Chemin de croix 2012 Don Bruno ATTUYT

Luc 9 44aawCHEMIN DE CROIX DU VENDREDI SAINT

SAINT-RAPHAËL 2012

Don Bruno ATTUYT. Communauté saint Martin

Introduction

(Texte du Cardinal CAMILLO RUINI)

Quand l’apôtre Philippe lui demande : « Seigneur, montre-nous le Père », Jésus répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas… ? Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 8-9). Cet après-midi, alors que, dans notre coeur, nous accompagnons Jésus qui chemine sous le joug de la croix, nous n’oublions pas ces paroles. Quand il porte la croix, quand il meurt sur la croix, Jésus encore ne fait qu’un avec le Père. Regardant son visage défiguré par les coups, par la fatigue, par la souffrance intérieure, nous voyons le visage du Père. En cet instant même, la gloire de Dieu, sa lumière trop forte pour l’oeil humain, se rend davantage visible sur le visage de Jésus. Là, à travers l’être misérable que Pilate a exhibé devant les juifs, avec l’espérance de les apitoyer, par les mots « Voici l’homme » ! (Jn 19, 5), la vraie grandeur de Dieu se dévoile, cette mystérieuse grandeur qu’aucun homme ne pouvait imaginer.

Mais en Jésus crucifié, se révèle aussi une autre grandeur, notre grandeur, la grandeur qui appartient à tout homme par le fait même d’avoir un visage et un coeur humains. Saint Antoine de Padoue écrit : «Le Christ, qui est ta vie, est suspendu devant toi, pour que tu regardes vers la Croix comme en un miroir…

Si tu le regardes, tu pourras te rendre compte combien sont grandes ta dignité… et ta valeur… En aucun autre lieu, l’homme ne peut mieux se rendre compte de ce qu’il vaut, qu’en se regardant dans le miroir de la Croix» (Sermons des dimanches et fêtes, III, p.213-214). Oui, Jésus, le Fils de Dieu est mort pour vous, pour moi, pour chacun de nous et ainsi il nous a donné la preuve concrète que nous sommes grands et précieux aux yeux de Dieu, les seuls yeux qui dépassent toutes les apparences et voient jusqu’au fond la réalité des choses. En participant au Chemin de Croix, nous demandons à Dieu de nous donner à nous aussi ce regard de vérité et d’amour, pour devenir unis à lui, libres et bons.

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Brève pause en silence

Prions.

Seigneur Jésus Christ, remplis nos coeurs de la lumière de ton Esprit, afin que, te suivant sur ton ultime chemin, nous connaissions le prix de notre rédemption et devenions dignes de participer aux fruits de ta passion, de ta mort et de ta résurrection. Amen.

PREMIÈRE STATION

Jésus est condamné à mort

(Don Bruno)

. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi.

-. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

«Es-tu le roi des Juifs ?» (Jn 18, 33).

«Ma royauté ne vient pas de ce monde; si ma royauté venait de ce monde, j'aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Non, ma royauté ne vient pas d'ici» (Jn 18, 36).

Pilate ajouta : «Alors, tu es roi ?»

Jésus répondit : «C'est toi qui dis que je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix».

Pilate répliqua : «Qu'est-ce que la vérité ?».

MÉDITATION

L’antagonisme du pouvoir contre la vérité marque toute la Passion du Christ.

Parce qu’il raisonne en terme de pouvoir, Pilate ne peut saisir l’identité du Christ. Il ne peut appréhender la vérité comme une réalité objective. Pour lui, elle est au contraire une idée manipulable au grès des pressions populaires et des idéologies. Plus que jamais dans les difficultés de notre époque, nous voyons l’actualité de cette conception erronée de la vérité. Aujourd’hui dans les nombreux domaines de la vie, nous constatons l’existence de ces rapports de domination fondés sur le relativisme et le cynisme. Jésus, le serviteur souffrant en fait l’expérience dramatique devant l’autorité romaine. Mais il nous montre ainsi où est le vrai pouvoir : l’amour comme don de soi pour le salut du monde.

Il nous montre où est la vérité : non dans le « changeant », mais dans le transcendant. « Je suis le chemin, la vérité et la vie », a-t-il dit de lui même ; « vous êtes le sel de la terre et la lumière du monde » a-t-il dit de ses disciples.

Témoigner du pouvoir de l’amour dans la vérité conduit souvent le chrétien à comparaître devant le tribunal de la haine.

Seigneur garde nous dans la fidélité à la vérité.

DEUXIÈME STATION

Jésus est chargé de sa croix

. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi.

-. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

De l’Évangile selon saint Marc (15, 20) : « Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui ôtèrent le manteau rouge, et lui remirent ses vêtements, puis ils l’emmenèrent pour le crucifier. »

MÉDITATION

Le manteau rouge dont est revêtu le Christ est bien le signe d’une reconnaissance de sa royauté, mais une royauté dont on se moque tout en l’exhibant : « salut roi des juifs, lui disent les soldats, en le saluant et en ployant le genou pour lui rendre hommage » (Marc 15,18-19). Ne chargeons-nous pas Jésus de sa croix chaque fois que nous le revêtons du manteau rouge de nos irrévérences et de nos incohérences? Ange à l’Église et démon dans nos vies.

Passé la démarche religieuse du moment, la Seigneurie du Christ est rejetée, il n’est plus qu’un homme gênant dont le message doit être tenu à l’écart des choses sérieuses de la vie et de la société. Il faut le conduire au Golgotha, « l’en dehors » de la vie, il faut le mettre à la mort : « Ils lui remirent ses vêtements, puis ils l’emmenèrent pour le crucifier ».

Croyants déclarés, ne conduisons-nous pas, nous aussi, Jésus à la crucifixion chaque fois que nous le tenons hors de nos décisions, de nos réflexions et de nos actions? Un baptême d’enfant qui ne se prolonge pas, à son heure, par le catéchisme ; l’engagement devant Dieu que l’on ne veut plus tenir quant la parole donnée à son conjoint est mise à l’épreuve ; la rencontre dominicale avec le Seigneur qui est délaissée devant les plaisirs d’un voyage touristique ou d’un repas de famille ; l’exigence d’un service d’Église alors même qu’elle est tenue  habituellement comme indifférente à notre vie quotidienne ou interdite d’accès :

n’est-ce pas cela se moquer du Christ pour le crucifier ? « Revêtez le Seigneur Jésus Christ, écrit Saint Paul aux Romains; ne vous abandonnez pas aux préoccupations de la chair pour satisfaire ses tendances égoïstes » (Romains 13,14). Seigneur, délivre-nous de nos hypocrisies.

TROISIÈME STATION

Jésus tombe pour la première fois

. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi.

-. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

«Dieu a pris sur lui nos péchés à nous tous» (cf. Is 53, 6).

«Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous» (Is 53, 6)

MÉDITATION

Le récit des chutes de Jésus n’est pas dans les évangiles, il appartient à la tradition postérieure de l’Église qui veut aider les fidèles à communier de tout leur coeur au mystère de la Passion de Jésus.

Les chutes de Jésus associent d’une certaine manière les trois tentations du Christ du début de son ministère à celle, au nombre de trois aussi, qu’il affronte sur la croix. Les tentations du démon au désert, tentations de la faim, du pouvoir et de l’orgueil, et les trois tentations sur la croix par la foule, les soldats et le mauvais larron : « si tu es le roi des juifs, le Christ, sauve-toi toi-même » (Luc 24,35-38). Jésus, l’agneau sans taches, le nouvel Adam sans péchés, rejoint ainsi l’humanité dans son péché et sa chute pour la relever et la présenter en offrande pure à son Père.

Le disciple de Jésus ne peut être un simple observateur horrifié du malheur de l’humanité dont il identifie les racines de son péché. Il doit devenir un coopérateur en Jésus de son relèvement. Comment ? L’Église donne à ses enfants des moyens très simples et accessibles à tous : le jeûne qui contredit la convoitise et la luxure, l’aumône qui apprend que le vrai pouvoir est dans le partage et la générosité parce qu’elles détachent de l’égoïsme, la prière qui place la vie de l’homme sous le regard de la Trinité sainte et lui rappelle son statut de créature et d’enfant de Dieu.

Dans une société qui rampe dans le consumérisme, l’esprit de domination et la sensualité exacerbée, le chemin du relèvement passe par le Christ. C’est un chemin de sobriété, de générosité et d’humilité, même, et surtout, dans les situations les plus éprouvantes.

Seigneur donnes-nous la force de prendre ce chemin.

QUATRIÈME STATION

Jésus rencontre sa mère

. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi.

-. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

De l’Évangile selon saint Luc. (2, 34-35.51) : Syméon les bénit, puis il dit à Marie, sa mère: «Vois, ton fils qui est là provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de division. – Et toi-même, ton coeur sera transpercé par une épée. – Ainsi seront dévoilées les pensées secrètes d’un grand nombre.-- Sa mère gardait dans son coeur tous ces événements».

MÉDITATION

Dans sa Passion, le Christ parce qu’il porte les souffrances de l’humanité porte aussi la souffrance de sa mère tout comme Marie, le coeur transpercé comme par un glaive, fait sienne les douleurs de son fils. Le verset du livre des Lamentations, «vous tous qui passez par le chemin, regardez et voyez s'il est une douleur pareille à la douleur qui me tourmente» (Lm 1, 12), évoque pareillement les souffrances du Fils et les souffrances de la Mère. Les douleurs que connut Marie pour que naisse l’enfant Jésus sur terre sont rejointes par les douleurs du Fils de Dieu éprouvées dans sa nature humaine pour que naisse l’humanité au ciel. Au carrefour de ces souffrances et de ces douleurs, il y a tout le don que le Christ fait de lui même pour le salut du monde, tout le don que Marie fait d’elle même pour que la Parole de Dieu soit chair vivante au milieu des hommes. C’est bien dans ce mystère de la Passion rédemptrice, dans l’échange de ces regards douloureux de la mère et du Fils, que la Vierge Marie puise la force de la fidélité à sa parole donnée en réponse aux Paroles qui lui furent dites par l’Ange Gabriel : « je suis la servante du Seigneur, que tout se passe selon ta Parole ». De cette rencontre, toute la souffrance de l’humanité reçoit un souffle d’espérance : « Nous le savons bien, la création tout entière crie sa souffrance, elle passe par les douleurs d'un enfantement qui dure encore.

Et elle n'est pas seule. Nous aussi, nous crions en nous-mêmes notre souffrance; nous avons commencé par recevoir le Saint-Esprit, mais nous attendons notre adoption et la délivrance de notre corps » (Rom 8,22-23).

Seigneur protège et bénis toute les mères, plus particulièrement celles qui souffrent pour ou par leurs enfants, elles sont tes servantes de la vie.

CINQUIÈME STATION

Simon de Cyrène aide Jésus à porter sa croix

. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi.

-. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

De l’Évangile selon saint Luc (23, 26) : « Pendant qu’ils l’emmenaient, ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix pour qu’il la porte derrière Jésus. »

MÉDITATION

À l’évocation de cette réquisition de Simon de Cyrène, une parole de Jésus vient à l’esprit : « Celui qui veut être mon disciple, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » (Lc 9,23). Méditons ici le mystère de la rencontre avec le Christ qui passe à l’improviste dans la vie d’un homme, une rencontre qui se passe non dans la gloire ou le merveilleux, mais sur un chemin de croix. c’est le paradoxe  du mystère de la Croix : expérience dramatique de la souffrance et de l’amour blessé, elle permet aux événements et aux décisions des hommes de devenir un chemin vers le Christ sauveur. En retenant le nom de Simon, les évangiles soulignent que ce bénévole réquisitionné est devenu disciple de Jésus. La croix du Christ manifeste ici sa puissance évangélisatrice et missionnaire. « Nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les peuples païens. Mais pour ceux que Dieu appelle, qu'ils soient Juifs ou Grecs, ce Messie est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car la folie de Dieu est plus sage que l'homme, et la faiblesse de Dieu est plus forte que l'homme (1 Co 1,23-24) ».

Aujourd’hui encore, devant la folie meurtrière des hommes comme dans la confrontation à la souffrance, à défaut d’avoir le pouvoir et les moyens de les stopper ou de les supprimer totalement par nos seules forces humaines, la croix du Christ est un appel à la solidarité et à l’action avec ceux que la souffrance vient meurtrir dans leur chair quand il est si facile de se détourner dans l’indifférence où de se réfugier dans des jugements péremptoires.

Seigneur aide-nous à témoigner de ta croix. Seigneur donne-nous la force de ne pas nous détourner des souffrances du monde, car elles sont tiennes.

SIXIÈME STATION

Véronique essuie le visage de Jésus

. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi.

-. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

Du livre du Prophète Isaïe (53, 2-3) : « Il n’était ni beau ni brillant pour attirer nos regards, son regard n’avait rien pour nous plaire. Il était méprisé,abandonné de tous, homme de douleurs, familier de la souffrance, semblable au lépreux dont on se détourne. »

Du psaume 78,20 : Seigneur, montre-nous ton visage et nous serons sauvés

MÉDITATION

C’est au IV° siècle qu’apparaît le récit de Véronique essuyant le visage du Christ, son histoire rassemble plusieurs traditions. À l’origine cette femme est l’hémorroïsse de l’évangile (Luc 8,43) identifiée en occident avec Marthe et enOrient avec Bénérice, d’où le nom de Véronique qui est une forme du même nom. Selon la légende, elle serait allée voir Tibère, l’empereur romain, pour accuser Pilate ; après s’être informé des faits, Tibère condamne son gouverneur, et à la vue de l’empreinte du Christ sur le linge avec lequel Véronique avait essuyé le visage de Jésus, il se convertit. Ce qui marque cette tradition apocryphe, c’est bien la certitude que la contemplation du visage du Christ, futil défiguré par l’injustice des hommes, favorise et soutien le service du bien commun et la juste mise en oeuvre des responsabilités publiques. Si nous déplorons l’effacement des signes rappelant les racines culturelles et spirituelles chrétiennes de notre continent — et lorsque c’est de volonté délibérée, il s’agit, n’en doutons pas, d’effacer du coeur des chrétiens la face du Christ--ne devons-nous pas nous interroger ? Si tel le serviteur de la parabole enterrant le talent qui lui est confié par son maître, nous taisons ou cachons en public, par fausse pudeur ou par peur, la présence du Christ comment s’étonner que le monde veuille en substituer l’effigie par un vide que d’autres occuperont.

« Nous le savons écrit Saint Paul, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu'ils sont appelés selon le dessein de son     amour. Ceux qu'il connaissait par avance, il les a aussi destinés à être l'image de son Fils, pour faire de ce Fils l'aîné d'une multitude de frères (Rom 8,28-29) ».

Seigneur, aide-nous à montrer au monde sans crainte ni honte ton visage.

SEPTIÈME STATION

Jésus tombe une deuxième fois

. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi.

-. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

De l’épître aux Philippiens : Lui qui était dans la condition de Dieu, il n'a pas jugé bon de revendiquer son droit d'être traité à l'égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s'est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu'à mourir, et à mourir sur une croix. C'est pourquoi Dieu l'a élevé au-dessus de tout ; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms (2,6-9)

MÉDITATION

La désobéissance d’Adam enferma l’humanité dans la mort et lui ferma les portes du paradis. Depuis, tout ce qui empêche l’homme de s’élever en dignité, de se redresser dans l’adversité se vit comme une humiliation, un retour à l’humus originel, un invincible asservissement. Alors pour se donner l’illusion d’être le maître absolu de sa vie face à l’humiliation de la précarité, de la maladie, de la mort, du sous-développement, de l’appauvrissement, l’homme leur oppose le consumérisme, l’acharnement technologique, l’impérialisme économique et financier et la cupidité.

Nous mesurons si facilement la qualité de quelqu’un à sa quantité de pouvoir ou d’avoir. Il n’en est pas de même pour le Christ. Il accepte l’humiliation pour en faire un chemin d’humilité vers le Père dans l’obéissance à la volonté divine.

Cependant cette volonté n’est pas de souffrir par le Père ou pour lui, mais d’être manifesté Fils de Dieu. C’est-à-dire de vivre pour et par son Père. Si le Christ souffre et tombe, c’est pour pouvoir venir jusqu’à nous, même au plus bas de notre vie terrestre, afin de nous relever et nous conduire au Père. Il veut nous faire comprendre qu’aussi loin où nous avons pu l’abandonner, son Père qui est aussi notre Père ne cesse de nous attendre pour se jeter à notre cou et nous faire entrer dans sa maison comme le raconte la si belle parabole du Fils prodigue rapportée par saint Luc (15,11-32).

Seigneur, relève nous afin que nous puissions relever les autres.

HUITIÈME STATION

Jésus console les femmes de Jérusalem

. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi.

-. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

«Femmes de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants ! Voici venir des jours où l’on dira : 'Heureuses les femmes stériles, celles qui n’ont pas enfanté, celles qui n’ont pas allaité !' Alors on dira aux montagnes : 'Tombez sur nous', et aux collines : 'Cachez-nous'. Car si l’on traite ainsi l’arbre vert, que deviendra l’arbre sec ?» (Lc 23, 28-31).

MÉDITATION

Nous savons par les écrits juifs qu’à l’occasion des crucifixions les femmes distinguées de la ville se chargeaient de préparer pour le condamné un vin aromatisé qui l’étourdissait et pouvait atténuer ses souffrances. Ces femmes compatissantes viennent aider Jésus et pleurent sur lui. Si elles ne sont pas nécessairement des disciples, elles sont dévouées et sympathisantes. Les paroles que Jésus leur dit et qui reprennent quelques phrases de l’Ancien Testament ou de l’Évangile sont très explicites. Si le juste est ainsi affligé qu’en sera-t-il des coupables ? On connaît la parole d’un rabbin du II°s av J-C, période de persécution contre le peuple juif, disant à son neveu impie qui se moque de lui alors qu’il est conduit pour être crucifié : « si de telles choses arrivent à ceux qui font la volonté de Dieu, qu’arrivera-t-il à ceux qui l’offensent ? »

Les évènements dramatiques et terribles ne manquent pas dans notre société, la récente actualité nous l’a malheureusement rappelée. Mais ces atrocités, ces violences, ces injustices doivent-elles seulement nous conduire à la production du vin aromatisé de la compassion et de la législation où nous inviter à modifier nos propres comportements lorsqu’ils sont issus des mêmes racines d’injustice et de violence ?

Pour nos fausses pitiés et compassions dans lesquels nous cachons nos responsabilités, pardonne-nous Seigneur.

NEUVIÈME STATION

Jésus tombe pour la troisième fois

. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi.

-. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

De la première épître de saint Pierre : même s'il faut que vous soyez attristés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d'épreuves; elles vérifieront la qualité de votre foi qui est bien plus précieuse que l'or(cet or voué pourtant à disparaître, qu'on vérifie par le feu).Tout cela doit donner à Dieu louange, gloire et honneur quand se révélera Jésus Christ (1P 1,6-7).

MÉDITATION

La faiblesse physique après la flagellation et le poids de la croix fait tomber Jésus une première fois, il se relève. Petit à petit la souffrance est apprivoisée par son humanité blessée, mais la croix est lourde et les moqueries éprouvantes.

C’est la deuxième chute et Jésus se relève à nouveau. Il se relève pour le Père, pour accomplir la volonté du Père afin que ceux qui croient soient sauvés: « Maintenant mon âme est troublée, que puis-je dire ? Dirai-je: Père, délivre-moi de cette heure ? - Mais non ! C'est pour cela que je suis parvenu à cette  heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! » (Jn 12,27-28). Pour la troisième fois, Jésus tombe et pour la troisième fois il se relève : « Voici maintenant que ce monde est jugé ; voici maintenant que le prince de ce monde va être jeté dehors ; et moi, quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes» (Jn 12,31- 32). C’est pour les hommes, c’est pour nous qu’il se relève. Il se relève pour que le don de sa vie soit total et entier, pour que nous soyons sauvés. Le Christ ne choisit pas de mourir, ce qu’il choisit c’est d’aller jusqu’au bout de sa mission : « je suis venu pour que le monde ait la vie ». S’il ne s’était relevé, aurait-il pu ouvrir le ciel au bon larron, aurait-il pu ouvrir à la foi le coeur du centurion auprès de la croix, aurait-il pu confier sa mère à Jean et Jean à sa Mère, aurait-il pu dire « Père pardonnes leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » ? Le débat sur la fin de vie et sur l’euthanasie oublie de dire qu’il s’agit d’amputer la vie humaine de ces ultimes témoignages d’amour, de pardon, de présence et de foi qui font la grandeur et la dignité de l’homme tout au long de sa vie.

Seigneur, donne-nous la grâce de la persévérance finale.

DIXIÈME STATION

Jésus est dépouillé de ses vêtements

. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi.

-. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

De l’Évangile selon saint Matthieu (27, 33-36) : arrivés à l'endroit appelé Golgotha, c'est-à-dire : Lieu-du-Crâne, ou Calvaire, ils donnèrent à boire à Jésus du vin mêlé de fiel ; il en goûta, mais ne voulut pas boire. Après l'avoir crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort ; et ils restaient là, assis, à le garder.

Du psaume 22,7 : Et moi, je suis un ver, pas un homme, raillé par les gens, rejeté par le peuple

MÉDITATION

Ses bourreaux l’avaient dépouillé de sa royauté en lui enlevant le manteau de pourpre dont ils l’avaient revêtu pour se moquer de lui. Une comédie perverse qui ratifiait le refus de son peuple : « crucifie-le, nous n’avons d’autre roi que César (Jn 18,15). » Maintenant ils le dépouillent de son humanité.

Le corps peut être déchiré, la terre peut se déchirer, le rideau du temple peut se déchiré. Il est quantité de choses qui se partagent aux quatre coins du monde. Et il y a la tunique du Christ, sans coutures. Celle qu’on ne déchire ni ne partage.

On la possède selon le hasard où on est dépourvu parce qu’on en est dépouillé, parce que l’homme est fait « ver de terre ».

En tout homme il y a cet indéchirable qui ne peut être partagé ou divisé. La marque de son identité et de sa dignité. Cette huile des vierges sages de la parabole qui ne peut être partagée. C’est la capacité d’aimer et d’être aimé ; mise en oeuvre elle fait de l’homme un être lumineux.

« Qu'est-ce que l'homme, s’interroge le psalmiste, pour que tu penses à lui, le fils d'un homme, que tu en prennes souci ? Tu l'as voulu un peu moindre qu'un dieu, le couronnant de gloire et d'honneur (Ps 8). » Telle est la tunique du Christ, elle est la grâce dont le croyant se revêt, cette dignité dont Dieu a revêtu l’homme et qui le place au dessus des anges (cf Hébreux 1).

Pour toute les fois où l’homme cherche à dépouiller son prochain, pour tous ceux qui mettent en jeux la dignité humaine pour un pouvoir supplémentaire,une richesse de plus ou une réputation mondaine, Seigneur nous te demandons pardon.

ONZIÈME STATION

Jésus est cloué sur la croix

. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi.

-. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

De l’évangile selon saint Jean : « Or, près de la croix de Jésus se tenait sa mère, avec la soeur de sa mère, Marie femme de Cléophas, et Marie Madeleine.

Jésus, voyant sa mère, et près d'elle le disciple qu'il aimait, dit à sa mère : «Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. “ (Jean 19,25-27)

MÉDITATION

Au terme de son chemin de douleur, Jésus est maintenant crucifié. Immobilisé sur la croix. Exposé sur un gibet d’infamie entre deux brigands. Là au moins, devaient penser ses juges et ses persécuteurs, il ne peut plus s’esquiver (cf Lc 4,28-30) ni troubler l’ordre public et social ni mettre en danger l’équilibre politique et spirituel de la société. « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière » s’était exclamé Caïphe, le grand prêtre de cette année-là (Jn 11,50).

Aujourd’hui, n’est-ce pas avec la même bonne conscience ambiguë que les nations cherchent à crucifier le christianisme ? 700 millions de chrétiens subissent dans le monde exactions et persécutions. Dans les cinquante pays du monde classés au palmarès des états persécuteurs des cinq continents, ce sont plus de 170 000 chrétiens qui meurent chaque année à cause de leur foi. Nous le constatons aussi, l’intolérance à l’égard des chrétiens s’est renforcée dans les autres pays, particulièrement dans les pays occidentaux. Les chrétiens ont le sentiment qu’il est de plus en plus difficile de vivre leur foi librement au sein de la société. Pourtant, comme au pied de la croix, alors que tout semble perdu, l’Église vit sa naissance : « femme voici ton Fils, fils voici ta mère ». Le sang des martyrs c’est la semence de l’Église avait écrit Tertullien au III° siècle. « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il ne peut donner du fruit »(Jn 12,24). Dans la tranquillité de nos paroisses, nous sommes les fruits de leurs sacrifices, ne l’oublions pas.

Seigneur fortifie la foi des chrétiens éprouvés, Seigneur pardonnes-nous nos manques d’espérance.

DOUZIÈME STATION

Jésus meurt sur la croix

. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi.

-. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

De l’évangile selon saint Matthieu : « Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l'esprit. Et voici que le rideau du Temple se déchira en deux, du haut en bas ; la terre trembla et les rochers se fendirent. Les tombeaux s'ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent, et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens. » (Mat 27,50-53)

MÉDITATION

« Dieu est mort », affirmèrent les maîtres à penser du début du XX° siècle.

Depuis, sous le boutoir de cette conviction illusoire les décennies se déroulant, le rideau des convictions religieuses ne cesse de se déchirer dans les coeurs, le socle des valeurs éthiques et sociales sur lequel se construit la société n’arrête pas de trembler, ce qui était d’une évidence aussi forte que la roche se fend. Une culture de morts-vivants a envahi notre temps. Mais des saints se sont levés : Mère Térésa, Jean-Paul II, Chiara Lucia Badano, José Maria de Balaguer pour ne citer que quelques-uns des plus récents et des plus proches parmi les centaines que compte le calendrier romain pour le seul vingtième siècle. Par la croix du Christ, c’est lorsque la mort, l’injustice et le mal se pensent vainqueur que leur défaite est consommée. Marquant l’accomplissement du salut de l’humanité par son sacrifice, le cri de Jésus rendant à son Père l’Esprit pour qu’il se répande au jour de la Pentecôte sur l’Église se fait désormais entendre par la sainteté des baptisés. La mort de Jésus en croix est un appel à la sainteté. Le Concile Vatican II dans sa constitution sur l’Église le rappelle avec insistance : « Pourvus de moyens salutaires d’une telle abondance et d’une telle grandeur, tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur condition et leur état de vie, sont appelés par Dieu, chacun dans sa route, à une sainteté dont la perfection est celle même du Père » (LG 11)

Pour nos fuites et nos dérobades à notre vocation à la sainteté aux prétextes que le monde est dur et la vie difficile, pardonne-nous Seigneur

TREIZIÈME STATION

Jésus est descendu de la croix

. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi.

-. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

De l’évangile selon saint Matthieu : « Il y avait là plusieurs femmes qui regardaient à distance : elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir. Parmi elles se trouvaient Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée. Le soir venu arriva un homme riche, originaire d'Arimathie, qui s'appelait Joseph, et qui était devenu lui aussi disciple de Jésus. Il alla trouver Pilate pour demander le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna de le lui remettre (27, 55-58). »

MÉDITATION

Un Joseph l'a protégé petit enfant, un autre Joseph le décloue doucement de la croix. Joseph le charpentier a veillé sur le fruit de l'Esprit Saint dans le sein de Marie, Joseph le conseiller, homme bon et juste lui aussi, veille sur l'ensemencement de la terre pour qu'elle enfante le nouvel Adam. L'un comme l'autre ont été les gardiens de l'intégrité d'un corps pour que s'accomplisse l'Écriture. L'un et l'autre ont été les coopérateurs des promesses divines.

Plus que jamais notre société a besoin de nouveaux Joseph, de ces hommes ou de ces femmes justes et bons pour qui le corps dans la vie à naître, dans celle à vivre comme dans celle qui se termine vaut plus qu'une chair à broyer, à monnayer, à exploiter ou à brûler, qui vaut plus qu’un objet de plaisir et plus qu'une durée qu'on interrompt ou raccourcie. Notre monde a besoin de ces témoins d'espérance qui osent alors que même l'amitié ou la sympathie pour les victimes ne suffisent pas à la réduire, franchir la distance qui les tient à l'écart pour témoigner de la dignité d'un corps qui porte ou a porté la vie.

Pour toutes les violences faites au corps humain, Seigneur nous te demandons pardon.

QUATORZIÈME STATION

Le corps de Jésus est mis au tombeau

. Adoramus te, Christe, et benedicimus tibi.

-. Quia per sanctam crucem tuam redemisti mundum.

De l'évangile de Saint Matthieu (27, 59-61): Joseph d'Arimathie déposa le corps de Jésus dans le tombeau tout neuf qu'il s'était fait creuser dans le rocher; puis il roula une grosse pierre à l'entrée du tombeau et s'en alla. Cependant Marie Madeleine et l'autre Marie étaient là, assises en face du tombeau.

Pilate dit aux chefs des prêtres et aux pharisiens : « Je vous donne une garde ; allez, organisez la surveillance comme vous l'entendez. »Ils partirent donc et assurèrent la surveillance du tombeau en mettant les scellés sur la pierre et en y plaçant la garde (27, 65-66).

MÉDITATION

Même mort, le Christ fait peur à ses adversaires.

Après avoir déclaré la mort  de Dieu, on nous annonce qu’il faut mettre les scellés et placer sous bonne garde la liberté religieuse.

Mais aucun verrou humain, aucune garde armée ne peut empêcher la charité la foi et l’espérance chrétiennes.

Que reste--‐t--‐il à ceux qui haïssent le Christ sinon le mensonge et la corruption.

Quand on ne veut pas Dieu pour Père, c’est le diable qui exerce sa paternité !

« Voilà ce que vous raconterez : 'Ses disciples sont venus voler le corps, la nuit pendant que nous dormions.' Et si tout cela vient aux oreilles du gouverneur, nous lui expliquerons la chose, et nous vous éviterons tout ennui. » Les soldats prirent l'argent et suivirent la leçon (Mt 28,13-15). »

Depuis ce jour, le tombeau de Jésus est l’origine de la plus profonde division des intelligences et des coeurs : là se séparent les routes entre ceux qui croient au Christ et ceux qui ne croient pas. Comme Marie Madeleine et l’autre Marie, contemplons dans l’espérance le tombeau du Christ en faisant nôtres ces merveilleuses paroles que Jean Sébastien Bach mit en musique dans sa Passion selon saint Matthieu : « Mon coeur fond en larmes, car Jésus prend congé de nous, et néanmoins son testament me comble de joie. Sa chair, son sang, quels trésors ! … Je veux t’offrir mon coeur ; descends jusqu’à lui mon Sauveur ! Je veux me perdre en toi ; le monde t’apparaît trop limité, eh bien à mes yeux tu transcendes ciel et terre »

Seigneur aide-nous à témoigner de l’espérance en la résurrection.

Chant final : Victoire, tu régneras

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Date de dernière mise à jour : 2017-03-05