PKO 19.08.2012

Dimanche 19 août 2012 – XXème Dimanche du Temps ordinaire – Année B

 

Bulletin gratuit de liaison de la communauté de la Cathédrale de Papeete n°42/2012

HUMEURS

 

Tel le monstre du Loch Ness le projet d’un Casino ressurgit !

« L’Évangile selon les promoteurs de Casinos »

L’annonce de la fermeture de l’hôtel Maeva Beach en novembre a été l’occasion pour les partisans de casinos en Polynésie de faire remonter le projet à la surface.

Les arguments sont toujours le souci d’un développement du tourisme en Polynésie. Une manne extraordinaire pour le Pays et ses habitants.

À ces arguments traditionnels s’en ajoutent de nouveaux…

Là, il faut reconnaître que l’Église n’a qu’à bien se tenir : « Je peux vous dire que c’est une force divine, je vais vous dire pourquoi… La Vierge Marie et l’archange Gabriel me sont apparus… ils m’ont dit : “nous serons avec toi tout au long de ta vie” et l’archange Gabriel a ajouté : “je serai ton bouclier”… Lors d’un pèlerinage j’ai rencontré Padre Pio à qui je me suis confié, il m’a dit :“je suis au courant je te crois” ».

Je me garderai bien de dénigrer ce témoignage de foi… je ne suis pas habilité à porter un quelconque jugement… je ne suis qu’un prêtre.

Mais je reste dubitatif sur l’interprétation des signes reçus… La Vierge Marie, l’archange Gabriel et Padre Pio favorable à l’implantation de casinos en Polynésie.

Aujourd’hui, dans de nombreux pays (France, État-Unis…) s’ouvent des centres spécialisés pour soigner les personnes addictes aux jeux d’argent. Un fléau pour de plus en plus de familles.

La proposition d’établir des réglementations afin de protéger les plus démunis en Polynésie est la reconnaissance implicite par les partisans des casinos de leurs nuisances sur les personnes… Mais il semble que ce soit un moindre mal que cela nuise seulement aux touristes que l’on veut plumer !

C’est le même argument qui nous fut proposé pour légaliser la production du paka uniquement pour l’exportation ou les touristes…

Le ciel encouragerait donc d’assurer notre bien-être en s’asseyant sur la dignité des autres, des touristes !

Étrange Évangile !

                                                                                         

En marge de l’actualité

 

15 Août : un appel à l’espérance our l’humanité désorientée

 

La réalité du monde semble être une vallée de larmes où l'humanité subit mille souffrances : famines, guerres, maladies... L'Homme est-il promis à l'agonie jusqu'à la fin des temps ? On serait porté à le penser car beaucoup vivent sans perspective d'espérance, comme s'ils n'avaient pas déjà été sauvés.

La fête de l'Assomption de la Vierge Marie nous appelle à l'espérance : Marie est sauvée de la mort, elle participe à la résurrection partagée avec tous les hommes et toutes les femmes par son fils, Jésus. « Marie guide et soutient l'espérance du peuple de Dieu encore en chemin » (préface de la fête de l'Assomption).

Les nombreux pèlerinages et processions organisés le 15 août sont autant d'expériences spirituelles proposées pour amener le monde à se convertir et à entrer dans la perspective de salut universel apportée par le Christ.

De même les miracles de guérison que Dieu réalise par l'intercession de la Vierge Marie et des saints « sont destinés à soutenir la foi, qui est nécessaire pour avoir accès à la vie éternelle... [ils] sont des signes certains de la Révélation, adaptés à l'intelligence de tous : ils constituent des motifs de crédibilité, et démontrent que la foi n'est nullement un mouvement aveugle de l'esprit ». (cf. Catéchisme de l'Église Catholique, n°156)

Lors de son pèlerinage à Lourdes en août 1983, Jean-Paul II exhortait ainsi les fidèles : « Ne laissez pas les certitudes de la foi se dissoudre ou s'éteindre au vent d'idéologies athées ou simplement de remises en question systématiques et inconsidérées... Priez, vous aussi, priez davantage... et prenez soin, jeunes et adultes, de nourrir votre foi... Rendez compte de l'espérance qui est en vous ! » (16 août 1983)

En cette nouvelle année scolaire qui commence que cette espérance anime parents, enseignants et éducateurs.

Dominique SOUPÉ

Chancelier

 

Hommage à Monseigneur Hervé-Marie LE CLEAC’H

 

TEIKIMEITEAKI A PUNATETE – Le prince qui vient du ciel

Monseigneur Le Cleac’h, évêque émérite de Tefenuaenata (Taiohae), âgé de 97 ans, est retourné vers le Père ce lundi 13 août 2012. Son décès a été constaté  au Centre Hospitalier du Taaone à Pirae (Tahiti) où il avait été admis en urgence le 7 août. Toute la journée du 14 août la population, en particulier celle qui est originaire des Marquises, et de nombreuses personnalités civiles, religieuses, politiques sont venues en l'église Ste Trinité à Pirae (Tahiti) pour rendre hommage à ce Pasteur breton devenu marquisien promoteur de la langue et de la culture marquisiennes.


Mgr Hervé-Marie restera dans les mémoires comme une figure historique des îles Marquise et de la Polynésie Française, un vrai Pasteur apprécié universellement pour sa foi solide comme le granite de sa Bretagne natale, un véritable guide spirituel artisan d'une inculturation intelligente de l'Évangile au cœur du peuple marquisien.

Par son travail de traduction en marquisien des psaumes et des textes liturgiques, la langue marquisienne est devenue la langue liturgique et les Marquisiens ont redécouvert leur passé, leurs racines, leur identité. Monseigneur Le Cleac'h a accompagné le développement et la sauvegarde de la culture marquisienne.

Missionnaire, il a contribué à l'éclosion de vocations religieuses et à la restauration d'une pratique religieuse vivante.

En cette année où se réunira le Synode des Evêques sur la Nouvelle Évangélisation, Mgr Hervé-Marie Le Cleac'h est un bel exemple  de prêtre breton qui non seulement s'est fait marquisien parmi les marquisiens à cause de l'Évangile, mais a permis au peuple marquisien de retrouver sa culture, ses valeurs et sa fierté d'appartenir à « Te Henua Enana » (la terre des hommes).

Quelques notes biographiques

Né le 10 mars1915 à Pen-ar-Yeun en Dinéault (Finistère), Hervé-Marie Le Cleac'h est le cadet de cinq enfants.

Son père, Gabriel, mort pour la France en 1916, il est alors Pupille de la nation.

En 1920,  il va à l'école des frères de Ploërmel à Châteaulin.

En 1925, il passe à l'école apostolique de Sarzeau (Morbihan)

Poursuit ses études secondaires à Fontarabia en Espagne.

En 1932 il accomplit son noviciat à Montgeron près de Paris.

Le 12 septembre 1933, à l'âge de 18 ans,  il prononce ses premiers vœux , et poursuit ses études de philosophie et de théologie au scolasticat de Chateaudun

En 1936 il effectue son service militaire au 27 R.C.I. à Brest, et comme tous les malchanceux des classes 35 à 27 il prolonge son temps sous les drapeaux à cause de la guerre.

Le 31 janvier 1939 il prononce ses vœux perpétuels à Chateaudun.

En juin 1940 il est fait prisonnier, après deux tentatives d'évasion infructueuses il parvient à s'échapper du Stalag III A près de Berlin, marchant à pied toutes les nuits  il rejoint la France. Cela lui vaudra la Croix de Guerre et la Médaille des Evadés.

Il achève ses études de théologie au séminaire de Rodez.

Il est ordonné prêtre à 28 ans,  le 18 décembre 1943 à Thieulin.

Professeur d'Écriture Sainte de 1944 à 1948 au séminaire de Chateaudun, il demandera à partir au Canada où il séjournera dans la Province de Québec durant 14 ans. Il y fera œuvre utile puisqu'il créera le séminaire des Picpuciens, deviendra curé de la paroisse Saint-Laurent du Fleuve et assumera les fonctions de professeur de théologie à l'Université de Montréal.

Il reviendra en France de 1963 à 1970 à Chateaudun comme professeur d'Écriture Sainte, puis à Strasbourg comme supérieur du Scolasticat.

En novembre 1970 il reçoit de Rome sa nomination comme Administrateur Apostolique du diocèse de Taiohae (îles Marquise). (« Je ne sais même pas où sont les Marquises ! » dira-t-il au Pape Paul VI lors d'une audience à Rome... mais Hervé-Marie Le Cleac'h deviendra l'un des grands spécialistes  reconnus de la langue marquisienne !)

 Le 1er mars 1973, nommé évêque de Taiohae, Mgr Hervé-Marie Le Cleac'h recevra l'onction épiscopale le 24 juin 1973 des mains de Mgr Michel Coppenrath, archevêque de Papeete.

Les Marquisiens lui donneront le nom de « Teikimeiteaki a Punatete » (le prince qui vient du ciel).

Mgr Hervé-Marie Le Cleac'h apprend très vite à connaître ce peuple marquisien qui lui est confié par l'Église. Seul, avec le lexique de Mgr Dordillon et au contact des Anciens, il apprend la langue marquisienne. Il découvre l'âme, la sensibilité, la culture d'une population qui a « honte » de se dire « marquisienne ». [Mgr Le Cleach connaissait déjà six langues : le breton, le français, l'anglais, l'espagnol, l'allemand, le latin et le grec classiques.]

Mgr Le Cleac'h redisait souvent : « Comment pouvais-je être décemment le pasteur d’un peuple dont je ne possédais pas l’idiome ? Comment annoncer la Bible sans qu’elle s’inscrive dans la culture de ceux dont je devais assumer l’éducation religieuse ? »

Mgr Guy Chevalier, actuel évêque de Taiohae, rappelle les propos tenus par Hervé-Marie Le Cleac'h, peu après son arrivée, lors du presbyterium du 25 novembre 1971 : « Que la Mission soit présente et active dans l'effort de création de la culture marquisienne nouvelle... L'Église se doit de maintenir l'usage de la langue Marquisienne et d'éveiller la jeunesse, à la connaissance et à l'estime de son histoire passée.

La liturgie s'efforcera d'être bilingue : marquisien et français. La catéchèse exige la publication de la Bible en Marquisien, à tout le moins, le Nouveau Testament. L'initiation à la Foi et l'enseignement du catéchisme se fera en Marquisien jusqu'à l'âge de 10 ans...

La sculpture est une richesse artisanale de l'archipel, le plus typique de la Polynésie. Il faut faire appel à cet art dans la décoration et l'adaptation de nos églises et chapelles ».

La route à suivre était tracée, ne restait plus que le programme à mettre en œuvre.

Par son travail de traduction en marquisien des psaumes et des textes liturgiques, la langue marquisienne est devenue la langue liturgique et les Marquisiens ont redécouvert leur passé, leurs racines, leur identité. Monseigneur Le Cleac'h a accompagné le développement et la sauvegarde de la culture marquisienne.

Missionnaire, il a contribué à l'éclosion de vocations religieuses et à la restauration d'une pratique religieuse vivante.

À la retraite en 1986 Mgr Hervé-Marie a tenu à continuer à vivre avec les Marquisiens en se retirant dans l'île de Ua Pou jusqu'en 1995. L'âge avançant et quelques ennuis de santé l'ont amené à rester à Papeete jusqu'en 2002, année où il repartit vivre à Taiohae encore 8 années.

Le 2 janvier 1990 il est fait Officier de la Légion d'Honneur pour tous les services rendus à la Nation.

En 2010, ses capacités physiques diminuant il s'est retiré à Pirae (Tahiti) à la maison des Pères des Sacrés-Cœurs où de nombreux marquisiens et marquisiennes venaient se confier à lui, demandant conseil.  Car il était pour chacun comme un « Père ». Il connaissait pratiquement tous les Marquisiens de souche sur quatre générations, par l'accent et le vocabulaire employé par son interlocuteur il était capable de repérer de quelle île il venait.

En cette année où se réunira le Synode des Evêques sur la Nouvelle Evangélisation, Mgr Hervé-Marie Le Cleac'h est un bel exemple  de prêtre breton qui non seulement s'est fait marquisien parmi les marquisiens à cause de l'Évangile, mais a permis au peuple marquisien de retrouver sa culture, ses valeurs et sa fierté d'appartenir à « Te Henua Enana » (la terre des hommes).

Remerciements

Père William Tepa, Vice Provincial des Pères des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie (ss.cc.) et Frère Philippe Peltier, supérieur de la communauté de Pirae, au nom de tous les membres, Pères, Frères, Sœurs de la congrégation et de toute la communauté marquisienne, remercient toutes les personnes qui leur ont témoigné de la sympathie, envoyé des messages, à l'occasion du décès de notre illustre doyen, Mgr Hervé-Marie Le Cleac'h.

Grand merci à toutes les personnalités, à tous les groupes de prières, aux communautés religieuses, à nos frères et sœurs de toutes confessions religieuses et aux nombreux Polynésiens de toutes origines pour leurs témoignages d'affection et de soutien.

www.diocese-de-papeete.com