Saint Pierre-Julien EYMARD

pierre-julien-eymard-pk2.jpgApôtre de l’Eucharistie, Fondateur,
(4 février 1811-1er août 1868)

 

Introduction

Tous les Saints, de tous les temps, ont été fascinés par le Don suprême de Jésus, son Eucharistie. Les disciples d’Emmaüs, le soir même de la Résurrection de Jésus, l’ont reconnu à la fraction du pain. Dès les premiers temps de l’Église, après l’Ascension, les apôtres ont renouvelé le Geste de Jésus qui leur avait dit: “Faîtes ceci en mémoire de Moi.” Très vite, les chrétiens prirent l’habitude de se réunir pour participer à la Fraction du pain.

L’Eucharistie, c’est le Christ présent au milieu de nous. C’est le Christ vivant. C’est toujours autour de l’Eucharistie que le Peuple de Dieu, l’Église, se rassemble. L’Eucharistie c’est la vie de l’Église: si l’on tue l’Eucharistie, on tue l’Église.

Tous les saints ont été fascinés par l’Eucharistie, mais, au cours des âges, quelques-uns ont été plus particulièrement appelés à devenir les apôtres de l’Eucharistie. Nous en présenterons ici quelques-uns. On aurait pu en choisir davantage, mais l’Eucharistie: Dieu présent parmi nous, est infinie, et le nombre de ceux qui ont vénéré l’Eucharistie est incalculable: comme Saint Jean, on pourrait dire: “Pour raconter toutes les merveilles de Jésus-Eucharistie, le monde entier ne suffirait pas.” Il fallut donc faire des choix. On aurait pu choisir d’autres apôtres de l’Eucharistie: le lecteur saura bien nous excuser si nos choix ne répondent pas tout à fait à ses désirs. Mais, si son cœur est vraiment ouvert, alors, pénétrant dans le feu de l’amour qui envahissait le cœur des saints présentés, il saura bien communier à l’amour qui les animait. C’est le vœu que nous formons.

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Saint
Pierre-Julien Eymard

Apôtre de l’Eucharistie
(4 février 1811-1er août 1868)

Sa vie

Saint Pierre-Julien Eymard naquit le 4 février 1811 à La Mure d’Isère. Il y mourut, le 1er août 1868, à l’âge de 57 ans. Il fut béatifié par Pie XI, le 12 juillet 1925, puis canonisé par Jean XXIII, le 9 décembre 1962, au terme de la première session du Concile Vatican II. Dans son homélie de canonisation Jean XXIII précisait: “Sa note caractéristique, l’idée directrice de toutes ses activités sacerdotales, on peut le dire, ce fut l’Eucharistie: le culte et l’apostolat eucharistiques.”

Mis en contact avec toutes les classes de la société et tous les états de vie, Pierre-Julien avait été providentiellement préparé à sa mission eucharistique. Tour à tour vicaire, curé, religieux et provincial chez les Frères Maristes, supérieur de collège et directeur du Tiers-ordre de Marie, catéchiste des chiffonniers de Paris, et, enfin, fondateur des Prêtres du Très Saint Sacrement, il a connu tous les besoins de toutes les catégories d’âmes et a compris l’influence et la force, pour elles, de l’Eucharistie.

Pierre-Julien eut une vie débordante d’activité. Ce fut cependant un grand mystique. En effet, dès l’âge de vingt six ans, alors qu’il n’était encore que vicaire à la Chatte, il fut, au cours d’une méditation devenue extase, favorisé d’une grâce mystique qui lui fit pénétrer la réalité de l’amour et de la bonté du Père. Pendant longtemps il en parla avec reconnaissance. Cette grâce fut le point de départ d’un apostolat dominé par une pensée dominante: devenir l’apôtre infatigable de l’amour de Dieu et travailler à la glorification du Sacrement de l’Amour du Fils: l’Eucharistie.

La jeunesse de Pierre-Julien

L’enfance et la jeunesse de Pierre-Julien Eymard furent relativement tristes. Il était le dixième enfant de Julien Eymard, son père, et  quatrième de sa mère, deuxième femme de Julien devenu veuf. Un destin cruel semble avoir marqué la famille Eymard. Successivement moururent ses frères et sœurs aînés: Cécile, en 1805, François-Julien en 1807, Joseph-Justin-Julien en 1809. Du premier lit quatre enfants sur six étaient également morts. De ce qui aurait pu être sa grande famille, Pierre-Julien, notre futur saint, ne connut qu’Antoine et Marianne, respectivement âgés de dix-sept et de douze ans à sa naissance en 1811. On croit savoir que la mère de Julien était très pieuse. Quant à son père, Julien Eymard, coutelier de son état, il fut reçu dans la Confrérie des Pénitents du Saint-Sacrement le 8 décembre 1817.

Dans ce milieu sérieux et fervent, il n’est pas étonnant que la piété de Pierre-Julien ait été précoce. Un fait est dûment attesté: vers l’âge de cinq ans, le petit garçon fait une fugue. On le cherche partout... On le retrouve dans l’église, grimpé sur l’escabeau placé derrière l’autel:

– Que fais-tu là, demande  sa sœur, impatiente.

– Je suis près de Jésus, et je l’écoute, répond naïvement le petit garçon.

À mesure qu’il grandit, Pierre-Julien est de plus en plus attiré par l’Eucharistie. Très jeune il désirera  devenir prêtre. Son père,  meurtri par tant de deuils subis, refusa: il ne pouvait pas accepter de perdre encore le dernier garçon qui lui restait et qui aurait dû prendre la succession de son entreprise.

Pierre-Julien connut donc des difficultés énormes pour faire ses études. Il apprit seul le latin, en cachette de son père. Le 5 août 1828, sa mère mourait; le pauvre père restait seul avec sa fille Marianne et Pierre-Julien. Pierre-Julien se devait d’aider son père.

Enfin la foi du papa l’emporta, et Pierre-Julien fut reçu chez les Oblats de Marseille, le 7 juin 1829...

Les études et le séminaire

Pour rattraper son retard scolaire, Pierre-Julien travaillait comme quatre. Il tomba rapidement malade; on crut qu’il allait mourir. Mais il se rétablit lentement et, après la mort de son père, il entra au grand séminaire. Il fut ordonné prêtre le 20 juillet 1834 et nommé vicaire à la Chatte, dans l’Isère. Le 10 juin 1835 il était reçu tertiare de l’Ordre des Capucins. C’est à la Chatte qu’il fut gratifié d’une grâce mystique exceptionnelle qu’il garda lontemps secrète, mais qui nourrit toute sa vie spirituelle.

Pierre-Julien crachait le sang. Il dut quitter la Chatte; on le nomma curé de Monteynard où il resta deux ans. Fin 1839, il entra chez les Frères Maristes de Lyon et fut nommé directeur du collège de Belley. En janvier 1845, on lui conféra la charge de provincial dans sa congrégation, charge qu’il exerça pendant deux ans avant de devenir Visiteur Général.

En décembre 1845 le Père Eymard prit la direction de Tiers-Ordre de Marie au sein duquel il fonda de nombreuses branches.

Les grâces spirituelles

    Lyon, mai 1845

Au sujet de la cérémonie de la Fête-Dieu à Lyon, le 25 mai 1845, le Père Eymard écrit, entre autres: “Je sens dans moi un grand attrait vers Notre-Seigneur; jamais je ne l’avais éprouvé si fort. Cet attrait m’inspire dans mes prédications, conseils de piété, de porter tout le monde à la connaissance et à l’amour de Notre-Seigneur, de ne prêcher que Jésus-Christ et Jésus-Christ Eucharistique...” Cette grâce exceptionnelle est une grâce de foi et d’amour envers le Christ-Eucharistique. L’amour de Dieu est premier, mais il se concentre sur la contemplation du mystère de Jésus dans son Eucharistie.

    Paris 1848

En juin 1848 le Père Eymard est vivement frappé par l’intensité du culte eucharistique qui se déploie à Paris, grâce à l’adoration nocturne des hommes et à la création, par Adeline Dubouché, d’un Tiers-Ordre qui deviendra l’Adoration Réparatrice.

La grâce de Fourvière, le 21 janvier 1851

C’est ce que le Père Eymard appellera une grâce de vocation. Ému à la vue du délaissement de tant de prêtres séculiers, et par le manque de direction spirituelle des hommes, le Père Eymard envisage la création “d’un corps d’hommes comparable à l’Adoration Réparatrice en cours de création pour les femmes.”

L’époque était rude alors: le décret du 13 mars 1848 avait supprimé les congrégations religieuses en France, et de très nombreux religieux vivaient dispersés. À Mme Tholin-Bost qui avait créé l’Association de l’Adoration du Saint Sacrement à domicile, le Père Eymard écrivit, en octobre 1851: “ J’ai souvent réfléchi sur les remèdes à cette indifférence universelle qui s’empare d’une manière effrayante de tant de catholiques, et je n’en trouve qu’un: l’Eucharistie, l’amour à Jésus Eucharistique. La perte de la foi vient de la perte de l’amour.”

Et en février 1852, à la même personne: “Maintenant il faut se mettre à l’œuvre, sauver les âmes par la divine Eucharistie, et réveiller la France et l’Europe engourdies dans un sommeil d’indifférence parce qu’elles ne connaissent pas le don de Dieu: Jésus, l’Emmanuel Eucharistique. C’est la torche de l’amour qu’il faut porter dans les âmes fidèles et qui se croient pieuses, et ne le sont pas parce qu’elles n’ont pas établi leur centre et leur vie dans Jésus au saint Tabernacle.”

    La Seyne, 18 avril 1853

Enfin, voici pour Pierre-Julien, la grâce qui orientera définitivement sa vie: ce fut une grâce de vocation exceptionnelle:  créer l’ORDRE DU TRÈS SAINT-SACREMENT.

La fondation

Les événements se succèdent, et en avril 1856, le Père Eymard est relevé de ses vœux qui le liaient à l’Ordre des Maristes. Il allait pouvoir travailler à la fondation d’une nouvelle congrégation. Le 13 mai 1956, il reçoit, de l’Archevêque de Paris, Mgr Sibour, l’autorisation de fonder son œuvre, la Société du Saint-Sacrement,. Mgr Sibour était, en effet, très désireux de voir commencer une Œuvre de la Première communion des adultes. Le Père Eymard sera assisté, pour cette fondation, par le Père de Cuers.

Le dénuement matériel des premiers temps sera extrême et les vocations se firent longtemps attendre. Enfin, le 6 janvier 1857, l’Adoration du Saint-Sacrement exposé était inaugurée dans l’Institut. Les épreuves de toutes sortes se multiplièrent...

Parallèlement à la Société du Saint-Sacrement, une communauté féminine se mettait en place: Les Servantes du Saint-Sacrement, et l’Œuvre de la Première Communion des adultes était fondée dès 1858.

Le Père Eymard décrit la situation des jeunes ouvriers parisiens de cette époque: “À peine capables de travailler, les enfants pauvres de Paris sont placés dans les fabriques pour y gagner quelques sous d’abord, puis dix, puis un franc; et cela aide à avoir un peu de pain pour sa pauvre famille, et à payer les quarante sous de loyer par semaine. S’il n’y a pas de place dans les fabriques de boutons, de papier, etc, l’enfant, avec sa petite hotte, part le matin ou le soir, chiffonner dans la ville. Que de centaines d’enfants en sont là dans Paris!...

Si du moins la vie religieuse compensait la misère de la vie du corps! Mais, hélas! elle est encore plus déplorable. Le petit ouvrier ne va pas à l’Église apprendre à connaître, à aimer et à servir Dieu; ses parents ne lui en parlent pas. Ils ont été élevés ainsi, ou bien l’indigence les rend honteux et les abrutit.   

Car Paris a son côté de missions étrangères, sa population nomade, sans autre religion que le culte des morts... Non, rien ne ressemble à ce Paris de la misère et de l’indifférence!”

Malgré les difficultés l’œuvre se développe et essaime en province. L’adoration du Saint-Sacrement est toujours la base de la vie de la congrégation. Entre temps, au bord du découragement, le Père Eymard avait consulté le Saint Curé d’Ars.[1] Le Père A.Tesnières raconte la rencontre:“...Le Curé d’Ars éclata en sanglots et répondit: “Mon bon ami, vous voulez que je prie le bon Maître pour vous? Mais vous l’avez, vous, vous l’avez toujours devant vous!” Le Père touché des larmes du Curé laissa jaillir les siennes à son tour, et il s’efforçait de le consoler en lui disant: “Pardonnez-moi, Monsieur le Curé, je ne voulais pas vous faire de peine, pardonnez-moi, je vous en prie. Et ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre.”

Le 10 juin 1863, Pierre-Julien Aymard recevait le décret d’approbation de son institut, La Congrégation du Très Saint-Sacrement. L’approbation avait été donnée par le pape Pie IX le 8 mai précédent. Le but essentiel de cette congrégation était double:

“rendre un culte solennel et perpétuel d’adoration à Notre Seigneur Jésus-Christ, demeurant perpétuellement au Très-Saint-Sacrement de l’autel, pour l’amour de l’homme.”

”se dévouer à l’amour et à la gloire de ce très auguste Sacrement par l’apostolat de chacun de ses membres qui, sous les auspices et la conduite de l’Immaculée Vierge Marie, doivent s’y appliquer dans la mesure de leur grâce et de leurs vertus.”

Il convient d’ajouter que cette congrégation doit être, de par la volonté de son fondateur, entièrement dévouée au Successeur de Pierre.

Parallèlement à la fondation de la Congrégation du Très Saint-Sacrement, Pierre-Julien Eymard, de 1858 à 1865, œuvra activement à la fondation d’une congrégation féminine: Les Servantes du Saint-Sacrement, entièrement centrée sur l’Eucharistie, tout en étant au service des pauvres. Les épreuves, là aussi, furent nombreuses et parfois très douloureuses...

La vocation eucharistique

En plus des activités liées au développement de ses communautés religieuses, le Père Eymard prêche beaucoup: il veut faire connaître l’Eucharistie, l’Amour qui institua l’Eucharistie, c’est-à-dire le Cœur de Jésus, le Cœur Eucharistique. Il n’hésitait pas à dire, au cours des retraites eucharistiques qu’il prêchait: “Quand on veut donner un mouvement plus puissant, on double, on triple, on centuple la puissance du moteur. Le moteur divin, c’est l’amour, l’amour eucharistique.”

Il écrivait aussi à des correspondants: “J’ai eu la consolation de parler de Jésus au Très Saint Sacrement à Rouen et à Tours; on est bien venu, on a écouté avec dévotion: ce sera la semence.”

“Le Cœur Eucharistique de Jésus a eu sa belle part à Rouen et Tours. J’ai fait un sermon spécial à Tours. C’est la semence.”

“Je viens de prêcher la neuvaine solennelle du Sacré-Cœur. Vous pensez bien que c’est surtout du Cœur Eucharistique de Notre Seigneur que j’ai parlé; il n’est que là vivant, puis au ciel! J’ai parlé de son amour, de l’ingratitude des hommes, du peu d’âmes fidèles et dévouées qui se donnent entièrement à lui.”

Retraite de 1865

Au cours d’une retraite à Rome, en janvier 1865, le Père Eymard fait retour sur lui-même et écrit: “J’ai vu comment je ne me suis donné à Notre Seigneur au Très Saint-Sacrement que par le dévouement de l’amour, que par le service, le culte, le zèle. La nature y trouvait son élément; la vanité et l’activité de l’esprit aussi.”

Car la vie avec Jésus-Eucharistie doit être contemplation et don du cœur:“Notre Seigneur m’a fait comprendre qu’il préfère le don de mon cœur à tous les dons extérieurs que je pourrais lui faire, quand même je lui donnerais les cœurs de tous les hommes, sans lui donner le mien.”

Sur sa vocation eucharistique il s’émerveille: “Comme le Bon Dieu m’a aimé! Il m’a conduit par la main jusqu’à la Société du Très Saint-Sacrement! Toutes mes grâces ont été des grâces de préparation, tous mes états, un noviciat! Toujours le Saint-Sacrement a dominé. C’est la Très Sainte Vierge qui m’a conduit à Notre-Seigneur: à la communion de tous les dimanches par le Laus à 12 ans; de la Société de Marie à celle du Très Saint Sacrement.”

À la messe d’action de grâce de cette longue retraite, le 21 mars 1865, P.J.Eymard écrit:

“...de même je dois être anéanti à tout désir, à tout propre intérêt, et n’avoir plus que ceux de Jésus-Christ qui est en moi afin d’y vivre pour son Père. Et c’est pour être ainsi en moi qu’il se donne dans la Sainte Communion.

C’est comme si le Sauveur disait: ‘En m’envoyant par l’Incarnation, le Père m’a coupé toute racine de recherche de moi-même, en ne me donnant pas la personne humaine, mais en m’unissant à une personne divine afin de me faire vivre pour lui, ainsi par la communion tu vivras pour moi, car je serai vivant en toi. Je remplirai ton âme de mes désirs et de ma vie qui consumera et anéantira en toi tout ce qui est propre; tellement que ce sera moi qui vivrai et désirerai tout en moi, au lieu de toi. Et ainsi tu seras le corps de mon cœur; ton âme, les facultés actives de mon âme; ton cœur, le réceptacle, le mouvement de mon cœur. Je serai la personne de ta personnalité, et ta personnalité sera la vie de la mienne en toi.’”

Le Père Eymard, dès lors, fait un vœu qui le livre définitivement au Christ Jésus dans une configuration au mystère de son Incarnation, à l’exemple de Marie: “Oh! que je voudrais adorer Notre-Seigneur comme l’adorait cette bonne Mère!... Je vais faire toutes mes adorations en union avec cette Mère des adorateurs, cette Reine du Cénacle.”

Et, pensant à sa Congrégation: “Ne serait-il pas nécessaire dans la Société d’avoir les contemplatifs et les apôtres? D’avoir des adorateurs et des incendiaires, puisque Notre-Seigneur veut voir ce feu eucharistique incendier le monde...” 

Dans les constitutions de la Société du Saint-Sacrement, P.J.Eymard avait clairement indiqué la raison suprême de l’Institut: “Afin que le Seigneur Jésus soit toujours adoré dans son Sacrement et glorifié socialement dans le monde entier.”

Voici quelques-unes de ses réflexions: “Le mal du temps, c’est qu’on ne va pas à Jésus-Christ comme à son Sauveur et à son Dieu... L’amour divin qui n’a pas de vie, son centre, dans le Sacrement de l’Eucharistie, n’est point dans les vraies conditions de sa puissance: il s‘éteindra bientôt.

Que faire donc? Remonter à la source, à Jésus... et surtout à Jésus dans l’Eucharistie.”

La mort du Père Eymard

Les forces du P.Eymard commencent à décliner; il sent la mort approcher. À l’une de ses dirigées il écrit, le 26 avril 1868: “Plus les années se multiplient, plus elles affaiblissent la nature: c’est la mort par degrés, il faut s’y résigner! Mais heureusement que le cœur ne vieillit pas; il se rajeunit, au contraire, en héritant de ce que les autres facultés perdent. Aimez bien Notre Seigneur.”

C’était comme son testament. Il mourra le 1er août suivant, à l’âge de 57 ans, après d’ultimes épreuves tant physiques que morales..

Les épreuves spirituelles

On connaît relativement peu la vie mystique de Pierre-Julien Eymard, ni ses combats avec Satan. Seul le frère Tesnière qui le soignait a pu apporter des témoignages. En voici un: “Trois semaines avant sa mort le Père m’a dit avec l’accent de quelqu’un qui a besoin de se soulager d’un mauvais coup reçu: ‘Oh! que le diable est mauvais quand il vous bat. Ses soufflets sont secs, comme s’il frappait sur du marbre. Ah! c’est qu’il frappe vraiment et non pas seulement d’une manière imaginaire.’”

P. J. Eymard connut aussi les terribles épreuves de la nuit de l’esprit. C’est encore le Père Tesnière qui témoigne, lors lors du procès ordinaire de Paris: “Il entra dans une voie d’oraison douloureuse: sécheresse du cœur, impuissance de l’esprit à raisonner sur les vérités ou même à se représenter les mystères: obscurité de la foi, insensibilité absolue, vains efforts pour formuler une prière dans son cœur, vains appels à Dieu qui semblait sourd à ses cris et s’éloignait à mesure qu’il le cherchait davantage... vues très claires de l’inutilité de ses efforts dans la prière comme de toutes ses actions dont il ne voyait que lacunes, défauts et fautes, et par suite tentations de découragement et de désespoir qui le poussaient à abandonner au moins la prière comme inutile ou même injurieuse à Dieu.

Telle fut la voie du Serviteur de Dieu durant ses dernières années... C’était donc plusieurs heures par jour qu’il devait affronter ce combat de la prière, mais il n’en abandonna jamais l’exercice ni par fatigue, ni par dégoût, et surmonta ainsi cette longue et rude épreuve. Mais aller à la prière équivalait pour lui à aller au sacrifice pour y immoler son âme sur le plus cruel des bûchers.”

Ce texte très éclairant se passe de commentaires.


[1] Cette rencontre eut lieu trois mois avant la mort de Jean-Marie Vianney

sépar saints

Pierre 20julien 20eymardPierre Julien Eymard

Avec l’aimable autorisation de Mr CLAUDE TURCOTTE

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Date de dernière mise à jour : 2014-08-20