Marie 3

 Etre comme Marie au pied de la croix …

 

 Introduction

Un jour, une personne m‘a demandé de faire un enseignement sur le thème suivant : "Vivre comme Marie le silence au pied de la croix pour donner la vie au monde par l'Esprit Saint" ce sujet est tellement vaste et tellement profond  qu’il est en fait  plus adapté à un enseignement de retraite spirituelle, où il y a le temps de vivre les choses en profondeur et avec un accompagnement spirituel. Toutefois il m’a paru important de pouvoir s’arrêter un peu sur la présence de Marie au pied de la croix, dans toute sa souffrance, où elle rejoint tant la nôtre.

Nous parlons souvent de Marie, de son humilité, de son amour pour Dieu, de son « Oui » … Nous aimons nous la représentée avec Jésus sur les genoux ou dans les bras... C’est tellement beau une maman ! Mais bien moins souvent nous osons parler de Marie au pied de la croix, un peu comme si nous avions peur de ce lieu de souffrance…  un peu comme si nous voulions éviter que cela nous arrive aussi dans la vie ! Pourtant c’est bien là que Marie vit son « plus grand Oui » d’amour !  Et c’est bien là qu’elle nous rejoint au cœur de notre humanité. Aujourd’hui la laisserons nous, nous montrer de quel amour elle nous aime alors même que nous sommes au fond de notre « gouffre » tant par nos souffrances morales, affectives que physiques ?   La regarder au pied de la croix, nous laisser aimer et approcher par elle  au sein de nos instants de douleur, peut tellement nous apporter qu’il serait vraiment dommage de refuser cela !

Il est vrai que nous vivons dans une société ou la souffrance est comme tabou ; ou il faut l’évacuer, sinon la nier. Il est de bon ton de la considérer comme un mal absolu dont il faut se débarrasser à tout prix…. Et lorsque nous rencontrons des gens qui ne peuvent en sortir, nous les plaignons … bien souvent, la seule chose que nous puissions faire, c’est de les plaindre car nous n’avons pas trouvé nous-mêmes d’utilité à la souffrance.

Effectivement, il est à remarquer que dans la plupart des cas nous devons taire notre souffrance, car l’entourage n’aime guère les gens qui se plaignent, et il s’éloigne, nous laissant seul et désemparé. Rares sont les personnes  qui restent auprès de ceux qui souffrent, ne serait-ce que pour leur offrir l’appui d’une simple présence amicale !

Alors on s’interroge, devant ce vide qui s’opère, et on comprend encore moins ce qui nous arrive. On se révolte même, se disant que si Dieu existait on ne souffrirait pas ainsi, qu’on ne serait pas seul… qu’il aurait pitié de nous… et bien souvent nos questions restent sans réponse, et elles le restent jusqu’au moment ou acceptant enfin notre état, nous commençons à regarder plus loin, plus haut que  notre mal, que notre personne … 

Marie au pied de la croix nous apprend cela : regarder plus haut, plus loin que nous, elle nous apprend à nous détourner de notre nombril, de notre propre blessure pour regarder à Dieu et au reste de l’humanité.

Marie

Prenons le temps de regarder un peu la vie de Marie. Cette vie n’a pas été sans souci, sans souffrance, sans crainte... et pourtant Marie  a été jusqu’au bout, gardant sa foi, et son amour de Dieu et de l’humanité.

Lorsque l’ange lui apparait, il lui promet un fils et pas n’importe quel fils… Celui de Dieu …

26 - Le sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, du nom de Nazareth, 27 - à une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David ; et le nom de la vierge était Marie. 28 - Il entra et lui dit : " Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. " 29 - A cette parole elle fut toute troublée, et elle se demandait ce que signifiait cette salutation. 30 - Et l'ange lui dit : " Sois sans crainte, Marie ; car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.  31 - Voici que tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils, et tu l'appelleras du nom de Jésus. 32 - Il sera grand, et sera appelé Fils du Très-Haut.  Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père ; 33 - il régnera sur la maison de Jacob pour les siècles et son règne n'aura pas de fin. " 34 - Mais Marie dit à l'ange : " Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme ? " 35 - L'ange lui répondit : " L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c'est pourquoi l'être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu. 36 - Et voici qu'Élisabeth, ta parente, vient, elle aussi, de concevoir un fils dans sa vieillesse, et elle en est à son sixième mois, elle qu'on appelait la stérile ;  37 - car rien n'est impossible à Dieu. " 38 - Marie dit alors : " Je suis la servante du Seigneur ; qu'il m'advienne selon ta parole ! " Et l'ange la quitta.    Luc 1/26.38

Comment ne pas se réjouir d’un tel don ? Cependant, devant ce don divin accepté, Marie trouve d’emblée sa première difficulté au sein même de ses fiançailles avec Joseph … suivant la loi, elle risque la répudiation, voir la lapidation ! On ne plaisantait pas alors avec les femmes enceintes avant mariage, hors mariage … Cependant elle dit oui, et fait confiance à Dieu … qui prendra les choses en main avec Joseph …

18- Or telle fut la genèse de Jésus Christ.  Marie, sa mère, était fiancée à Joseph : or, avant qu'ils eussent mené vie commune, elle se trouva enceinte par le fait de l'Esprit Saint.   19 - Joseph, son mari, qui était un homme juste et ne voulait pas la dénoncer publiquement, résolut de la répudier sans bruit.   20 - Alors qu'il avait formé ce dessein, voici que l'Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : " Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ta femme : car ce qui a été engendré en elle vient de l'Esprit Saint ;  21 - elle enfantera un fils, et tu l'appelleras du nom de Jésus : car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.  "  Matthieu 1/18.21

Plus tard, avant la naissance voilà qu’elle doit faire un grand déplacement en caravane, pour aller se faire recenser à Bethléem... Pas de route bien lisse et goudronnées ! Pas de suspension à la carriole, pas de siège qui s’abaisse pour prendre ses aises. Marie doit assumer la fatigue et les chaos du voyage  et de plus, arrivée là bas, voilà qu’elle doit accoucher, et elle n’a pas de logement ! Il y a tout de même de quoi paniquer ! Et où va-t-elle mettre au monde son enfant ? Dans une grotte, une étable qui sent tout sauf la rose ! Bonjour le confort ! Bonjour l’hygiène ! Et ne parlons pas de la température ; les nuits sont plutôt fraîches en ce pays ! Marie y donne le jour à son Fils et s’émerveille devant sa beauté … comme toute maman !

1 - Or, il advint, en ces jours-là, que parut un édit de César Auguste, ordonnant le recensement de tout le monde habité.   2 - Ce recensement, le premier, eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie.   3 - Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville.   4 - Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, qui s'appelle Bethléem - parce qu'il était de la maison et de la lignée de David -  5 - afin de se faire recenser avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte.   6 - Or il advint, comme ils étaient là, que les jours furent accomplis où elle devait enfanter.   7 - Elle enfanta son fils premier-né, l'enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu'ils manquaient de place dans la salle.  

Sept jours après l’accouchement, alors que l’on présente Jésus au Temple pour la circoncision, voilà qu’un prophète lui annonce certes la grandeur de son Fils au sein du peuple mais aussi qu’un glaive lui transpercerait le cœur ! ... Beau cadeau de naissance !!!!

22 - Et lorsque furent accomplis les jours pour leur purification, selon la Loi de Moïse, ils l'emmenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur,  23 - selon qu'il est écrit dans la Loi du Seigneur : Tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur,  24 - et pour offrir en sacrifice, suivant ce qui est dit dans la Loi du Seigneur, un couple de tourterelles ou deux jeunes colombes.   25 - Et voici qu'il y avait à Jérusalem un homme du nom de Siméon.  Cet homme était juste et pieux ; il attendait la consolation d'Israël et l'Esprit Saint reposait sur lui. 26 - Et il avait été divinement averti par l'Esprit Saint qu'il ne verrait pas la mort avant d'avoir vu le Christ du Seigneur.   27 - Il vint donc au Temple, poussé par l'Esprit, et quand les parents apportèrent le petit enfant Jésus pour accomplir les prescriptions de la Loi à son égard,  28 - il le reçut dans ses bras, bénit Dieu et dit :   29 - " Maintenant, Souverain Maître, tu peux, selon ta parole, laisser ton serviteur s'en aller en paix ;  30 - car mes yeux ont vu ton salut,  31 - que tu as préparé à la face de tous les peuples,  32 - lumière pour éclairer les nations et gloire de ton peuple Israël. " 33 - Son père et sa mère étaient dans l'étonnement de ce qui se disait de lui 34 - Siméon les bénit et dit à Marie, sa mère : " Vois ! Cet enfant doit amener la chute et le relèvement d'un grand nombre en Israël ; il doit être un signe en butte à la contradiction -  35 - et toi-même, une épée te transpercera l'âme ! - afin que se révèlent les pensées intimes de bien des cœurs.  "   Luc 2/22.35

À peine accouchée, la voilà avertie que l’on veut tuer son fils ! Avec Joseph et Jésus il faut prendre la fuite de nuit ; donc un départ précipité qui fait que l’on est obligé de laisser bien des choses derrière soi et que l’on part à l’aventure, ne sachant pas du tout de quoi demain sera fait ! Et puis il lui faut franchir la frontière et se trouver en un pays étranger … Comment va-telle vivre là bas ? Joseph trouvera-t-il du travail pour nourrir la petite famille ?  …

13 - Après leur départ, voici que l'Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : " Lève-toi, prends avec toi l'enfant et sa mère, et fuis en Égypte ; et restes-y jusqu'à ce que je te dise.  Car Hérode va rechercher l'enfant pour le faire périr.  "  14 - Il se leva, prit avec lui l'enfant et sa mère, de nuit, et se retira en Égypte ;  15 - et il resta là jusqu'à la mort d'Hérode, pour que s'accomplît cet oracle prophétique du Seigneur : D'Égypte j'ai appelé mon fils.   Matthieu 2/13.15

Et à 12 ans, ne voilà-t-il pas que Jésus reste à Jérusalem, derrière eux sans rien en dire ! Panique à bord, nul ne sait où il est. Il faut faire le trajet à l’envers et le chercher chemin faisant. Quelle mère ne s’inquièterait pas de la vie de son fils en de telles circonstances ? Et cela dura trois jours, pour le retrouver au temple au milieu des docteurs de la loi ! Et tout ce que Jésus trouve à leur dire, c’est : «  mais pourquoi vous inquiétez vous ? Vous savez bien que je dois être aux affaires de mon Père! » 

43 - Ses parents se rendaient chaque année à Jérusalem pour la fête de la Pâque.   42 - Et lorsqu'il eut douze ans, ils y montèrent, comme c'était la coutume pour la fête.   43 - Une fois les jours écoulés, alors qu'ils s'en retournaient, l'enfant Jésus resta à Jérusalem à l'insu de ses parents.   44 - Le croyant dans la caravane, ils firent une journée de chemin, puis ils se mirent à le rechercher parmi leurs parents et connaissances.   45 - Ne l'ayant pas trouvé, ils revinrent, toujours à sa recherche, à Jérusalem.   46 - Et il advint, au bout de trois jours, qu'ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant ;  47 - et tous ceux qui l'entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses.   48 - A sa vue, ils furent saisis d'émotion, et sa mère lui dit : " Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela  ? Vois ! Ton père et moi, nous te cherchons, angoissés.  "  49 - Et il leur dit : " Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? "  50 - Mais eux ne comprirent pas la parole qu'il venait de leur dire.    Luc 2/41.50

Et Marie accueille, elle garde tout cela dans son cœur, elle accueillera toujours, elle suivra Jésus de près lorsqu’il commencera sa mission, à l’âge adulte. Elle restera près de lui alors même que toute la famille traitera Jésus de fou, d’insensé. Elle verra bien que les positions de Jésus lui attire les foudres et les colères des autorités en place, elle sait bien que cela « va mal se terminer » ; mais elle dit oui car elle sait l’appel de Dieu sur son fils, elle sait aussi l’appel de Dieu en son propre cœur. Marie ne vit par pour elle-même, elle vit pour Dieu, elle vit pour Jésus, elle vit pour le salut des âmes … ces âmes  (notre âme !) que Jésus est venu sauver au prix de sa propre vie !

Et les scribes qui étaient descendus de Jérusalem disaient : " Il est possédé de Belzébul ", et encore : " C'est par le prince des démons qu'il expulse les démons.  " 23 - Les ayant appelés près de lui, il leur disait en paraboles : " Comment Satan peut-il expulser Satan ?  24 - Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume-là ne peut subsister. 25 - Et si une maison est divisée contre elle-même, cette maison-là ne pourra se maintenir. 26 - Or, si Satan s'est dressé contre lui-même et s'est divisé, il ne peut pas tenir, il est fini. 27 - Mais nul ne peut pénétrer dans la maison d'un homme fort et piller ses affaires s'il n'a d'abord ligoté cet homme fort, et alors il pillera sa maison. 28 - " En vérité, je vous le dis, tout sera remis aux enfants des hommes, les péchés et les blasphèmes tant qu'ils en auront proféré ; 29 - mais quiconque aura blasphémé contre l'Esprit Saint n'aura jamais de rémission : il est coupable d'une faute éternelle.  " 30 - C'est qu'ils disaient : " Il est possédé d'un esprit impur. " 31 - Sa mère et ses frères arrivent et, se tenant dehors, ils le firent appeler. 32 - Il y avait une foule assise autour de lui et on lui dit : " Voilà que ta mère et tes frères et tes sœurs sont là dehors qui te cherchent.  "  33 - Il leur répond : " Qui est ma mère ? Et mes frères ? " 34 - Et, promenant son regard sur ceux qui étaient assis en rond autour de lui, il dit : " Voici ma mère et mes frères.   35 - Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là m'est un frère et une sœur et une mère.  "   

Que dire de la souffrance de Marie lorsqu’elle apprend qu’il est arrêté et traduit devant le sanhédrin ! Lorsque sur le chemin du Golgotha elle croise Jésus défiguré et meurtri par toutes les tortures subies (flagellation couronne d’épines …)   Que dire de sa souffrance lorsqu’elle le voit agonisant sur la croix …. Et qu’il la confie à Jean ?

25 - Or près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala.   26 - Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d'elle, le disciple qu'il aimait, dit à sa mère : " Femme, voici ton fils.  "  27 - Puis il dit au disciple : " Voici ta mère.  " Dès cette heure-là, le disciple l'accueillit chez lui.    Jean 19.25.27

Que dire de sa souffrance lorsqu’elle reçoit son corps inerte au pied de la croix et lorsqu’on le met au tombeau ?  C’est son fils, son fils unique ?

Si la mère de Dieu a subi tout cela … à quoi cela rime -t-il si toute souffrance est stérile ?  Ou alors est-ce que c’est sa seule souffrance avec celle de Jésus qui ait un sens ? Seraient-ils donc tous deux, tant hors de notre humanité, que cela ne nous concernerait pas ?

Mais Marie était une femme à part entière, et Jésus a pris aussi notre humanité. Tous deux  l’ont prise en intégralité en ce qui est beau et bon, et en ce qui l’est nettement moins, à notre regard : la souffrance !

En fait Jésus et Marie nous montre le chemin, nous montre comment assumer ce chemin … et si nous apprenions à vivre notre vie, à parcourir la route qui est la nôtre avec leur regard, avec leur cœur, alors tout prendrait un autre sens, une autre force... et la souffrance elle-même pourrait devenir source de vie et non de mort. Mais allons-nous accepter de regarder la vie avec les yeux de Dieu ou allons nous continuer à la regarder avec nos yeux, tenant notre regard baissé sur notre propre souffrance? Et allons nous aussi le quitter parce que son langage nous paraitrait trop dur, comme à certaines personnes de son époque ?

De même que le Père, qui est vivant, m'a envoyé et que je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. 58 - Voici le pain descendu du ciel ; il n'est pas comme celui qu'ont mangé les pères et ils sont morts ; qui mange ce pain vivra à jamais. " (…) 60 - Après l'avoir entendu, beaucoup de ses disciples dirent : " Elle est dure, cette parole ! Qui peut l’écouter ? "  (…) 66 - Dès lors, beaucoup de ses disciples se retirèrent, et ils n'allaient plus avec lui.    Jean 6/57-58, 60, 66

Vivre la souffrance .

Ainsi donc que nous le voulions ou non, la souffrance sous toutes ses formes et à différents degrés nous atteint, c’est une réalité de la vie que nous devons assumer. 

Elle nous pose donc bien des problèmes dans notre vie de tous les jours car nous ne savons pas comment la gérer, comment l’assimiler, comment la vivre. Et de ce fait même elle nous devient un poids encore plus lourd.

Le monde voudrait bien qu’elle n’existe pas : et il essaie par tous les moyens de nous apprendre à la rejeter à la refouler ! … et cela ne mène finalement à rien si ne n’est à nous rendre un peu plus malheureux au fond de nous mêmes quelques soient les apparences que nous nous donnons !

C’est que le monde confond bien souvent le mal et la souffrance. Le mal oui, est à éradiquer ; sans délai et aussi totalement que possible de nos vies. Mais on ne peut rayer en  nous la souffrance que ce mal a souvent imprimée de façon indélébile. Subir la violence d’autrui laisse des marques, perdre un être cher laisse des marques, être en butte à l’injustice humaine laisse des marques etc. Et nous ne pouvons faire comme si elles n’existaient pas !  Il n’y a que trois façons de faire face à la souffrance :

 1/ la nier et faire comme si elle n’existait pas ou du moins qu’elle ne comptait pas …. Ça peut marcher un certain temps mais à un moment ou un autre nous devrons faire face à une belle dépression, voir à des envies de suicide ! On ne peut dépasser indéfiniment ses forces humaines, et nier quelque chose, n’en empêche pas l’existence et le poids que cela a sur nous et dans nos vies !

2/ la reconnaître dans notre vie et la subir comme un poison inévitable, en nous laissant donc dominer voir écraser par elle.  Il y a là un progrès puisque nous reconnaissons la réalité de la chose dans notre vie, mais nous baissons les bras, nous laissant écraser par ce poids, cela nous conduit aussi à la dépression et à une certaine forme de mort en nous …  nous laisser écraser ainsi, nous empêchera de vivre réellement notre vie, de porter la joie, le bonheur même autour de nous, et surtout, cela nous empêchera de profiter des beautés de la vie !

3/ la reconnaître, l’accepter et en faire une force positive de vie, autant pour nous mêmes que pour les autres !   Cela demande généralement du temps, et des étapes avant de pouvoir lui faire face ainsi. Il y a généralement le temps de l’écrasement, de la révolte, du marchandage …etc... Tous ces temps sont à passer, et l’aide de personnes compétentes (qu’elles soient psychologues, psychiatres, prêtres, ou conseillers spirituels) est bien souvent nécessaire … il ne faut surtout pas mépriser ou refuser cette aide ; la première des conditions pour arriver à vivre la souffrance sans qu’elle nous détruise étant de reconnaitre nos propres limites. Cependant l’aide humaine est bien souvent limitée et il nous faut vraiment l’action de Dieu en notre cœur pour être guérie, libérée.  C’est là que l’exemple de Marie peut nous aider.

Vivre notre souffrance à l’exemple de Marie

Marie qui aime son fils, ne va pas fuir la souffrance de l’accompagner jusqu’au bout … elle va aller de l’avant, puisant son courage dans son amour maternel. Nous avons donc à apprendre d’elle, le courage d’aller de l’avant en nous appuyant sur ce qui compte pour notre cœur en ce monde.

Au Pied le la croix elle ne refoule pas sa douleur, elle est là toute souffrante, toute bouleversée devant le martyr de son fils, son corps exprime sa souffrance même si celle-ci ne se manifeste pas de façon exubérante. Si Marie reste « digne » cela ne l’empêche certes pas de pleurer devant son fils en train de mourir. Il y a donc une expression de la souffrance qui doit pouvoir sortir de nous, s’exprimer sans fausse honte, la souffrance est un état qui doit pouvoir s’exprimer s’extérioriser tout autant que la joie.  Elle ne doit jamais être refoulée.

Marie ne se met pas en colère contre ceux qui tuent son fils, pourtant elle en aurait bien le droit, et en plus ils sont là devant elles continuant leurs sarcasmes et leurs insultes jusqu’au bout. Or elle garde le silence, tout son amour se concentre sur son fils. C’’est une des plus grandes leçons que nous devons recevoir de Marie en notre temps, où la vengeance aveugle semble bien être de plus en plus en vogue en notre société.  C’est une leçon très dure, car elle nous force à nous dépasser dans ce que nous croyons être notre bon droit, notre justice mais qui en fait n’est que la résultante de notre colère envers les personnes qui nous ont blessés de quelque manière que ce soit. Il faut lutter contre le mal, veiller à ce qu’il ne se reproduise pas, il faut veiller à ce que la justice soit faite, mais surtout il ne faut pas se laisser aller au désir de vengeance, car celui-ci nous anéantira encore un peu plus, et même si la vengeance est accomplie elle n’assouvira ni notre colère ni notre souffrance.

Elle ne se met pas en colère non plus contre Dieu, en elle nous ne voyons pas de révolte, simplement une grande souffrance devant l’inévitable de la vie, reçu comme volonté même de Dieu. Ne savait elle pas depuis longtemps (prophétie d’Ananie) que cela arriverait ? Ne l’a-t-elle pas vu se profiler au fil des années de mission de Jésus ? Elle croit et elle accepte. Elle ne subit pas, elle accepte et se confie en Dieu, s’appuyant sur sa foi. Certains diront : «  Oui mais elle, elle savait. » Sans doute, mais cela n’a rien enlevé à sa douleur de mère voyant son fils crucifié devant elle dans une longue agonie ! Il est vrai que nous ne savons pas toujours ce que Dieu veut pour nous, ce qu’il va bien pouvoir tirer de nos épreuves, mais là il faut croire, croire envers et contre tout que Dieu sait ce qu’il fait et surtout croire qu’il nous aime suffisamment pour que cela soit finalement positif pour nous.

Marie tient debout.  Mais elle ne refuse pas l’appui de St Jean lorsque celui-ci se tient auprès d’elle.

25 - Or près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala.   26 - Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d'elle, le disciple qu'il aimait, dit à sa mère : " Femme, voici ton fils.  "  27 - Puis il dit au disciple : " Voici ta mère.  " Dès cette heure-là, le disciple l'accueillit chez lui.    Jean 19/25.27

Elle accueillera Jean comme son Fils et se laissera accueillir par lui comme mère. Jean ne remplacera bien sur jamais Jésus, mais la vie continue, et l’amour doit continuer. Le désir de Jésus sur Marie est là, et elle dit oui. Elle s’ouvre donc à la vie même, au lieu de se replier sur elle-même et sa douleur. 

Et après la croix, elle participera certes à la mise au tombeau avec les saintes femmes... le temps du deuil, tout comme celui des différentes étapes de la souffrance, est important, il ne faut pas vouloir passer au-dessus, tout comme il ne faut pas y rester scotché …  Ce temps va être variable pour chacun il faut donc laisser à chacun le temps dont il a besoin. Marie donc prend ce temps, mais elle sait que Jésus est Fils de Dieu elle sait que tout n’est pas fini… Au fond de son cœur elle reste ouverte à la vie, tant et si bien qu’elle est prête à accepter la résurrection de Jésus, et elle prête à vivre en ressuscitée avec Lui ! Avec Marie nous devons attendre la lumière au bout du tunnel, avec elle nous devons attendre la résurrection que Jésus prépare en notre cœur, afin de pouvoir reprendre goût à la vie.

Et ainsi on va retrouver Marie quelques 40 jours plus tard auprès de Jean et au milieu des apôtres lors de la Pentecôte. Marie se tient au milieu d’eux, elle ne s’est pas renfermée sur elle-même. Bien au contraire elle participe totalement à la vie de la première communauté chrétienne. En cette fête de Pentecôte Marie reçoit avec les apôtres, l’Esprit Saint …  un renouvellement particulier  puisque l’Esprit Saint l’avait déjà couverte de son ombre lors de l’annonciation...

Et là, nous prenons conscience que toute la vie de Marie s’inscrit comme une unité dans la volonté de Dieu. Marie est figure de l’Eglise, elle est pour nous comme un modèle qui doit nous aider à comprendre que toute notre vie est Une devant Dieu, qui, malgré tout ce que nous pouvons endurer, a un plan d’amour pour nous. La difficulté est que lors de nos épreuves, de nos souffrances, bien souvent, nous ne pouvons plus réfléchir, ni nous projeter bien loin dans la vie ou l’avenir… tout nous semble bouché, tout nous semble perdu et nous nous demandons alors ou peut bien être Dieu, et pourquoi tout cela nous est-il arrivé…

Pour comprendre, il faut comme Marie, accepter de vivre dans la foi en l’amour de Dieu envers et contre tout ; et passant par les différentes étapes de la souffrance s’efforcer de regarder plus haut, plus loin que nous mêmes... Oser regarder à Dieu et aux autres … Ces autres même, qui nous ont lâchés, abandonnés dans notre épreuve ; et ces autres que nous ne connaissons pas encore mais qui ont aussi besoin de notre aide … et oui,  à bien y regarder il y a souvent bien plus malheureux que soi, et c’est bien souvent en aidant les autres que nous dépassons notre propre souffrance  et que nous reprenons vie.

Mais pour quelle vie ?

Ce ne pourra plus être la même qu’avant car quelque chose s’est passé qui nous a profondément marqué au cœur et dans l’esprit aussi, peut être même dans notre corps… Oh certes le travail pourra être le même, les habitudes aussi au moins pour certaines … mais en nous, il doit y avoir un appel à une vie plus grande, plus forte, plus utile, plus humaine ! Il n’est pas rare de voir des gens, qui après de grandes épreuves, se lèvent et se battent pour que d’autres ne subissent pas les mêmes épreuves qu’eux… cela est déjà une victoire … et elle est importante. Mais si nous regardons Marie, nous voyons quelque chose de plus, elle ne se contente pas de vivre avec St Jean… elle reçoit l’Esprit Saint, et va vivre avec la première communauté chrétienne, au souffle même de cet Esprit. Sa vie va prendre une dimension divine … et c’est à cela que nous sommes appelés … 

 Le curé d’ars disait :   « Les combats nous mettent au pied de la Croix et la Croix à la porte du ciel. »

Cela peut nous choquer ou du moins nous surprendre… Ça va tellement à l’encontre de ce que le monde nous dit. Et pourtant !  Dieu qui est amour ne veut que notre bien, s’il permet au cœur de notre vie des épreuves, c’est que cela peut nous être plus que profitable, c’est que Dieu a en vue notre vie éternelle … Nous, nous nous contentons généralement de notre vie terrestre, en faisant notre premier et ultime but. Mais la vie passe, et tout ce que nous aurons fait, tout ce que nous aurons construit, tout ce que nous aurons engrangé … qu’en restera-t-il ?    Pour nous rien puisque nous ne serons plus de ce monde. Cependant, si nous avons cherché Dieu, si nous nous sommes efforcés de tout accueillir de sa main, pour l’aimer et aimer les autres, pour le servir et servir les autres … Comme Marie… alors là ! Quel trésor avec nous dans le ciel ! L’amour, c’est le seul bagage que nous aurons avec nous à notre mort, nos coffres forts eux et toutes nos « petites possessions » resteront là ou ils sont !

Et c’est souvent cela que la douleur nous apprend… Elle nous apprend à nous détacher du monde matériel pour chercher le véritable bien, et celui qui est la source de notre vie éternelle !

Il est surprenant de voir combien de gens changent de vie après être tomber dans un profond  coma, ou après un accident grave ou encore après la perte de leur fortune . Quand ce n’est pas après un deuil … sans cela, ils auraient continué leur chemin loin de Dieu …. Quitte à se perdre eux-mêmes.

La souffrance donc, ainsi vécue, bien intégrée, n’est plus un instrument de mort mais au contraire une ouverture sur la vie, et sur la vie éternelle.

La souffrance vécue à l’image de Marie, nous ouvre à la grâce de Dieu, au don de l’Esprit Saint et nous amène à recevoir pleinement Dieu en notre cœur et à l’apporter aussi aux autres.

Vivre les souffrances avec le Christ

Être croyant, être chrétien, ne nous épargnera jamais les contrariétés en tous genres et les souffrances. Qu’est-ce qui différencie alors un chrétien d’une autre personne en ce domaine ?  C’est qu’il vit en union à Jésus et dans l’amour de Dieu, tout ce qui lui advient, de bien comme de moins bien. Le chrétien est celui qui remercie le Père autant pour le succès que pour la défaite, autant pour la vie que pour la mort.  En tout il remercie Dieu.

Comment est-ce possible ? Oh certes pas à coup de volonté et de bourrage de crâne comme certains pourraient le dire bien vite. Non, le vrai chrétien, le disciple du Christ considère avant tout, que sa vie en ce monde n’est que passagère, il vit déjà en espérance l’au-delà et il sait que Dieu ne veut que son bien et que tout y concourra s’il garde sa foi au fond de son cœur. Le chrétien est celui qui marchant ainsi à la suite du Christ, apprend à offrir toutes ses contrariétés toutes ses souffrances au Père, en union à Jésus, pour lui-même et aussi pour les autres, pour la conversion des âmes. Il devient à sa manière, une hostie vivante. Cela donne tout son sens à sa vie. Dès lors il ne subit plus la souffrance comme une calamité inévitable et destructrice, mais il va bien plus l’accepter, la prendre « à pleine main »  et s’unir à Jésus sur la croix. Il ne regarde pas à son nombril, il regarde plus haut, au Christ en croix, et plus loin c'est-à-dire aux âmes qui ont besoin d’aide. Dès lors il devient aussi capable de louer en tout temps et en toute circonstance ; sa vie aussi douloureuse soit elle, lui devient un chant d’amour que rien ne peut empêcher ! Et c’est ce chant d’amour qui apportera la Bonne Nouvelle autour de lui, et il sera témoin par sa simple vie de tous les jours.

Comment tient-il sur cette route, car tout de même ce n’est pas un surhomme ?

Trois grands moyens : la prière, les sacrements, la charité

1/ la prière

Si l’on considère que la prière c’est de parler à Dieu avec son cœur (quelque soit la forme concrète de la prière), alors nous comprenons que la prière nous tourne vers Dieu, et nous détourne de nous-mêmes. C’est ce regard vers Dieu qui permet au croyant de tout recevoir de Dieu, de tout lui offrir aussi, et de s’offrir lui-même par amour, certain que Dieu fera finalement tout concourir à son bien .

La prière c’est aussi l’écoute de la parole de Dieu pour nous. Oh certes, la plus part du temps le croyant ne l’entend pas avec ses oreilles, mais bien au fond de son cœur s’il fait suffisamment de silence en lui pour cela. Et si son cœur est tout agité par les épreuves qui l’assaille, alors il y a la lecture même de la parole de Dieu qui est la bible et particulièrement les évangiles. Il va lire et se laisser interpeller par cette parole, ce peut être un passage ou une phrase, un simple mot même, qui résonnera en lui et lui apportera un peu de lumière en ce temps d’épreuve ou de souffrance. Dieu n’afflige jamais une âme au-delà de ses forces et en tout état de cause il lui donne toujours la grâce nécessaire pour passer le cap !  …

2/ Les sacrements 

Et un des moyens que Dieu a de transmettre sa grâce se trouve dans les sacrements particulièrement celui de la réconciliation et celui de l’eucharistie, sans oublier l’onction des malades. Ce sont là trois sacrements de guérison, de libération qui est très efficaces s’ils sont vécus dans l’amour de Dieu et dans la foi. Les sacrements ne sont pas des actes magiques, loin de là ! Ils sont une relation vraie et vivante à Dieu qui s’y manifeste à l’homme. Par le sacrement de réconciliation appelé aussi confession, il vient pardonner, purifier, sanctifier, afin que sa grâce puisse de nouveau être active dans le cœur de l’homme. Par le sacrement de l’eucharistie il vient réellement faire sa demeure en notre cœur et nous transmette sa propre vie !  Par le sacrement des malades il vient redonner force à l’âme et  bien souvent au corps.

3/ La charité

Mais ce serait faire une grande erreur que de s’arrêter à ses deux premiers points, car Dieu est amour et on ne peut aimer Dieu sans aimer les autres. Le plus grand commandement que le Christ nous donne est celui de nous aimer les uns les autres. Et jamais ils ne nous dit que ce n’est à vivre que lorsque que tout va bien dans notre vie ! Non, l’amour des autres doit être permanent dans notre vie, et c’est justement cet amour agissant auprès des autres qui bien souvent sera aussi source de guérison pour la personne éprouvée.

Quel fruit dans la souffrance ?

Si nous nous laissons faire par Dieu, après la croix nous trouverons la lumière de la résurrection alors nous saurons accueillir la vie « nouvelle » qui s’ouvre devant nous et vivre vraiment en ressuscité, comme Marie ! et comme elle aussi, nous ouvrant à la vie, nous resterons ouvert à l’onction de l’Esprit Saint et pourrons devenir des témoins de vie, des témoins d’amour, des gens qui apprendront aux autres qu’après la nuit, le jour finit par se lever et que la vie est un don sacré qu’il faut recevoir avec reconnaissance et partager avec tous ! 

 Myriam de Gemma

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Date de dernière mise à jour : 2015-11-25