Saint Éphrem le Syrien

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Diacre et Docteur de l'Église († 373)

 Quelques écrits

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Ephrem le Syrien, né au IVe siècle, fut le grand poète de la langue syriaque. Il est né de parents chrétiens, d’après ce qui ressort de ses propres écrits, à Nisibe, dans la Haute-Mésopotamie. Cette ville était un avant-poste de l’empire romain oriental et elle remplissait toutes les conditions pour être le point de rencontre entre l’Orient et l’Occident.

 Après la chute de Nisibe, en 363, la population chrétienne de la ville fut évacuée et Éphrem finit par arriver à Édesse, qui se trouve à quelque cent cinquante kilomètres plus à l’Ouest, au sud-est de la Turquie, aujourd’hui Urfa.

 Éphrem est l’héritier de l’interprétation biblique du judaïsme. Sur ce point S. Brock écrit :

 « Et ceci peut être considéré sous deux angles. D’abord en ce qu’il a hérité, comme tout chrétien, de la Bible juive, devenue l’Ancien Testament des chrétiens. Ses œuvres montrent une familiarité intime avec la Bible, particulièrement ses hymnes, qui sont truffées de subtiles allusions littéraires ; il s’attendait, bien sûr, à ce qu’elles soient comprises de ses auditeurs et de ses lecteurs. Et puis, et ceci est encore plus significatif, Éphrem est aussi l’héritier de nombreuses traditions juives étrangères à la Bible, qu’on peut trouver dans la littérature post-biblique de Targum et des Midrash ».

 Éphrem passa ces dernières dix années à Édesse. Il est mort le 9 juin 373.

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 BENOÎT XVI 

AUDIENCE GÉNÉRALE 

Mercredi 28 novembre 2007

 

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Saint Ephrem le Syrien

 

Chers frères et sœurs,

 Selon l'opinion commune d'aujourd'hui, le christianisme serait une religion européenne, qui aurait ensuite exporté la culture de ce continent dans d'autres pays. Mais la réalité est beaucoup plus complexe, car la racine de la religion chrétienne se trouve dans l'ancien Testament et donc à Jérusalem et dans le monde sémitique. Le christianisme se nourrit toujours à cette racine de l'Ancien Testament. Son expansion au cours des premiers siècles a eu lieu aussi bien vers l'Occident - vers le monde gréco-latin, où il a ensuite inspiré la culture européenne - que vers l'Orient, jusqu'à la Perse, à l'Inde, contribuant ainsi à susciter une culture spécifique, en langues sémitiques, avec une identité propre. Pour montrer cette multiplicité culturelle de l'unique foi chrétienne des débuts, j'ai parlé dans la catéchèse de mercredi dernier d'un représentant de cet autre christianisme, Aphraate le Sage persan, presque inconnu chez nous. Dans cette même optique, je voudrais aujourd'hui parler de saint Ephrem le Syrien, né à Nisibe vers 306 dans une famille chrétienne. Il fut le représentant le plus important du christianisme de langue syriaque et réussit à concilier d'une manière unique la vocation du théologien et celle du poète. Il se forma et grandit à côté de Jacques, Evêque de Nisibe (303-338), et il fonda avec lui l'école de théologie de sa ville. Ordonné diacre, il vécut intensément la vie de la communauté chrétienne locale jusqu'en 363, année où la ville de Nisibe tomba entre les mains des Persans. Ephrem immigra alors à Edesse, où il poursuivit son activité de prédicateur. Il mourut dans cette ville en l'an 373, victime de la contagion de la peste qu'il avait contractée en soignant les malades. On ne sait pas avec certitude s'il était moine, mais il est cependant certain qu'il est resté diacre pendant toute sa vie et qu'il a embrassé l'état de virginité et de pauvreté. C'est ainsi qu'apparaît dans la spécificité de son expression culturelle, l'identité chrétienne commune et fondamentale:  la foi, l'espérance - cette espérance qui permet de vivre pauvre et chaste dans ce monde, en plaçant toutes ses attentes dans le Seigneur - et, enfin, la charité, jusqu'au don de soi-même dans le soin des malades de la peste.

 Saint Ephrem nous a laissé un grand héritage  théologique:   sa  production considérable peut se regrouper en quatre catégories:  les œuvres écrites en prose ordinaire (ses œuvres polémiques, ou bien les commentaires bibliques); les œuvres en prose poétique; les homélies en vers; et enfin les hymnes, qui sont certainement l'œuvre la plus vaste d'Ephrem. Il s'agit d'un auteur riche et intéressant sous de nombreux aspects, mais en particulier sous le profil théologique. Si nous voulons aborder sa doctrine, nous devons insister dès le début sur ceci:  le fait qu'il fait de la théologie sous une forme poétique. La poésie  lui permet d'approfondir la réflexion  théologique  à  travers  des paradoxes et des images. Dans le même temps sa théologie devient liturgie, devient musique:  en effet, c'était un grand compositeur, un musicien. Théologie, réflexion sur la foi, poésie, chant, louange de Dieu vont de pair; et c'est précisément dans ce caractère liturgique qu'apparaît avec limpidité la théologie d'Ephrem, la vérité divine. Dans sa recherche de Dieu, dans sa façon de faire de la théologie, il suit le chemin du paradoxe et du symbole. Il privilégie largement les images contrastantes, car elles lui servent à souligner le mystère de Dieu.

 Je ne peux pour le moment présenter que peu de chose de lui, également parce que la poésie est difficilement traduisible, mais pour donner au moins une idée de sa théologie poétique, je voudrais citer en partie deux hymnes. Tout d'abord, également en vue du prochain Avent, je vous propose plusieurs images splendides tirées des hymnes Sur la nativité du Christ. Devant la Vierge, Ephrem manifeste son émerveillement avec un ton inspiré:

 "Le Seigneur vint en elle pour se faire serviteur. 

Le Verbe vint en elle 
pour se taire dans son sein. 
La foudre vint en elle 
pour ne faire aucun bruit. 
Le pasteur vint en elle 
et voici l'Agneau né, qui pleure sans bruit. 
Car le sein de Marie 
a renversé les rôles:  
Celui qui créa toutes choses 
est entré en possession de celles-ci, mais pauvre. 
Le Très-Haut vint en Elle (Marie), 
mais il y entra humble. 
La splendeur vint en elle, 
mais revêtue de vêtements humbles. 
Celui qui dispense toutes choses 
connut la faim. 
Celui qui étanche la soif de chacun 
connut la soif. 
Nu et dépouillé il naquit d'elle, 
lui qui revêt (de beauté) toutes choses" 
(Hymne "De Nativitate" 11, 6-8)

 Pour exprimer le mystère du Christ, Ephrem utilise une grande diversité de thèmes, d'expressions, d'images. Dans l'une de ses hymnes, il relie de manière efficace Adam (au paradis) au Christ (dans l'Eucharistie): 

"Ce fut en fermant 
avec l'épée du chérubin, 
que fut fermé 
le chemin de l'arbre de la vie. 
Mais pour les peuples, 
le Seigneur de cet arbre 
s'est donné comme nourriture 
lui-même dans l'oblation (eucharistique). 
Les arbres de l'Eden 
furent donnés comme nourriture 
au premier Adam. 
Pour nous, le jardinier 
du Jardin en personne 
s'est fait nourriture 
pour nos âmes. 
En effet, nous étions tous sortis 
du Paradis avec Adam, 
qui le laissa derrière lui. 
A présent que l'épée a été ôtée 
là-bas (sur la croix) par la lance 
nous pouvons y retourner" 
(Hymne 49, 9-11).

 Pour parler de l'Eucharistie, Ephrem se sert de deux images:  la braise ou le charbon ardent, et la perle. Le thème de la braise est tiré du prophète Isaïe (cf. 6, 6). C'est l'image du séraphin, qui prend la braise avec les pinces, et effleure simplement les lèvres du prophète pour les purifier; le chrétien, en revanche, touche et consume la Braise, qui est le Christ lui-même: 

"Dans ton pain se cache l'Esprit 
qui ne peut être consommé; 
dans ton vin se trouve le feu 
qui ne peut être bu. 
L'Esprit dans ton pain, le feu dans ton vin:  
voilà une merveille accueillie par nos lèvres. 
Le séraphin ne pouvait pas approcher ses doigts de la braise, 
qui ne fut approchée que de la bouche d'Isaïe; 
les doigts ne l'ont pas prise, les lèvres ne l'ont pas avalée; 
mais à nous, le Seigneur a permis de faire les deux choses. 
Le feu descendit avec colère pour détruire les pécheurs, 
mais le feu de la grâce descend sur le pain et y reste. 
Au lieu du feu qui détruisit l'homme, 
nous avons mangé le feu dans le pain 
et nous avons été vivifiés" 
(Hymne "De Fide" 10, 8-10). 

Voilà encore un dernier exemple des hymnes de saint Ephrem, où il parle de la perle comme symbole de la richesse et de la beauté de la foi:  
"Je posai (la perle), mes frères, sur la paume de ma main, 
pour pouvoir l'examiner. 
Je me mis à l'observer d'un côté puis de l'autre:  
elle n'avait qu'un seul aspect de tous les côtés. 
(Ainsi) est la recherche du Fils, impénétrable, car elle n'est que lumière. 
Dans sa clarté, je vis la Limpidité, 
qui ne devient pas opaque; 
et dans sa pureté, 
le grand symbole du corps de notre Seigneur, 
qui est pur. 
Dans son indivisibilité, je vis la vérité, 
qui est indivisible" 
(Hymne "Sur la Perle" 1, 2-3).

 La figure d'Ephrem est encore pleinement actuelle pour la vie des différentes Eglises chrétiennes. Nous le découvrons tout d'abord comme théologien, qui, à partir de l'Ecriture Sainte, réfléchit poétiquement sur le mystère de la rédemption de l'homme opérée par le Christ, le Verbe de Dieu incarné. Sa réflexion est une réflexion théologique exprimée par des images et des symboles tirés de la nature, de la vie quotidienne et de la Bible. Ephrem confère un caractère didactique et catéchistique à la poésie et aux hymnes pour la liturgie; il s'agit d'hymnes théologiques et, dans le même temps, adaptées à la récitation ou au chant liturgique. Ephrem se sert de ces hymnes pour diffuser, à l'occasion des fêtes liturgiques, la doctrine de l'Eglise. Au fil du temps, elles se sont révélées un moyen de catéchèse extrêmement efficace pour la communauté chrétienne.

 La réflexion d'Ephrem sur le thème de Dieu créateur est importante:  rien n'est isolé dans la création, et le monde est, à côté de l'Ecriture Sainte, une Bible de Dieu. En utilisant de manière erronée sa liberté, l'homme renverse l'ordre de l'univers. Pour Ephrem, le rôle de la femme est important. La façon dont il en parle est toujours inspirée par la sensibilité et le respect:  la demeure de Jésus dans le sein de Marie a grandement élevé la dignité de la femme. Pour Ephrem, de même qu'il n'y a pas de Rédemption sans Jésus, il n'y a pas d'incarnation sans Marie. Les dimensions divines et humaines du mystère de notre rédemption se trouvent déjà dans les textes d'Ephrem; de manière poétique et avec des images fondamentalement tirées des Ecritures, il anticipe le cadre théologique et, d'une certaine manière, le langage même des grandes définitions christologiques des Conciles du V siècle.

 Ephrem, honoré par la tradition chrétienne sous le titre de "lyre de l'Esprit Saint", resta diacre de son Eglise pendant toute sa vie. Ce fut un choix décisif et emblématique:  il fut diacre, c'est-à-dire serviteur, que ce soit dans le ministère liturgique, ou, plus radicalement, dans l'amour pour le Christ, qu'il chanta de manière inégalable, ou encore, dans la charité envers ses frères, qu'il introduisit avec une rare habileté dans la connaissance de la Révélation divine.

 

 http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2007/documents/hf_ben-xvi_aud_20071128_fr.html

 

 

 

 

 

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Date de dernière mise à jour : 2016-06-16