Saint Jean Baptiste Marie VIANNEY

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Curé d'Ars Patron de tous les curés  (1786-1859)

Famille, enfance

C'est le 8 mai 1786 que naquit à Dardilly (près de Lyon) celui qui devait devenir le Saint Curé d'Ars.

Mathieu Vianney le père était de famille paysanne ainsi que son épouse Marie Béluse. Ils eurent six enfants dont seule Marguerite survivra à Jean-Marie et qui déposa au Procès de l'Ordinaire.

Elle dira : « Mon frère Jean-Marie, vint au monde vers minuit. La sage-femme sortit dehors et en rentrant, elle dit : « Oh ! mon Dieu, cet enfant sera un grand saint ou un grand scélérat. Je tiens cette particularité de mon père et de ma mère qui me l'ont répétée bien des fois ».

Marguerite présente Jean-Marie comme un frère placé dès le premier âge dans une exceptionnelle prédestination. Tout petit, sur les genoux de sa mère : « La pieuse femme, avant de lui donner sa soupe, avait soin de lui faire faire le signe de la croix. Un jour, elle l'oublia ; l'enfant ne voulut pas manger et il caressait les mains de sa mère, comme pour lui demander quelque chose. Elle comprit à la fin, lui fit faire le signe de la croix et il mangea sa soupe de bon cœur. Ma mère nous a mille fois raconté ce trait ».

Elle raconta sa ferveur très précoce à la prière : « Il avait à peu près trois ans, lorsqu'un soir il disparut, sans qu'on pût savoir ce qu'il était devenu. Comme il y avait une pièce d'eau à côté de la maison, ma mère craignit un malheur et fit même rechercher si l'enfant ne se serait pas noyé. Lorsqu'elle alla à l'étable, elle entendit le chuchotement de quelqu'un qui prie. C'était Jean-Marie qui, caché entre deux vaches, et à genoux, faisait dévotement sa prière ».

Son enfance se déroula entre le travail à la ferme et la prière. « Quand j'étais avec lui pour garder nos bestiaux, rapporte Marguerite, il me disait quelquefois : fais donc mon bas ! Il faut que j'aille prier vers la rivière ».

C'est à treize ans qu'il fit sa première communion et c'est à ce moment là qu'il reçut de ses catéchistes les premiers enseignements de lecture et d'écriture. Sa sœur dira : « Il désirait beaucoup étudier pour embrasser l'état ecclésiastique. Il en parla plusieurs fois à mon père qui n'objectait qu'une chose : les dépenses que ces études entraîneraient ».

Ce fut l'abbé Balley qui donna ses premières leçons à ce jeune homme de vingt et un ans pratiquement illettré.

Dès les premières leçons, il éprouvera de très grandes difficultés et ceci tout au long de ses études, mais devenir prêtre de Dieu était son seul désir.

Le séminaire

Après un séjour de plus d'un an à Noës après sa désertion, il reprit ses études à Écully. C'est à la Toussaint 1812 que le Curé d'Écully présenta Jean-Marie au petit séminaire de Verrières. L'abbé Tournier alors également séminariste en même temps de Jean-Marie dira : « Il était plein de respect et d'obéissance pour ses supérieurs et de bienveillance pour ses condisciples. Il était très pieux, mais faible dans ses études. Le professeur était obligé de l'interroger en français ».

Au séminaire de Saint Irénée il aura également beaucoup de difficultés. « Le résultat de ses études était nul, parce qu'il ne comprenait pas suffisamment la langue latine. Plusieurs fois, je lui ai donné des explications qu'il ne saisissait pas. Malgré cela, il paraissait s'appliquer continuellement à l'étude dira l'abbé Bezacier ».

Son premier examen fut déplorable. Il fut évincé de Verrières.

Toutefois, il entrait dans les desseins de Dieu que Jean-Marie Vianney fut ordonné prêtre. C'est une nouvelle fois avec la ténacité de l'abbé Balley qu'il fut interrogé seul et par un seul examinateur. Il répondit de façon à peu près convenable.

C'est en la chapelle du séminaire que le 23 juin 1815, Mgr Simon évêque de Grenoble, l'ordonna diacre.

En raison de la période trouble, il fut ordonné prêtre plus tôt, le 13 août, à l'âge de vingt-neuf ans. Le dimanche 20 août il célébra la messe dans l'Église d'Écully.

Au presbytère d'Écully

L'abbé Balley s'imposait un jeûne rigoureux, mais Jean-Marie Vianney se trouvait bien dans cette ambiance. C'était entre eux une émulation dans leur comportement de pénitents. M. Balley devait l'initier peu à peu au ministère pastoral.

La perte de son ami l'abbé Balley le laissa désemparé. Le nouveau Curé de la paroisse était complètement différent. Le jeune vicaire Jean-Marie Vianney fut nommé desservant de la chapellerie d'Ars-en-Dombes.

Le Curé d'Ars

C'est le 13 février 1818 que M. Vianney est arrivé dans le petit village. Dès le début il se fit remarquer par sa bonté, sa gaieté, sa vertu et sa grande piété.

L'ambition du nouveau curé était de faire du village une terre de sainteté. Ses efforts pour rechristianiser le village restèrent d'abord sans résultats, puis son charisme fit des miracles.

Mlle d'Ars écrira : « Nous sommes les enfants gâtés de la Providence. Je n'ai pas connu de prêtre aussi pieux que lui ; il est continuellement à l'église, offrant à Dieu l'encens de ses prières ; à l'autel, c'est un ange, un séraphin ; en chaire, ce n'est pas un vrai orateur comme M. Berger, mais c'est un homme pénétré de l'amour de Dieu. Il ne mange presque rien ; je crains que ce genre de vie n'abrège ses jours. Priez Dieu qu'il le soutienne et nous le conserve longtemps ».

Lors de ses remplacements dans les paroisses voisines il se fit vite une réputation de sainteté, son confessionnal était toujours assiégé. « Ce prêtre a de grandes vues ; il donne de sages conseils, sa direction est douce et ferme ; mais il faut se soumettre et se résigner. Ce petit curé d'Ars a été impitoyable pour les soirées et les bals de la sous-préfecture. Au reste, il a raison, et je tâcherai de lui obéir », dira le sous-préfet.

Il est bien évident qu'il fut l'objet de critiques, d'ironies de la part d'autres prêtres, d'accusation qui ne le laissèrent pas insensible, et d'enquêtes de l'Évêché.

Jean-Marie Vianney disait : « J'étais tourmenté le jour par les hommes, la nuit par le démon, et cependant j'éprouvais une grande paix, une grande consolation ».

Les tourments du grappin

Il se dévouait sans compter pour son prochain, il faisait des intérims et des missions dans les paroisses d'alentour, il se mortifiait pour sauver les âmes. La nuit il était tourmenté par le démon qu'il appela le « grappin ».

C'est en 1824 que sont apparus les premiers bruits. Plusieurs prêtres furent les témoins de cette lutte qui n'effrayait nullement M. Vianney. « La cure trembla, les vitres des fenêtres résonnèrent ; tout le monde se leva, effrayé, et on courut à la chambre de M. Vianney. Ils le trouvèrent couché dans son lit, qui était au milieu de la chambre. « C'est, leur dit-il en souriant, le grappin qui a traîné mon lit jusque là ! » Il les rassura, en leur disant : « N'ayez aucune crainte ! » Ses confrères cessèrent de le plaisanter à ce sujet et de lui faire des reproches ».

La « Providence »

Monsieur le Curé Vianney, malgré toutes ses privations et son état de santé chancelante était débordant d'activité et toujours à la recherche du bien qu'il pouvait faire. C'est ainsi que l'éducation des enfants lui tenait particulièrement à cœur. C'est grâce à sa ténacité et à la bonne volonté de quelques personnes que la première école allait voir le jour.
Il transformera la « Providence » en orphelinat et en maison d'accueil pour « les jeunes pauvresses abandonnées ». Il trouvera toujours au bon moment l'argent nécessaire, mais non sans crainte, pour faire les travaux et nourrir ces pauvres enfants.

Dieu répondra toujours à son appel à l'aider dans l'accomplissement de sa tâche.

« Une prière bien agréable à Dieu, c'est de demander à la Sainte Vierge d'offrir au Père Éternel son divin Fils, tout sanglant, tout déchiré, pour la conversion des pécheurs : c'est la meilleure prière que l'on puisse faire... Mes enfants, écoutez bien : toutes les fois que j'ai obtenu une grâce, je l'ai demandée de cette manière ; cela n'a jamais manqué. »

Œuvre de M. VIANNEY

On retiendra du Saint Curé d'Ars :

  • Le Directeur des âmes : La rumeur a très vite fait un Saint du Curé d'Ars. Il attira un très grand nombre de pèlerins. Évêque, Prêtres, Laïcs venaient de partout. On venait pour le voir, se confesser, entendre son enseignement, demander un conseil.
  • Les miracles : Pour la réalisation de ses projets, il avait besoin de moyens financiers. Dieu se manifesta toujours pour lui apporter au bon moment le nécessaire (argent pour la création de la Providence, alimentation des pensionnaires).
  • Les guérisons : de nombreux faits inexpliqués sont intervenus comme la guérison d'une fille qui avait perdu l'usage de ses jambes, la guérison d'un jeune ouvrier lyonnais qui éprouvait de très violentes douleurs à la jambe... Ce qui importait pour M. Vianney était seulement de guérir les âmes.
  • Les apparitions : D'après des témoignages, il semblerait que la Sainte Vierge lui soit plusieurs fois apparue. Toutefois, le Saint Curé restera à ce sujet très discret. Pour les apparitions de La Salette, il demandera deux preuves au ciel avant d'être certain et de pouvoir dire : « J'y crois fermement ».
  • Dévotions : À la Sainte Vierge dont il consacrera les habitants d'Ars, à Sainte Philomène à laquelle il vouait une confiance absolue.

Canonisation

C'est le 4 août 1859 que le jeudi matin vers 2 heures que le Saint Prêtre est retourné vers Dieu et les Saints du Ciel.

Le 3 octobre 1874 Jean-Baptiste Vianney a été proclamé Vénérable par Pie IX et le 8 janvier 1905, il a été déclaré Bienheureux.

Le Pape Pie X l'a proposé comme un modèle au clergé paroissial. En 1925, Pie XI l'a canonisé.

Le Pape Benoit XVI l'a proposé comme patron de tous les curés.

Bibliographie

LE CURÉ D'ARS par Mgr Francis Trochu - Éditions RESIAC BP 6 6 53150 MONTSURS
LE CURÉ D'ARS AUTHENTIQUE par Mgr René FOURREY, Évêque de Belley 

http://www.levangileauquotidien.org/main.php?language=FR&module=saintfeast&localdate=20120804&id=13961&fd=0

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On écoutait M. Vianney comme un nouvel apôtre que Jésus-Christ envoyait à son Eglise, pour y renouveler la sainteté et la ferveur de son divin Esprit, en un siècle dont la corruption l'a si profondément altéré dans l'âme de la plupart des hommes. Et c'est une grande merveille que ne proposant, comme les apôtres, qu'une doctrine incompréhensible à la raison humaine et très amère au goût dépravé du monde - car il ne parlait que de croix, d'humiliations, de pauvreté, de pénitence - cette doctrine fut si bien accueillie...

Le saint curé parlait sans autre travail préparatoire que sa continuelle application à Dieu ; il passait sans délai et sans transition du confessionnal à la chaire, et toutefois, il y apportait une imperturbable assurance, une merveilleuse impassibilité qui ne naissait nullement de la certitude, mais plutôt de l'oubli complet et absolu de lui-même...

M. Vianney n'avait aucun souci de ce qu'on pouvait dire ou penser de lui. Quelle que fût la composition de son auditoire, bien que des évêques et d'autres illustres personnages soient venus souvent se mêler à la foule qui entourait sa chaire, jamais sa parole n'a trahi la moindre émotion, ni le moindre embarras provenant d'une crainte humaine. Lui, si timide et si modeste quand il traversait les rangs pressés de l'assistance, souvent imposante, qui remplissait l'église à l'heure du catéchisme, il n'était plus le même homme ; il avait l'air d'un triomphateur. Il portait la tête haute ; son visage était illuminé ; ses yeux lançaient des éclairs... Il aurait eu le pape, les cardinaux, les rois au pied de sa chaire, qu'il n'aurait dit ni plus ni moins, ne pensant qu'aux âmes et ne faisant penser qu'à Dieu. Cette véritable domination oratoire suppléait chez lui le talent et la rhétorique : elle donnait aux choses les plus simples, sorties de cette bouche vénérable, une majesté singulière et une irrésistible autorité.

La forme qu'employait le curé d'Ars n'était pas autre chose que l'enveloppe la plus transparente que prend l'idée afin de paraître le plus possible telle qu'elle est, créant elle-même l'expression qui lui convient. Il savait mettre les vérités de l'ordre le plus élevé à la portée de toutes les intelligences ; il les revêtait d'un langage familier ; il attendrissait par la simplicité ; il ravissait par la doctrine... Ainsi, les considérations sur le péché, sur l'injure qu'il fait à Dieu et le mal qu'il fait à l'homme n'étaient pas un jeu de son esprit, mais le travail douloureux de sa pensée ; elles le pénétraient, le consternaient : c'était le trait de fer enfoncé dans sa poitrine. Il soulageait son âme en l'épanchant...

La foi du bon curé d'Ars était toute sa science ; son livre, c'était Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il ne cherchait pas la sagesse ailleurs qu'en Jésus Christ, dans sa mort et dans sa croix. Il n'y avait pas pour lui d'autre sagesse véritable, pas d'autre sagesse utile... C'est dans la prière, à genoux aux pieds du Maitre, en couvrant ses pieds divins de larmes et de baisers ; c'est en présence du saint tabernacle, où il passait ses jours et ses nuits, c'est là qu'il avait tout appris.

A. Monnin « Le curé d'Ars » (Editions Douniol, 1864).

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La puissance divine dans la faiblesse

Ce que le monde tient pour insensé, c'est ce que Dieu a choisi pour confondre les sages ; et ce que le monde tient pour rien, c'est ce que Dieu a choisi pour confondre les forts. Et Dieu a choisi ce qui dans le monde est sans considération et sans puissance, ce qui n'est rien, pour réduire au néant ce qui est, afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu (I Corinthiens I 27-29). Après avoir décrit ce plan de la Providence, saint Paul le montre réalisé dans sa personne : Je n'ai pas jugé que je dusse savoir parmi vous autre chose que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié..., et ma parole et ma prédication n'avaient rien du langage persuasif de la sagesse, mais l'Esprit-Saint et la force de Dieu en démontraient la vérité... (I Corinthiens II 1-5). Saint Paul détermine ainsi les lois générales de l'évangélisation : la conversion n'est pas œuvre de la sagesse humaine, mais œuvre de la puissance divine. C'est bien ce que nous montre la vie du Saint Curé d'Ars que nous célébrons aujourd'hui, démonstration éclatante de la primauté des moyens surnaturels dans l'œuvre de l'apostolat. Il y a, chez ce prêtre, une telle disproportion entre les résultats prodigieux et les infériorités humaines, que les résultats manifestement les fruits de la grâce. Infirma mundi elegit Deus (Dieu a choisi ce qui est faible). Lorsqu'en 1878, à trente-deux ans, l'abbé Vianney prit possession de sa petite paroisse, il était bien ce nul aux yeux du monde, dont Dieu allait faire la plus grande valeur sacerdotale de son siècle. Les gens d'Ecully où il était vicaire, avaient signifié à l'autorité diocésaine qu'ils ne désiraient pas à un curé aussi simple. Physiquement, il n'avait rien d'attirant et sa tenue vestimentaire ne l'avantageait pas. Certes, il était très propre, mais il avait une minable apparence (soutane usagée et rapiécée, vieux chapeau déformé, gros souliers rapiécés) au point que certains de ses confrères avaient honte de s'asseoir près de lui, lors de leurs réunions périodiques. Il n'avait pas non plus la réputation d'être une intelligence : sans être mal doué, il avait commencé trop tard ses études secondaires et resta longtemps rebelle au latin ; il échoua si piteusement à son examen de philosophie qu'il fut refusé une première fois au Grand Séminaire et quand, enfin reçu, il fut question de son admission au sous-diaconat, il semble bien qu'il ne l'emporta qu'au bénéfice de sa piété.

- Le jeune Vianney, demanda l'examinateur à ses professeurs, est-il pieux ?

Sait-il réciter son chapelet ? A-t-il de la dévotion à la Vierge Marie ?

- C'est, pour la piété, répondirent-ils, le modèle du Séminaire.

- Eh bien donc ! conclut l'examinateur, je le reçois : la grâce de Dieu fera le reste.

Ses supérieurs, cependant, prenaient leurs précautions. Quand, au lendemain de son sacerdoce, il fut nommé vicaire à Ecully, ce fut sans l'autorisation, jusqu'à nouvel ordre, d'entendre les confessions. Un de ses confrères lui dira charitablement, un jour, à Ars : M. le Curé, quand on a si peu de théologie que vous, on ne devrait jamais mettre le pied dans un confessionnal. D'autant que par humilité, il force encore la note : Quand je suis avec les autres prêtres, je suis comme Bordin (un idiot du pays). Il y a toujours dans les familles un enfant qui a moins d'esprit que ses frères et ses sœurs ; eh bien ! Chez nous, j'étais cet enfant-là. Et un jour, montrant de lui un portrait, par ailleurs assez peu ressemblant, il disait : C'est bien moi. Voyez comme j'ai l'air bête !... On ne voit pas que l'abbé Vianney eut des dons de parole, de plume ou d'action, pour compenser cette infériorité de culture et même de théologie. Après avoir sué sang et eau pour composer et apprendre ses sermons, il les prononçait d'une voix si gutturale et sur une note si élevée, qu'on lui reprochait de crier comme un sourd, jusqu'au moment où une perte de mémoire l'obligeait à descendre de chaire avant d'avoir fini. Il a ainsi couvert des pages de sa fine écriture, mais n'a jamais rien publié. Du point de vue humain, ce curé n'a rien pour réussir et rien ne le signale à l'attention, sinon pour s'en moquer. Il semble voué à végéter dans ce village inconnu du diocèse et plus encore de la France.

Quand J.M. Vianney fut envoyé à Ars, le Vicaire général lui dit : Mon ami, vous êtes nommé curé d'Ars. C'est une petite paroisse où il n'y a pas beaucoup d'amour de Dieu : vous en mettrez. Deux ans après son arrivée, Ars était regardée comme une paroisse fervente. Cinq ans plus tard, le saint Curé pouvait écrire : Je suis dans une petite paroisse pleine de religion, qui sert le Bon Dieu de tout son cœur. Après neuf ans, il rendait, en chaire, ce témoignage resté célèbre : Mes frères, Ars n'est plus Ars ! J'ai confessé et prêché dans des jubilés, dans des missions. Je n'ai rien trouvé comme ici. Il s'était attaqué tout de suite à l'ignorance en catéchisant et en instruisant ses paroissiens ; il mena la lutte contre le travail du dimanche, les cabarets, le blasphème et les danses ; il restaura et embellit sa vieille église. De son orphelinat de la Providence, son œuvre préférée, il fit une pépinière de bonnes chrétiennes et un centre d'intercession. A la base de cette transformation miraculeuse, il y avait ses prières et ses pénitences. Cette conversion d'Ars n'est qu'un départ de la merveille de l'œuvre accomplie. Depuis dix ans qu'il est curé, ce village ignoré du plateau de la Dombe, commence de devenir célèbre. Le nom du Curé d'Ars vole de bouche en bouche, aux alentours et au loin.

Alors se mit en branle ce pèlerinage, qui fit d'Ars, pendant trente ans, le village le plus fréquenté de France. D'abord quelques bonnes dévotes de Dardilly, sa paroisse natale, et d'Ecully où il fut vicaire ; bientôt sa renommée fit tache d'huile et il vint des foules toujours renaissantes ; on faisait la file pour entrer dans l'église, étuve l'été, glacière l'hiver, où on restait de longues heures, remis souvent au lendemain, ce qui obligeait à organiser entre soi des numéros d'ordre pour ne pas perdre son tour. Il confessait seize, et même dix-huit heures les longs jours d'été, sans éterniser la conversation, ne donnant à chaque confession que le temps nécessaire, mais il fallait attendre son tour 30, 50, et même 70 heures. Certaines années, Ars vit passer 80 000 et 100 000 pèlerins... Cela dura jusqu'à sa mort, en 1859. La statue de son saint curé a sa place dans nombre d'églises et de chapelles. Vers lui, comme vers leur inspirateur et leur protecteur, se tournent tant et tant de saints prêtres, même dans les formes nouvelles d'apostolat que nécessite l'évolution de la vie moderne, afin d'apprendre et de recevoir de lui, ce qui reste toujours l'âme de tout apostolat : la vie intérieure. Car voilà bien la grande leçon du saint Curé d'Ars. Il y a une telle disproportion entre les moyens humains et les résultats obtenus, qu'il faut bien dire que le doigt de Dieu est là. Que des génies, comme saint Augustin ou saint Thomas d'Aquin, que des hommes d'action, comme saint Dominique ou saint Ignace de Loyola, aient exercé et exercent encore une telle influence, cela n'étonne pas l'esprit des hommes, mais que ce petit curé de campagne, sans moyens, soit devenu le centre de tout son siècle, voilà qui force la réflexion qui aboutit à croire que la conversion des âmes est l'œuvre de la grâce qui la grâce s'obtient par la force de la prière et la générosité du sacrifice, oratione et jejunio (la prière et la pénitence), la loi immuable.

Il ne s'agit pas de négliger les talents que Dieu nous a donnés que nous devons, au contraire, mettre en valeur ; pendant toute sa vie, le saint Curé d'Ars a fourni bien des efforts pour acquérir la science religieuse que requiert le ministère sacerdotal. Mais le prestige humain et toutes les activités déployées ne sont rien s'ils ne sont pas vivifiés par l'amour de Dieu, selon ce que nous enseigne l'apôtre Paul dans la première lettre aux Corinthiens : J'aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel, si je n'ai pas la charité, s'il me manque l'amour, je ne suis qu'un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. J'aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, et toute la foi jusqu'à transporter les montagnes, s'il me manque l'amour, je ne suis rien. J'aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j'aurais beau me faire brûler vif, s'il me manque l'amour, cela ne me sert à rien (I Corinthiens XIII 1-3) . Que seraient les grands saints évoqués tout à l'heure, s'ils n'avaient eu, avec leur génie et leur action, cet amour de Dieu et cette sainteté ? Des noms dans l'histoire de la pensée, mais non pas ces convertisseurs d'âmes qu'ils restent encore. Évidemment à même vertu héroïque, à même sainteté, à même pauvreté, à même mortification n'est pas nécessairement promis un tel rayonnement et c'est une preuve de l'intervention manifeste de Dieu que nous soyons des serviteurs inutiles. Il n'en reste pas moins que le levain qui soulève les masses est d'abord la vie intérieure et vertueuse.

Abbé C-P Chanut

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Prière du Curé d'Ars

Je vous aime, ô mon Dieu,
et mon seul désir est de vous aimer jusqu'au dernier soupir de ma vie.

Je vous aime, ô mon Dieu infiniment aimable,
et j'aime mieux mourir en vous aimant que de vivre un seul instant sans vous aimer.

Je vous aime, ô mon Dieu,
et je ne désire le ciel que pour avoir le bonheur de vous aimer parfaitement.

Je vous aime, ô mon Dieu,
et je n'appréhende l'enfer que parce qu'on y aura jamais la douce consolation de vous aimer.

O mon Dieu, si ma langue ne peut dire à tout moment que je vous aime,
du moins je veux que mon cœur vous le répète autant de fois que je respire.

Ah ! Faites-moi la grâce de souffrir en vous aimant,
de vous aimer en souffrant
et d'expirer un jour en vous aimant
et en sentant que je vous aime.

Et plus j'approche de ma fin,
plus je vous conjure d'accroître mon amour et de le perfectionner.

Amen.

 http://missel.free.fr/Sanctoral/08/04.php

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Jean marie vianney

Abbaye saint joseph de clairval 21150Bien cher Ami de l'Abbaye Saint-Joseph,
 
Au soir du 19 février 1818, après avoir parcouru à pied les trente kilomètres qui séparent Écully du village d'Ars (près de Lyon), Jean-Marie Vianney, jeune prêtre, demande le chemin de sa nouvelle paroisse à un petit berger. Celui-ci remet sur la voie cet inconnu, et entend comme remerciement: «Mon petit ami, tu m'as montré le chemin d'Ars; je te montrerai le chemin du Ciel».

«Rendons grâces à Dieu pour les saints qui ont jalonné l'histoire de la France» (Jean-Paul II, le 25 septembre 1996). La mission des saints n'est-elle pas de nous indiquer la route qui mène au Ciel? Saint Benoît, dans le Prologue de sa Règle, nous dit: «Ceignons nos reins de la foi et de la pratique des bonnes oeuvres; sous la conduite de l'Évangile, avançons dans les chemins du Seigneur, afin de mériter de voir Celui qui nous a appelés dans son royaume. Mais si nous voulons habiter dans la demeure de ce royaume, il y faut courir par les bonnes oeuvres, sans lesquelles on n'y parvient pas».

Saint Jean-Marie Vianney, un des flambeaux qui éclairent notre route, nous aide, par son exemple, à agir selon notre vocation chrétienne.

UN PETIT BERGER SOUS LA TERREUR

1793. La Terreur. À Lyon, sur la place des Terreaux, la guillotine ne chôme pas. Les églises sont closes. Sur les chemins, il n'y a plus que le socle des calvaires: des hommes venus de Lyon ont abattu les croix. Seul, chez les vrais fidèles, le sanctuaire des coeurs demeure inviolé. Jean-Marie Vianney, né en 1786, passe ses jeunes années dans ce climat de révolution.

Il garde avec beaucoup de précautions une statuette de la Sainte Vierge, l'emportant même aux champs, dans une poche de sa blouse. Il la place dans le tronc d'un vieil arbre, l'entoure de mousses, de branchages et de fleurs, puis, les genoux dans l'herbe, égrène son chapelet. Les bords du ruisseau ont remplacé l'église désaffectée où personne ne prie plus. D'autres bergers gardent leurs troupeaux aux alentours. Cette compagnie n'est pas toujours sage; mais Jean-Marie ne peut l'empêcher de venir à lui. Et voilà que, sans y penser, il devient apôtre. Catéchiste de ses camarades, il redit ce qu'il a entendu lui-même dans le silence des nuits, et enseigne les prières qu'il a apprises de sa mère. Une vocation sacerdotale vient d'éclore: au profond de son âme se fait entendre ce suis-moi (Mt 8, 22) qui, sur la rive du lac de Galilée, attira Pierre, André, Jacques et Jean à la suite de Jésus.

À 19 ans, il commence ses études de séminariste. Hélas! la grammaire latine lui paraît rébarbative. Le jeune homme a la répartie vive et fine; on aime l'entendre parler, mais les études sont difficiles; dès qu'il tient une plume entre les doigts, il devient lent, embarrassé. Au grand séminaire de Lyon, ses efforts semblent stériles. L'épreuve est grande quand, au bout de cinq ou six mois, les directeurs, croyant qu'il ne peut réussir, le prient de se retirer. Beaucoup de ses condisciples sont très affligés de le voir quitter le séminaire. Profondément peiné lui-même, il se confie à la Providence. Après une longue et studieuse attente, son directeur spirituel le présente à l'un des vicaires généraux, M. Courbon, qui gouverne l'archidiocèse de Lyon:

«L'abbé Vianney est-il pieux? demande celui-ci. A-t-il de la dévotion envers la Sainte Vierge? Sait-il dire son chapelet? - Oui, c'est un modèle de piété. - Un modèle de piété! Eh bien, je l'appelle. La grâce de Dieu fera le reste... L'Église n'a pas besoin seulement de prêtres savants, mais encore et surtout de prêtres pieux».

M. Courbon est bien inspiré. Par la grâce de Dieu et un travail assidu, l'abbé Vianney accomplit de réels progrès dans ses études. Lors de l'examen canonique en vue du sacerdoce, l'examinateur l'interroge pendant plus d'une heure sur les points les plus difficiles de la théologie morale. Ses réponses nettes et précises donnent entière satisfaction. Toute sa vie, le saint Curé attachera une grande importance à la connaissance de la saine doctrine. Il préparera avec soin ses sermons. Pour entretenir ses connaissances, il se remettra à l'étude les soirs d'hiver.

L'OBSESSION DU SALUT DES ÂMES

L'accès au sacerdoce est désormais ouvert à l'abbé Vianney qui reçoit la prêtrise le 13 août 1815. Dieu a envoyé son Fils dans le monde pour que par Lui le monde soit sauvé (Jn 3, 17). La mission des prêtres est précisément de rendre cette oeuvre de salut présente et efficiente partout dans le monde. C'est pourquoi le Curé d'Ars pourra dire: «Sans le prêtre, la mort et la Passion de Notre-Seigneur ne serviraient à rien. C'est le prêtre qui continue l'oeuvre de la Rédemption sur la terre».

À l'image du Bon Pasteur, il va passer sa vie à rechercher les brebis perdues pour les ramener à la bergerie. «Si un pasteur reste muet en voyant Dieu outragé et les âmes s'égarer, dira-t-il un jour, malheur à lui!» Il a un attrait particulier pour la conversion des pécheurs. Ses gémissements sur la perte des âmes fendent le coeur: «Encore si le Bon Dieu n'était pas si bon, mais Il est si bon!... Sauvez votre pauvre âme!  Que c'est dommage de perdre une âme qui a tant coûté à Notre-Seigneur! Quel mal vous a-t-il donc fait pour le traiter de la sorte?» Il fait un jour une instruction mémorable sur le jugement dernier, répétant à plusieurs reprises au sujet des damnés : «Maudit de Dieu!  Maudit de Dieu!  Quel malheur, quel malheur!» Ce ne sont plus des paroles mais des sanglots qui arrachent des larmes à tous ceux qui sont présents.

Autant qu'il le peut, il se rend disponible pour offrir aux âmes repenties le pardon de Dieu. Il a, en effet, une grande horreur du mal: «Par le péché, nous chassons le Bon Dieu de nos âmes, nous méprisons le Bon Dieu, nous Le crucifions, nous défions sa justice, nous contristons son coeur paternel, nous Lui ravissons des adorations, des hommages qui ne sont dus qu'à Lui... Le péché jette dans notre esprit des ténèbres affreuses qui bouchent les yeux de l'âme, il obscurcit la foi comme les brouillards épais obscurcissent le soleil à nos yeux... Il nous empêche d'aller au ciel. Oh! que le péché est un grand mal!» C'est pour cela qu'il emploie un temps considérable à administrer le sacrement de Pénitence, moyen ordinaire pour retrouver l'état de grâce et l'amitié du Seigneur.

UN CONFESSIONNAL ASSIÉGÉ

«Le grand miracle du Curé d'Ars, a-t-on pu dire, c'est son confessionnal assiégé nuit et jour». Le saint vit dans cet étroit réduit les trois quarts de son existence: de novembre à mars, il n'y passe pas moins de 11 à 12 heures chaque jour, et pendant la belle saison, de 16 à 18 heures. L'hiver, quand ses doigts craquelés d'engelures sont trop engourdis, il enflamme vaille que vaille un bout de journal pour les réchauffer. Quant à ses pieds, de son propre aveu, «de la Toussaint à Pâques, je ne les sens pas!» Cela est si vrai qu'il lui arrive, le soir, en retirant ses bas, d'enlever en même temps la peau de ses talons. Mais que lui importent ses souffrances, pour sauver des âmes, il est prêt à tout.

«Pour bien effacer ses péchés, il faut bien se confesser!» a-t-il l'habitude de dire. "Bien se confesser": cela signifie d'abord qu'il faut se préparer par un examen de conscience sérieux. Le Pape Jean-Paul II a rappelé que «la confession doit être complète en ce sens qu'elle doit énoncer tous les péchés mortels... Aujourd'hui, de nombreux fidèles s'approchant du sacrement de la Pénitence ne s'accusent pas entièrement des péchés mortels, et, parfois, ils s'opposent au prêtre confesseur, qui, conformément à son devoir, les interroge pour parvenir à une description exhaustive et nécessaire des péchés, comme s'il se permettait une intrusion injustifiée dans le sanctuaire de la conscience. Je souhaite et prie pour que ces fidèles peu éclairés soient convaincus que la règle selon laquelle on exige l'énumération spécifique et exhaustive des péchés, dans la mesure où la mémoire interrogée de façon honnête permet de s'en souvenir, n'est pas un poids qui leur est imposé arbitrairement, mais un moyen de libération et de sérénité» (Allocution aux étudiants en théologie morale, le 22 mars 1996).

«Le péché lie l'homme avec ses liens honteux», enseigne le saint Curé. Selon le mot de Notre-Seigneur: Celui qui commet le péché est esclave du péché (Jn 8, 34). En effet, le péché crée un entraînement au péché; il engendre le vice et obscurcit la conscience (cf. Catéchisme de l'Église Catholique, 1865). L'absolution sacramentelle, reçue avec les dispositions requises, rend à l'âme la vraie liberté intérieure et lui donne des forces pour vaincre les mauvaises habitudes. «C'est beau de penser que nous avons un sacrement qui guérit les plaies de notre âme!» s'exclame saint Jean-Marie Vianney. «Dans le sacrement de Pénitence, dit-il encore, Dieu nous montre et nous fait part de sa miséricorde jusqu'à l'infini... Vous avez vu ma chandelle: cette nuit, ce matin elle a fini de brûler. Où est-elle? Elle n'existe plus, elle est anéantie: de même les péchés dont on a reçu l'absolution n'existent plus: ils sont anéantis».

Le sacrement de la réconciliation avec Dieu apporte une véritable "résurrection spirituelle", une restitution de l'amitié divine. Un des fruits secondaires en est la joie de l'âme, la paix de la conscience. Ils sont nombreux, les pénitents d'Ars, à l'avoir expérimenté. L'un d'eux, vieillard incrédule qui ne s'était pas confessé depuis plus de trente ans, avoua après l'aveu de ses fautes avoir ressenti «un bien-être indéfinissable».

La bonté du saint envers les pécheurs ne tourne pas en faiblesse. Avant de donner l'absolution, il exige des indices suffisants de conversion. Deux choses sont absolument nécessaires: tout d'abord la contrition, c'est-à-dire «la douleur d'avoir péché, fondée sur des motifs surnaturels, car le péché viole la charité envers Dieu, Bien suprême, il a causé les souffrances du Rédempteur et il nous occasionne la perte des Biens éternels» (Jean-Paul II,ibid.). Le saint Curé reprend un jour un pénitent mal disposé, en ces termes: «Votre repentir ne vient pas de Dieu, ni de la douleur de vos péchés, mais seulement de la crainte de l'enfer». Le ferme propos de ne plus pécher est tout autant nécessaire. «Il est en outre évident que l'accusation des péchés doit comprendre l'intention sérieuse de ne plus en commettre à l'avenir. Si cette disposition de l'âme venait à manquer, il n'y aurait pas en réalité de repentir» (Jean-Paul II, ibid.). L'intention de ne plus pécher implique la volonté de mettre en oeuvre les moyens appropriés et, si nécessaire, le renoncement à certains comportements. À cet égard, le Curé d'Ars manifeste une fermeté qui lui vaut des critiques, par exemple lorsqu'il exige de ses pénitents l'abandon de la danse et des tenues vestimentaires indécentes.

CONFIANCE EN LA GRÂCE

«L'intention de ne pas pécher doit se fonder sur la grâce divine que le Seigneur ne refuse jamais à celui qui fait ce qui est en son pouvoir pour agir honnêtement. Nous attendons de la Bonté divine, en raison de ses promesses et des mérites de Jésus-Christ, la vie éternelle et les grâces nécessaires pour l'obtenir» (Jean-Paul II, ibid.). Le saint Curé encourage ses pénitents à puiser aux sources de la grâce: «Il y a deux choses pour s'unir avec Notre-Seigneur et pour faire son salut: la prière et les sacrements». Avec la grâce tout devient possible et même facile.

C'est à la communion eucharistique que saint Jean-Marie Vianney veut surtout conduire ses fidèles. Communier, c'est recevoir le Christ lui-même et augmenter notre union avec Lui. Cela suppose l'état de grâce: «Celui qui veut recevoir le Christ dans la communion eucharistique doit se trouver en état de grâce. Si quelqu'un a conscience d'avoir péché mortellement, il ne doit pas accéder à l'Eucharistie sans avoir reçu préalablement l'absolution dans le sacrement de Pénitence» (CEC, 1415). Aux âmes bien disposées et désireuses de progresser, le Curé d'Ars, contrairement à la coutume de son époque, conseille de communier fréquemment: «La nourriture de l'âme, c'est le corps et le sang d'un Dieu! ô la belle nourriture! l'âme ne peut se nourrir que de Dieu! il n'y a que Dieu qui puisse la remplir! il n'y a que Dieu qui puisse rassasier sa faim! il lui faut absolument son Dieu! allez donc à la communion, allez à Jésus avec amour et confiance!»

Lui-même a fait de l'Eucharistie le centre de sa vie. On sait la place que tient la Messe dans chacune de ses journées, avec quel soin il s'y prépare et la célèbre. Il encourage aussi beaucoup les visites au Saint-Sacrement, et aime à raconter l'anecdote suivante: «Il y avait ici, dans la paroisse, un homme qui est mort voilà quelques années. Entré le matin dans l'église pour faire sa prière avant d'aller dans les champs, il laissa sa pioche à la porte et s'oublia là devant Dieu. Un voisin, qui travaillait vers le même endroit et qui avait l'habitude de l'apercevoir, fut étonné de son absence. S'en retournant, il s'imagina de pénétrer dans l'église, pensant qu'il y serait peut-être. Il l'y trouva en effet. "Que fais-tu là si longtemps?" lui demanda-t-il. L'autre lui répondit: "J'avise le bon Dieu, et le bon Dieu m'avise"».

MA PLUS VIEILLE AFFECTION

En même temps qu'à l'Eucharistie, le saint Curé conduit les âmes à la Sainte Vierge, la Mère de miséricorde et le Refuge des pécheurs. Il reste de nombreuses heures en prière au pied de son autel. Dans ses catéchismes, ses prédications, ses entretiens, il en parle de l'abondance du coeur: «La Très Sainte Vierge se tient entre son Fils et nous. Plus nous sommes pécheurs et plus elle a de tendresse et de compassion pour nous. L'enfant qui a coûté le plus de larmes à sa mère est le plus cher à son coeur. Une mère ne court-elle pas toujours au plus faible et au plus exposé? Un médecin, dans un hôpital, n'a-t-il pas plus d'attention pour les plus malades?» Il confie, un jour, à Catherine Lassagne, une de ses dirigées: «Je l'ai aimée [la Vierge] avant même de la connaître; c'est ma plus vieille affection!» La Très Sainte Vierge est la lumière de ses jours sombres. Le 8 décembre 1854, le Pape Pie IX définit le dogme de l'Immaculée Conception. Malgré sa fatigue, le Curé d'Ars tient à chanter lui même la grand-messe. L'après-midi, à l'issue des Vêpres, toute la paroisse se rend en procession à l'école des Frères où il bénit une statue de l'Immaculée installée dans le jardin et dont il est le donataire. Le soir, dans le village, on illumine le clocher, les murs de l'église, les façades des maisons. Cette fête est vraiment l'un des plus beaux jours de sa vie. Presque septuagénaire, il paraît rajeuni de vingt ans. Jamais enfant ne fut plus heureux de voir triompher sa mère: «Quel bonheur, quel bonheur! J'ai toujours pensé qu'il manquait ce rayon à l'éclat des vérités catholiques. C'est une lacune qui ne pouvait pas demeurer dans la religion».

« JE ME REPOSERAI EN PARADIS »

Dans son amour pour les âmes, saint Jean-Marie Vianney n'oublie pas les pauvres. Il fonde un foyer pour les jeunes filles abandonnées, qu'il appelle: "la Providence". Cet établissement reçoit cinquante ou soixante jeunes filles, de douze à dix-huit ans. Venues de toutes les régions et reçues sans argent, elles passent là un temps indéterminé, puis sont placées dans les fermes du pays. Pendant leur séjour, elles apprennent à connaître, à aimer, à servir Dieu. Elles forment une famille, dans laquelle les aînées donnent exemple, conseil et enseignement aux plus jeunes. Il ne s'agit pas d'une institution ordinaire, mais plutôt d'une émanation de la sainteté du fondateur. Ressources, vie, esprit et gouvernement viennent de lui.

Mais les âmes ne se sauvent pas sans beaucoup de souffrances. Des contradictions, des croix, des luttes, des embûches, viennent de toutes parts au saint Curé, tant du côté des hommes que du côté du "Grappin" (sobriquet par lequel il désigne habituellement le démon). Sa vie est un combat contre les forces du mal. Pour le soutenir il n'a de ressource que sa patience, ses prières et son jeûne qui dépasse parfois les limites de la prudence humaine. Il développe la vertu de douceur au point de faire croire qu'il est sans passions et incapable de s'emporter. Cependant les personnes qui le voient de plus près et fréquemment s'aperçoivent assez vite qu'il a l'imagination vive, le caractère bouillant. Parmi les preuves étonnantes de sa patience, on raconte qu'un homme d'Ars se rendit au presbytère pour l'accabler d'insultes: il le reçoit, l'écoute sans un mot, puis l'accompagne par politesse et lui donne l'accolade avant de le quitter. Le sacrifice lui coûte tant qu'il remonte aussitôt dans sa chambre et doit se mettre sur son lit. Son corps est couvert de boutons, à cause de la violence qu'il a dû se faire...

Cette patience héroïque, le saint la doit à son amour pour Jésus-Christ. Notre-Seigneur est sa vie, son ciel, son présent, son avenir, et l'adorable Eucharistie est le seul étanchement possible à la soif qui le consume. «O Jésus! s'écrie-t-il souvent, les yeux remplis de larmes, vous connaître, c'est vous aimer... Si nous savions comme Notre-Seigneur nous aime, nous mourrions de plaisir! Je ne crois pas qu'il y ait des coeurs assez durs pour ne pas aimer en se voyant tant aimés... C'est si beau la charité! C'est un écoulement du Coeur de Jésus, qui est tout amour... Le seul bonheur que nous ayons sur la terre, c'est d'aimer Dieu et de savoir que Dieu nous aime...»

Arrivé au terme de sa vie, dont nous n'avons rapporté que quelques traits, le saint Curé aspire ardemment au Ciel. «Nous le verrons! nous le verrons!  ô, mes frères! y avez-vous jamais pensé? nous verrons Dieu! nous le verrons tout de bon! nous le verrons tel qu'Il est  face à face!  nous le verrons! nous le verrons!!!» avait-il dit un jour. Comme l'ouvrier qui a bien rempli sa tâche, il part voir Dieu et se reposer en paradis le 4 août 1859.

«L'Église ne regarde pas son héritage comme le trésor d'un passé révolu, mais comme une puissante inspiration pour avancer dans le pèlerinage de la foi, sur des chemins toujours nouveaux» (Jean-Paul II, Reims, le 22 septembre 1996). La vie du Curé d'Ars est un trésor pour l'Église. `Saint Jean-Marie Vianney, vous qui, durant votre vie, avez eu un grand zèle pour le salut des âmes et un amour sans bornes pour les pauvres pécheurs, augmentez en nous l'esprit de sacrifice et préparez-nous une place au Ciel, pour que nous puissions avec vous contempler Dieu pour l'éternité'.

C'est ce que nous demandons, dans nos prières, pour vous, ceux qui vous sont chers et tous vos défunts.

Dom Antoine Marie osb, abbé
 
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«Jésus parcourait toutes les villes (…) proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume et soignant toutes les maladies»

Aujourd'hui, c'est la fête de Saint Jean Marie Vianney, un berger conforme au cœur de Dieu, qui consacra sa vie au service ministériel humble et dévoué pour le salut de ses brebis. Suivant les pas de Jésus, le saint Curé d'Ars a conçu sa tâche pastorale sur cette clé de voûte qui est bien définie dans l'Évangile d'aujourd'hui : il éprouvait de la compassion pour ceux qui étaient fatigués et abattus (Mt 9,36), leur tendant une main amie qui leur permettrait de se racheter. Son action curative eut surtout un effet sur les souffrances et les maladies de l'âme. Sa renommée s'étendit du lieu humble qui était confié à ses bons soins pastoraux aux autres villages et aux villes et les personnes qui avaient besoin de paix accouraient vers lui.

L'œuvre de tout bon apôtre, pour suivre l'exemple du Maître, est définie par quelques moments clés : annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume, proclamer aux quatre vents que Dieu est Amour et que, par conséquent, Il t'aime et ne cessera jamais de t'aimer. Tu peux le croire !

Et ensuite, la seconde partie pourra devenir réalité : "Il leur donna le pouvoir de chasser les esprits impurs et de guérir toute maladie et toute douleur" (Mt 10,1). La parole proclamée avec force par le disciple et acceptée par un auditeur croyant éloigne les esprits ennemis qui menacent notre paix, et nous guérit de la plus cruelle des douleurs qui nous martyrise : l'absence d'amour.

"Notre cœur est petit mais la prière le fait grandir et le rend capable d'aimer Dieu. La prière est un avant-goût du ciel" (Saint Jean Marie Vianney). Profond connaisseur de l'intérieur de l'homme, le saint Curé d'Ars amena dans ses prières une foule de gens et leur fit expérimenter la tendresse du Bon Berger. Nous avons besoin de prendre la main du Christ qui s'offre à nous par l'intermédiaire d'un berger ou d'une personne sensible à notre douleur.

Abbé Josep Mª CAMPRUBÍ i Rovira
(Barcelona, Espagne)

 

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Date de dernière mise à jour : 2018-08-24