Bx Ladislas (Laszlo) BATTHYANY-STRATTMANN

LadislasLaïc, Bienheureux
(1870-1931)

Il naquit le 28 octobre  1870  à  Dunakiliti (Hongrie), sixième enfant d'une famille noble. 

En 1896, il commença des études de médecine à l'Université de Vienne, qu'il termina en 1900. 

Le 10 novembre 1898, il épousa la comtesse Maria Teresa Coreth, une femme profondément pieuse. Leur mariage fut très heureux et ils eurent 13 enfants. 

En 1902, il fonda un hôpital privé de 25 lits. Tout d'abord médecin généraliste, il se spécialisa ensuite comme chirurgien, puis surtout comme ophtalmologiste. 

En 1915, il hérita de son oncle un château à Körmend et le titre de prince. Il fonda alors un hôpital ophtalmologique dans une partie du château et devint rapidement un spécialiste de renommée internationale. A cette même époque, il manifestait déjà sa volonté de soigner les pauvres gratuitement, leur demandant de réciter un "Notre Père" en échange de ses soins. Il les aidait aussi souvent d'un point de vue économique. Mais il se souciait également du bien-être spirituel de ses patients et considérait la bonne issue de ses opérations et les guérisons comme un don de Dieu. Déjà, de son vivant, de nombreuses personnes le considéraient comme un saint, car au cours de sa vie, il réalisa parfaitement sa devise:  "Fidelitate et caritate". 

Il mourut le 23 janvier 1931, des suites d'une longue maladie. 

Son procès en béatification fut ouvert le 30 août 1944, puis repris en 1982 après une longue période d'oubli. 

Le 11 juillet 1992, le Pape reconnut sa pratique héroïque des vertus chrétiennes.

Lors de la cérémonie de béatification, Place Saint-Pierre, le Saint-Père Jean-Paul II disait au sujet du bienheureux Lászlo Batthyány-Strattmann :

«"Ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes" (1 Co 1, 25). Ces paroles du saint Apôtre Paul reflètent la dévotion et le style de vie du bienheureux Lászlo Batthyány-Stratt-mann, qui fut père de famille et médecin. Il utilisa le riche héritage de ses nobles ancêtres pour soigner gratuitement les pauvres et pour construire deux hôpitaux. Son intérêt le plus grand n'étaient pas les bien matériels, et le succès et la carrière ne furent pas non plus les objectifs de sa vie. Il enseigna et vécut tout cela au sein de sa famille, devenant ainsi le meilleur témoin de la foi pour ses enfants. Tirant sa force spirituelle de l'Eucharistie, il montra à ceux que la Divine Providence conduisait à lui la source de sa vie et de sa mission.

Le bienheureux László Batthyány-Strattmann ne plaça jamais les richesses de la terre avant le vrai bien qui est dans les cieux. Que son exemple de vie familiale et de généreuse solidarité chrétienne soit un encouragement pour tous les fidèles à suivre fidèlement l'Evangile.»

Béatifié le 23 mars 2003, à Rome.

SOURCE : http://www.vatican.va/

http://nouvl.evangelisation.free.fr/laszlo_batthyany_strattmann.htm

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Bienheureux Ladislas Batthyany-Stratmann
père de famille et médecin (✝ 1931)

 

"'Ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes' (1  Co 1, 25). Ces paroles du saint Apôtre Paul reflètent la dévotion et le style de vie du bienheureux Lászlo Batthyány-Stratt-mann, qui fut père de famille et médecin. Il utilisa le riche héritage de ses nobles ancêtres pour soigner gratuitement les pauvres et pour construire deux hôpitaux. Son intérêt le plus grand n'était pas les biens matériels, et le succès et la carrière ne furent pas non plus les objectifs de sa vie. Il enseigna et vécut tout cela au sein de sa famille, devenant ainsi le meilleur témoin de la foi pour ses enfants. Tirant sa force spirituelle de l'Eucharistie, il montra à ceux que la Divine Providence conduisait à lui la source de sa vie et de sa mission.
Le bienheureux László Batthyány-Strattmann ne plaça jamais les richesses de la terre avant le vrai bien qui est dans les cieux. Que son exemple de vie familiale et de généreuse solidarité chrétienne soit un encouragement pour tous les fidèles à suivre fidèlement l'Évangile."
László Batthyány-Strattmann, M.D. (1870-1931) béatifié le 23 mars 2003
Biographie - Homélie du Saint-Père Jean-Paul II - site du Vatican

Martyrologe romain

À Vienne en Autriche, l’an 1931, le bienheureux Ladislas Batthyany-Stratmann. Père de famille, il fut par sa vie et son action, un témoin de l’Évangile, aussi bien en famille que dans la société. Médecin, il fit honneur à son art et montra une grande charité en assistant les malades, pour qui il fonda des hôpitaux, où il n’accueillait que les pauvres et les indigents. 

http://nominis.cef.fr/contenus/saint/11380/Bienheureux-Ladislas-Batthyany-Stratmann.html

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Abbaye saint joseph de clairval 21150Bien chers Amis,

Lors d’un colloque sur la Hongrie, en octobre 1996, saint Jean-Paul II fit un vibrant éloge de trois catholiques hongrois du xxe siècle : le docteur László Batthyány-Strattmann (†1931), Mgr Vilmos Apor (†1945) et le cardinal Josef Mindszenty (†1975). Tandis que le Pape reconnaissait aux deux derniers la qualité de martyrs de la résistance à des dictatures athées, il qualifiait le premier de « héros de l’amour fraternel ». En mars 2003, saint Jean-Paul II a élevé ce « docteur des pauvres » à l’honneur des autels.

Un reflet de Dieu

Ladislas (en hongrois László) Batthyány-Strattmann naît le 28 octobre 1870 à Dunakiliti, à 90 km à l’est de Vienne, dans une illustre et riche famille de magnats (aristocrates) austro-hongrois. Son enfance est marquée par de lourdes épreuves : son père abandonne le foyer familial, et, alors que Ladislas n’a pas encore douze ans, sa mère bien-aimée meurt à la suite d’une longue maladie. Les résultats scolaires de l’adolescent sont médiocres ; à cause de ses incartades, il doit changer trois fois d’école. À Vienne, il étudie d’abord la chimie, la philosophie et l’astronomie ; mais sa vie n’a pas de but, et son caractère irascible indispose. À la suite d’une relation amoureuse irresponsable, il devient le père naturel d’une fille, dont il s’occupera toute sa vie. À vingt-cinq ans, cependant, un changement se produit dans sa vie : il décide – contrairement aux habitudes de son milieu social – d’exercer une profession “bourgeoise” et de commencer l’étude de la médecine. Une réflexion profonde, devant Dieu, sur ses erreurs et péchés de jeunesse, a contribué à cette conversion qu’il attribuera aussi à l’intercession patiente d’un bon prêtre. Le 10 novembre 1898, il épouse la comtesse Maria Teresia Coreth. Treize enfants seront le fruit de cette union. Un éducateur se souvient : « Je n’ai jamais vu, où que ce soit, une relation familiale aussi étroite, une atmosphère aussi aimante et aussi joyeuse que chez les Batthyány. » Peu à peu, grâce à la prière, Ladislas oriente vers Dieu son travail de médecin, son rôle d’époux et l’éducation de ses enfants. « En premier lieu, l’amour embellit la vie », écrira-t-il en 1926, « Dieu est amour, et tout amour noble est un reflet de la nature divine. »

En 1898, le jeune étudiant en médecine construit un hôpital près de son château à Kittsee, dans une région alors hongroise, qui sera rattachée à l’Autriche en 1920. En 1900, il reçoit le titre de docteur en médecine ; il se spécialisera ensuite dans la chirurgie, puis l’ophtalmologie. Bientôt, il soigne de 80 à 100 malades par jour, auxquels il offre souvent les médicaments prescrits, et même les frais de voyage. Outre les langues hongroise et allemande, qu’il maîtrise parfaitement, il apprend le slovaque et le croate afin de communiquer facilement avec tous les habitants de cette région frontalière.

En 1915, à la mort du prince Edmund, oncle de Ladislas, l’empereur François-Joseph décerne à ce dernier le titre de prince. Ladislas quitte alors l’hôpital de Kittsee et s’installe avec les siens au château familial de Körmend, en Hongrie occidentale. Il y ouvre immédiatement un autre hôpital, dont il sera le médecin-chef. La Grande Guerre bat son plein : le prince hospitalise d’innombrables soldats blessés, et, de plus, construit à leur intention un bâtiment pouvant contenir cent lits. Il ne semble jamais fatigué de s’occuper de ses patients. « Quiconque me rend visite en tant que patient est déjà un ami, avant même que je ne l’aie vu », déclare-t-il. Un effort lui est toutefois nécessaire pour laisser sa mauvaise humeur à la porte de la chambre du malade, lutter contre l’impatience, écouter attentivement son « cher patient » et toucher son corps avec douceur et respect. Il sait n’être qu’un outil de Dieu, et désire guérir non seulement le corps mais aussi l’âme. Il commence et termine son service auprès des malades par une visite au Saint-Sacrement dans la chapelle familiale. Avant chaque opération, il prie Dieu de l’assister. Son épouse, qui possède un diplôme d’infirmière, l’assiste souvent pendant les opérations.

« Monsieur le Prince, je vois ! »

«Un jour, a rapporté une de ses tantes, Laci (Ladislas) voit arriver à son service un homme en haillons qui est tombé la tête la première dans un réservoir de chaux vive – un œil a été perdu immédiatement, le second semble inguérissable : le blessé est pratiquement aveugle. Le cœur serré, Laci l’opère sur le champ. Une longue hospitalisation et deux autres opérations sont nécessaires. Laci et sa nombreuse famille prient pour lui, et Dieu entend leur prière : un moment vient où le patient, fou de joie, annonce au docteur : “Monsieur le Prince, je vois à nouveau !” Au moment de quitter l’hôpital, l’ouvrier, fondant en larmes, s’agenouille devant son “sauveur”. Ladislas lui dit : “Non, ne t’agenouille pas devant moi !” Et lui aussi se met à genoux pour remercier Dieu. Nous avons trouvé l’un et l’autre prosternés, en train de remercier Dieu. Laci a ensuite sorti chaussures et linge de sa propre garde-robe, et a pris congé de son patient après l’avoir habillé de neuf. »

Le prince-docteur Batthyáni est comblé d’honneurs. L’empereur le reçoit dans l’Ordre de la Toison d’Or et de Saint-Étienne ; le Pape lui confèrera l’Éperon d’or, les Hongrois l’éliront à la Chambre Haute ; il deviendra également membre de l’Académie hongroise des Sciences. Malgré ces distinctions, il fuit le public, car il ne veut pas se mettre en avant. « La grandeur et la simplicité font bon ménage chez lui », déclare un de ses hôtes. Il puise toujours généreusement dans sa fortune pour le bien de ses patients, mais aussi pour soutenir treize églises paroissiales et plusieurs écoles ; il éduque ses enfants dans un mode de vie humble et laborieux. Très accueillant, le docteur Batthyáni n’aime cependant pas les mondanités. « Il détestait les bavardages de salon qui tournaient facilement à la médisance, écrit sa sœur. Il n’a jamais mal parlé des autres et ne supportait pas d’entendre de tels discours. S’il ne pouvait les empêcher, il quittait la pièce ou parvenait à détourner la conversation. » Dans son journal, Ladislas note : « Chaque être humain ne vaut que ce qu’il vaut devant le bon Dieu ; les qualités estimables chez l’homme sont la justice, la vérité, la charité ; les autres qualités non énumérées ici sont des conséquences naturelles de l’amour de Dieu. »

Il n’existe aucune séparation entre sa vie spirituelle et son activité professionnelle. En 1926, il écrit dans son journal : « Il y a quelques jours, j’ai opéré un horrible cancer de la langue, hier, j’ai assisté à l’accouchement heureux d’un enfant, j’ai soigné trois cataractes… De toutes ces joies et peines, l’humanité moderne en chaises longues, un verre de sherry à la main, ne sait rien. Et pourtant je n’échangerais ma place avec personne ; même si je naissais mille fois, je dirais mille fois à mon Dieu au Ciel : “Seigneur, laissez-moi redevenir médecin, afin de travailler pour Vous et pour Votre gloire !” »

Même au milieu de la nuit

Le zèle professionnel du docteur Batthyány pourrait être illustré par de nombreux exemples, notamment celui-ci : un enfant cueillait des branches de sapin pour préparer une fête de son école ; une grosse aiguille vient se planter dans son œil. Il hurle comme si on l’écorchait et sa sœur court prévenir sa mère en ces termes lénifiants : « Maman, ne t’inquiète pas, il ne se passe rien de grave, Karl s’est juste crevé un œil. » Accourue, la femme constate qu’un liquide jaune coule de l’œil blessé. « Vite, allons chez le prince ! », ordonne-t-elle. Mais il est quatre heures de l’après-midi et le service ambulatoire est déjà fermé. Qu’à cela ne tienne ! Le docteur fait préparer la salle d’opération et déclare au père du blessé, confus du dérangement causé au prince : « Même si c’était au milieu de la nuit, ce serait mon devoir d’aider un malade ! » L’opération réussit pleinement : l’œil de l’enfant est sauvé ! « J’aime mon métier, confie le docteur. Le malade m’apprend à aimer toujours davantage Dieu, et j’aime Dieu dans le malade. Le malade m’aide plus que je ne l’aide ! Il prie pour moi et m’obtient d’immenses grâces, à moi et à ma famille. Grâce à la bonté de Dieu, le malade fait de moi un autre Simon de Cyrène qui peut l’aider avec amour à porter sa croix. » Et il remarque, au sujet de sa spécialité d’ophtalmologiste : « Parce que l’œil est le miroir de l’âme, lorsque j’ai la chance, avec l’aide de Dieu, de permettre à quelqu’un de voir à nouveau la lumière du jour, alors, je peux en général exercer aussi une influence sur son âme. » Aux patients qui gardent contact avec lui, il envoie une petite brochure qu’il a intitulée : « Ouvre les yeux et vois ! » Il s’agit principalement d’aider ces personnes à ouvrir les yeux de leur âme aux réalités spirituelles.

Quand un pauvre lui demande, non sans embarras, comment il peut le remercier pour ses soins gratuits, le docteur répond invariablement : « Dites pour moi un Notre Père et un Je vous salue, Marie. » Il n’est d’ailleurs pas rare que le malade soigné gratis pro Deo rentre chez lui avec une « prime de douleur », c’est-à-dire une aumône que le docteur lui a offerte en « réparation » des petites souffrances qu’il a endurées ! À ses patients israélites, il demande de prier pour lui en utilisant les prières de la Bible qu’ils connaissent.

« Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement (Mt 10, 8). Ce sont les mots prononcés par Jésus au moment d’envoyer les Apôtres proclamer l’Évangile, afin que son Royaume s’étende à travers des gestes d’amour gratuit, écrit le Pape François… L’Église, Mère de tous ses enfants, surtout des malades, rappelle que les gestes de don gratuit, comme ceux du Bon Samaritain, sont la voie la plus crédible de l’évangélisation. Le soin des malades a besoin de professionnalisme et de tendresse, de gestes gratuits, immédiats et simples comme une caresse, à travers lesquels on fait sentir à l’autre qu’il nous est cher. La vie est un don de Dieu, et, comme interroge saint Paul : Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? (1 Co 4, 7). Précisément parce que c’est un don, l’existence ne peut pas être considérée comme une simple possession ou comme une propriété privée, surtout face aux conquêtes de la médecine et de la biotechnologie qui pourraient amener l’homme à céder à la tentation de la manipulation de l’arbre de la vie (cf. Gn 3, 24)… Je vous exhorte tous, à différents niveaux, à promouvoir la culture de la gratuité et du don, indispensable pour dépasser la culture du profit et du déchet. Les institutions sanitaires catholiques ne devraient pas tomber dans le travers consistant à privilégier les intérêts de l’entreprise, mais sauvegarder l’attention à la personne plutôt que le souci du gain. Nous savons que la santé est relationnelle, elle dépend de l’interaction avec les autres et a besoin de confiance, d’amitié et de solidarité ; c’est un bien dont on ne peut jouir en plénitude que s’il est partagé. La joie du don gratuit est l’indicateur de santé du chrétien » (Message du 25 novembre 2018, pour la journée mondiale du malade de 2019).

« N’oublie pas ton âme ! »

À leur sortie de l’hôpital, les patients catholiques reçoivent du docteur Batthyàny une petite image du Sacré-Cœur de Jésus. Au dos, est imprimé un texte de sa composition : « Prends cette image en pieux souvenir de notre hôpital, et si tu penses devoir un remerciement à quelqu’un, alors prie pour nous. Tu es venu chez nous trouver un remède pour ton corps, mais n’oublie pas ton âme immortelle, qui a tant de valeur que le Seigneur Jésus lui-même est mort pour elle sur la Croix. La vie est très courte, et nous serons bientôt devant le tribunal de Dieu, qui nous jugera tels que nous serons. À quoi sert à l’homme de gagner le monde entier, s’il vient à perdre son âme ? Faites-vous des trésors pour le royaume des Cieux, que les vers et la rouille n’useront pas (Mt 16, 26 ; 6, 20). Va vite recevoir les sacrements, car seules les bonnes œuvres consolent en face de la mort. Reçois de bon cœur ces paroles que me dicte mon amour pour toi, pense souvent à elles, et que le Seigneur Jésus, dont je te donne l’image, te bénisse sur le chemin de la vie ! »

Une de ses patientes, une dame distinguée qui a sûrement connu des jours meilleurs avant la guerre, ne peut cacher son indigence. Elle est heureuse, durant son séjour à l’hôpital, de pouvoir manger à sa faim. Lorsque l’hospitalisation s’achève, le docteur Batthyány, qui ne sait comment la tirer d’embarras sans lui faire honte, a soudain une idée : alors qu’elle vient prendre congé, « tenez, lui dit-il, prenez cette image de la Sainte Vierge qui est accrochée au mur ; elle est pour vous ». Touchée, la dame prend l’image et constate que dans la doublure sont glissés plusieurs gros billets de banque. Feignant la surprise, Ladislas lui dit : « Voyez, c’est un cadeau que vous offre la Sainte Vierge ! »

La vie religieuse du docteur, absorbée dans son quotidien, est marquée par une dévotion intense envers Marie, Mère de Dieu. Il aime prier le Rosaire : sur de nombreuses photographies, en effet, un regard attentif peut distinguer qu’il tient discrètement en main son chapelet. Là, il puise la force de s’unir à Dieu et d’aimer son prochain ; ainsi Dieu n’est pas pour lui une idée ou un concept abstrait, mais Quelqu’un de tout à fait réel et présent. Depuis le 20 décembre 1905, jour où le Pape saint Pie X signa un décret encourageant tous les fidèles en état de grâce à se nourrir fréquemment du Corps du Christ, Ladislas communie chaque matin à la Sainte Messe par laquelle il commence sa journée. Dans son journal, après une période de maladie, il écrit : « Dieu soit loué ! Aujourd’hui, en cette fête mariale, j’ai pu assister de nouveau à la Sainte Messe et communier. Une journée sans cela n’est pas bonne. Et la sainte Communion est le meilleur moment de la journée ! » Son curé écrira : « Pour le prince, l’Eucharistie ne signifiait pas simplement un exercice de dévotion, mais la présence réelle de Jésus, à qui il allait, qu’il voyait, et qu’il adorait avec bonheur. » Il remet toutes ses affaires financières et tous les soins de sa famille entre les mains de saint Joseph. Confronté par la guerre à la misère matérielle, il écrit, au dos d’une image de saint Joseph, une supplique où il le nomme affectueusement : « Mon ministre des finances ».

Un saint de vitrail

Le docteur Batthyány n’est pourtant pas un saint de vitrail. Un jour, alors qu’il est resté travailler à l’hôpital bien après l’heure habituelle de son déjeuner, il traverse à pas rapides la cour qui le sépare de son domicile. Un homme à l’allure peu avenante se met en travers de son chemin. Fatigué par le labeur intense de sa longue matinée, Ladislas perd patience et maugrée : « Bonté divine, qu’est-ce qu’il y a encore ? Il ne manquait plus que cela ! Que me voulez-vous donc ? » Nullement décontenancé, l’homme lui baise la main et lui dit : « Prince, je voulais juste vous remercier de tout cœur d’avoir rendu la vue à ma vieille mère. Je viens justement la chercher pour la ramener à la maison. » Le prince est confus. La voix de sa conscience lui dit : « Mon cher Laci, ce que tu viens de dire à ce brave homme ne correspond pas à ce verset de la première épître aux Corinthiens que tu cites si souvent : La charité supporte tout (1 Co 13, 7). » Peu après, dans une lettre à sa belle-sœur, religieuse bénédictine, il raconte l’épisode, avec ce commentaire : « Cet homme m’apportait des roses, et je lui ai lancé un cactus. » Réfléchissant pour tirer la leçon de l’incident, il conclut : « Je n’aime pas assez mon prochain. Le chemin le plus court vers la perfection de la charité fraternelle est d’aimer davantage le Bon Dieu. »

En 1921, Ladislas connaît sa plus grande épreuve, la perte de son fils aîné, Ödön (Edmond), un garçon aussi intelligent que pieux. Après avoir sauvé tant de vies humaines, le médecin constate son impuissance devant la tumeur maligne incurable qui terrasse son fils. Le jeune homme, âgé de vingt et un ans, lui demande : « Papa, vais-je mourir ? » Le cœur déchiré, Ladislas s’interroge : dois-je lui dire la vérité, ou bien le laisser dans l’ignorance par crainte de le désespérer ? Il finit par murmurer : « La puissance du Bon Dieu est infinie, alors que la nôtre est limitée. Il peut en un instant te rendre la santé ; mais la médecine n’est pas en mesure de te conserver la vie. » Pourtant, dans l’espoir de différer au moins l’issue fatale, et pour diminuer les souffrances de son fils, le docteur lui administre, par piqûres, une chimiothérapie qui, de fait, restera sans effet. Après le décès d’Edmond, la seule consolation de son père sera de penser qu’il le reverra un jour au Ciel. En 1926, revenant sur sa vie, Ladislas écrit dans son journal : « Je me suis fixé comme une des principales tâches de ma vie de servir mes frères humains au moyen de mes compétences médicales, et ainsi d’offrir à Dieu des choses qui Lui plaisent. Par sa grâce, j’ai pu, de longues années durant, jour après jour, travailler dans mon hôpital au bien de mes patients. Ce travail a été la source de grâces innombrables et de la grande joie spirituelle qui a rempli mon âme et celle des membres de ma famille. Pour cette raison, je remercie de tout mon cœur – comme je l’ai toujours fait dans ma vie – mon Créateur de m’avoir appelé à devenir médecin. »

À près de soixante ans, le docteur Batthyány ne se ménage toujours pas. Il consulte un cardiologue qui le supplie d’épargner sa santé compromise, et se laisse convaincre d’arrêter son activité de chirurgien pour se consacrer uniquement à l’ophtalmologie. En septembre 1929, au cours de vacances en Belgique avec sa famille, il rencontre l’impératrice d’Autriche et reine de Hongrie en exil, Zita de Habsbourg, qu’il vénérait conjointement avec son défunt mari, le bienheureux Charles Ier. Au retour, en novembre, on lui découvre un cancer aux reins et il est opéré à Vienne, sans résultat. Les quatorze mois de maladie, passés au sanatorium viennois de Löw, sont pour lui un dur chemin de croix. Il avoue à sa femme : « Je souffre énormément. Je n’aurais jamais pensé qu’un être humain puisse autant souffrir. Mais c’est bien ainsi. Tout ce que Dieu veut est bien ! »

« Ne dites plus jamais cela ! »

Un témoin écrit : « Sa chambre d’hôpital était devenue une sorte de lieu de pèlerinage, d’où les gens sortaient affligés et bouleversés, avec, cependant, une foi renforcée. » Beaucoup viennent en vue de consoler le malade, mais c’est l’inverse qui se produit : ils sortent guéris de leurs plaies spirituelles. Sa patience et sa bonté paraissent aux siens tellement extraordinaires qu’un de ses enfants lui dit un jour : « Papa, tu es un saint ! » Effrayé, le malade se met alors à trembler et s’écrie : « Je vous en prie, ne dites plus jamais cela ! Je ne veux plus jamais entendre une chose pareille ! » Se bouchant les oreilles, les yeux levés au ciel comme pour demander pardon de la parole de son enfant, il continue humblement : « Je suis bien loin de la sainteté ! Je suis un très pauvre pécheur ! » Mais le prêtre venu lui donner les derniers sacrements, la veille de sa mort, confiera aux proches, les larmes aux yeux : « Seul un saint peut faire une confession pareille à celle que j’ai entendue ! »

Le 22 janvier 1931, Ladislas Batthyány-Strattmann rend son âme à Dieu. La veille, il avait demandé à sa famille : « Portez-moi sur le balcon, pour que je crie au monde : “Le Bon Dieu est bon !” » Le lendemain, une femme publiait dans le journal local un article qui s’achevait par ce vœu : « De même que vous, monsieur le prince, avez permis à mon enfant de voir la lumière du jour, puisse le Bon Dieu vous faire contempler dès maintenant la lumière éternelle ! » Le nonce apostolique à Vienne, Mgr Schioppa, écrira au Pape Pie XI : « Le peuple considère le prince comme un saint. Je puis assurer votre Sainteté qu’il l’est ! » Les reliques de Ladislas Batthyány reposent dans l’église du monastère franciscain de Güssing, dans le diocèse autrichien d’Eisenstadt, proche de la frontière hongroise.

Lors de la béatification de Ladislas, le Pape saint Jean-Paul II résumait ainsi la vie de celui qu’on appelait le « prince franciscain », à cause de son amour des pauvres et de la pauvreté : « Il a utilisé la fortune héritée de ses nobles ancêtres pour soigner gratuitement les pauvres et construire deux hôpitaux. Son intérêt n’allait pas aux biens matériels, ni aux succès, ni aux objectifs de carrière… Il ne plaça jamais les richesses de la terre avant le vrai bien qui est dans les cieux. Que son exemple de vie familiale exemplaire, ancrée dans la foi, et de généreuse solidarité chrétienne soit un encouragement pour tous à suivre fidèlement l’Évangile ! » Souvenons-nous de ce conseil du bienheureux Ladislas, saisissant raccourci de l’Évangile : « Si vous voulez être heureux, rendez les autres heureux ! »

Dom Antoine Marie osb

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Date de dernière mise à jour : 2019-09-05