la guerre du Vietnam, avant de devenir policier à Philadelphie. L'homme considère ces quelque 20 kilomètres quotidiens le long de la jetée comme « sa thérapie », car « je vis toujours avec le Vietnam en tête ». Il pense pouvoir tenir physiquement encore une année. Et juge, navré, « ces retraités qui jouent leur pension jusqu'au bout de la nuit ». Car, « si tu as de l'espoir, qu'est-ce que tu fous ici ? »

Aucun droit pour les travailleurs

Cette question, Robert McDevitt, président de la section locale du syndicat Unite HERE, se la pose depuis plus de quinze ans. Face à lui, douze casinos qui emploient plus de 55 000 personnes à Atlantic City. Le syndicaliste représente un tiers d'entre eux. Depuis la crise, il a vu la situation se dégrader : « En cinq ans, les revenus des casinos ont presque chuté de moitié : de 5,5 milliards à 3 milliards brut ». Conséquence, les effectifs sont dégraissés : « Ils virent dans les échelons intermédiaires : chef d'équipe, manager, contrôleur de jeu. Et font plus de turn-over avec les emplois de croupier et de serveur ».

Pour un contrat négocié avec le syndicat, « la moyenne, c'est 12 dollars de l'heure, après avoir retiré 8 dollars de cotisations retraite et santé ». Ailleurs, « on dépasse rarement 10 dollars de l'heure et sans aucune couverture sociale et médicale ». Ces derniers temps, le casino Tropicana est en lutte avec le syndicat pour ne plus payer la part de cotisations retraite de ses employés. Quant au Revel, sorti de terre il y a un an, « ses travailleurs n'ont aucun droit, c'est tout juste comme bosser au McDonald's ».

Lente agonie

Alors, pour ceux qui se souvenaient que travailler dans un casino offrait autrefois une opportunité de carrière, le chômage s'est avéré être une expérience traumatisante. En vingt ans, Cinthya McNeal a été croupière dans la moitié des établissements de jeu de la ville. Elle estimait appartenir à la classe moyenne. Depuis son récent licenciement, elle constate que « les casinos n'embauchent quasiment plus que des jeunes ». Et pour des contrats de trois à cinq ans au mieux. « J'ai l'impression que mon expérience ne me sert plus à rien et je refuse d'être payée comme à mes débuts », confie-t-elle.

Ces travailleurs pauvres vivent pour la plupart à quelques encablures des casinos, au cœur de la ville. Il y règne une atmosphère délétère de lente agonie. « J'ai vu beaucoup de maisons se fermer près de chez moi », raconte Cynthia, « ça a été dévastateur pour le petit commerce de quartier ». Robert McDevitt tient en partie pour responsables les politiques locaux : « Ils sont pires que n'importe quel employeur de casino. Ils sont à leur botte et font tout ce qu'ils leur disent de faire ». Comme nettoyer la jetée des sans-abri, en très grand nombre à Atlantic City. Une unité de sécurité a été créée à cet effet. Ils vaquent désormais dans les parcs et se réfugient en masse au centre social, Rescue Mission, connu dans tout le comté.

Un casino pour deux bureaux de vote

En 2011, plus de 218 000 repas y ont été servis et 115 000 sans-abri s'y sont vu offrir le gîte, soit 15 000 de plus qu'en 2008, au début de la crise. Tom Davidson, un des responsables du centre, remarque une recrudescence de la fréquentation des employés à temps partiel, qui font des petits boulots de saison, et qui viennent se nourrir le midi ou le soir à l'association au milieu de plus nécessiteux. « Quand ils perdent un contrat ou finissent une mission, ils restent ici le temps de trouver autre chose et puis ils disparaissent un ou plusieurs mois », raconte-t-il.

Dans les rues, rien ne laisse percevoir la moindre empreinte de la campagne présidentielle. À Atlantic City, on dénombre un casino pour deux bureaux de vote. Et la dernière fois qu'un Obama s'y est rendu, c'était sa femme Michelle... pour accompagner les enfants au concert de la chanteuse Beyoncé.

Louis CABANES
© Le Point - 2012

De riche qu’il était, Dieu c’est fait pauvre

 

Commentaire de l’évangile du XXXIIème Dimanche du Temps ordinaire –Année B


À force d'entendre des chansons d'amour à la radio, on pourrait être tenté de s'imaginer que l'amour n'est qu'une vibration sentimentale ou une sensibilité épidermique. Jésus, au contraire, nous dit qu'aimer, c'est agir. Il nous donne l'exemple très concret d'une femme, - donc une ignorante selon les préjugés du temps -, et qui de plus vit en marge de la société, puisqu'elle est veuve. Il nous met en garde contre nos faux-fuyants théoriques. « Ma petite maman chérie, si tu savais comme je t'aime », disent parfois les adolescentes. « Alors, prouve-le-moi en m'aidant à ranger la vaisselle », répondent les mères qui ne sont pas dupes ! Il n'y a pas d'amour véritable qui ne se traduise en gestes pratiques.

Si aimer, c'est agir, c'est aussi donner sans compter. La veuve de Sarepta a donné au prophète Elie jusqu'à sa dernière poignée de farine (Première lecture). La veuve du Temple a donné jusqu'à ses dernières pièces de monnaie. Jésus a donné jusqu'à la dernière goutte de son sang lors du coup de lance reçu en plein cœur.

Les riches, sous son regard pénétrant qui voit le fond des choses, donnaient beaucoup, mais préservaient pour eux bien plus encore. La pauvre veuve donnait apparemment si peu, mais elle ne gardait rien. En elle, Jésus se reconnaît. Il découvre quelqu'un qui ressemble à Dieu. « De riche qu'il était, Dieu s'est fait pauvre, pour nous enrichir par sa pauvreté ».

Nous pourrions penser facilement aujourd'hui que cette femme avait des très bonnes raisons pour laisser les autres « donner ». « Heureusement pour les pauvres qu'il y a les pauvres : eux savent donner », disait saint Vincent de Paul. Quand un coureur de Formule 1 gagne jusqu'à 200 000 €  par jour, alors que tant d'hommes, de femmes et d'enfants manquent du strict nécessaire, nous ne pouvons pas ne pas nous remettre en question. Nos gaspillages et nos gadgets crient vers Dieu, « qui garde à jamais sa fidélité, qui fait justice aux opprimés  et donne aux affamés du pain » (Ps 145).

Je me rappelle aussi le témoignage d'un jeune marié qui était content d'avoir été, dans son adolescence, visiter des pauvres et des prisonniers. Il y avait appris à donner sans attendre de retour. Et il partageait comme cela l'avait aidé dans sa relation avec son épouse. « Je passe parfois des heures à nettoyer la maison et à ranger, disait-il, et puis quand ma femme rentre et ne semble pas l'avoir remarqué, je n'en fais pas un drame. C'est cela aimer sans calcul, sans attendre un effet immédiat.

L'amour ne calcule pas. Si l'Eglise primitive a retenu le geste modeste de cette pauvre veuve, c'est qu'elle s'est dit : oui, cette femme qui a tout distribué, sans calculer, était la vivante icône de Dieu qui nous a tout donné en son Fils.

www.kerit.be

 


 

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