Sainte Marguerite d’ANTIOCHE

margaretpaolo.jpgSainte Marine d’Antioche que les latins appellent sainte Marguerite, doit sa célébrité à une légende très populaire dont la valeur historique peut être fort contestée.

L’auteur qui a placé la scène sous le règne de Dioclétien (284-305), dit que Marine ou Marguerite, fille d’Aedésius, prêtre païen d’Antioche, se convertit au christianisme. Chassée par son père, elle retourne chez sa nourrice où elle garde les troupeaux.

Elle a quinze ans quand elle est remarquée par le préfet Olybrius qui lui propose de l’épouser, ce qu’elle refuse en se proclamant chrétienne. Le préfet la fait emprisonner et la convoque deux jours plus tard devant son tribunal. Après de longues discussions, Olybrius ordonne qu’on la fouette et qu’on lui déchire les flancs avec des ongles de fer, puis la fait reconduire en prison. Le diable lui apparaît alors sous la forme d’un dragon qu’elle le chasse par un signe de croix. Satan revient sous l’aspect d’un homme tout velu, mais n’a pas plus de succès. Dans une lumière divine, lui apparaît alors une croix sur laquelle une colombe vient se poser ; cette vision lui donne la force de soutenir de nouveaux combats. Le lendemain, après une série de discours, on lui applique des torches ardentes qui ne lui font aucun mal, puis on la jette dans une chaudière d’huile bouillante d’où elle sort indemne. Par une exhortation, elle convertit une multitude d’assistants qui sont aussitôt décapités. La décapitation met fin aux longs supplices de Marguerite.

Le culte parisien de sainte Marguerite ne semble pas remonter plus haut que la fin du Moyen Age. Les bénédictins de Saint-Germain-des-Prés possédaient une ceinture de sainte Marguerite, de provenance inconnue, qui soulageait les femmes en couches. Marie de Médicis en usa. L'église garde encore aujourd’hui un autel de sainte Marguerite et une statue sculptée par le Frére Bourlet. La rue Sainte-Marguerite a disparu et aussi la cour du Dragon, dont le portail doit être encadré dans la maison de douze étages qui occupera la place. La rue du Dragon garde des maisons anciennes où habitèrent Victor Hugo, Lacordaire et Huysmans.

L'église Sainte-Marguerite, au faubourg Saint-Antoine (36 rue Saint-Bernard), fut bâtie aux frais du chanoine Antoine Fayet, docteur en théologie et curé de Saint-Paul, pour desservir ses paroissiens éloignés et lui servir de sépulture.

Le 28 novembre 1623, Antoine Fayet sollicita du roi la concession « d'une place qui est scituée à la pointe de Reuilly, entre les deux chemins, l'un d'iceux allant à Saint-Maur et l'autre au bois de Vincennes, pour y faire bastir et construire une chapelle succursale pour la commodité des habitants du dit Reuilly ». En mai 1624, le roi donna des lettres-patentes portant concession de cet emplacement, mais, peu après, on renonça à l'utiliser vu que l'on estimait « qu'il n'était pas assez commode ». Le 29 octobre 1624, Jean de Vitry, seigneur de Reuilly, donna à Antoine Fayet une pièce de terre sise au faubourg Saint-Antoine pour lui permettre de faire édifier sa chapelle ; mais le 12 février 1627, Jean de Vitry déclarait que cette donation était en réalité une vente et l'acte nous fait savoir en même temps que, durant cet intervalle de deux ans et quatre mois, « le dit sieur Fayet a fait bastir, édiffier et construire l'église de Sainte-Marguerite à ses frais et despans », après avoir reçu le 31 janvier 1625 l'autorisation de l'archevêque de Paris.

Les marguilliers de Saint-Paul ne voulurent pas admettre une diminution de leur paroisse et s'opposèrent à l'érection de la chapelle Sainte-Marguerite en succursale de leur église. Un arrêt du ParIement du 26 juillet 1629 ordonna qu'aucune fonction curiale n'y serait exercée. Le chanoine Fayet se vit donc obligé de réserver sa chapelle à son seul usage, pour sa sépulture et à celle de sa famille. Peu après cependant, deux arrêts (6 août 1632 et du 7 mai 1633) établirent que la chapelle d'Antoine Fayet pourrait devenir succursale de Saint-Paul, à condition que les habitants de la région prissent l'engagement de bâtir une maison pour les desservants et de faire faire toutes les réparations et travaux à la chapelle. Six personnes seraient désignées pour « faire levée et collecte, de maison en maison, de ce que chacun des dits habitants voudra gratuitement aumosner et contribuer pour le dict bastiment et cimetière qu'il convient faire proche la dicte chapelle. » Mais, par acte du 26 septembre 1633, « les habitans, dit Félibien, se dégoustèrent de l'entreprise par la considération des frais. »

Le chanoine Fayet mourut le 3 février 1634 ; quelques mois après la mort la chapelle devint succursale de Saint-Paul. Le 1° décembre 1712, Sainte-Marguerite, « rebâtie presque à neuf », fut érigée en cure par le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, La nouvelle paroisse couvrait le territoire de Saint-Paul qui était situé à l'extérieur du boulevard ouvert depuis quelques années sur l'enceinte de Charles V. Aux termes de l'ordonnance épiscopale, cette circonscription s'avançait jusqu'au-delà du couvent des Chanoinesses régulières de Picpus (fondé en 1640). Elle s'étendait à l'est jusqu'au Petit-Bercy, au nord jusqu’à Montlouis (à l’emplacement du Père-Lachaise).

Le premier curé de Sainte-Marguerite, Jean-Baptiste Goy, était un ancien sculpteur qui avait travaillé au parc de Versailles et qui décora les frontons de bas-reliefs ; il reste, aux deux pignons du transept, La Vierge et l'Enfant-Jésus et Les Pèlerins dEmmaus. C’est dans le cimetière de cette église qu’aurait été enterré Louis XVII (10 juin 1795) dont on voit encore la tombe.

La chapelle primitive qui devait se trouver à l'emplacement du chœur de l'église actuelle, fut pourvue d'une sacristie et d'un presbytère (1637). En 1669, la nef fut allongée et encadrée de deux bas-côtés. Les deux chapelles nord et sud qui forment les deux bras du transept, datent de 1703 et 1724. Le chœur qui est de l'architecte François de l'Espée, date de 1737. La chapelle des Ames du Purgatoire, œuvre de Victor Louis, fut construite entre 1760 et 1764.

Maintenue comme paroisse en 1791, fermée en 1793, rouverte en 1795, l'église est rendue définitivement au culte en 1803. La façade date de la Restauration

Derrière le maître-autel, ont été placés des fragments recomposés du tombeau (Christ descendu de la croix et Mater dolorosa) que François Girardon fit élever en l'église Saint-Landry, dans la Cité, à la mémoire de sa femme Catherine Duchemin. Cette œuvre fut exécutée en 1705-1706, sur les dessins de Girardon, par ses élèves Eustache Nourrisson et surtout Robert Le Lorrain.

Les plus anciennes peintures, deux peintures sur bois, représentent La Descente de croix attribuée à Charles Dorigny, qui proviendrait de l'église des Célestins et Le Massacre des Innocents attribué à Francesco de Rosa. Quatre tableaux évoquent l'histoire de saint Vincent de Paul : Saint Vincent de Paul nommé superieur des Dames de la Visitation par saint François de Sales, de Jean Restout (1732), Saint Vincent de Paul destinant les Lazaristes à prendre soin des soldats, de Jean-Baptiste Féret (1731), Saint Vincent de Paul prêchant aux pauvres de l'hôpital, du frère André (mis en place en 1732), L'Institution des Enfants trouvés, de Louis Galloche (1732). Ils décoraient l'ancien couvent des Lazaristes du faubourg Saint-Denis et faisaient partie d'une suite de onze tableaux aujourd'hui perdus ou dispersés. On voit encore deux autres toiles du XVIII siècle : Saint Ambroise présentant à Dieu la lettre de Théodose, de Louis Lagrenée (1764) et un tableau provenant du couvent des Dames de la Visitation au faubourg Saint-Jacques, La Visitation par Joseph-Benoît Suvée (1781).

Les murs de la chapelle des Ames du Purgatoire sont couverts de peintures en trompe-l'œil exécutées par Paolo-Antonio Brunetti (mort en 1783). Sont ainsi représentées des colonnes ioniques, des statues de vertus théologales et cardinales, une frise qui illustre La Mort de Jacob et Les Funerailles du patriarche. La voûte cintrée est ornée de caissons à rosaces, également en trompe-l'œil. Découpées comme les portants d'un décor de théâtre, les colonnes se détachent, derrière l'autel, sur une haute niche à éclairage zénithal, où une toile de Gabriel Briard évoque Le passage des âmes du Purgatoire au Ciel (1761).

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