Sainte Catherine JARRIGE

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1754-1836

i – ENFANCE ET ADOLESCENCE

Catherine JARRIGE vint au monde à DOUMIS, paroisse de CHALVIGNAC, le 4 octobre 1754. Dernière née d'une famille de sept enfants, elle avait trois frères et trois sœurs: une famille nombreuse. Une famille d'agriculteurs pauvres. Quand on visite à DOUMIS sa maison natale, où elle a fait ses premiers pas, on est frappé par l'exiguïté de la demeure: une seule pièce de dimensions modestes au rez-de-chaussée, un cantou, un grenier qui devait servir de dortoir. Une vie rude. On ne chômait pas chez les JARRIGE. Pierre JARRIGE, le père, s'engagea comme fermier: il dut travailler dur pour la survie des siens.

C'est le temps de la prime enfance. CATINON mène la vie toute simple d'une petite paysanne pauvre de son temps: pauvrement vêtue, fille de plein air et de franc amusement. A l'époque, pas de scolarité obligatoire. L'école, comme beaucoup de jeunes de son temps, elle ne put la fréquenter. Elle n'eut pour toute science que cette sagesse rurale, acquise par l'expérience et l'enseignement des anciens, le contact quotidien avec la nature, et son catéchisme. Elle savait lire un peu: on a conservé longtemps à MAURIAC son livre de prières et sa règle de tertiaire dominicaine. Elle vit dans les champs avec ses frères et sœurs et les enfants des environs. Elle garde chèvres et moutons, les mène à la pâture.

Elle est gaie, primesautière, espiègle même. Elle joue des tours à ses compagnons de jeu. Comme avec tous les enfants, les disputes ne manquaient pas et notre CATINON n'était pas la dernière à se jouer des petits bergers qui l'avaient battue. Elle ouvrait les claire-voies des pâturages ou faisait un trou dans la muraille, de sorte que les troupeaux de ses adversaires d'un jour allaient et venaient à l'aventure dans les près voisins. CATINON a raconté plus d'une fois ses fredaines de jeunesse pour les déplorer.

Les finances des JARRIGE n'étaient pas brillantes. Les parents durent se résoudre à placer leurs enfants. Voilà donc CATINON louant ses services encore toute petite, à l'âge de dix ans. La jeune Catherine était travailleuse, donnant pleine satisfaction à ses maîtres. Soixante ans plus tard, les autorités de l'arrondissement qui la proposèrent pour le prix MONTHYON, lui donneront ce satisfecit: « Elle servit successivement plusieurs maîtres avec une fidélité, une activité, une intelligence qui la distinguèrent dans sa condition ». Quand on songe à ce qu'était la vie des petits pâtres ou des petites bergères qu'on engageait au pair, aux brimades dont ils étaient parfois l'objet, à leur peine d'être séparés de leur famille, au rythme de travail plus qu'intensif auquel ils étaient soumis, l'éloge n'est pas mince.

Vers douze ou treize ans, CATINON fait sa première communion. Elle se prépare avec soin à cette étape importante de son existence. De l'avis général, il se produit un changement en elle. Elle entre dans l'adolescence, devient plus sérieuse, attachée à la prière.

Le 22 décembre 1 767, sa mère décède à l'âge de 47 ans. Catherine a 13 ans et deux mois. Elle n'eut donc pas une enfance toujours facile, confrontée à la pauvreté et à la privation de la vie de famille, à l'obligation de travailler dès l'âge de dix ans. Ces épreuves lui forgèrent une âme forte et courageuse.

II – UNE SAINTE JOYEUSE

On connaît le proverbe: « Un saint triste est un triste saint ». Catherine fut une sainte joyeuse. Jamais elle ne perdit l'humeur enjouée, gaie, rieuse et même un peu espiègle de sa prime jeunesse.

On pourrait en faire la patronne des danseurs. En grandissant, Catherine apprit la danse, l'une des rares réjouissances de cette époque en milieu rural. Elle se passionne pour la danse qui devient littéralement son « hobby» : « J'allais partout » dira-t-elle, « où il y avait une veillée, une danse, une musette ».

Elle dansait la bourrée. Quand a commencé son procès de béatification en 1911-1930, il n'était pas très indiqué pour une sainte de danser. Les témoins interrogés alors soulignèrent qu'elle ne dansait que la bourrée et, je cite leur commentaire: « la bourrée, danse peu répréhensible, qui ne prête pas à conséquence ». Quand CATINON prit conscience que le Seigneur l'appelait à son service, elle renonça à la danse, non sans mal. CATINON déclarait elle-même que ce renoncement fut sans doute l'un des plus grands sacrifices de sa vie. Pour y parvenir, elle dut contraindre fortement sa nature impétueuse. Elle le fit pour être plus libre dans le service des pauvres et des malades, pour se consacrer à Dieu sans partage. La règle des Tertiaires dominicaines, dont elle faisait, partie interdisait d'aller au bal. Dieu seul désormais était sa Joie et son chant.

III – MENETTE DES PAUVRES – MENETTE DES PRÊTRES

Car Dieu l'appelait au service des pauvres, des malades, des orphelins. Pour mieux s'y consacrer, Catherine se fixa à MAURIAC et entra dans le Tiers-Ordre de saint Dominique. Elle devint ainsi une « Menette ». Les Menettes étaient des laïques et non des religieuses. Elles se donnaient à Dieu tout en vivant dans le monde, au milieu de leurs concitoyens. Leur statut s'apparentait à celui des actuels Instituts séculiers ou des vierges consacrées. Leur activité principale était l'aide aux plus démunis, une aide non seulement matérielle mais aussi spirituelle. Elles étaient au milieu de leurs contemporains les témoins de la tendresse de Dieu pour tout homme. Elles collaboraient aussi à la catéchèse. Leur règle leur prescrivait des temps de prière réguliers, l'assistance quotidienne à la Messe. Une vie d'union profonde avec le Christ. II y avait alors à MAURIAC quatre groupes de Menettes: le Tiers-Ordre de Notre Dame, celui de St François, celui de Ste Agnès qui a survécu jusqu'en 1914, et celui de St Dominique. Catherine choisit celui de St Dominique. Pourquoi ce choix ? Nous l'ignorons. Sans doute parce qu'elle portait le nom d'une grande dominicaine, Catherine de Sienne. II y avait également un couvent de dominicaines à MAURIAC, dont l'abbé RONNAT, curé de la paroisse était le supérieur. C'est par la vie de sa sainte patronne et par le curé de MAURIAC que CATINON aura connu la famille dominicaine. Sans doute était-elle aussi attirée par l'esprit évangélique, apostolique, de St Dominique. Le service des plus pauvres n'était-il pas la meilleure façon d'annoncer l'Evangile? CATINON le pensait. Elle entra donc dans la famille dominicaine.

CATINON se mit à l'ouvrage: près de cinquante belles années au service des pauvres et des malades, des orphelins, des malheureux de la région de MAURIAC. Elle leur donna sa vie.

Les pauvres d'abord. II n'en manquait pas à la fin du XVllle siècle et au début du XIXe. CATINON les connaissait, elle savait leurs besoins. Elle passait une partie de ses journées à quêter pour eux dans tout MAURIAC chez les plus fortunés surtout. Toute la bourgeoisie mauriacoise fut mise à contribution pendant des années. Catherine portait sur son tablier deux grandes poches en cuir où elle mettait le fruit de ses quêtes. En entrant dans la maison où elle quêtait, elle montrait d'un regard et d'un sourire ses deux poches, qu'elle tenait larges ouvertes et elle disait d'une joyeuse façon en patois : « Mettez-là ! Mettez-là ! » ou: « Bonjour, Madame, je reviens encore. Oh ! Ne vous fâchez pas ! » C'était là tout son discours. On devinait le reste. La maîtresse de maison se fâchait parfois. La Menette ne s'effarouchait pas. Elle continuait à sourire et restait là. On lui donnait toujours. II lui arrivât parfois de prendre un air grave et fâché; elle criait plus fort que ses interlocuteurs: « Ah? Vous autres, grande Madame, grand Monsieur, vous avez tout ce qu'il vous faut, et de l'argent, et du pain blanc, et du bon vin, et de bons feux. Vous vous souciez peu de ceux qui meurent de faim ou de froid. Mais ce n'est pas ça... Allons, voyons, donnez ou je prends ». Et on lui donnait. Même les cœurs les plus endurcis se laissaient vaincre par le sourire de CATINON. Elle emportait du pain, des saucissons, des fruits ou des habits pour ses pauvres et ses malades.

Quand elle rencontrait un orphelin ou un petit enfant pauvre, souffreteux, déguenillé, grelottant dans les rues de MAURIAC, elle le prenait par la main, le conduisait chez elle ou dans quelque maison charitable, et là, elle le réchauffait, lui servait à manger, rapiéçait ses habits. Avant de le renvoyer chez lui, elle lui donnait ce qu'elle avait: du pain, un bonnet, une chemise, une casquette, des sabots.

CATINON ne tirait jamais orgueil de son activité caritative. Elle agissait gratuitement, sans bruit, par amour du Christ et des autres. Amie des pauvres, elle vivait elle-même dans une grande pauvreté. Que de fois on lui donna des vêtements ou des souliers pour son usage personnel ! Dans les minutes qui suivaient, elle avait tôt fait de trouver un pauvre qui en héritait. Elle allait jusqu'à sacrifier sa nourriture pour les pauvres. Un jour, une bourgeoise voulut lui donner plus que son ordinaire qui se composait d'une soupe de pain bis. CATINON se mit à dire en patois: « Bouche, tu en veux. Bouche, tu n'en auras pas ».

C'était une âme de prière. Elle puisait la force d'agir dans la prière comme à une source d'eau vive. Elle priait à l'église, chez elle, mais aussi dans les rues de la ville. Partout, on peut faire une place à Dieu : « Que de fois » raconte un témoin, je l'ai vue venir à moi, une main tendue pour recevoir l'aumône, l'autre cachée sous son tablier où elle tenait secrètement son chapelet ».

Pendant la Révolution, CATINON ressentit cruellement la déchirure de l'Eglise, le schisme, résultant de la Constitution civile du clergé. II y avait deux Églises en FRANCE. La Menette souffrait de voir consacrées par la loi française la rupture de la communion avec l'Eglise de ROME, avec le Pape, la suppression de la vie consacrée, de la vie religieuse, la déchristianisation sous la Terreur, les persécutions injustes contre le clergé réfractaire.

Dans la tourmente, elle comprit que l'enjeu était tout simplement la survie de l'Eglise, la continuation de l'annonce de l'Evangile par l'Eglise du Christ. Refusant d'assister aux offices du clergé constitutionnel, elle aidait les réfractaires persécutés à exercer leur ministère clandestinement. Elle cachait deux réfractaires dans sa maison.

Au plus fort de la Terreur, CATINON parcourait les bois pour apporter nourriture, vêtements et objets du culte pour la célébration de la messe aux prêtres qui se cachaient. Elle accompagna l'abbé FILIOL aux pieds de l'échafaud et recueillit son sang comme les premières chrétiennes recueillaient le sang des martyrs.

On l'arrêta deux fois . Elle passa une fois en jugement et fut acquittée faute de preuves. Elle n'ignorait pas qu'elle risquait sa vie. La loi punissait à la fois les suspects et les receleurs de prêtres réfractaires. Mais elle avait le courage que procure l'Esprit de Dieu aux âmes fortes. La persécution dura dix ans.

Lorsque la Révolution prit fin, elle continua d'apporter son aide au clergé pour reconstruire la paroisse de MAURIAC, pour que l'Evangile règne dans les cœurs. Menette des pauvres, elle devint ainsi la Menette des prêtres.

Après la Révolution, elle continua jusqu'en 1836 son ministère incessant auprès des pauvres, des orphelins et des malades. Trente-six nouvelles années bien remplies au service des plus démunis. En les servant, elle avait conscience de servir le Christ souffrant.

IV – LA « PÂQUE » ET LA « MÉMOIRE » DE CATINON-MENETTE

Après une vie bien remplie, une vie de service et d'amour des plus pauvres et de l'Eglise, CATINON-MENETTE rend son âme à Dieu, le 4 juillet 1836. Elle est pleurée de tous. Toute la région se mobilise pour ses obsèques. Des plus riches aux plus pauvres, les plus favorisés de la fortune comme les ouvriers, les fermiers, les métayers des environs, tous tiennent à lui rendre un dernier hommage. Une immense foule.

CATINON-MENETTE n'a pas été oubliée des cantaliens. Sa tombe est toujours entretenue et fleurie. On la prie. On demande son intercession auprès du Seigneur pour les malades, pour les plus démunis, pour les vocations. Sa cause de béatification, commencée en 191 1, s'est achevée en juin 1996. Le pape Jean-Paul II l'a déclarée « Bienheureuse" le dimanche 24 novembre 1996, en la basilique Saint-Pierre de Rome. « La vie des saints », écrit St François de Sales, « n'est pas autre chose que l' Evangile vécu. II n'y a pas plus de différence entre l'Evangile écrit et la vie des saints, qu'entre une musique notée et une musique chantée ». CATINON-MENETTE, cette Sainte de chez nous, n'est-elle pas un très beau témoin de l'Evangile dans nos montagnes? Elle fait partie de nos « racines » ecclésiales, de nos ancêtres dans la Foi, de ceux qui nous ont transmis le don précieux de l'Amour évangélique. CATINON-MENETTE a du renoncer à la danse sur la terre mais nul doute que dans le Royaume, le Seigneur lui ait permis de danser pour Lui. Le prophète Sophonie ne rapporte-t-il pas que le Seigneur aime la danse: « Le Seigneur dansera pour toi avec des cris de joie, comme aux jours de fête» (Sa 3, 1 7,18). Puisse CATINON-MENETTE nous entraîner dans la danse de Dieu.

Philippe Dupuy

http://nouvl.evangelisation.free.fr/catherine_jarrige_dupuy.htm

  

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Date de dernière mise à jour : 2014-06-29