Humilité

Lavement des pieds aw

Vivre l’humilité

 

Introduction

Humilité, voilà bien un mot qui n’est guère à la mode dans notre monde où nous préférons celui de réussite ! Toute la société nous éduque dès notre plus jeune âge à la compétition, à être mieux que les autres. Aussi, même si nous savons tous ce qu’est l’humilité, en tant que contraire de l’orgueil, une question se pose : Quelle est la place de l’humilité dans notre vie de chrétien ? Est-ce que nous savons vraiment la vivre au quotidien ? Dans le monde qui nous entoure, la loi du plus fort est de rigueur, la loi du plus beau, du plus intelligent, du plus riche  etc. …. Mais peut-on vraiment continuer à pratiquer cette loi du plus fort alors même que nous nous disons disciples du Christ ? Dès le début de l’évangile dans la prière de Zacharie à la naissance de Jean Baptiste, et dans le récit de l’annonciation faite à Marie, nous voyons bien que non. Alors prenons le temps de voir ce qu’est véritablement l’humilité dans l’évangile, l’humilité de Jésus, L’humilité de Marie, l’humilité des disciples aussi, et puis nous pourrons voir comment cette humilité doit s’inscrire au quotidien de notre vie.

De plus, ne confondons nous pas souvent humilité et humiliation ? Pourtant même si ces deux mots sont proches ils ont des connotations et des implications très différentes dans le concret de la vie. Il y a en effet une grande différence entre être humble et être humilié. Nous prendrons donc le temps aussi de voir cette différence et d’apprendre à les assumer correctement.

 Saint Benoît, fondateur d’un ordre monastique, mettait à l’humilité 12 degrés, peut être pourrions nous nous servir de cette échelle pour voir où nous-mêmes, nous en sommes dans ce domaine.

Humilité de Jésus

Jésus Christ notre modèle et notre maître a été  humble durant toute sa vie. Tout au long de la bible, les prophètes ont annoncé un messie, un sauveur, humble, tellement humble qu’il subira les pires injustices pour l’amour des hommes

C’est ainsi que nous le décrit Isaïe dans le chant du serviteur souffrant

"Or, ce sont nos souffrances qu'il portait et nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous le considérons comme puni, frappé par Dieu et humilié. Mais lui, il a été transpercé à cause de nos fautes. Le châtiment qui rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison", Is, 53 - 4-5.

C’est ainsi que Jésus vécut et mourut :

Lui, de condition divine, ne retient pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu.   7 - Mais il s'anéantit lui-même, prenant condition d'esclave, et devenant semblable aux hommes.  S'étant comporté comme un homme,  8 - il s'humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix !   9 - Aussi Dieu l'a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom,   10 - pour que tout, au nom de Jésus, s'agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers,   11 - et que toute langue proclame, de Jésus Christ, qu'il est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père.    Philippiens 2/6.11

Et les hommes ne furent vraiment pas tendres avec lui …. L’humiliant jusqu’au bout !

Quand ils l'eurent crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort. 36 - Puis, s'étant assis, ils restaient là à le garder. 37 - Ils placèrent aussi au-dessus de sa tête le motif de sa condamnation ainsi libellé : " Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. " 38 - Alors sont crucifiés avec lui deux brigands, l'un à droite et l'autre à gauche. 39 - Les passants l'injuriaient en hochant la tête  40 - et disant : " Toi qui détruis le Sanctuaire et en trois jours le rebâtis, sauve-toi toi-même, si tu es fils de Dieu, et descends de la croix. "  41 - Pareillement les grands prêtres se gaussaient et disaient avec les scribes et les anciens : 42 - " Il en a sauvé d'autres et il ne peut se sauver lui-même ! Il est roi d'Israël : qu'il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui ! 43 - Il a compté sur Dieu ; que Dieu le délivre maintenant, s'il s'intéresse à lui ! Il a bien dit : Je suis fils de Dieu ! " 44 - Même les brigands crucifiés avec lui l'outrageaient de la sorte.  45 - A partir de la sixième heure, l'obscurité se fit sur toute la terre, jusqu'à la neuvième heure.   46 - Et vers la neuvième heure Jésus clama en un grand cri : " Éli, Éli, lema sabachtani  ?", c'est-à-dire :" Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné  ? "  47 - Certains de ceux qui se tenaient là disaient en l'entendant : " Il appelle Élie, celui-ci !  "  48 - Et aussitôt l'un d'eux courut prendre une éponge qu'il imbiba de vinaigre et, l'ayant mise au bout d'un roseau, il lui donnait à boire.   49 - Mais les autres lui dirent : " Laisse ! que nous voyions si Élie va venir le sauver !  "  50 - Or Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l'esprit.   Matthieu 27/38.50

Si nous regardons de plus près l’évangile, nous voyons bien que Jésus a toujours choisi le chemin de l’humilité

Humilité de sa naissance :

Or il advint, comme ils étaient là, que les jours furent accomplis où elle devait enfanter.  - Elle enfanta son fils premier-né, l'enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu'ils manquaient de place dans la salle.   Luc 2/6-7

Humilité de sa parenté

- Celui-là n'est-il pas le fils du charpentier ? N'a-t-il pas pour mère la nommée Marie, et pour frères Jacques, Joseph, Simon et Jude  56 - Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes chez nous ? D'où lui vient donc tout cela ? "  Matthieu 13/55.56

Jésus n’est pas venu dans une famille riche et noble, il a choisi une famille toute simple, pauvre même, mais juste dans son cœur. Plus encore, il ne viendra pas au monde dans une maison, mais bien dans une étable !

Humilité devant ses apôtres

Au cours d'un repas, alors que déjà le diable avait mis au cœur de Judas Iscariote, fils de Simon, le dessein de le livrer,  3 - sachant que le Père lui avait tout remis entre les mains et qu'il était venu de Dieu et qu'il s'en allait vers Dieu,  4 - il se lève de table, dépose ses vêtements, et prenant un linge, il s'en ceignit. 5 - Puis il met de l'eau dans un bassin et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. Jean 13/3.5

Il se montre là, le serviteur qu’il est, alors même qu’il est en réalité Fils de Dieu. Son rang divin, il le met au service de l’homme pour faire grandir celui-ci et non pour l’écraser, et nous l’avons vu plus haut, il s’anéantira même jusqu’à la mort dans ce service, prenant sur lui tous nos péchés, lui qui était innocent. Autrement dit, dans notre langage courant nous pourrions dire qu’il a « payé à notre place » !  Comme l’écrivent entre autre Isaïe et Matthieu :

  - Qui a cru ce que nous entendions dire, et le bras de Yahvé, à qui s'est-il révélé ?  2 - Comme un surgeon il a grandi devant lui, comme une racine en terre aride; sans beauté ni éclat pour attirer nos regards, et sans apparence qui nous eût séduits;  3 - objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleur, familier de la souffrance, comme quelqu'un devant qui on se voile la face, méprisé, nous n'en faisions aucun cas.  - Or ce sont nos souffrances qu'il portait et nos douleurs dont il était chargé.  Et nous, nous le considérions comme puni, frappé par Dieu et humilié. 5 - Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes.  Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison. 6 - Tous, comme des moutons, nous étions errants, chacun suivant son propre chemin, et Yahvé a fait retomber sur lui nos fautes à tous.  - Maltraité, il s'humiliait, il n'ouvrait pas la bouche, comme l'agneau qui se laisse mener à l'abattoir, comme devant les tondeurs une brebis muette, il n'ouvrait pas la bouche. 8 - Par contrainte et jugement il a été saisi.  Parmi ses contemporains, qui s'est inquiété qu'il ait été retranché de la terre des vivants, qu'il ait été frappé pour le crime de son peuple ?  9 - On lui a donné un sépulcre avec les impies et sa tombe est avec le riche, bien qu'il n'ait pas commis de violence et qu'il n'y ait pas eu de tromperie dans sa bouche.   10 - Yahvé a voulu l'écraser par la souffrance; s'il offre sa vie en sacrifice expiatoire, il verra une postérité, il prolongera ses jours, et par lui la volonté de Yahvé s'accomplira. 11 - A la suite de l'épreuve endurée par son âme, il verra la lumière et sera comblé.  Par sa connaissance, le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes en s'accablant lui-même de leurs fautes.   Isaïe 53/1.11

Cependant, les grands prêtres et les anciens persuadèrent aux foules de réclamer Barabbas et de perdre Jésus. 21 - Prenant la parole, le gouverneur leur dit : " Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? " Ils dirent : " Barabbas.  "  22 - Pilate leur dit : " Que ferai-je donc de Jésus que l'on appelle Christ ? " Ils disent tous : " Qu'il soit crucifié ! " 23 - Il reprit : " Quel mal a-t-il donc fait ? " Mais ils criaient plus fort : " Qu'il soit crucifié ! " 24 - Voyant alors qu'il n'aboutissait à rien, mais qu'il s'ensuivait plutôt du tumulte, Pilate prit de l'eau et se lava les mains en présence de la foule, en disant : " Je ne suis pas responsable de ce sang ; à vous de voir ! " 25 - Et tout le peuple répondit : " Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ! " 26 - Alors il leur relâcha Barabbas ; quant à Jésus, après l'avoir fait flageller, il le livra pour être crucifié. 27 - Alors les soldats du gouverneur prirent avec eux Jésus dans le Prétoire et ameutèrent sur lui toute la cohorte. 28 - L'ayant dévêtu, ils lui mirent une chlamyde écarlate, 29 - puis, ayant tressé une couronne avec des épines, ils la placèrent sur sa tête, avec un roseau dans sa main droite.  Et, s'agenouillant devant lui, ils se moquèrent de lui en disant : " Salut, roi des Juifs ! " 30 - et, crachant sur lui, ils prenaient le roseau et en frappaient sa tête. 31 - Puis, quand ils se furent moqués de lui, ils lui ôtèrent la chlamyde, lui remirent ses vêtements et l'emmenèrent pour le crucifier. Matthieu 27/20.31

Qui d’entre nous serait prêt à aller jusque là pour les autres, qui serait vraiment prêt à accepter tout ça pour les autres, car c’est en effet bien volontairement que Jésus a pris ce chemin  pour nous, comme nous pouvons le lire en Jean

C'est pour cela que le Père m'aime, parce que je donne ma vie, pour la reprendre.   18 - Personne ne me l'enlève ; mais je la donne de moi-même.  J'ai pouvoir de la donner et j'ai pouvoir de la reprendre ; tel est le commandement que j'ai reçu de mon Père.  "  Jean 10/17.18

Oui Jésus a vécu dans l’humilité, et bien souvent il nous l’a enseignée, mais l’avons nous entendu réellement ?

Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. 30 - Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger.  "  Matthieu 11/29.30

Humilité de Marie

Dieu a choisi pour mère de son fils, non pas une femme noble, riche et fière, imbue d’elle-même, non, il a choisi une femme simple, d’humble condition, écoutant et suivant Sa parole. Et à la lecture de l’évangile, dès l’annonce de l’ange, cette humilité de Marie apparaît au grand jour :

Le sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, du nom de Nazareth, 27 - à une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David ; et le nom de la vierge était Marie. 28 - Il entra et lui dit : " Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. " 29 - A cette parole elle fut toute troublée, et elle se demandait ce que signifiait cette salutation. 30 - Et l'ange lui dit : " Sois sans crainte, Marie ; car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. 31 - Voici que tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils, et tu l'appelleras du nom de Jésus. 32 - Il sera grand, et sera appelé Fils du Très-Haut.  Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père ; 33 - il régnera sur la maison de Jacob pour les siècles et son règne n'aura pas de fin  " 34 - Mais Marie dit à l'ange : " Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme ? " 35 - L'ange lui répondit : " L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c'est pourquoi l'être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu. 36 - Et voici qu'Élisabeth, ta parente, vient, elle aussi, de concevoir un fils dans sa vieillesse, et elle en est à son sixième mois, elle qu'on appelait la stérile ; 37 - car rien n'est impossible à Dieu. " 38 - Marie dit alors : " Je suis la servante du Seigneur ; qu'il m'advienne selon ta parole ! " Et l'ange la quitta.  Luc 1/26.38

Marie devant la grandeur de l’annonce de Dieu, ne fait aucun retour sur elle-même, elle rend grâce à Dieu et s’inclinant se situe tout de suite en parole et en acte en tant que « servante du Seigneur » Et lorsque, servante encore, elle ira rendre visite à sa cousine Elisabeth pour l’aider dans ses derniers mois de grossesse, sa belle prière du magnificat ira encore et toujours dans ce sens de la grandeur de Dieu et de son humble condition à elle de servante …

Marie dit alors : " Mon âme exalte le Seigneur, 47 - et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur, 48 - parce qu'il a jeté les yeux sur l'abaissement de sa servante. Oui, désormais toutes les générations me diront bienheureuse, 49 - car le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses.  Saint est son nom, 50 - et sa miséricorde s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent. 51 - Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au cœur superbe. 52 - Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles, 53 - Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides. 54 - Il est venu en aide à Israël, son serviteur, se souvenant de sa miséricorde, 55 - - selon qu'il l'avait annoncé à nos pères - en faveur d'Abraham et de sa postérité à jamais !  "  Luc 1/46.55

Et toute sa vie ensuite, en tant que mère, elle le servira, l’accompagnant jusqu’à la croix !

Or près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. 26 - Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d'elle, le disciple qu'il aimait, dit à sa mère : " Femme, voici ton fils. " 27 - Puis il dit au disciple : " Voici ta mère. " Dès cette heure-là, le disciple l'accueillit chez lui. Jean 19/25.27

Humilité envers Dieu

Dieu est notre créateur et nous sommes sa créature, nous ne devons jamais oublier cela, et dans cette optique nous sommes toujours dépendants de Dieu. Nous faisons partie de la création, et si Dieu nous a donné de dominer la nature et tout ce qu’elle contient, il nous a aussi appelés à toujours suivre sa parole, non dans un esprit d’esclavage malsain, mais parce qu’il sait ce qui est réellement bon pour nous. Dévions nous de sa parole, nous allons toujours vers de grandes difficultés, de grandes souffrances. Nous devons donc apprendre à vivre dans cette humilité de la dépendance de Dieu.

Nous connaissons tous notre faiblesse, notre état de péché, vivre l’humilité devant Dieu c’est reconnaître cet état, au fur et à mesure de nos pensées, de nos paroles, de nos actes, afin que la miséricorde de Dieu puisse agir en nous. Pour vivre heureux, nous devons vivre dans la dépendance de la vérité envers Dieu et dans la confiance en son amour

Humainement nous avons toujours tendance à vouloir diriger notre vie (quand ce n’est pas celle des autres!) et pour parvenir à vivre toujours selon la volonté de Dieu, dans sa dépendance, il faut demander cette grâce de l’humilité. Sans humilité nous ne pouvons vivre dans la communion de Dieu. L’humilité c’est l’antidote de l’orgueil, de la volonté propre, or nous savons bien que c’est l’orgueil qui nous coupe de Dieu.

Lorsque nous lisons la bible, nous voyons bien que toute l’histoire du peuple hébreu est liée à la puissance de Dieu, et à l’obéissance et l’humilité du peuple.

Abraham tout en intercédant pour Sodome, reconnaît sa misère devant le Créateur :

Abraham reprit : Je suis bien hardi de parler à mon Seigneur, moi qui suis poussière et cendre.. .Gn 18/27

Moïse qui pouvait parler à Dieu face à face est défini dans la bible comme l’homme le plus humble :

Or Moïse était un homme très humble, l'homme le plus humble que la terre ait porté.  Nombre 12/3

De fait, il connaissait la sainteté de Dieu, tout comme il connaissait l’ampleur de la faiblesse et du péché de l’homme, toute sa vie il devra intervenir auprès du Seigneur pour cela !

L’humilité, c’est à dire la reconnaissance de notre besoin de Dieu est indispensable pour s’approcher de lui, c’est ce que St Paul nous dit :

Or sans la foi il est impossible de lui plaire.  Car celui qui s'approche de Dieu doit croire qu'il existe et qu'il se fait le rémunérateur de ceux qui le cherchent.   Hébreux 11/6

Ainsi le Chrétien fait confiance à Dieu et compte sur sa miséricorde infinie en confessant humblement tous ses péchés. La vérité et l’humilité sont un ensemble dans la vie chrétienne, dans l’expression de notre foi en Dieu.

Humilité envers nous mêmes

L’humilité c’est de connaître à la fois notre misère et la grandeur de Dieu. Un des premiers chemins pour cela est la parole de Dieu, mais encore faut il être bien disposé pour la recevoir. De fait on ne peut rien apprendre de la parole de Dieu sauf si on est humble devant lui. Il nous faut couper d’avec notre orgueil qui nous fait penser parfois que nous sommes aussi sages et intelligents que Dieu ; et que dès lors nous sommes maîtres de notre vie et de tout ce qui nous entoure, d’où le risque d’un comportement de supériorité voir d conflit. St Jacques nous met en garde contre cela et nous appelle à toujours faire la vérité sur notre condition véritable.

Est-il quelqu'un de sage et d'expérimenté parmi vous ? Qu'il fasse voir par une bonne conduite des actes empreints de douceur et de sagesse. 14 - Si vous avez au cœur, au contraire, une amère jalousie et un esprit de chicane, ne vous vantez pas, ne mentez pas contre la vérité. 15 - Pareille sagesse ne descend pas d'en haut : elle est terrestre, animale, démoniaque. 16 - Car, où il y a jalousie et chicane, il y a désordre et toutes sortes de mauvaises actions. 17 - Tandis que la sagesse d'en haut est tout d'abord pure, puis pacifique, indulgente, bienveillante, pleine de pitié et de bons fruits, sans partialité, sans hypocrisie. 18 - Un fruit de justice est semé dans la paix pour ceux qui produisent la paix.  Jacques 3 /13.18

Saint Paul lui nous parle d’avoir une juste estime de nous-mêmes :

- Au nom de la grâce qui m'a été donnée, je le dis à tous et à chacun : ne vous surestimez pas plus qu'il ne faut vous estimer, mais gardez de vous une sage estime, chacun selon le degré de foi que Dieu lui a départi.  Romains 12/3

Humilité envers les autres

Etre humble avec les autres c’est savoir les écouter, c’est savoir les accepter tels qu’ils sont. C’est mettre en pratique cette parole de Jésus :

" Mais je vous le dis, à vous qui m'écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, 28 - bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous diffament. 29 - A qui te frappe sur une joue, présente encore l'autre ; à qui t'enlève ton manteau, ne refuse pas ta tunique. 30 A quiconque te demande, donne, et à qui t'enlève ton bien, ne le réclame pas. 31 Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pour eux pareillement. Luc 6/27.31

C’est aussi vivre cette parole en St Matthieu :

" Pour vous, ne vous faites pas appeler "Rabbi" : car vous n'avez qu'un Maître, et tous vous êtes des frères. 9 - N'appelez personne votre "Père" sur la terre : car vous n'en avez qu'un, le Père céleste. 10 - Ne vous faites pas non plus appeler "Directeurs" : car vous n'avez qu'un Directeur, le Christ. 11 - Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. 12 - Quiconque s'élèvera sera abaissé, et quiconque s'abaissera sera élevé. Matthieu 23/8.11

Etre humble c’est placer les autres avant soi même; c’est aimer l’autre avant nous-mêmes.

Etre humble c’est également venir en aide à celui qui est en difficulté sans le juger, sans le condamner, comme le prône St Paul :

Frères, même dans le cas où quelqu'un serait pris en faute, vous les spirituels, rétablissez-le en esprit de douceur, te surveillant toi-même, car tu pourrais bien toi aussi être tenté. 2 - Portez les fardeaux les uns des autres et accomplissez ainsi la Loi du Christ. 3 - Car si quelqu'un estime être quelque chose alors qu'il n'est rien, il se fait illusion. 4 - Que chacun examine sa propre conduite et alors il trouvera en soi seul et non dans les autres l'occasion de se glorifier ; 5 - car tout homme devra porter sa charge personnelle.   Galates 6/1.5

Et aussi :

Je vous exhorte donc, moi le prisonnier dans le Seigneur, à mener une vie digne de l'appel que vous avez reçu : 2 - en toute humilité, douceur et patience, supportez-vous les uns les autres avec charité ; 3 - appliquez-vous à conserver l'unité de l'Esprit par ce lien qu'est la paix.  Ephésiens 4/1.3

L’humilité dans la famille

La famille est le premier lieu ou l’on apprend normalement le respect de l’autre et l’humilité, dans la vérité et l’obéissance. Les enfants ainsi doivent obéissance et respect à leurs parents, et chacun des membres de la famille doit respecter l’autre et lui demande pardon  lorsqu’il en est besoin. Généralement, on limite cette démarche de pardon aux enfants, mais les parents aussi doivent savoir reconnaître leurs erreurs envers leurs enfants et savoir s’en excuser. Cela s’appelle vivre en vérité, en confiance, et n’a rien à voir avec le fait de « s’écraser » ou de « perdre la face » comme certains pourraient le dire.

La fidélité du mariage demande aussi de l’humilité, dans le respect du conjoint … même s’il y a apparemment mieux à l’extérieur ! Vivre l’humilité chrétienne c’est aller au bout de cette dimension !

Humilité envers l’autorité spirituelle

La parole biblique est très claire à ce sujet, écoutons St Paul :

- Obéissez à vos chefs et soyez-leur dociles, car ils veillent sur vos âmes, comme devant en rendre compte ; afin qu'ils le fassent avec joie et non en gémissant, ce qui vous serait dommageable.   Hébreux 13/17

Nous vous demandons, frères, d'avoir de la considération pour ceux qui se donnent de la peine au milieu de vous, qui sont à votre tête dans le Seigneur et qui vous reprennent. 13 - Estimez-les avec une extrême charité, en raison de leur travail.  Soyez en paix entre vous.   1 Thessaloniciens 5/12.13

Ainsi donc l’humilité c’est aussi de  savoir obéir à nos supérieurs.

Vivre l’humilité

Vivre l’humilité c’est bannir l’orgueil de notre vie, mais savons nous toujours reconnaître les marques d’orgueil en nous ? En voici quelques points de repères attribués à Mgr Escriva de Balaguer dans la revue le sillon,

Laisse-moi te rappeler quelques signes évidents, entre autres, du manque d'humilité :
— penser que ce que tu fais ou dis vaut plus que ce que disent ou font les autres 
— vouloir toujours avoir gain de cause ;
— discuter sans raison ou, quand tu as raison, insister avec entêtement et de manière désagréable ;
— donner ton avis sans qu'on te le demande et sans que la charité l'exige ;
— mépriser le point de vue des autres ;
— ne pas considérer que tes dons et qualités te sont prêtés ;
— ne pas reconnaître que tu es indigne de tout honneur et estime, même ceux qui viennent de la terre que tu foules et des choses que tu possèdes ;
— te citer comme exemple dans les conversations ;
— parler mal de toi-même, pour que l'on se fasse une bonne idée de toi ou que l'on te contredise ;
— t'excuser lorsqu'on te réprimande ;
— cacher à ton Directeur quelques fautes humiliantes, pour qu'il ne modifie pas la bonne opinion qu'il a de toi ;
— écouter avec complaisance ceux qui te louent, ou te réjouir que l'on ait bien parlé de toi ;
— t'attrister que d'autres soient plus estimés que toi ;
— te refuser à réaliser des tâches subalternes ;
— chercher à te singulariser ou désirer le faire ;
— glisser dans la conversation des paroles élogieuses à ton égard ou qui laissent entrevoir ton intégrité, ton intelligence ou ton adresse, ta réputation professionnelle... ;
— avoir honte parce que tu manques de certains biens...

L’humilité se vit dans la prière, la foi, l’obéissance, la chasteté, la mortification, la pénitence Dans la prière, nous nous adressons à Dieu reconnaissant sa supériorité et notre immense besoin de lui. Par la foi, nous vivons l’humilité de notre  raison qui doit admettre ce qu’elle ne comprend pas. Dans l’obéissance nous nous mettons sous la dépendance de quelqu’un d’autre en renonçant à notre volonté propre. Dans la chasteté, nous limitons notre « chair » au profit de notre esprit, qui pourra dès lors mieux se tendre vers Dieu ! Par la mortification et la pénitence nous marquons la reconnaissance du regret de nos fautes et notre besoin d’être purifiés au travers de chacun de nos sens.

Vivre l’humilité c’est aussi accepter que le Christ nous lave les pieds ! (c’est à dire qu’il nous lave de toute souillure) Nous devons apprendre comme St Pierre à accepter cela dans notre vie, c’est à cette condition que nous mêmes nous deviendrons aussi capables de laver les pieds aux autres en toute humilité, en toute vérité et charité !

Etre humble, c’est lâcher prise et laisser faire les choses. Il faut oublier le « je » et le « moi » Il faut devenir principalement  écoute et service des autres. 

Humilité et humiliation

Pour apprendre à vivre l’humilité il faut aussi savoir accepter les humiliations que nous réserve la vie et tous ceux qui nous entourent.

…mais pour moi, je ne me glorifierai que de mes faiblesses. 6 - Oh ! Si je voulais me glorifier, je ne serais pas insensé ; je dirais la vérité. Mais je m'abstiens, de peur qu'on ne se fasse de moi une idée supérieure à ce qu'on voit en moi ou à ce qu'on m'entend dire. 7 - Et pour que l'excellence même de ces révélations ne m'enorgueillisse pas, il m'a été mis une écharde en la chair, un ange de Satan chargé de me souffleter - pour que je ne m'enorgueillisse pas ! 8 - A ce sujet, par trois fois, j'ai prié le Seigneur pour qu'il s'éloigne de moi. 9 - Mais il m'a déclaré " Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse. " C'est donc de grand cœur que je me glorifierai surtout de mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ.   2 corinthiens 12 / 5.9

Dieu se sert souvent de la pression extérieure et des épreuves inhérentes à ce monde pour nous humilier et nous faire ainsi avancer dans un juste chemin et une bonne compréhension des choses. Il nous faut alors apprendre à prier comme Jésus à Gethsémani et arriver ainsi à dire en vérité : « Père que ta volonté soit faite et non la mienne » Ne nous y trompons pas La douleur, le mépris et les critiques des autres sont autant de moyens dont Dieu se sert  pour nous garder de l'orgueil et de l'arrogance, qui ne feraient que nous couper de lui.

Devant de telles difficultés nous avons deux solutions : soit nous nous cabrons, nous nous révoltons, et nous refusons les choses, soit nous acceptons et nous nous humilions intérieurement devant Dieu. Dans le premier cas nous nous enfermons dans l’amertume et la désillusion, si encore nous n’en arrivons pas à la haine et aux passions qu’elle déchaîne. Dans le second cas, nous acceptons la volonté de Dieu sur nous, et la paix revient vite en nous. Notre relation aux autres et au monde en général s’en trouve donc modifiée dans le sens positif de la construction d’un monde d’amour et de compréhension.

Comment grandir dans l’humilité ? D’abord accepter de se mettre à l’écoute de la parole de Dieu, donc nous engager à la lire régulièrement et à l’appliquer en tout et pour tout dans le quotidien de notre vie. Ensuite prendre le temps quotidiennement de faire la vérité devant Dieu de ce qu’a été réellement notre journée, demander pardon pour toutes nos fautes, nos manquement s et nous engager à réparer concrètement et sans retard ce qu’il est possible de réparer (c’est ce que l’on appelle faire son examen de conscience). L’humilité implique que nous soyons profondément vrais avec Dieu, avec nous-mêmes et avec les autres !

L’humilité n’est pas un trait de caractère, c’est une grâce de Dieu, une grâce de conversion permanente, qu’il nous faut toujours demander car ici bas nous n’aurons jamais fini d’y grandir ! Celui en effet qui se croit humble, a déjà commis en son cœur l’orgueil de se croire mieux que les autres ! L’humble véritable, se voit perpétuellement pécheur, pécheur aimé et pardonné aussi perpétuellement ! Il découvre de plus en plus sa misère et la miséricorde infinie de Dieu !

Attitude intérieure

Mais si l'homme est humble, c'est avant tout par une attitude intérieure. Elle est l’identité de sa relation à Dieu, et avec Dieu on ne peut être «extérieurement », si on n’est pas d’abord « intérieurement ». C’est ce que Jésus nous dit lui même en nous appelant à veiller sur notre cœur car c’est de lui que sortent tous les desseins, bons ou mauvais,

Et il leur dit : " Vous aussi, vous êtes à ce point sans intelligence ? Ne comprenez-vous pas que rien de ce qui pénètre du dehors dans l'homme ne peut le souiller, 19 - parce que cela ne pénètre pas dans le cœur, mais dans le ventre, puis s'en va aux lieux d'aisance " ainsi il déclarait purs tous les aliments. 20 - Il disait : " Ce qui sort de l'homme, voilà ce qui souille l'homme. 21 - Car c'est du dedans, du cœur des hommes, que sortent les desseins pervers : débauches, vols, meurtres, 22 - adultères, cupidités, méchancetés, ruse, impudicité, envie, diffamation, orgueil, déraison. 23 - Toutes ces mauvaises choses sortent du dedans et souillent l'homme.  " . Marc 7/18.23

Notre vie extérieure est toujours relative à notre vie intérieure ! Nous pouvons, il est vrai toujours essayer d’afficher extérieurement une attitude d’humilité, mais bien vite, nous n’y tenons plus et cette humilité d’hypocrite se révèle alors aux yeux de tous !

La personne vraiment humble ne fait jamais semblant ; elle ne cherche pas en permanence à faire des sermons sur l’humilité ; à convaincre les autres de son humilité, non elle vit l’humilité, elle vit cachée au regard d’autrui. Même si les taches qu’elle doit accomplir la mettent sur le devant de la scène, elle y passe presque comme une ombre. Ce n’est pas elle que l’on voit, mais simplement la tache accomplie. Plus même, elle cherche à s’effacer pour laisser tout l’honneur aux autres et surtout à Dieu,  tant elle sait bien que par elle même elle ne vaut rien.

La personne vraiment humble ne se contente pas de reconnaître intérieurement qu’elle ne vaut rien, elle s’en réjouit aussi intérieurement lorsque quelqu’un ou quelque événement vient mettre cette réalité en évidence aux yeux des autres.

Attitude extérieure

L’humilité vraie intérieurement se traduit aussi par des gestes extérieurs l’homme reconnaissant ses limites se met à genoux devant son créateur, et il sait aussi se mettre à genoux devant son frère qu’il a blessé pour lui demander son pardon. Cela n’est pas cinéma mais reconnaissance réelle de sa faute. L’humble a besoin de marquer son regret, a besoin aussi de réparer, de faire pénitence. Il sait combien sa misère à «coûté » à son Seigneur et il sait que tout ce qu’il fait aux autres, tout le mal qu’il fait aux autres, c’est à son Seigneur qu’il le fait. L’humble dans la reconnaissance de l’immense amour divin pour lui ne peut rester insensible à cela. Pour autant il ne vit pas dans la culpabilité, il reçoit quotidiennement sa vie de la miséricorde divine, et l’aime en retour, tous ses actes d’humilité, de pénitence sont autant d’actes d’amour pour son sauveur … et autant d’action de grâce !

Ainsi nous le voyons, le premier critère de l’humilité est le renoncement à la volonté propre, pour ne vivre que de celle de Dieu ! Ce renoncement à la volonté propre se manifestera dans la vie non seulement par rapport à la parole de Dieu mais aussi par rapport à toute autorité surtout l’autorité religieuse. L’obéissance est signe d’humilité, quand elle se fait de plein cœur et donc sans aucun murmure, sans aucune arrière pensée.

Ensuite l’humilité se marque dans la capacité de pardonner et de demander pardon. Généralement il nous est plus faciles de pardonner car nous sommes quelque part en situation de force ou de supériorité vis à vis de celui à qui nous devons pardonner, mais sommes nous tous aussi courageux pour aller demander pardon du fond de notre cœur et sans essayer de nous trouver des circonstances atténuantes auprès des autres ? Sommes-nous prêts à tout pardonner ? Sommes nous prêts à demander pardon pour tout ?

Fruits de l’humilité

L’humilité vraie nous rend heureux et en paix avec nous mêmes, avec les autres et avec Dieu.

Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. 15 - Car c'est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi comme moi j'ai fait pour vous.   16 - En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n'est pas plus grand que son maître, ni l'envoyé plus grand que celui qui l'a envoyé. 17 - Sachant cela, heureux êtes-vous, si vous le faites. Jean 13/14.17

L’humilité vraie nous attire la grâce de Dieu, la force de vivre selon sa parole et de résister ainsi au mal.

Dieu résiste aux orgueilleux, mais il donne sa grâce aux humbles.   Jacques 4/6

Avant la ruine, le cœur humain s'élève, avant la gloire, il y a l'humilité.  Proverbe 18/12

- Car Yahvé se complaît en son peuple, de salut il pare les humbles, psaume 149/4

Ils posséderont la terre, (même s’ils n’ont rien, ils sont partout heureux)

Mais les humbles posséderont la terre, réjouis d'une grande paix.  Psaume 37/11

En fait plus une âme est humble et plus elle devient lumière pour les autres. L’humilité rend digne de confiance, car elle est la route de l’écoute de l’autre, de la compréhension, de l’entraide, l’humilité ne juge pas, elle relève !

Plus encore l’humilité est l’élément nécessaire pour grandir dans toutes les autres vertus ! on a besoin de l’humilité pour grandir dans l’amour, on a besoin de l’humilité pour persévérer dans la fidélité, on a besoin de l’humilité pour vivre la vérité dans la prière …..Etc. 

En conclusion : L’humilité selon saint Benoît

 En conclusion prenons chacun le temps maintenant de lire ces quelques feuillets de la règle de St benoît, et de répondre en vérité aux questions que cela peut nous poser, même si nous ne vivons pas dans un monastère. L’humilité est la même pour tous devant le Seigneur car elle se vit au fond du cœur.

 Saint Benoît      ….et nous ????

 

 La divine Ecriture, mes frères, proclame pour notre gouverne : "Quiconque s'élève sera humilié, et celui qui s'humilie sera glorifié." En tenant ce langage, elle nous montre que tout élèvement s'apparente à l'orgueil, et nécessite les précautions dont se munit le Prophète disant :  "Seigneur, j'ai fui l'élèvement du cœur et les hautes ambitions ; je n'ai point marché dans des voies prétentieuses, ni vers le mirage d'une condition supérieure à la mienne. " Bien plus, il poursuit : " Si je n'entretiens de bas sentiments de moi-même, Si je m'estime plus que je ne dois, tu me traiteras dans ta justice comme l'enfant trop tôt sevré, qu'on arrache des bras de sa mère.

        Voulons-nous, par conséquent, mes frères, atteindre au sommet de cette souveraine humilité, voulons-nous parvenir par une ascension rapide à ces hauteurs célestes où mène l'abaissement de la vie présente,  il s'agit alors d'y monter par la gradation de nos œuvres, et de dresser vers le ciel cette même échelle où Jacob vit en songe monter et descendre les anges. Il est ici hors de doute que monter et descendre signifient pour nous que l'on s'abaisse en voulant s'élever, et qu'on s'élève en s'abaissant. Quant à cette échelle dressée, c'est proprement notre vie d'ici-bas, pour alitant que le Seigneur élève jusqu'aux cieux le cœur qui s'humilie. Convenons maintenant que les deux côtés de l'échelle figurent notre corps et notre âme : entre ces montants, Dieu a inséré, nous invitant à les gravir, les échelons successifs de l'art spirituel qui porte nom humilité

Est-ce que nous sommes prêts à écouter la parole de Dieu en vérité, dans ce qu’elle a même de dérangeant pour notre petite personne ?

Voulons-nous vraiment fuir les ambitions et la reconnaissance de ce monde ? De tous ceux qui nous entourent ? Sommes-nous prêts à vivre en ne tenant compte que du regard de Dieu sur nous ?

Au fond de notre cœur désirons-nous vraiment cette vertu d’humilité et sommes nous prêts à tout mettre en œuvre pour l’atteindre et la vivre ?

Le premier degré d'humilité est que, par l'effet d'une constante attention à la crainte de Dieu, on échappe résolument à la légèreté d'esprit et qu'on se remémore tous les préceptes divins. Si l'on ne cesse, en effet, de retourner dans son esprit la menace de la géhenne où brûlent pour leurs péchés ceux qui méprisent Dieu, et la promesse de vie éternelle réservée à ceux qui le craignent, on saura se garder à toute heure des péchés et des vices, ceux des pensées, de la langue, des mains, des pieds, ceux de la volonté propre, ou encore des désirs de la chair. Que l'homme considère donc que Dieu le regarde à tout moment du haut du ciel ? en quelque lieu que nous soyons, nos actions sont à découvert sous les yeux de la Divinité et lui sont à tout instant rapportées par les anges. Le Prophète nous donne à entendre cette vérité, et témoigne à quel point nos plus secrètes pensées sont à nu devant Dieu, quand il dit : " Dieu scrute les reins et les cœurs,"  et de même :  "Le Seigneur connaît les desseins des hommes " ;  il dit encore : "Tu pénètres de loin mes pensées," et :  "Tout ce qui s'agite en l'homme vient se déclarer devant Toi."  Dès lors, pour exercer la vigilance sur ses pensées mauvaises, un frère avisé ne manquera pas de se redire au fond du cœur : Pour être sans tache devant Lui, il faut me bien garder de jamais l'offenser.

 Quant à la volonté propre, nous trouvons dans l'Ecriture cette défense expresse de la suivre :  "Détourne-toi de tes volontés. "  Nous demandons d'ailleurs nous-mêmes à Dieu dans la Prière " que ce soit sa volonté qui s'accomplisse en nous. "On voit par là combien justifiée est la doctrine du renoncement à la volonté propre; car on évite ainsi l'écueil signalé dans l'Ecriture : " Il est des chemins qui aux yeux des hommes semblent droits, mais qui, au terme, vous plongent jusqu'au fond de l'enfer."  Et nous serons bien inspirés d'envisager avec frayeur le sort de ceux qui se laissent aller à leurs penchants, et dont il est écrit " qu'ils s'y corrompent et y deviennent abominables à Dieu."

 Enfin, pour maîtriser les désirs de la chair, recourons encore et toujours au sentiment de la présence de Dieu, et disons avec le Prophète : "Tous mes désirs, Seigneur, sont devant Toi." S'il faut ainsi nous garder du désir mauvais, c'est que la mort est postée sur le seuil même de l'accès au plaisir ; d'où le précepte de l'Ecriture : "Ne te laisse pas entraîner par tes convoitises."

 En résumé, si les yeux du Seigneur observent sans cesse les bons et les méchants, si le Seigneur jette du haut du ciel ses regards sur les enfants des hommes pour discerner ceux qui se montrent attentifs à Le chercher, si enfin les anges établis sur nous font chaque jour, font nuit et jour, rapport à Dieu de nos actions, il nous faut prendre garde à tout instant, mes frères, comme dit le Prophète dans les psaumes, que Dieu ne nous voie à quelque moment enclins à pécher, abusant de sa grâce, de peur que, nous ayant épargnés aujourd'hui par grande indulgence et parce qu'il nous laisse le temps de nous amender et de nous tourner vers lui, il ne nous dise un jour : " Voilà ce que tu as fait, et je patientais."

Est-ce que nous avons vraiment toujours le souci du respect de la parole de Dieu dans le quotidien de notre vie ?

Est-ce que nous reconnaissons notre  faiblesse et que dès lors nous nous tenons éloignés de tout ce qui peut être pour nous une occasion de chute ?

 Est-ce aussi que nous prenons le temps de regarder notre vie, d’en faire un examen de conscience régulier afin de vivre en vérité avec Celui qui nous connaît bien mieux que nous mêmes, puisqu’il nous a créés ?

 Est-ce que nous savons rechercher la volonté de Dieu au lieu de la nôtre. Et lorsque nous connaissons la volonté du Seigneur, renonçons-nous vraiment à la nôtre ? Et alors, est-ce de bon cœur, ou en murmurant ?

Savons nous vraiment choisir nos chemins en prenant le temps de regarder à l’au-delà de notre mort ? Prenons nous quelquefois au moins le temps de penser à ce qu’il y a après (paradis, purgatoire, enfer ?), car là est l’enjeu de notre conduite d’aujourd’hui  avec le Christ !

Savons nous reconnaître en vérité toute la patience dont Dieu fait preuve à notre égard et à partir de là essayons nous vraiment de nous convertir afin de ne pas « lasser » cette patience ?

Le second degré d'humilité consiste à se détacher assez de la volonté propre pour ne plus goûter la satisfaction d'en suivre les mouvements, et pour réaliser dans sa conduite ce que le Seigneur dit de lui-même : "Je ne suis pas venu faire ici-bas ma volonté, mais celle du Père qui m'a envoyé."  L'Ecriture dit ailleurs : "Courir au plaisir c'est encourir la peine, et plier sous la loi c'est gagner la couronne."

Sommes-nous capables de nous détacher totalement de notre volonté propre pour vivre l’obéissance totale à Dieu

Sommes-nous au moins en route concrètement et progressivement vers cette obéissance totale ?

Le troisième degré d'humilité est que, pour l'amour de Dieu, on se soumette au supérieur avec une obéissance sans réserve, à l'imitation du Seigneur qui, nous dit l'Apôtre, "s'est fait obéissant jusqu'à la mort."

Ou en sommes nous de notre obéissance à nos supérieurs religieux (entre autres : berger, prêtre, évêque, pape ?) Notre obéissance n’est-elle que de paroles, sans actes ensuite ? Notre obéissance se fait-elle de bon cœur ou en râlant ? En ce sens, sommes nous prêts à aller jusqu’au bout de notre engagement communautaire ? Allons-nous vraiment au bout de notre engagement ?

Au quatrième degré d'humilité, s'il arrive que, dans cette voie d'obéissance, on soit en butte à toute sorte de difficultés, de traitements durs ou même injustes, alors, au lieu de protester, on met tout son cœur à embrasser la patience, et à tout supporter sans lâcher prise ni reculer d'un pas, car l'Ecriture dit : "Qui persévère jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé."  Et en un autre endroit : "Que ton cœur s'affermisse, et soutienne les délais du Seigneur.  Elle montre encore que l'âme fidèle doit, pour le Seigneur, tout endurer et jusqu'aux pires contrariétés, quand elle fait ainsi parler ceux qui sont dans l'épreuve : " C'est à cause de Toi qu'à longueur de journée nous sommes exposés à la mort et traités comme menu bétail de boucherie." Inébranlables toutefois dans l'espérance de la rétribution divine, ils poursuivent avec joie : "Mais en toutes ces rencontres nous gardons l'avantage, pour l'amour de Celui qui nous a aimés."  Ailleurs on lit encore dans l'Ecriture : "Tu nous as éprouvés, Seigneur, tu nous as fait passer par le feu, comme l'argent qu'on éprouve dans la fournaise ; tu nous as fait prendre au lacet, tu as accumulé les tribulations sur nos épaules." Et qu'il nous faille ainsi subir le joug d'un supérieur, la suite du texte le montre bien : "Tu as placé des hommes comme un poids sur nos têtes."  De fait, c'est par la patience au milieu des contradictions et des injustices qu'on accomplira jusqu'au bout le précepte du Seigneur : frappé sur une joue, on tendra l'autre ; à qui ravit la tunique, on abandonne par surcroît le manteau ; engagé pour une corvée d'un mille, on en fera deux ; avec l'Apôtre Paul on supporte les faux frères, et à ceux qui maudissent, on adresse en retour des paroles de bénédiction.

Sommes-nous patients devant les incompréhensions, les injustices, les blessures qui nous sont infligées parfois par nos frères et sœurs ?

Dans de tels cas sommes-nous enclins à la colère ou au pardon ?

Accueillons-nous vraiment tous nos  frères et sœurs de la même manière quels qu’ils soient ; intelligents ou non, anciens ou non, serviables ou non ? Faisons-nous des différences …Quelles sont-elles ? Sommes-nous dès lors capables d’y remédier ?

Sommes-nous capables de persévérer dans le travail communautaire dans la paix, la joie, et en vérité les uns avec les autres, au sein même de nos difficultés fraternelles ?

Supportons-nous tout comme venant de la main de Dieu et pouvant donc nous être salutaires ? Louons-nous vraiment le Seigneur pour tout cela ? Et bénissons-nous nos frères et sœurs « blessants » du fond de notre cœur comme étant une grâce de Dieu dans notre vie ?

Le cinquième degré d'humilité est de ne rien cacher à son Abbé des pensées mauvaises qui se présentent à l'esprit, ni des fautes commises dans le secret. L'Ecriture nous exhorte à pratiquer cette humble confession quand elle nous dit : "Expose devant Dieu ta conduite et espère en Lui," ou encore : " Confessez-vous au Seigneur, car il est bon, et sa miséricorde est éternelle."  Le Roi Prophète dit aussi : " Je T'ai déclaré mon péché, et je n'ai pas celé mon iniquité ; j'ai dit : je prononcerai contre moi-même devant le Seigneur que j'ai offensé ; mais Ta bonté corrigera la malice de mon âme."

Nous confessons-nous régulièrement ? (une fois par mois ?) Nous confessons-nous vraiment en vérité, sans rien omettre sans rien escamoter ?

Remettons nous aussi la direction de notre vie entre les mains d’un guide spirituel ?

Savons-nous reconnaître nos torts devant nos frères et notre supérieur (berger …) Savons-nous demander pardon aux autres concrètement ? Savons-nous aussi leur pardonner; sans esprit de suffisance ou de supériorité ?

Le sixième degré d'humilité est qu'un moine trouve son contentement dans tout ce qu'il y a de plus commun et de moindre. Dans les tâches où on l'emploie, il se regarde comme un piètre ouvrier et un incapable. Avec le Prophète il se dit : Me voilà ramené à rien, et je ne sais rien ; Tu le vois, je suis traité comme une bête de somme ; mais je me tiens toujours avec Toi.

Savons-nous trouver notre paix, notre joie, dans les taches les plus inférieures de la vie communautaire ou cherchons-nous celles qui nous attirent les regards et les honneurs des autres ? Entre autre, si nous avions le choix, choisirions-nous à capacité égale, d’aller nettoyer les toilettes ou de faire les enseignements ?

Savons-nous aussi reconnaître en toute franchise devant les autres que nous ne pouvons pas ou ne savons pas faire telle ou telle chose ?

Savons nous aussi laisser la place aux autres, alors même que cette place nous aurait mis en avant ? (notamment dans le travail et les activités communautaires ?)

Le septième degré d'humilité est que le moine, non en protestations purement verbales, mais par un sentiment profond et une intime conviction du cœur, se reconnaisse comme le plus vil et le dernier de tous les êtres, et que s'abaissant jusqu'à terre il dise avec le Prophète :  "Moi, je ne suis qu'un ver, et non un homme, la honte de l'humanité et le rebut du peuple. Je m'étais exalté, et me voici dans l'abjection et la confusion."  Le Prophète dit encore : "Comme il est bon pour moi que Tu m'aies humilié ! Par là j'ai appris à T'obéir."

Nous considérons-nous en vérité comme le dernier de la communauté ? Ou nous trouvons-nous encore quelques valeurs, qui nous mettent à un rang supérieur aux autres...à un autre ? À une autre ?

Le huitième degré d'humilité est qu'un moine ne fasse rien qui ne soit conforme à la règle commune du monastère, ou encouragé par la tradition des anciens.

Sommes-nous toujours dans l’obéissance à la règle de notre communauté ? de l’Eglise aussi ? Ou gérons-nous notre vie comme nous le voulons, à notre rythme ? …. Tout ce qui fait notre règlement intérieur ?

Le neuvième degré d'humilité est qu'un moine sache retenir sa langue et que, fidèle à la loi du silence, il attende pour parler qu'on l'interroge, d'autant que l'Ecriture témoigne qu' "à parler beaucoup, on ne peut manquer de pécher " ; et que "le bavard ne trouve pas le droit chemin sur la terre."

Savons-nous taire ce que l’on nous confie ? Parlons-nous des autres derrière eux ? Savons-nous mesurer l’utilité de nos paroles, faire en sorte qu’elles soient vraiment utiles et nécessaires ?

Le dixième degré d'humilité condamne l'habitude de rire à tout propos. Il est écrit : "Le rire bruyant trahit la sottise."

Savons-nous cultiver le silence, surtout le silence intérieur pour être à l’écoute de Dieu ?

Savons-nous aussi respecter le silence prêt d’un lieu de prière (et particulièrement dedans !)  Entre autre l’oratoire !

Le onzième degré d'humilité est que le moine, amené à parler, le fasse sans élever le ton ni badiner, avec une humble gravité, dans un langage sobre et sensé, et qu'il évite les éclats de voix. On dit en effet que "le sage, pour se faire connaître, n'a pas besoin de beaucoup de mots."

Gardons nous toujours notre calme dans nos rapports avec les autres, particulièrement en communauté ? et ce calme est-il sincère ou forcé, voir hypocrite ?  Savons-nous alors mettre nos rapports en ordre dans la vérité et la charité ?

 Savons vivre la  « correction fraternelle » dès qu’il le faut afin que «  le soleil ne se couche pas sur notre colère » ? Ou ruminons-nous nos ressentiments sans fin, par peur de rencontrer l’autre ?

Au douzième degré, l'humilité dont le cœur du moine est rempli passe dans tout son extérieur, et se laisse apercevoir aux regards d'autrui. A l'Œuvre de Dieu, à l'oratoire, dans le cloître, au jardin, sur les chemins, par les champs, en tout lieu, qu'il soit assis, en marche ou debout, on le voit toujours penchant la tête et fixant les yeux à terre, dans le grave sentiment de sa culpabilité et sous le poids de ses fautes, comme si, à cette heure même, il avait conscience d'affronter le redoutable jugement de Dieu. Dans son cœur il redit sans cesse les paroles que prononçait le publicain de l'Evangile, les yeux humblement baissés: "Seigneur, je ne suis pas digne, moi pécheur, de lever mes regards vers le ciel," et avec le Prophète il ajoute : "Je me tiens courbé et profondément humilié."

Connaissons nous enfin si bien notre petitesse, notre misère, que nous attendions tout notre salut de Dieu et de Dieu seul, lui redisant sans cesse dans un élan permanent d’amour te de confiance et d’humilité vraie : «  Seigneur je ne suis pas digne de toi, mais que dans ma petitesse je te sois tout livré, à toi qui es mon sauveur »

Lorsqu'enfin le moine a gravi tous ces échelons d'humilité, il atteint bien vite le sommet de la charité divine d'où est bannie la crainte. Tout ce qu'il ne pouvait accomplir au début sans l'appui de cette crainte, il se met à l'observer par amour, sans nul effort, et, pour ainsi dire, avec l'aisance de l'habitude acquise. Ce n'est plus la peur de l'enfer, c'est l'amour du Christ qui le meut, ainsi que l'entraînement au bien et le charme de la vertu. Cette œuvre de L'Esprit-Saint, daigne le Seigneur la montrer achevée en celui qui avec son concours travaille à se purifier des vices et des péchés.

 Myriam de Gemma

Ajouter un commentaire

Date de dernière mise à jour : 2018-04-06