Saintes Perpétue et Félicité

Perpetuefelicite

Martyres à Carthage (✝ 203)

Perpétue est une jeune patricienne, Félicité une jeune esclave. Elles avaient toutes deux demandé le baptême à l'évêque de Carthage. L'empereur Septime Sévère ayant interdit le christianisme, le groupe des catéchumènes, dont elles faisaient partie, est arrêté, avec Sature, Saturnin, Révocat et Secondule. Pendant plusieurs mois, ils connurent la prison dans des conditions très dures, d'autant qu'ils étaient dans l'incertitude du sort exact qui les attendait. Félicité était enceinte et Perpétue, jeune mariée, allaitait son enfant. Le père de la jeune femme tenta en vain de la faire sacrifier aux dieux au nom de l'amour maternel. Quant à Félicité, elle mit au monde une petite fille dans sa prison. Trois jours après la naissance, elle était martyrisée et l'enfant fut adoptée par une chrétienne de la ville. Comme leurs compagnons, Perpétue et Félicité furent livrées aux bêtes du cirque, enveloppées dans un filet, et livrées à une vache furieuse. Elles attirèrent la pitié des spectateurs devant ces jeunes mères torturées. On les acheva en les égorgeant. Selon les "acta" de leur martyre, des témoins disaient :"Leur visage était rayonnant et d'une grande beauté. Il était marqué non de peur mais de joie." Le culte des deux jeunes femmes connut très vite une grande popularité : leur jeunesse, leur situation de mère de famille, leur courage, le fait qu'elles soient des catéchumènes les font figurer en tête des martyres mentionnées dans la première prière eucharistique de la liturgie latine. 
Un internaute nous signale: "Sainte Perpétue est la patronne de la ville de Vierzon dans le Cher."
Sainte Perpétue de Carthage à Vierzon...
Chaque année le dimanche le plus proche du 7 mars, un pèlerinage est organisé à Vierzon par la Fraternité Sainte Perpétue. Voir aussi 
Sainte Perpétue de Carthage à Vierzon...
Le 7 mars, au martyrologe romain, mémoire des saintes martyres Perpétue et Félicité. En 203, sous l’empereur Septime Sévère, elles furent arrêtées à Carthage avec de jeunes catéchumènes. Perpétue était l’une d’elles, patricienne d’environ vingt-deux ans, mère d’un enfant à la mamelle; Félicité était une esclave; comme elle était enceinte, elle devait, d’après les lois, attendre d’avoir enfanté; elle gémissait dans les douleurs à l’heure de l’enfantement, mais se réjouissait d’être exposée aux bêtes. Elles s’avancèrent de la prison à l’amphithéâtre, le visage radieux, comme pour le ciel.

http://nominis.cef.fr/contenus/fetes/1/2/2014/1-Fevrier-2014.html

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Stes Perpétue et Félicité, martyres

 

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Perpétue et Félicité furent, durant la persécution de Sévère, arrêtées en Afrique avec Révocat, Saturnin et Secundulus et jetées dans une prison obscure ; on leur adjoignit ensuite Satyrus. Elles étaient encore catéchumènes, mais reçurent le baptême peu après. Quelques jours s’étant écoulées, elles furent conduites de la prison à la place publique avec leurs compagnons et, après une confession glorieuse de la foi, condamnées aux bêtes, par le procurateur Hilarion. C’est avec joie qu’elles revinrent du forum en prison, où diverses visions affermirent encore leur courage et les embrasèrent d’ardeur pour la palme du martyre. Ni les prières ni les larmes répétées de son père accablé de vieillesse, ni l’amour maternel envers son fils tout enfant, suspendu à son sein, ni l’atrocité du supplice ne purent jamais détourner Perpétue de la foi du Christ.

Le jour du spectacle approchant, Félicité, qui était au huitième mois de sa grossesse, se trouvant dans une grande douleur, craignait d’être ajournée : les lois en effet interdisaient de supplicier les femmes enceintes. Mais sa délivrance fut avancée grâce aux prières de ses compagnons de martyre et elle mit au monde une fille. Comme elle gémissait au milieu des douleurs de l’enfantement, un des gardes lui dit : « Vous qui vous plaignez ainsi maintenant, que ferez-vous, jetée devant les bêtes ? » Elle répondit : « Maintenant, c’est moi qui souffre ; mais là un autre sera en moi qui souffrira pour moi, parce que moi aussi je souffrirai pour lui. »

 Aux nones de mars, ces femmes généreuses furent exposées dans l’amphithéâtre, à la vue de tout le peuple et d’abord frappées de verges. Ensuite elles se virent pendant quelque temps le jouet d’une vache très féroce, qui les couvrit de blessures et les foula sur le sol ; enfin elles furent achevées par des coups de glaive, ainsi que leurs compagnons qui avaient été tourmentés par divers animaux. Pie X, Souverain Pontife, a élevé la fête de ces Saintes Martyres au rite double pour l’Église universelle et ordonné de la fixer au sixième jour de mars.

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Sous l’empereur Sévère, on arrêta en Afrique (à Carthage) plusieurs jeunes catéchumènes : entre autres Révocatus et Félicité, tous deux de condition servile ; Saturnin et Sécundulus ; enfin parmi eux se trouvait Vivia Perpétua, jeune femme de naissance distinguée, élevée avec soin, mariée à un homme de condition, et ayant un enfant qu’elle allaitait encore. Elle était âgée d’environ vingt-deux ans, et elle a laissé le récit de son martyre écrit de sa propre main, « Nous étions encore avec nos persécuteurs, dit-elle, lorsque mon père, dans l’affection qu’il me portait, vint faire de nouveaux efforts pour m’amènera changer de résolution. « Mon père, lui dis-je, il m’est impossible de dire autre chose si ce n’est que je suis chrétienne. » A ce mot, saisi de colère, il se jeta sur moi pour m’arracher les yeux ; mais il ne fit que me maltraiter, et il se retira vaincu ainsi que le démon avec tous ses artifices. Peu de jours après nous fûmes baptisés ; le Saint-Esprit m’inspira alors de ne demander autre chose que la patience dans les peines corporelles. Peu après, on nous renferma dans la prison. J’éprouvai d’abord un saisissement, ne m’étant jamais trouvée dans des ténèbres comme celles d’un cachot. Au bout de quelques jours, le bruit courut que nous allions être interrogés. Mon père arriva de la ville, accablé de chagrin, et vint près de moi pour me faire renoncer à mon dessein. Il me dit : « Ma fille, aie pitié de mes cheveux blancs, aie pitié de ton père, si je mérite encore d’être appelé ton père. Regarde tes frères, regarde ta mère, regarde ton enfant qui ne pourra vivre si tu meurs ; laisse cette fierté et ne sois pas la cause de notre perte à tous. » Mon père me disait toutes ces choses par tendresse ; puis se jetant à mes pieds tout en larmes, il m’appelait non plus sa fille, mais sa dame. Je plaignais la vieillesse de mon père, songeant qu’il serait le seul , de toute notre famille qui ne se réjouirait pas de mon martyre. Je lui dis pour le fortifier : « Il n’arrivera de tout ceci que ce qu’il plaira à Dieu ; sache que nous ne dépendons pas de nous-mêmes, mais de lui. » Et il se retira accablé de tristesse.

Un jour, comme nous dînions, on vint nous enlever pour subir l’interrogatoire. Arrivés sur le forum, nous montâmes sur l’estrade. Mes compagnons fuient interrogés et confessèrent. Quand mon tour fut venu, mon père parut tout à coup avec mon enfant ; il me tira à part, et me suppliant : « Aie pitié de ton enfant », me dit-il. Le procurateur Hilarien me dit aussi : « Épargne la vieillesse de ton père, épargne l’âge tendre de ton fils ; sacrifie pour la santé des empereurs. » Je répondis : « Je ne le ferai pas : je suis chrétienne. » Alors le juge prononça la sentence, qui nous condamnait aux bêtes, et nous redescendîmes joyeux à la prison. Comme je nourrissais mon enfant, et que je l’avais eu jusqu’alors avec moi dans la prison, je l’envoyai aussitôt réclamer à mon père ; mais mon père ne voulut pas me le donner. Dieu permit que l’enfant ne demandât plus à téter, et que je ne fusse pas incommodée par mon lait. » Tout ceci est tiré du récit de la bienheureuse Perpétue, qui le conduit jusqu’à la veille du combat. Quant à Félicité, elle était enceinte de huit mois lorsqu’elle avait été arrêtée ; et le jour des spectacles étant si proche, elle était inconsolable, prévoyant que sa grossesse ferait différer son martyre. Ses compagnons n’étaient pas moins affligés qu’elle, dans la pensée qu’ils laisseraient seule sur le chemin de l’espérance céleste une si excellente compagne. Ils unirent donc leurs instances et leurs larmes auprès de Dieu pour obtenir sa délivrance. C’était trois jours seulement avant les spectacles ; mais à peine avaient-ils fini leur prière que Félicité se sentit prise par les douleurs. Et parce que, l’accouchement étant difficile, la souffrance lui arrachait des plaintes, un guichetier lui dit : « Si tu te plains déjà, que feras-tu quand tu seras exposée aux bêtes, que tu as bravées cependant en refusant de sacrifier ? » Elle lui répondit : « Maintenant, c’est moi qui souffre ; mais alors il y en aura un autre qui souffrira pour moi, parce que je devrai souffrir pour lui. » Elle accoucha donc d’une fille qui fut adoptée par l’une de nos sœurs.

Le jour de la victoire étant arrivé, les martyrs partirent de la prison pour l’amphithéâtre comme pour le ciel, avec un visage gai et d’une beauté céleste, émus de joie et non de crainte. Perpétue s’avançait la dernière ; ses traits respiraient la tranquillité, et sa démarche était digne comme celle d’une noble matrone chérie du Christ. Elle tenait les yeux baissés, pour en dérober l’éclat aux spectateurs. Félicité était près d’elle, remplie de joie d’avoir accompli ses couches assez à temps pour pouvoir combattre les bêtes. C’était une vache très féroce que le diable leur avait préparée. On les enveloppa chacune dans un filet pour les exposer à cette bête. Perpétue fut exposée la première. La bête la lança en l’air, et la laissa retomber sur les reins. La martyre revenue à elle, et s’apercevant que sa robe était déchirée le long de sa cuisse, la rejoignit proprement, plus jalouse de la pudeur que sensible à ses souffrances. On la ramena pour recevoir un nouveau choc ; elle renoua alors ses cheveux qui s’étaient détachés : car il ne convenait pas qu’une martyre, en son jour de victoire, parût les cheveux épars, et montrât un signe de deuil dans un moment si glorieux. Quand elle fut relevée, ayant aperçu Félicité, que le choc avait toute brisée, étendue par terre, elle alla à elle, et lui donnant la main, elle la releva. Elles se présentèrent pour recevoir une nouvelle attaque ; mais le peuple se lassa d’être cruel, et on les conduisit vers la porte Sana-Vivaria. Alors Perpétue, sortant comme d’un sommeil, tant l’extase de son esprit avait été profonde, et regardant autour d’elle, dit, au grand étonnement de tous : « Quand donc nous exposera-t-on à cette vache furieuse ? »

Lorsqu’ on lui raconta ce qui était arrivé, elle ne put le croire qu’après avoir vu sur son corps et sur ses vêtements les traces de ce qu’elle avait souffert. Alors, faisant approcher son frère et un catéchumène nommé Rusticus, elle leur dit : « Demeurez fermes dans la foi, aimez-vous les uns les autres et ne soyez pas scandalisés de nos souffrances. »

Quant à Sécundulus, Dieu l’avait retiré de ce monde, pendant qu’il était encore renfermé dans la prison. Saturnin et Revocatus, après avoir été attaqués par un léopard, furent encore vivement traînés par un ours. Saturus fut d’abord exposé à un sanglier, puis exposé à un ours ; mais la bête ne sortit pas de sa loge, en sorte que le martyr, épargné deux fois, fut rappelé. A la fin du spectacle, il fut présenté à un léopard, qui d’un coup de dent le couvrit de sang. Le peuple, comme il s’en retournait, faisant une allusion à ce second baptême, s’écria : Sauvé, lavé ! Sauvé, lavé ! On transporta ensuite le martyr expirant au lieu où il devait être égorgé avec les autres. Le peuple demanda qu’on les ramenât tous au milieu de l’amphithéâtre, afin de repaître ses regards homicides du spectacle de leur immolation par le glaive. Les martyrs se levèrent, et se traînèrent où le peuple les demandait, après s’être embrassés, afin de sceller leur martyre par le baiser de paix. Ils reçurent le coup mortel sans faire aucun mouvement et sans laisser échapper une plainte ; surtout Saturus, qui expira le premier. Quant à Perpétue, afin qu’elle goûtât du moins quelque souffrance, l’épée du gladiateur s’arrêta sur ses côtes, et lui fit pousser un cri. Ce fut elle qui conduisit elle-même à sa gorge la main encore novice de cet apprenti. Peut-être aussi que cette sublime femme ne pouvait mourir autrement, et que l’esprit immonde qui la redoutait n’eût osé attenter à sa vie, si elle-même n’y eût consenti.

http://www.introibo.fr/06-03-Stes-Perpetue-et-Felicite

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Saintes Félicité & Perpétue

Lors de la persécution ordonnée par Septime‑Sévère[1], Perpétue et Félicité furent arrêtée à Thuburbo, ville épiscopale de la Proconsulaire (aujourd’hui Tebourba, en Tunisie). Perpétue, âgée de vingt‑deux ans, était patricienne ; elle était encore catéchumène et mère d’un tout jeune enfant. Félicité qui était esclave, était enceinte et elle accoucha d’une fille dans la maison. Malgré les supplications de son père qui l’implore de se soumettrez et malgré son angoisse d’avoir à priver son enfant de sa mère, Perpétue demeure ferme jusqu’au bout. Perpétue et Félicité sont martyrisées dans l’amphithéatrum Castrense de Carthage, le 7 mars 303, avec Saturus, Satuminus, Revocatus et Secundulus.

« Le jour se leva, où les martyrs allaient remporter la victoire, et ils sortirent de la prison pour s’avancer vers l’amphithéâtre comme s’ils allaient au ciel. Ils avaient des visages gais et radieux, et s’ils tremblaient, c’était de joie, non de peur. Perpétue, la première, fut frappée par les cornes d’une vache furieuse et tomba à la renverse. Puis elle se releva et voyant que Félicité avait été précipitée sur le sol, elle s’approcha, la prit par la main et l’aida à se redresser. Toutes deux demeurèrent debout. La cruauté du peuple s’apaisa et on les fit sortir par la porte des Vivants. Là, Perpétue fut accueillie par un certain Rustique, alors catéchumène qui était à son service et, comme si elle sortait du sommeil (tellement elle avait été ravie en extase), elle se mit à regarder autour d’elle et dit, à la surprise de tous : ‘ Quand donc serons‑nous exposés à cette vache dont on parle  ? ’ Et quand elle apprit que cela avait déjà eu lieu, elle ne le crut pas avant d’avoir reconnu sur son corps et sur ses vêtements les marques des coups. Alors, après avoir appelé son frère et ce catéchumène, elle les exhorta ainsi : ‘ Demeurez fermes dans la foi, aimez vous tous les uns les autres, et ne soyez pas ébranlés par nos souffrances ’. De même, Saturus, à une autre porte, s’adressait ainsi au soldat Pudens : ‘Finalement, comme je l’avais pensé et annoncé par avance, je n’ai vraiment rien souffert d’aucune bête jusqu’ici. Et maintenant, crois de tout ton coeur: voici que je vais au‑devant du léopard, et par une seule de ses morsures je parviens au but ’. Et aussitôt, à la fin du spectacle, il fut livré à un léopard. A la première morsure, il fut tellement inondé de sang que le peuple, lorsqu’il revint, cria, comme si l’on était aux bains : ‘ Baigne‑toi et bonne santé ! Baigne‑toi et bonne santé ! ’ Ce cri témoignait qu’il avait reçu le second baptême, celui du sang. Et, certes, après un tel bain, il avait trouvé le salut. Alors il dit au soldat Pudens : ‘ Adieu, garde mon souvenir et garde la foi. Que tout cela, au lieu de t’ébranler, te fortifie ’. En même temps il lui demanda l’anneau qu’il portait au doigt et, après l’avoir plongé dans sa blessure, il le lui remit en héritage, lui laissant cette relique, ce mémorial de son sang. Puis, comme il est inanimé, on le jette avec les autres dans le local où l’on devait les égorger. Mais, comme le peuple les réclamait au milieu de l’arène pour être témoin oculaire de leur mise à mort en voyant l’épée s’enfoncer dans leurs corps, ils se levèrent d’eux‑mêmes et se portèrent à l’endroit voulu par le peuple. Mais d’abord ils s’embrassèrent pour achever la célébration de leur martyre par le rite du baiser de paix. Tous reçurent le coup d’épée, immobiles et silencieux; en particulier Saturus qui rendit l’esprit le premier, lui qui était monté le premier à l’échelle de la vision de Perpétue, pour attendre celle-ci. Perpétue, quant à elle, devait faire l’expérience de la douleur: frappée entre les côtes, elle poussa un grand cri ; puis, comme la main du gladiateur débutant hésitait, elle la poussa elle‑même sur sa gorge. Sans doute une telle femme ne pouvait‑elle être mise à mort autrement, elle qui faisait peur à l’esprit mauvais: il fallait qu’elle‑même le veuille ».

De temps immémorial les saintes Félicité et sainte Perpétue (citées au canon de la messe, première prière eucharistique) étaient honorées le 7 mars sous le rite simple ; en 1901, saint Pie X éleva leur fête au rite double et la fixa au 6 mars. Paul VI remit leur fête au 7 mars.

 [1] Sous Septime Sévère (193‑211), fondateur de la dynastie syrienne, s’annonce pour le christianisme une phase de développement inexorable. Des chrétiens occupent à la cour des positions influentes. Dans la dixième année de règne (202), l’Empereur change radicalement de position : un édit prescrit de graves peines pour ceux qui se convertissent au judaïsme et à la religion chrétienne. On ne peut comprendre le changement soudain de l’empereur que si on pense qu’il s’est rendu compte que les chrétiens s’unissent toujours plus fortement en une société religieuse universelle et organisée, dotée d’une grande capacité intime d’opposition qui, en vertu de la raison d’État, lui semble suspecte. Les dommages les plus importants seront encourus par Alexandrie et les communautés chrétiennes d’Afrique. 

http://missel.free.fr/Sanctoral/03/07.php

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Sante perpetua e felicita aMartyres († 203)

 Perpétue est une jeune patricienne, Félicité une jeune esclave.

Elles avaient toutes deux demandé le baptême à l'évêque de Carthage. L'empereur Septime Sévère ayant interdit le christianisme, le groupe des catéchumènes, dont elles faisaient partie, est arrêté, avec Sature, Saturnin, Révocat et Secondule. Pendant plusieurs mois, ils connurent la prison dans des conditions très dures, d'autant qu'ils étaient dans l'incertitude du sort exact qui les attendait.

 Félicité était enceinte et Perpétue, jeune mariée, allaitait son enfant. Le père de la jeune femme tenta en vain de la faire sacrifier aux dieux au nom de l'amour maternel. Quant à Félicité, elle mit au monde une petite fille dans sa prison. Trois jours après la naissance, elle était martyrisée et l'enfant fut adoptée par une chrétienne de la ville.

 Comme leurs compagnons, Perpétue et Félicité furent livrées aux bêtes du cirque, enveloppées dans un filet, et livrées à une vache furieuse. Elles attirèrent la pitié des spectateurs devant ces jeunes mères torturées. On les acheva en les égorgeant.

 Selon les « acta » de leur martyre, des témoins disaient : « Leur visage était rayonnant et d'une grande beauté. Il était marqué non de peur mais de joie. »

Le culte des deux jeunes femmes connut très vite une grande popularité : leur jeunesse, leur situation de mère de famille, leur courage, le fait qu'elles fussent des catéchumènes les font figurer en tête des martyres mentionnées dans la première prière eucharistique de la liturgie latine.

Elles sont fêtées par les Église d'Orient le 1er février.

 http://levangileauquotidien.org/main.php?language=FR&module=saintfeast&localdate=20140307&id=2521&fd=0

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«Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera»

Aujourd'hui, les faits contrastés frappent notre conscience. Perpétue et Félicité sont deux femmes du siècle II – elles sont très jeunes et viennent d'être mères – qui ont subi le martyre en l'an 203. Et voilà les merveilles du christianisme: par amour pour le Christ elles sont mortes comme des sœurs bien que d'un point de vue social Félicité ait été l'esclave de Perpétue. Ensemble toutes les deux – se soutenant l'une et l'autre – elles ont subi le même sort et de la même manière. Devant le Seigneur il n'y a pas de distinction entre "juif" et "grec": nous appartenons tous au Christ et le Christ à Dieu (cf. 1Cor, 3,22-23).

Un autre contraste qui nous frappe : les frères chrétiens ont eu avec Félicité et Perpétue une relation délicate, prévenante, affectueuse – presque de vénération – durant leurs dernières heures, alors que les autorités et le public païen se sont comportés de la manière la plus rude et la plus grossière qui soit. Le degré d'inhumanité auquel peut arriver l'être humain est surprenant lorsque – libéré du Créateur – il prend plaisir à la destruction sauvage du corps d'un martyr… Loin du Logos – Amour et Raison éternels – l'homme atteint des niveaux d'irrationalité que ne connaissent pas ces sauvages irrationnels eux-mêmes.

Voilà donc le drame de la "conscience isolée. Isolée, de quoi ? Isolée de la révélation de Dieu" (Pape François). Jésus-Christ ne souhaite pas la "guerre", mais Il devait être Lui-même – selon les paroles de Siméon l'ancien – un "signe de contradiction" (Lc 2,34). Celui qui n'est pas avec Lui est contre Lui et ses disciples (cf. Lc 11,23). L'amour de Dieu et la Croix de Jésus-Christ ne laissent personne indifférent…

Paradoxalement, les noms de ces saintes "Félicité" et "Perpétue" semblent contraster avec l'acceptation de la "croix" et le renoncement aux "biens temporaires". Oui, elles se sont soumises à la Croix du Seigneur renonçant ainsi à un futur temporaire, dans le but d'atteindre la "félicité éternelle", la seule qui compte vraiment. Les paroles de l'Évangile d'aujourd'hui deviennent réalité: "Celui qui perdra sa vie pour moi la retrouvera" (Mt 10,39)

Abbé Antoni CAROL i Hostench (Sant Cugat del Vallès, Barcelona, Espagne).

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Bien chers Amis,

Commentant cette parole de Notre-Seigneur : Qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera (Lc 9, 24), le Pape François a pu affirmer : « En deux mille ans, une foule immense d’hommes et de femmes ont sacrifié leur vie pour rester fidèles à Jésus-Christ et à son Évangile. Et aujourd’hui, il y a de nombreux martyrs – davantage que pendant les premiers siècles –, qui sont conduits à la mort parce qu’ils n’ont pas renié Jésus-Christ ! » (Allocution lors de l’Angélus du 13 juin 2013).

Jouir d’une perpétuelle félicité

Au IIIe siècle, les persécutions contre les chrétiens, que l’on appelait dans l’Empire romain « les ennemis publics », firent d’innombrables victimes. Le premier empereur romain né en Afrique, Septime Sévère, lança un édit contre les disciples du Christ, afin de frapper tous les nouveaux adeptes du christianisme. Les plus illustres d’entre eux sont donc des catéchumènes (candidats au Baptême) ou des néophytes (nouveaux baptisés). L’Église d’Afrique fut particulièrement éprouvée. Perpétue et Félicité, deux jeunes femmes de condition différente, souffrirent le martyre sous cet empereur, en 202 ou 203, probablement à Carthage (aujourd’hui en Tunisie), en même temps que quatre autres chrétiens, nommés Revocatus, Saturninus, Saturus et Secondulus. Très tôt, le récit de leur combat a été lu dans les églises, comme en témoigne saint Augustin : « Ces deux saintes martyres désignent par leurs noms la récompense assurée à leurs généreux combats, qui leur méritent le bonheur éternel. Tous les martyrs déploieraient-ils momentanément tant de courage pour lutter contre la souffrance et pour confesser la foi, si ce n’était pour jouir d’une perpétuelle félicité ? Aussi la divine Providence a-t-elle fait en sorte que ces deux femmes fussent, non seulement martyres, mais associées étroitement dans un même martyre. Toutes deux étaient mères, circonstance qui les rend plus sensibles encore à la souffrance, pour inspirer à l’ennemi l’espoir qu’elles fléchiraient bientôt et deviendraient sa proie » (sermon 282). Les trois documents qui relatent leur martyre, dont le témoignage de Perpétue elle-même, sont, aux yeux des historiens, d’une authenticité incontestable.

Ces chrétiens catéchumènes ont été arrêtés pour leur foi, probablement à la suite d’une dénonciation. Âgée de vingt-deux ans, de noble naissance et cultivée, Perpétue a deux frères, dont l’un est également catéchumène, ainsi qu’un fils en bas âge, qu’elle nourrit de son lait. Félicité, une esclave, mariée elle aussi, est enceinte de sept ou huit mois. Après leur arrestation, ces deux jeunes femmes demeurent quelques jours avec leurs persécuteurs, sans être mises en prison. Le père de Perpétue, poussé par son affection, cherche, par ses paroles, à la faire renoncer à sa foi : « Mon père, lui dit-elle, vois-tu cette cruche qui est là par terre ? – Oui, je la vois ! – Pourrait-on lui donner un autre nom que celui qu’elle a ? – Non ! – Pareillement, moi non plus, je ne puis me dire autre que je ne suis, chrétienne. » Irrité par ces paroles, le père se jette sur sa fille pour la frapper, mais il n’obtient rien. Durant les jours suivants, Perpétue ne revoit pas son père, remercie le Seigneur de son secours et reprend des forces. Peu après, elle reçoit le Baptême avec les autres catéchumènes : « Le Saint-Esprit, affirmera la jeune femme, me dicta de ne demander à l’eau que la force de supporter les tourments de la chair. »

Le seul motif de l’incarcération de Perpétue et de Félicité, qui apparaisse dans les Actes de leur martyre, est leur foi chrétienne. Elles avaient compris que les baptisés « devenus fils de Dieu par la régénération baptismale, sont tenus de professer devant les hommes la foi que, par l’Église, ils ont reçue de Dieu » (Constitution Lumen gentium du concile Vatican II, n° 11). Dans l’Empire romain, l’empereur était adoré lui-même comme dieu. On n’y tolérait donc pas la religion chrétienne pour laquelle il n’y a qu’un seul Dieu, auquel on doit obéir plutôt qu’aux lois humaines.

« Quelques jours après, raconte Perpétue dans son récit, nous fûmes jetés en prison ; et j’eus peur, parce que je n’avais jamais connu de pareilles ténèbres. Ô jour de terreur ! Chaleur étouffante à cause de la foule ; mille exactions des soldats. Par-dessus tout, je me consumais d’inquiétude pour mon enfant. Alors, Tertius et Pomponius, les diacres bénis qui veillaient sur nous, obtinrent à prix d’argent que l’on nous mît un peu au large pour que nous puissions reprendre des forces. Une fois sorti de la prison, chacun était libre de vaquer à ses occupations. Pour moi, j’allaitais mon enfant déjà à demi-mort de faim. Anxieuse pour lui, j’en parlais à ma mère, je tentais de réconforter mon frère, je leur recommandais mon fils ; je me consumais de chagrin, parce que je les voyais s’affliger à cause de moi. Telles furent les inquiétudes que je supportais durant bien des jours, puis j’obtins que mon enfant restât avec moi dans la prison ; et aussitôt j’allais mieux, je fus soulagée de la peine et de l’inquiétude que me causait mon enfant, et la prison me devint un palais que je préférais à tout autre séjour… »

Au pouvoir de Dieu

«Puis le bruit se répandit que nous allions être interrogés, continue Perpétue. Je vis alors arriver mon père ; la douleur était peinte sur son visage, un chagrin mortel le consumait : “Ma fille, me dit-il, aie pitié de mes cheveux blancs, aie pitié de ton père, si je mérite encore de recevoir de toi ce nom, s’il est vrai que je t’ai élevée moi-même jusqu’à la fleur de l’âge où l’on te voit, s’il est vrai que je t’ai préférée à tous tes frères : ne fais pas de moi un objet de honte devant les gens. Pense à tes frères, à ta mère, regarde ton enfant qui ne pourra vivre si tu meurs ; laisse là ton orgueil, et ne nous fais pas tous mourir de chagrin. Nul de nous n’osera plus parler sans crainte si tu es condamnée à quelque supplice.” Mon père parlait ainsi par affection pour moi, car il me baisait les mains, se jetait à mes pieds, m’appelait non plus sa fille, mais sa dameJ’avoue que j’étais pénétrée d’une vive douleur, songeant qu’il serait le seul de notre famille à ne pas se réjouir de notre martyre. Je lui dis pour le consoler : “Quand nous serons sur l’estrade, il ne nous arrivera que ce qui plaira à Dieu ; sache bien que nous n’avons pas été remis en notre pouvoir, mais en celui de Dieu.” Il se retira accablé de tristesse.

« Un autre jour, pendant notre repas, on vint tout à coup nous prendre pour nous faire subir l’interrogatoire. Nous arrivâmes au forum. Le bruit s’en répandit aussitôt dans les quartiers voisins et une foule immense accourut. Nous montâmes sur l’estrade. Interrogés, tous les autres confessèrent hautement Jésus-Christ. On en vint alors à moi. Mon père apparut soudain, portant mon enfant ; et me tirant en bas des marches, il me dit d’un ton suppliant : “Sacrifie ! (aux dieux païens – signe d’apostasie de la foi chrétienne) . Aie pitié de ton enfant !” Et le procurateur Hilarianus me dit : “Épargne les cheveux blancs de ton père, épargne ton enfant en bas âge, offre le sacrifice pour le salut des empereurs.” Je répondis : “Non, je ne sacrifierai pas ! – Es-tu donc chrétienne ? me dit-il. – Oui, je le suis.” Cependant mon père, qui espérait toujours me gagner, restait là. Hilarianus ordonna de le chasser et l’un des gardes le frappa d’un coup de verge. Je ressentis le coup comme si je l’avais moi-même reçu, tant je souffris de voir mon père ainsi maltraité dans sa vieillesse et à mon occasion. Alors le juge prononça la sentence par laquelle nous étions tous condamnés à être livrés aux bêtes ; et, tout joyeux, nous redescendîmes à la prison. Comme j’allaitais mon enfant et que je le gardais d’ordinaire avec moi, j’envoyais le diacre Pomponius le demander à mon père ; mais celui-ci ne voulut pas le donner. Mais Dieu permit que l’enfant ne demandât plus le sein, et que je ne fusse pas incommodée de mon lait ; ainsi je me trouvais l’esprit libre de toute inquiétude. »

Saint Paul affirme : Tous ceux qui veulent vivre avec piété dans le Christ Jésus auront à souffrir persécution (2 Tm 3, 12). En résistant aux assauts pathétiques de son père, Perpétue a fait siennes ces paroles de Jésus, adressées à tous : Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n’est pas digne de moi (Mt 10, 37). « Jésus, dit saint Jérôme, ne défend pas d’aimer son père ou sa mère, mais il ajoute d’une manière expressive : plus que moi », et saint Hilaire précise : « Ceux, en effet, qui donnent la préférence aux affections humaines sur l’amour de Dieu se rendent indignes de l’héritage des biens futurs et éternels » (cf. saint Thomas, Catena, in Mt 10, 37-39). Plus généralement, les païens raillaient les martyrs de ce qu’ils méprisaient les joies de ce monde et acceptaient de souffrir les tourments à cause de leur vaine espérance de biens imaginaires. Mais ces chrétiens savaient, eux, que l’Espérance théologale est sûre autant que solide (He 6, 19), car elle est fondée sur les promesses de Dieu. L’Espérance ne déçoit pas ! (Rm 5, 5)

Quelqu’un souffrira pour moi !

Quant à Félicité, elle tremble à la pensée qu’on lui accordera peut-être un sursis à cause de son état, car il est interdit de présenter au supplice des femmes enceintes ; elle redoute d’avoir, par la suite, à répandre son sang pur et innocent avec celui de criminels au lieu de le répandre avec celui des chrétiens condamnés. Mais ses compagnons de martyre eux aussi s’affligent profondément, craignant d’abandonner celle qui partage si bien leur sort sur le chemin qui mène à leur commune espérance. Deux jours avant les jeux du cirque, unissant leurs cœurs en une même plainte, ils adressent au Seigneur un flot de prières. Ils ont à peine fini quand les douleurs de l’enfantement assaillent la jeune femme. Devant sa peine et la souffrance d’un accouchement au huitième mois, un des geôliers lui dit : « Si tu te plains déjà maintenant, que sera-ce quand tu seras exposée aux bêtes, dont tu as fait peu de cas en refusant de sacrifier ? » Félicité lui réplique : « Aujourd’hui, c’est moi qui souffre ce que je souffre, mais là-bas il y aura quelqu’un d’autre en moi, qui souffrira pour moi, parce que moi aussi je souffrirai pour lui. » Elle met enfin au monde une petite fille, qu’une femme chrétienne élèvera comme son propre enfant.

La veille du combat, les prisonniers prennent ce dernier repas qu’on appelle “libre”et dont ils font, autant qu’ils le peuvent, des agapes ; ils lancent à la foule qui les entoure des paroles pleines de fermeté, la menaçant du jugement de Dieu, témoignant de leur félicité à subir la passion, se moquant de la curiosité de ceux qui accourent pour les voir. Saturus leur dit : « Demain ne vous suffit-il pas ? Quel plaisir prenez-vous à voir ceux que vous détestez ? Au moins notez soigneusement nos visages pour nous reconnaître au Grand Jour. » Aussi ces païens, remplis d’étonnement, les laissent-ils et, parmi eux, beaucoup se mettent à croire.

De notre propre gré

Puis, le jour brillant de leur victoire paraît. Les condamnés quittent la prison pour l’amphithéâtre, joyeux, le visage serein comme des gens qui vont au Ciel. Ils frémissent de joie et non de peur. Perpétue marche à leur suite, le visage lumineux et la démarche tranquille, comme une épouse unie au Christ, comme la fille chérie de Dieu. L’éclat de son regard force tout le monde à baisser les yeux. Félicité va de même, se réjouissant d’avoir accouché heureusement pour pouvoir combattre les bêtes avec les autres martyrs, passant d’un bain de sang à un autre, de la sage-femme au gladiateur, prête à se laver, après son accouchement, par un second baptême. À la porte de l’amphithéâtre, on veut, selon la coutume, les forcer à revêtir un costume : pour les hommes, le manteau des prêtres de Saturne, pour les femmes, la bandelette des prêtresses de Cérès. Perpétue résiste et refuse fermement, disant : « Si nous en sommes arrivés là de notre propre gré, c’est pour que notre liberté ne se laisse pas vaincre ; nous avons livré notre vie pour ne pas accomplir d’acte de ce genre ; c’est ce dont nous sommes convenus avec vous. » L’injuste magistrat reconnaît alors la justice de cette parole : le tribun leur accorde d’être introduits dans l’amphithéâtre simplement vêtus comme ils le sont. Perpétue chante une hymne. Quand ils arrivent vis-à-vis d’Hilarianus, les martyrs lui crient : « Pour nous, c’est toi le juge ; mais pour toi, c’est Dieu ! » Le peuple, exaspéré de cette hardiesse, demande qu’on les fasse battre de verges, mais eux rendent grâces d’avoir à supporter une part des souffrances du Seigneur.

On a destiné aux deux jeunes femmes une vache des plus sauvages, comme pour insulter à leur sexe. La première, Perpétue est jetée à terre par l’animal et elle tombe sur les reins. Revenue à elle-même, la jeune martyre s’aperçoit que sa robe est déchirée sur le côté : elle en ramène le pan, se souciant davantage de sa pudeur que de sa douleur. Puis elle rattache ses cheveux dénoués, car il ne convient pas à une martyre de subir sa passion les cheveux épars, pour ne pas avoir l’air en deuil au moment de sa gloire. Alors elle se redresse, et comme elle a vu Félicité projetée à terre, elle s’avance, lui tend la main et l’aide à se relever. Et les deux femmes se tiennent alors debout. La cruauté de la foule est vaincue : on les ramène vivantes à la Porte de la Vie Sauve.

L’âme de Perpétue était pure et d’une délicatesse pleine de pudeur. « Avec la grâce de Dieu et en luttant contres les désirs désordonnés, le baptisé parvient à la pureté du cœur par la vertu et le don de chasteté, la pureté d’intention, la transparence du regard, extérieur et intérieur, la discipline des sentiments et de l’imagination, la prière. La pureté exige la pudeur ; celle-ci protège l’intimité de la personne, exprime la délicatesse de la chasteté, règle les regards et les gestes pour qu’ils soient conformes à la dignité des personnes et de leur union. Elle libère de l’érotisme ambiant et tient à l’écart de tout ce qui favorise la curiosité malsaine. Elle requiert encore une purification du climat social, par un combat soutenu contre la permissivité des mœurs, qui repose sur une conception erronée de la liberté humaine » (Compendium du Catéchisme de l’Église Catholique, nos 529-530).

Sortie de l’arène, Perpétue est soutenue par un nommé Rusticus, alors catéchumène ; comme tirée du sommeil, tant elle avait été ravie en esprit et en extase pendant ces événements, elle regarde autour d’elle et s’exclame, à la stupeur générale : « Quand donc va-t-on nous exposer à cette fameuse vache ? » Et quand on lui affirme que cela a déjà eu lieu, elle ne le croit qu’après avoir remarqué les traces des blessures sur son corps et sur son vêtement. Puis, ayant appelé son frère et le catéchumène, elle leur parle en ces termes : « Demeurez fermes dans la foi, aimez-vous tous les uns les autres, et ne soyez pas scandalisés par ce que nous avons souffert. » La foule exigeant de les voir au milieu de l’arène pour l’exécution finale, les martyrs se lèvent d’eux-mêmes et s’y rendent. Après s’être embrassés les uns les autres afin de conclure leur martyre par le rite de la paix, tous, immobiles et en silence, reçoivent le coup de glaive.

À contre-courant

En annonçant le Jubilé de l’an 2000, saint Jean-Paul II écrivait : « Qu’à l’admiration pour les martyrs de tous les temps soit joint, dans le cœur des fidèles, le désir de pouvoir, avec la grâce de Dieu, suivre leur exemple, si les circonstances l’exigent ! » (Incarnationis mysterium, 29 novembre 1998). « Croire en Jésus, suivre Jésus exige de prendre position pour lui, disait le même Pape aux jeunes des Journées Mondiales de la Jeunesse de l’an 2000, et il n’est pas rare que ce soit comme un nouveau martyre : le martyre de celui qui, aujourd’hui comme hier, est appelé à aller à contre-courant pour suivre le divin Maître, pour suivre l’Agneau partout où il va (Ap 14, 4)… Il ne vous sera peut-être pas demandé de verser votre sang, mais de garder la fidélité au Christ, oui certainement ! Une fidélité à vivre dans les situations quotidiennes : je pense aux fiancés et à leur difficulté de vivre dans la pureté, au sein du monde actuel, en attendant de se marier. Je pense aux jeunes couples et aux épreuves auxquelles est exposé leur engagement de fidélité réciproque. Je pense aux relations entre amis et à la tentation de manquer de loyauté qui peut s’insinuer entre eux… » (19 août 2000).

Que signifie perdre sa vie à cause de Jésus ? demande à son tour le Pape François. « Cela peut arriver de deux façons, répond le Saint-Père : explicitement en confessant la foi, ou implicitement en défendant la vérité… Combien de personnes droites préfèrent aller à contre-courant plutôt que de renier la voix de leur conscience, la voix de la vérité ! À vous les jeunes, je dis : Allez à contre-courant, et soyez fiers de le faire !… Il y a tant de personnes qui perdent leur vie pour la vérité ! L’une d’elles est Jean-Baptiste. Jean est mort pour la cause de la vérité, lorsqu’il a dénoncé l’adultère du roi Hérode et d’Hérodiade » (13 juin 2013).

« La confrontation de la position de l’Église avec la situation sociale et culturelle actuelle, écrivait saint Jean-Paul II, met immédiatement en évidence l’urgence qu’il y a, pour l’Église elle-même, de mener un intense travail pastoral précisément sur cette question fondamentale : le lien essentiel entre vérité-bien-liberté a été perdu en grande partie par la culture contemporaine ; aussi, amener l’homme à le redécouvrir est aujourd’hui une des exigences propres de la mission de l’Église, pour le salut du monde. La question de Pilate Qu’est-ce que la vérité ? (Jn 18, 38), jaillit aujourd’hui aussi de la perplexité désolée d’un homme qui ne sait plus qui il est, d’où il vient et où il va. Et alors, nous assistons souvent à la chute effrayante de la personne humaine dans des situations d’auto-destruction progressive. À vouloir écouter certaines voix, il semblerait que l’on ne doive plus reconnaître le caractère absolu et indestructible d’aucune valeur morale… L’homme n’est plus convaincu que c’est seulement dans la vérité qu’il peut trouver le salut. La force salvifique du vrai est contestée et l’on confie à la seule liberté, déracinée de toute objectivité, la tâche de décider de manière autonome de ce qui est bien et de ce qui est mal. Ce relativisme devient, dans le domaine théologique, un manque de confiance dans la sagesse de Dieu qui guide l’homme par la loi morale. À ce que la loi morale prescrit, on oppose ce que l’on appelle des situations concrètes, en ne croyant plus, au fond, que la Loi de Dieu soit toujours l’unique vrai bien de l’homme » (Encyclique Veritatis splendor, 6 août 1993, n° 84).

À l’inverse, « le Christ nous révèle avant tout que la condition de la liberté authentique est de reconnaître la vérité honnêtement et avec ouverture d’esprit : Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous libérera (Jn 8, 32). C’est la vérité qui rend libre face au pouvoir et qui donne la force du martyre. Il en est ainsi pour Jésus devant Pilate : Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité (Jn 18, 37). De même, les vrais adorateurs de Dieu doivent l’adorer en esprit et en vérité (Jn 4, 23) : ils deviennent libres par cette adoration. En Jésus-Christ, l’attachement à la vérité et l’adoration de Dieu se présentent comme les racines les plus intimes de la liberté » (Ibid., n° 87).

Un signe éclatant

Le témoignage rendu à la vérité par le martyre rappelle jusqu’où doit aller la fidélité à la loi de Dieu ; il manifeste la différence qui existe entre le bien et le mal. « Le martyre est un signe éclatant de la sainteté de l’Église, écrivait saint Jean-Paul II : la fidélité à la Loi sainte de Dieu, à laquelle il est rendu témoignage au prix de la mort, est une proclamation solennelle et un engagement missionnaire usque ad sanguinem (jusqu’à verser son sang) pour que la splendeur de la vérité morale ne soit pas obscurcie dans les mœurs et les mentalités des personnes et de la société. Un tel témoignage a une valeur extraordinaire en ce qu’il contribue, non seulement dans la société civile, mais aussi à l’intérieur des communautés ecclésiales elles-mêmes, à éviter que l’on ne sombre dans la crise la plus dangereuse qui puisse affecter l’homme : la confusion du bien et du mal qui rend impossible d’établir et de maintenir l’ordre moral des individus et des communautés. Les martyrs et, plus généralement, tous les saints de l’Église, par l’exemple éloquent et attirant d’une vie totalement transfigurée par la splendeur de la vérité morale, éclairent toutes les époques de l’histoire en y réveillant le sens moral » (Ibid., n° 93).

Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix (Jn 18, 37), dit Jésus. Demandons aux saints martyrs de nous rendre attentifs à l’enseignement du Christ pour être, nous aussi, en toutes circonstances, et s’il le faut jusqu’à la mort, des témoins de la vérité.

Dom Antoine Marie osb

Lettre du 7 mars 2019,

fête des saintes Perpétue et Félicité

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Date de dernière mise à jour : 2019-07-04