Saint Alphonse de LIGUORI

AlphonsemarieliguoriÉvêque, fondateur, Docteur de l'Église, (1696-1787)

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Un homme d'espérance

UN NOBLE ET UN AVOCAT

Alphonse est né le 27 septembre 1696, à Marianella, près de Naples. Il est issu d'une famille noble. Ses origines familiales et intellectuelles lui garantissent un brillant avenir. Ses parents remarquent les talents exceptionnels de l'enfant: il recevra une éducation à la hauteur de ses capacités. Le jeune homme excelle en tout. Surdoué? Jugez-en par vous-mêmes.

Auprès des meilleurs maîtres, il apprend la philosophie, les sciences, la musique et la peinture. À douze ans, il entre à l'université. À seize ans, il reçoit le titre de docteur en droit civil et ecclésiastique, et devient avocat. Il plaidera pendant huit ans sans jamais perdre un procès.

UN PRÊTRE ET UN FONDATEUR

Naples, juillet 1723. Alphonse de Liguori, l'avocat, perd sa première cause. Un procès injuste que la malhonnêteté de la partie adverse lui a fait perdre. Dégoûté et humilié, il quitte le tribunal, et se retire pendant quelques jours. Lorsqu'il sort de sa retraite, Alphonse est un homme nouveau: il deviendra prêtre. C'est sa première conversion.

Jeune prêtre, Alphonse découvre l'abandon spirituel et la pauvreté matérielle du peuple des campagnes. Il a le coeur bouleversé devant une telle misère. En novembre 1732, il fonde une congrégation de missionnaires chargés d'annoncer la Bonne Nouvelle du Salut aux gens les plus démunis de secours spirituel. L'histoire des Rédemptoristes est amorcée. C'est sa deuxième conversion.

UN MYSTIQUE ET UN MISSIONNAIRE

Toute sa vie durant, Alphonse puise sa force dans la fidélité à la foi vécue quotidiennement. Il prie avec assiduité, médite la Parole de Dieu chaque jour et entretient une grande dévotion envers la Vierge Marie.

Cette fidélité à Dieu dans la prière sera sa nourriture. Une nourriture qui alimentera son oeuvre missionnaire de l'annonce de la Parole auprès des pauvres. Pour Alphonse de Liguori, vie de prière et vie missionnaire vont de pair. L'une ne va pas sans l'autre.

UN PRÉDICATEUR ET UN CONFESSEUR

Alphonse est un prédicateur infatigable. Il a à coeur d'aller rencontrer dans leur milieu les «âmes abandonnées» pour annoncer la Parole d'espérance du Christ. Sa prédication est efficace: contenu substantiel, style simple et orientation pratique.

Homme de la Parole vivante annoncée, il est également homme du pardon. Il passera des heures à entendre les confessions des pénitents venant de partout. Alphonse a refusé la morale rigoriste de son temps en élaborant une «Théologie morale» empreinte de la bonté de Dieu et attentive à la vie réelle de tous. Des années plus tard, l'Église le nommera «Patron des confesseurs», reconnaissant ainsi l'apport exceptionnel de cet homme de miséricorde.

UN HOMME DES MÉDIAS ET UN HOMME DE LETTRES

Alphonse de Liguori est un homme des médias. Il est un homme des communications sociales, au sens le plus moderne du terme.

Pour annoncer la Parole d'espérance, Alphonse mise sur les missions populaires et les prédications. Il fait appel également à l'apostolat par la plume. Dans l'impossibilité de faire entendre sa voix partout, il veut atteindre par ses écrits ceux et celles que sa prédication ne peut rejoindre.

Alphonse écrit beaucoup. Son oeuvre littéraire totalise cent onze ouvrages parus en soixante-dix langues. Ceux-ci connurent plus de vingt-et-un mille éditions. La liste de ses best-sellers est longue: Gloires de Marie, Visites au Très Saint Sacrement et à la Très Sainte Vierge Marie, Neuvaines au Coeur de Jésus, etc. Son oeuvre maîtresse reste la Théologie Morale.

UN PEINTRE ET UN MUSICIEN

Alphonse, l'homme des médias, sait mettre à profit les techniques de l'audiovisuel au service de la prédication. Par l'image et le son, Alphonse met tous ses talents au service de la Parole de Dieu qu'il veut communiquer.

Alphonse a tout du tempérament d'un artiste. Il excelle dans les beaux-arts: il dessine avec talent et peint des tableaux du Christ et de la Madone. Les images, dessinées ou peintes par lui, serviront de support visuel à toute sa prédication, qu'elle soit orale ou écrite.

En musique, Alphonse a «la classe d'un maître reconnu... Il a semé ses chants et ses mélodies dans le folklore du peuple le plus chantant du monde» (Père Rey-Mermet). Parmi ses oeuvres les plus célèbres, citons son Duetto pour voix et cordes; une méditation, pleine d'émotion, sur la Passion du Christ. Dans toute l'Italie, le peuple chante encore les cantiques de Noël d'Alphonse de Liguori.

UN ÉVÊQUE ET UN AMI DES PAUVRES

En 1762, Alphonse devient évêque du diocèse de Sainte-Agathe-des-Goths. Il renouvelle entièrement son diocèse: réforme du clergé et du grand séminaire, réforme des couvents et des paroisses, visites pastorales fréquentes, missions paroissiales, etc.

Malgré la tâche épiscopale, Monseigneur de Liguori ne change pas: il reste un homme simple et un ami des pauvres. D'ailleurs, s'il est un trait central de la vie d'Alphonse, c'est bien celui d'avoir cherché à être l'ami des pauvres. Tout d'abord, par son choix préférentiel d'annoncer la Parole aux pauvres. Ensuite, parce que ce «choix préférentiel» ne l'a pas seulement poussé à aller évangéliser les pauvres, mais à se faire pauvre par un régime de vie dépouillé.

UN SAINT ET UN DOCTEUR DE L'ÉGLISE

À l'appel du Seigneur, Alphonse a répondu avec une grande générosité. Il a tout donné pour suivre le Christ: depuis son droit d'aînesse jusqu'à sa carrière prometteuse comme avocat, tout! Le jeune homme riche napolitain a accepté de se laisser dépouiller, pour laisser Dieu enrichir toute son existence, et par-delà, enrichir l'Église universelle par son oeuvre, ses écrits, sa pensée et bien sûr, ses fils.

Alphonse de Liguori, le noble, le prêtre, le fondateur, le mystique, le missionnaire, le prédicateur, le confesseur, l'homme des médias, l'homme de lettres, le peintre, le musicien, l'évêque et l'ami des pauvres, n'a cherché qu'une seule chose tout au long de sa vie: accomplir la volonté de Dieu. En 1839, Alphonse de Liguori est canonisé. Il devient Docteur de l’Église en 1871, et Patron des confesseurs et des moralistes en 1950.

http://www.cssr.net

http://nouvl.evangelisation.free.fr/alphonse_de_liguori.htm 

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Alfonso01SAINT ALPHONSE de LIGUORI
Docteur de l'Église  (1696-1787)


Saint Alphonse de Liguori naquit près de Naples. Après de fort brillantes études, docteur en droit civil et canonique à seize ans, il embrassa la carrière d'avocat. Pendant les dix années qu'il remplit cette charge, il fut le modèle du parfait chrétien. Il commençait à se relâcher, quand il échoua dans un plaidoyer superbe où il avait déployé tous ses talents; "O monde! s'écria-t-il, désormais je te connais; tu ne m'auras plus."

Peu après, il entendit une voix lui dire: "Laisse le monde de côté, livre-toi à Moi tout entier..." Aussitôt il répondit, fondant en larmes: "O Dieu! Me voici, faites de moi ce qu'il Vous plaira." Aussitôt Alphonse va déposer à l'église de la Sainte Vierge son épée de gentilhomme, prend bientôt l'habit ecclésiastique, fait ses études de théologie, et au bout de trois ans reçoit le sacerdoce. Désormais le voilà embrasé du zèle des âmes; il se mêle au peuple des campagnes et s'éprend d'un amour spécial pour lui.

C'est alors que l'idée lui vint de fonder, pour exercer l'apostolat parmi cette classe si intéressante de la société, la Congrégation des Rédemptoristes. Traité d'insensé par son père, ses proches et ses amis, persécuté et abandonné bientôt par plusieurs de ses premiers collaborateurs, délaissé et méprisé par son directeur lui-même, Alphonse endura toutes les souffrances morales qui peuvent tomber sur un homme: rien ne put l'abattre ni le décourager.

Il eut plusieurs visions de la très Sainte Vierge; une fois, pendant un sermon sur les gloires de Marie, il fut ravi, et environné d'une éblouissante lumière.

Un jour, son pauvre accoutrement le fit prendre pour le cocher des autres missionnaires, et, à son premier sermon, son éloquence fit dire au peuple: "Si le cocher prêche si bien, que sera-t-il des autres!" Aux travaux apostoliques, Alphonse joignait les travaux intellectuels, et il composa un grand nombre d'ouvrages de piété et de morale qui l'ont fait élever au rang des docteurs.

Sacré évêque, Alphonse égala par ses vertus les plus saints pontifes. Il mourut à l'âge de quatre-vingt-onze ans.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950 

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Stalphonseliguori1Bien cher Ami de l'Abbaye Saint-Joseph,

Abbaye saint joseph de clairval 21150Le 22 septembre 1774: le Pape Clément XIV est mourant. Après avoir cédé aux pressions faites sur lui pour supprimer l'ordre des Jésuites, il n'a pu retrouver la paix du coeur. Dieu, dans sa miséricorde, lui envoie pour l'assister à ses derniers moments un saint, Alphonse de Liguori, alors évêque de Sainte-Agathe-des-Goths. Or, au moment où il assiste le Pape à Rome, le saint évêque est présent dans son évêché à 200 km de distance. Il s'agit d'un fait de bilocation, miracle tout à fait étonnant, mais clairement attesté par les témoins oculaires.

Alphonse-Marie de Liguori vient au monde à Naples, le 27 septembre 1696, premier-né d'une famille qui comptera sept enfants. Sa mère leur enseigne les vérités de la foi dès le plus jeune âge et leur apprend à prier. Ce garçon est doté d'une intelligence vive, d'une mémoire prompte, d'une raison droite, d'un coeur ouvert à tous les nobles sentiments, d'une volonté ferme et énergique. Son père veut faire de lui un avocat. Ses progrès sont si rapides dans l'étude du droit que, à l'âge de seize ans, il passe avec succès l'examen du doctorat en droit civil et ecclésiastique. Les juges sont étonnés par la sagesse de ses réponses et la justesse de ses réparties.

Avocat, Alphonse remporte succès sur succès, ce qui ne manque pas de lui donner le goût de la réussite et de la gloire du monde. Toutefois, il est tenté d'abandonner cette voie: la ruse et le mensonge dénaturent trop souvent les causes les plus justes, et ce spectacle révolte sa nature droite. Assidu à la prière et à diverses oeuvres de charité, il conserve son âme pure. Une fois par an, il se rend dans une maison religieuse pour s'y livrer aux exercices spirituels. Il avouera plus tard que ces retraites avaient singulièrement contribué à le détacher des biens temporels pour l'orienter vers Dieu. Durant le Carême 1722, notamment, le prédicateur rappelle les motifs qui doivent porter l'âme à se donner tout à Dieu; il dépeint au vif la caducité des choses de ce monde, et ne craint pas de mettre sous les yeux des retraitants les tourments éternels de l'enfer, tels que Jésus les a révélés. La lumière se fait alors dans l'esprit du jeune Alphonse: les vanités du monde se dissipent comme autant de nuages! Il se voue sans réserve à la volonté divine et, quelque temps après, décide de garder le célibat.

En 1723, on parle beaucoup à Naples d'un important procès intenté par le duc Orsini au grand-duc de Toscane. Nombreux sont les avocats qui convoitent ce cas, mais Orsini confie sa défense à Alphonse qui, jusqu'alors, n'a perdu aucun procès. Le jour prévu, celui-ci se présente au barreau et étaye avec clarté les revendications de son client. Tous les assistants sont dans l'admiration. Mais son adversaire produit alors une pièce qu'Alphonse avait eue entre les mains, et qui infirme de manière décisive son argumentation. Celui-ci est atterré: comment a-t-il pu négliger ce texte? Le procès perdu, Alphonse se sent écrasé sous le poids de l'humiliation. Cependant, trois jours après, une clarté subite lui fait découvrir la raison de sa distraction: Dieu ne l'avait aveuglé que pour l'arracher aux vanités de la terre. Sous l'impulsion de la grâce divine, il répète maintenant la parole que, dans un sentiment de dépit, il avait murmuré au sortir de l'audience: «Tribunaux, vous ne me verrez plus!» Après un temps de prière et de pénitence, il perçoit que Dieu l'appelle à l'état ecclésiastique. Sa formation achevée, il est ordonné prêtre le 21 décembre 1726.

La tentation du prêtre

Éclairé par l'Esprit Saint, Don Alphonse comprend que l'action doit naître de la contemplation, l'amour du prochain de l'amour de Dieu, le zèle apostolique de la vie intérieure, et que la plus grande tentation du prêtre, c'est de vouloir enflammer les âmes sans entretenir en lui-même le feu divin. Aussi s'astreint-il, dès le début de sa vie sacerdotale, aux exercices quotidiens sans lesquels la vie intérieure s'éteint: oraison, sainte Messe, Office divin, lecture, dévotion mariale – surtout le chapelet. Sachant qu'il a besoin d'être guidé, il soumet volontiers sa vie spirituelle aux conseils d'un autre.

Le jeune prêtre prêche l'Évangile à tous, mais plus volontiers aux pauvres. Pénétré de la science sacrée, éloigné de toute affectation, il paraît en chaire avec l'autorité d'un homme de Dieu communiquant au peuple, non sa doctrine propre, mais celle du Maître qui l'a envoyé. Touché de compassion devant l'ignorance religieuse des gens des campagnes, Don Alphonse fonde avec plusieurs compagnons, en novembre 1732, un nouvel Institut religieux qui prendra pour nom «Congrégation du Très Saint Rédempteur». Pénétrés de la surabondance de la Rédemption acquise par le Christ sur la Croix, les Rédemptoristes se consacrent à prêcher des missions aux pauvres gens, afin de les instruire des vérités fondamentales de la foi, et de les éclairer sur la grande affaire.

Don Alphonse écrira en effet: «Une affaire dépasse en importance toutes les autres: c'est l'affaire de notre salut éternel; il y va de notre fortune ou de notre ruine éternelle. Impossible, en effet, d'échapper à cette alternative: nous sauver ou nous perdre pour toujours, mériter une éternité de joies ou une éternité de supplices, vivre à jamais heureux ou malheureux» (Voie du Salut [VS], 1re Méditation). Le salut des âmes est au centre des préoccupations de l'Église, comme l'a rappelé le Pape Benoît XVI en s'adressant aux évêques d'Amérique latine: «Notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à connaître pleinement la vérité (1 Tm 2, 4-6). Telle est la finalité de l'Église – et il n'y en a aucune autre: le salut des âmes, une par une» (13 mai 2007). «Chose étonnante! écrit encore Don Alphonse. Il n'y a personne qui ne rougisse d'être taxé de négligence dans les affaires du monde; et il y en a tant qui ne rougissent pas de négliger la plus importante de toutes: celle de l'éternité!... Affaire importante, affaire unique, affaire irréparable. Assurément, le comble de l'erreur, c'est de méconnaître l'importance du salut éternel; et c'est par conséquent le comble du malheur que de manquer son salut. À tout autre mal il y a remède: on perd une somme d'argent, mais il y a moyen d'en gagner une autre; on perd son emploi, mais il se peut qu'on le recouvre; et quand même on perdrait la vie, si on sauve son âme, tout est réparé. Mais celui qui se damne, se damne sans remède. Car on ne meurt qu'une fois, et l'âme, une fois perdue, est perdue pour toujours» (Préparation à la Mort [PM], 12e Considération).

Sans attendre

Il faut donc nous préparer à la mort qui peut survenir à tout moment. «Il faut bien se persuader que le temps de la mort n'est pas le temps favorable pour se mettre en mesure d'assurer la grande affaire du salut éternel. C'est par avance que les personnes prudentes prennent, dans les affaires de ce monde, toutes les dispositions nécessaires pour s'assurer tel avantage, tel poste, telle alliance; et s'il s'agit de la santé du corps, elles recourent aussitôt aux remèdes prescrits. Que diriez-vous de celui qui, devant concourir pour une chaire de professeur, ne voudrait pas s'appliquer à l'étude avant l'ouverture du concours?... Voilà ce que fait le Chrétien qui attend, pour régler les affaires de sa conscience, que la mort frappe à sa porte» (PM, 10e Considération). Commentant ces paroles de saint Paul: Opérez votre salut avec crainte et tremblement (Ph 2, 12), Don Alphonse écrira encore: «Pour nous sauver, il faut craindre de nous damner, de façon, toutefois, à craindre moins l'enfer que le péché; car le péché seul peut nous conduire en enfer. Qu'est-ce que craindre le péché? C'est fuir les occasions dangereuses, se recommander souvent à Dieu, prendre les moyens de se tenir en état de grâce. Agir ainsi, c'est se sauver; agir autrement, c'est rendre son salut moralement impossible» (VS, 6e Méditation).

Les gens de la campagne bénéficiant des missions reçoivent avec avidité ces saintes vérités, et se préparent au sacrement de Pénitence. Les missionnaires, fidèles ministres de la réconciliation, passent de longues heures au confessionnal. Là, en vrais médecins des âmes, ils savent consoler les affligés. «Plus une âme est enfoncée dans le mal, dit Don Alphonse, plus il faut la bien recevoir, afin de l'arracher aux griffes de l'ennemi». L'écoute du pénitent avec patience et douceur contribue à le disposer à l'absolution, soit immédiatement, soit après un temps d'épreuve. Comme pénitence sacramentelle, Don Alphonse impose des exercices de piété très simples, mais de nature à éloigner du péché et à ranimer la ferveur. Déchargées de leurs péchés, ces personnes reçoivent ensuite la sainte Communion, et s'en vont raconter leur bonheur aux habitants des hameaux plus éloignés, glorifiant ainsi la miséricorde de Dieu. «Dieu ne saurait dédaigner celui qui vient se jeter à ses pieds. Que dis-je? Lui-même invite le pécheur et Il s'engage à l'accueillir tout aussitôt. Reviens à moi, dit le Seigneur, et je te recevrai (Jr 3, 1). Tournez-vous vers moi et je me tournerai vers vous (Zac 1, 3). Oh! avec quel amour, avec quelle tendresse Dieu presse contre son coeur le pécheur qui revient à Lui!... Il met sa gloire à user de miséricorde envers les pécheurs et à leur pardonner...» (PM, 16e Considération).

L'abondance du rachat

Face au rigorisme janséniste qui faisait de Dieu un juge sévère sans miséricorde, le Père Alphonse, qui avait choisi pour devise «Copiosa apud Eum redemptio: Près de Lui l'abondance du rachat» (Ps 129 [130]), insiste sur la bonté de Jésus et son amour pour tous les hommes. En même temps, il met en garde contre ceux qui, écartant la pensée de la justice divine, ne prêchent que l'amour. L'amour divin, pour être solide et durable, doit se fonder sur une foi intégrale: Dieu est infiniment bon, mais aussi infiniment juste. «Sans doute, écrit-il, la miséricorde de Dieu est infinie. Mais les actes de cette miséricorde, et, par conséquent, les grâces de pardon, ont leurs limites. Dieu est miséricordieux, mais il est juste aussi... La miséricorde est promise à celui qui craint Dieu et non pas à celui qui abuse de la miséricorde. Sa miséricorde, s'écrie la divine Mère dans son sublime cantique, se répand sur ceux qui le craignent (Lc 1, 50). Quant aux obstinés, ils sont menacés de sa justice. Or, dit saint Augustin, si Dieu ne trompe pas quand Il promet, Il ne trompe pas non plus quand Il menace. Fidèle dans ses promesses, Il l'est également dans ses menaces. Ce n'est pas Dieu, mais le démon qui vous pousse au péché par l'espoir de la miséricorde...» (PM, 17e Considération).

Le plus important

Mais comment imprimer ce juste portrait de Dieu, à la fois miséricordieux et juste, dans les âmes? Fidèle écho de la tradition, Alphonse de Liguori répond: par l'oraison quotidienne. Dans sa pensée, l'art d'aimer Dieu se confond avec l'art de méditer ou de faire oraison, parce que c'est dans la méditation que l'âme acquiert la connaissance de Dieu et s'éprend d'amour pour Lui. Ainsi, son livre le plus important, de son propre aveu, est-il Le Grand Moyen de la Prière. Dans cet ouvrage, Alphonse explique: l'homme, en raison des conséquences du péché originel, est attiré vers le mal, et il ne peut par ses propres moyens y résister en tout temps; en effet, seule la grâce de Dieu rend possible l'observation de tous les commandements, nécessaire pour le salut. «Puisqu'ils expriment les devoirs fondamentaux de l'homme envers Dieu et envers son prochain, les dix commandements révèlent, en leur contenu primordial, des obligations graves. Ils sont foncièrement immuables et leur obligation vaut toujours et partout. Nul ne pourrait en dispenser... Ce que Dieu commande, Il le rend possible par sa grâce» (Catéchisme de l'Église catholique, [CEC] 2072, 2082). Or, comme le dit saint Augustin, «Dieu veut donner ses grâces, mais Il ne les donne qu'à celui qui les demande». À l'encontre de ceux qui disent que l'observation des commandements n'est pas possible dans certains cas concrets, le même Docteur répond: «Que l'homme qui veut et ne peut pas, reconnaisse qu'il ne veut pas encore pleinement, et qu'il prie afin d'avoir une volonté assez grande pour accomplir les commandements». C'est pourquoi saint Alphonse écrit: «Dieu ne refuse à personne la grâce de la prière, et celle-ci nous aide à vaincre toute concupiscence et toute tentation. Je dis, je le répète et je le répéterai tant que je vivrai, tout notre salut consiste en une seule chose: la prière». D'où l'axiome célèbre, repris par le Catéchisme: «Qui prie, se sauve certainement; qui ne prie pas se damne certainement» (CEC 2744).

Certains auteurs de cette époque, sous l'influence du protestantisme et du jansénisme, avaient tendance à détourner les fidèles de la dévotion à la Très Sainte Vierge. Aussi Don Alphonse publie-t-il en 1750Les Gloires de Marie [GM], qui est un commentaire du Salve Regina; il y énonce les prérogatives de la Mère de Dieu: toutes les grâces passent par les mains de Marie, et par conséquent Marie est notre médiatrice nécessaire (cf. GM, ch. 5). En effet, de même que Marie est la Mère de Jésus, Dieu veut qu'elle soit la Mère de chaque homme racheté par Jésus. De même qu'elle a porté Jésus dans son sein, elle nous porte dans son coeur jusqu'à ce que le Christ soit formé en nous. «C'est en considération des mérites de Jésus-Christ que Marie fut investie de ce grand pouvoir qui la constitue Médiatrice, non pas à titre de justice, mais à titre de grâce et par intercession» (ibid.). Don Alphonse veut que l'on prêche toujours, dans les missions, un sermon sur la Vierge Marie, Mère de Miséricorde, et sur la nécessité, pour qui veut persévérer et se sauver, de recourir fréquemment à son intercession. Il écrit: «La bienheureuse Vierge a révélé à sainte Brigitte : «Je suis la Reine du Ciel et la Mère de Miséricorde ; je suis la joie des justes et la porte par laquelle les pécheurs ont accès auprès de Dieu. Il n'est pas de pécheur maudit au point d'être privé des effets de ma miséricorde tant qu'il vit sur la terre... Aucun pécheur n'est tellement rejeté de Dieu, qu'il ne puisse, en m'appelant à son aide, retourner à Dieu et obtenir miséricorde»... Marie a été établie Reine de Miséricorde pour sauver, par sa protection, les pécheurs les plus coupables et les plus désespérés, pourvu qu'ils se recommandent à elle» (GM, ch. 1).

Vivre avec Jésus

Posant en principe que tous les Chrétiens sont appelés à la sainteté qui «consiste dans l'amour de Jésus-Christ, notre Dieu, notre souverain bien, notre Sauveur», Alphonse publie plusieurs ouvrages qui aident à contempler sa vie: Neuvaine de NoëlRéflexions sur la PassionVisites au Saint-Sacrement, et surtout La Pratique de l'Amour envers Jésus-Christ. Cet art veut qu'on détache son coeur de toute créature pour l'unir à la volonté de Jésus, en sorte qu'ainsi transformé, on puisse s'écrier avec saint Paul: Je vis, mais ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi (Gal 2, 20). Dans La Manière de Converser avec Dieu et L'Uniformité avec la Volonté de Dieu, Alphonse donne de précieux conseils pour aider l'âme à vivre en présence du Seigneur, à Lui parler coeur à coeur et à accepter de sa Main aimante tout ce qui nous arrive. Le saint compose également d'autres ouvrages dans le but de susciter le désir de tout sacrifier pour suivre Jésus de plus près: la Selva, sur les devoirs de l'âme sacerdotale, et laVera Sposa, sur les devoirs de ceux et celles qui font profession des conseils évangéliques. Dans la formation des jeunes vocations, saint Alphonse insiste pour que l'on suive l'enseignement de saint Thomas d'Aquin. Face à la diversité des opinions, il entreprend de réviser la théologie morale avec une sagesse telle qu'en 1950 le Pape Pie XII lui conférera le titre de «Patron céleste de tous les confesseurs et moralistes». Face au rigorisme, il affirme que le prêtre ne doit pas refuser l'absolution au pénitent bien disposé, c'est-à-dire vraiment contrit et ayant le ferme propos de ne plus pécher; face au laxisme, il ne permet pas qu'on admette aux sacrements les âmes qui ne sont pas décidées, avec la grâce de Dieu, à éviter tout péché grave.

Les épreuves ne manquent pas à la jeune Congrégation des Rédemptoristes. En 1752, le roi des Deux-Siciles, Charles III, décrète la spoliation des biens de l'institut, en les faisant passer aux mains des évêques. Plus tard, c'est Alphonse lui-même qui est obligé, par les intrigues de certains de ses fils, d'abandonner son poste et de s'éloigner. Sans se troubler, il prêche aux siens la soumission à la volonté divine: «Le Seigneur, dit-il, veut faire prospérer l'Institut non point par la faveur ou la protection des princes, mais par le mépris, la pauvreté, la souffrance et la persécution. Quand avez-vous vu les oeuvres de Dieu commencer au milieu des applaudissements? Saint Ignace augurait bien de l'avenir lorsqu'on lui apprenait quelque nouvelle tracasserie ou quelque nouveau revers».

En 1762, le Père Alphonse est nommé évêque de Sainte-Agathe-des-Goths, petit diocèse non loin de Naples. Malgré l'exemple de nombreux prélats de son temps, pour qui l'épiscopat exige luxe et apparat, il continue à mener une vie pauvre et mortifiée. Grâce à ses prédications, en peu de temps toute la ville épiscopale a changé de face: confessions et communions deviennent plus fréquentes, les églises se remplissent, la dévotion à la Sainte Vierge croît dans tous les coeurs. Soucieux de l'avenir du diocèse, il examine avec soin les candidats au sacerdoce avant de leur imposer les mains. À une époque où les postes ecclésiastiques rémunérés attirent nombre de sujets peu aptes à exercer le ministère, son zèle le conduit à refuser les candidats indignes. Le relâchement plus ou moins général de l'époque a amené la ruine de la ferveur, même à l'autel. Un des objets principaux de la sollicitude de Mgr de Liguori est de rétablir partout l'exacte observance des rites sacrés. En effet, hier comme aujourd'hui, la gloire de Dieu exige la dignité dans le service des divins mystères: «Le Mystère de l'Eucharistie est trop grand pour que quelqu'un puisse se permettre de le traiter à sa guise, en ne respectant ni son caractère sacré, ni sa dimension universelle... Tous les fidèles du Christ disposent du droit de bénéficier d'une véritable liturgie – et cela vaut tout particulièrement pour la célébration de la sainte Messe – qui soit conforme à ce que l'Église a voulu et établi» (Instruction Redemptionis Sacramentum de la Congrégation pour le Culte Divin, 25 mars 2004, nn. 11 et 12).

Perclus pendant dix-neuf ans

À partir de 1768, Mgr de Liguori est frappé d'une maladie qui s'étend à toutes les articulations du corps. Bientôt les vertèbres du cou se replient sur elles-mêmes, obligeant le menton à appuyer fortement sur la poitrine, ce qui occasionne une plaie vive et rend difficile la respiration. Le saint demeurera perclus durant les dix-neuf années qui lui restent à vivre. En dépit de cette torture, on ne l'entend jamais émettre une plainte. S'adressant au grand crucifix placé devant lui, il s'écrie: «Je vous remercie, Seigneur, de me donner quelque part aux souffrances que vous avez endurées dans vos nerfs, lorsqu'on vous a cloué sur la croix. Je veux souffrir, ô mon Jésus, comme vous voudrez et autant que vous voudrez; seulement donnez-moi la patience. Brûlez, coupez, ne m'épargnez pas ici-bas, mais épargnez-moi dans l'éternité». En juillet 1775, Pie VI accepte sa démission de l'épiscopat. Les dernières années de sa vie sont occupées à écrire et à défendre ses religieux. En juillet 1787, Mgr de Liguori est proche de la mort. Au moment où on lui apporte le saint Viatique, il s'écrie: «Mon Jésus, mon Jésus, ne me quittez pas!» Le 1er août, tenant sur son coeur le crucifix et l'image de Marie, il s'endort doucement dans le Seigneur au moment où la cloche du couvent sonne l'Angélus. Il a été déclaré «Docteur de l'Église» par le bienheureux Pie IX en 1871.

À l'occasion du deuxième centenaire de sa mort, le 1er août 1987, le Pape Jean-Paul II écrivait: «La popularité de notre saint repose sur sa concision, sa clarté, sa simplicité, son optimisme, son affabilité qui va parfois jusqu'à la tendresse. À la racine de cet amour du peuple qui est le sien, il y a l'angoisse du salut éternel: se sauver soi-même et sauver les autres. Et il désire ardemment non seulement le salut, mais la perfection et jusqu'à la sainteté. C'est pourquoi son action pastorale n'exclut personne: il écrit à tous, il écrit pour tous».

Saint Alphonse-Marie de Liguori, obtenez-nous la grâce de marcher résolument dans la voie du salut éternel et d'y entraîner le plus d'âmes possible! 

Dom Antoine Marie osb, abbé

 

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«Vous êtes le sel de la terre (…). Vous êtes a lumière du monde»

Aujourd'hui, fête de saint Alphonse Marie de Liguori (1696-1787), nous demandons l'intercession de quelqu'un qui a su dire "oui" au Seigneur et qui a pris très au sérieux les paroles de l'Evangile : "Vous êtes le sel de la terre" (Mt 5,13).

Alphonse faisait partie d'une famille distinguée, il était intelligent et studieux. Avocat à 19 ans, c'était un homme juste qui ne perdait aucune affaire ! Un jour il a découvert qu'il avait soutenu – sans le savoir – une cause qui n'était pas juste et cela l'a amené à réfléchir radicalement sur la vie. Il a fait une retraite spirituelle et a reçu la Confirmation. Ces deux événements ont ravivé sa ferveur. L'année suivante, il a entendu deux fois une voix qui lui disait : Abandonne le monde et consacre-toi à moi. Très tôt Dieu lui a confirmé quelle était sa volonté.

Il est allé à l'église de Notre Dame de la Miséricorde pour demander son admission à l'Oratoire. Ceci l'a conduit à se consacrer à Elle et à être au cours de son apostolat un reflet fidèle de l'amour pour la Très Sainte Vierge. Selon les paroles du Pape François : "Marie est la mère du "oui". Oui au rêve de Dieu, oui au projet de Dieu, oui à la volonté de Dieu. Un oui qui, comme nous le savons, n'a pas été facile à vivre pour elle. C'est pour cela que nous l'aimons tant et que nous trouvons en elle une vraie Mère qui nous aide à garder vives la foi et l'espérance au milieu de situations compliquées".

Découvrir – comme l'a fait Alphonse Marie – les authentiques "Gloires de Marie" c'est découvrir ce que signifie suivre Jésus pleinement, le connaître et l'aimer pour conduire les autres aux joies de l'Evangile. Le saint d'aujourd'hui a aimé généreusement Dieu, notre Mère la Vierge Marie et tout le monde : c'est un bon exemple pour nous ! Nous pouvons demander au Seigneur lors de notre prière quotidienne ce qu'il attend de nous, et être attentifs – comme l'a été Alphonse Marie – pour répondre à sa demande. Soyons généreux et répondons comme notre Mère du ciel : "Que tout s'accomplisse en moi selon votre Parole (Lc 1,38).

Abbé Juan Carlos ALAMEDA Vega
(San Cristóbal de La Laguna, Espagne)

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Avec l’aimable autorisation de Mr CLAUDE TURCOTTE

 

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Date de dernière mise à jour : 2018-02-12