Message du Supérieur Général en la fête de St Paul de la Croix 2019

JoachimregoMessage du Supérieur Général à la Famille Passioniste
en la fête de St Paul de la Croix 2019

Mes chers Frères, Sœurs et Amis dans la Famille Passioniste,

En célébrant cette année la fête de St Paul de la Croix, nous sommes conscients d’être à la veille du 300ème anniversaire de la fondation de notre bien-aimée Congrégation de la Passion, que nous commémorerons l’an prochain avec le thème : Renouveler notre Mission - gratitude, prophétie, Espérance. Toutefois, une fois de plus je voudrais que nous nous souvenions qu’aucun renouveau ne saurait être effectif s’il ne commence par MOI et si nous n’invoquons pas l’assistance de la grâce de Dieu. Comme le nouveau Cardinal du Luxembourg, Jean-Claude Hollerich, le disait dans une récente interview : La première chose que je dois changer, c’est moi-même … Pour que notre proclamation de l’Évangile puisse être entendue par les gens, nous avons à passer par une conversion au Christ.

En tant que Passionistes dont la mission est d’annoncer l’Évangile de la Passion par notre vie et notre apostolat (Const.2), nous sommes appelés à ce renouvellement et à cette conversion continuels au Christ en adoptant une attitude contemplative au pied du Crucifié dont nous tirons sagesse et puissance pour mettre en lumière et supprimer les causes de la souffrance humaine (Const.3). St Paul de la Croix a donné une importance spécifique à la méditation de la Passion de Jésus qu’il a trouvé être le remède le plus efficace pour les maux qui affligeaient les gens de son époque. Spécifiquement, c’était l’amour et la compassion de Jésus dans sa passion qui était efficace. Néanmoins, c’était la formation du cœur et des paroles de Paul pour être plein de compassion qui lui permettait de communiquer et de témoigner avec crédibilité de la compassion et de l’amour de Dieu comme expérience de vérité et d’authenticité dans ses ministères.  

La compassion est un trait significatif de notre charisme passioniste, un trait que nous ferions bien de cultiver dans nos relations et ministères d’aujourd’hui.

Je me sens particulièrement poussé à nous proposer une réflexion sur cet attribut de compassion, car j’ai été touché par l’importance que lui a donné le Pape François dans sa récente homélie lors de la Messe du Consistoire pour la création des nouveaux Cardinaux*. Il disait : La compassion est un mot-clé dans l’Évangile. Elle est à jamais inscrite dans le cœur de Dieu … L’amour de Dieu pour son peuple est rempli de compassion.

Le Pape François a parlé de la compassion constante de Jésus pour ceux qui souffraient. Il disait : Plus nous lisons, plus nous contemplons, plus nous en venons à réaliser que la compassion du Seigneur n’est pas une émotion occasionnelle, sporadique, mais elle est constante et elle semble être la disposition de son cœur.

La compassion est une attitude constante du cœur de Dieu que Dieu a montré si éminemment et concrètement, dans la Passion, la mort et la résurrection de Jésus, à l’humanité et à la création tombées et souffrantes.

En tant que Passionistes, notre mission nous appelle à prendre part aux détresses des hommes, spécialement des pauvres et des abandonnés, pour les réconforter et les soulager dans leurs souffrances  (Const.3). Ceci n’est possible que par une réponse authentique de compassion. Toutefois, il y a une pré-condition. Tout d’abord, nous devons faire une expérience personnelle de la compassion et de la miséricorde de Dieu. Comme le Pape François le disait si directement aux Cardinaux dans sa récente homélie : Nous pouvons nous demander : sommes-nous conscients, d’avoir été, nous en premier, objet de la compassion de Dieu ? Je m’adresse en particulier à vous, frères cardinaux ou sur le point de le devenir : cette conscience est-elle vivante en vous ? D’avoir été et d’être toujours précédés et accompagnés par sa miséricorde ? […] La conscience de cette compassion de Dieu pour nous est-elle vivante en nous ? … si je ne la sens pas, comment puis-je la communiquer, en témoigner, la donner ?

Par notre contemplation du Crucifié, nous disposons nos cœurs et nos paroles à être façonnées et formées par les réponses pleines de compassion de Jésus, particulièrement dans sa Passion. « Un Cœur Passioniste »** l’exprime de cette manière : C’est en entrant dans la douleur et la souffrance de Jésus que nous obtenons la force d’entrer dans notre propre douleur et souffrance, et que nous sommes ainsi capables de nous tenir auprès des autres dans les leurs.

L’amour doit être l’essence de la compassion qui, à son tour, doit porter des fruits de justice. Notre compassion ne peut pas être simplement une réponse sentimentale qui n’a pas de réelle profondeur ni d’efficacité à long-terme. Notre défi n’est pas seulement d’entendre le cri de ceux qui souffrent de nos jours, nous devons aussi agir pour leur libération à chaque fois que c’est possible. Il est n’est pas nécessaire de rappeler, bien-sûr, qu’il est indispensable d’avoir confiance que Dieu va nous donner tout ce dont nous avons besoin pour agir.

Notre engagement à la compassion consiste fondamentalement à faire des amis. Les opprimés, les souffrants, les blessés, les malades deviennent nos amis. Nous commençons à voir la vie à travers leurs yeux. Tel est le sens du mot com-passion, « souffrir avec ». Nous essayons de nous mettre à leur place. Nous entrons dans leur monde et les rejoignons dans les activités ordinaires de leurs vies. Nous passons des moments de qualité avec eux. C’est ainsi que nous pouvons avoir une compassion et une compréhension plus profondes pour ceux qui souffrent. Dans le livre intitulé La compassion, une réflexion sur la vie chrétienne***, Donald McNeill, Douglas Morrison et Henri Nouwen écrivent :

La compassion nous demande d’aller où cela fait mal, d’entrer dans les lieux de souffrance, de partager les cassures, la peur, la confusion, l’angoisse. La compassion nous met au défi de crier avec ceux qui souffrent, de faire deuil avec ceux qui sont seuls, de pleurer avec ceux qui pleurent. La compassion nous demande d’être faibles avec les faibles, vulnérables avec les vulnérables, et sans moyens avec ceux qui sont sans moyens.

Comme toujours, pour nous qui suivons le Christ, nous tournons nos regards vers l’exemple de Jésus et nous ajustons notre compréhension de la compassion sur le message de l’Évangile. Comme le Bon Samaritain, Sr Clare Condon**** nous dit :

La compassion de l’Évangile est fondée sur les droits de l’homme et la dignité humaine ; elle n’a rien de condescendant, de sentimental ou de sélectif. Elle reconnait l’égalité et la dignité de chaque personne humaine quelles que soient son origine ethnique, sa couleur, sa religion ou sa nationalité. Mais la compassion de l’Évangile a un coût : elle nous demande de « souffrir avec » un autre. Peut-être est-ce la raison pour laquelle nous optons souvent pour une expression plus superficielle ?

Jean Vanier ***** nous rappelle que cultiver un cœur rempli de compassion demande un renouvellement et une conversion :

La compassion n’est pas une émotion qui passe. Elle est plus qu’un geste de tendresse sans engagement. Être rempli de compassion consiste à nous tourner avec un cœur ouvert vers ceux qui sont affligés. Elle demande un cœur compréhensif et plein de bonté, qui cherche des moyens d’apporter aide et soutien.

Je laisse les derniers mots à St Paul de la Croix lui-même en ce jour de sa fête …

Que votre cœur soit plein de compassion pour les pauvres et aidez-les avec amour parce que le nom de Jésus est gravé en eux.

Quand vous n’avez pas les moyens d’aider votre prochain, recommandez-le avec ferveur à Dieu dont le règne souverain tient toutes les créatures dans sa main.

Des conseils donnés avec douceur guérissent toute blessure, mais donnés avec dureté ils ne servent qu’à la décupler.

Agissez avec douceur ; parlez avec un esprit paisible et une voix calme, et vous réussirez mieux.

La pauvreté est bonne, mais la charité est meilleure.

En vous souhaitant à tous une heureuse fête et en invoquant la bénédiction de Dieu sur chacun d’entre vous par l’intercession de St Paul de la Croix.

Que la Passion de Jésus soit toujours dans nos cœurs.

 

P. Joachim Rego CP

Supérieur Général

Samedi 19 octobre 2019   

___________________

*          Le 5 octobre 2019.

**        Il s’agit d’un texte poétique rédigé dans la Province du St Esprit (qui regroupe l’Australie, la

            Nouvelle Zélande et la Papouasie-Nouvelle Guinée). On peut en lire la totalité sur le site

            « Passionist Charism ».

***      Publié aux USA en 1982. Je n’en ai trouvé aucune publication en français.

****    Australienne, supérieure des Sœurs du Bon Samaritain. Elle reçut en 2013, du gouvernement

            australien, la Médaille des Droits de l’Homme.

*****  Fondateur de l’Arche (1928-2019).

 

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