Saint Taraise DE CONSTANTINOPLE

Taraise de constantinople 45 01

Évêque, + 806

 Le grand et admirable Taraise, qui était l'humilité et la modestie môme, naquit à Constantinople, de parents fort nobles. Son père s'appelait Georges, et sa mère Eucratie, tous deux personnes très-notables et de fort bonne vie, du rang des patrices.

Notre Taraise ne dérogea point à la vertu de ses ancêtres, et sous la bonne conduite de sa mère, il arriva à un tel degré de perfection, que lorsqu'il eut atteint un âge capable d'entrer dans la connaissance des affaires de ce monde, il fut fait consul et premier secrétaire de l'empereur. Il donna dès lors assez à conjecturer quelle devait être un jour sa sainteté : car bien qu'il fût au milieu des honneurs d'une cour impériale, il faisait toutefois éclater en soi une insigne modestie, se montrant autant éloigné de l'ambition et de la vanité mondaine, qu'il était respecté et honoré do tout le monde. Et certes, on ne fut pas trompé; car son humilité, sa doctrine et sa piété le tirèrent de la cour d'un empereur terrestre, pour le faire entrer en celle de l'Empereur céleste : lui faisant prendre le gouvernement de l'église de Constantinople en la place du patriarche Paul.

L'an de Notre-Seigneur 784, lorsque l'hérésie des Iconoclastes était en grande vogue (ils en voulaient aux images de Notre-Seigneur, de la vierge Marie et des saints), Paul, patriarche, en apparence iconoclaste, mais dans l'intérieur bon catholique, se voyant seul pour défendre l'Église catholique contre les hérétiques (parce que presque tous les pasteurs de l'Église étaient décédés) et ne pouvant pas empêcher la violence de ces hérétiques, se résolut de quitter son évêché, et de se retirer en un monastère pour y servir Dieu plus en repos. Cela étant venu à la connaissance de l'empereur Constantin et de l'impératrice Irène, ils se transportèrent en ce monastère, fâchés de ce qu'il avait laissé son troupeau, pour lui en demander la cause. Ce bon personnage, après les avoir adoucis, leur dit : que le sujet qui l'avait obligé à se retirer, était de voir l'Église presque toute renversée et infectée de l'hérésie des Iconoclastes, et de n'avoir lui-même pu éviter leurs surprises, y ayant connivé et de parole et d'écrit. Si bien que, désespérant d'y pouvoir apporter remède, il s'était retiré là pour faire pénitence de sa connivence, et pour servir Dieu plus commodément, ne voulant point être pasteur d'un troupeau hérétique. Il leur dit de plus, que s'ils désiraient défendre l'Église (à quoi leur sceptre les obligeait) et lui procurer et restituer sa première liberté, il fallait qu'ils ordonnassent pour pasteur de l'Église de Constantinople, Taraise, leur premier secrétaire, qui était accompli en toutes perfections; et comme c'était un docte personnage, qu'il pourrait aisément gouverner l'Église après lui.

Ainsi ce bon vieillard, qui était estimé de tous, et sans contredit un très-sage personnage, échappa prudemment des filets des hérétiques, et détestant leur communion abominable, fit profession de la foi et de la religion catholique; et peu de temps après, finit heureusement ses jours. Cette confession de foi, et cette remarquable conversion fut cause que l'empereur donna permission de disputer contre les hérétiques, ayant été jusques alors refusée par les magistrats, qui étaient aussi infectés de l'hérésie des Iconoclastes.

Cependant l'empereur, voyant la sainte résolution de ce sage patriarche, et l'Église dépourvue de pasteur, jugea qu'il était nécessaire de l'en pourvoir d'un : de sorte qu'il envoya quérir Taraise, voulant en cela déférer à l'avis que Paul lui en avait donné. Il lui déclara que sa volonté était qu'il entreprît la défense de l'Église catholique, et sa conduite. Notre saint Taraise lui répondit fort modestement, qu'il était véritablement nécessaire de pourvoir aux affaires de l'Église si affligée par les hérésies; que pour lui il emploierait très-volontiers tous ses travaux, son industrie, et sa vie même; mais qu'il désirait auparavant que sa majesté et tout le peuple s'obligeassent d'observer tout ce qui avait été ordonné par les six conciles œcuméniques, et de faire tenir un concile général, par lequel l'hérésie fût condamnée, et l'église de Constantinople délivrée de l'anathème qu'elle, avait encouru. Cela lui ayant été promis, il fut sacré et ordonné archevêque de Constantinople, l'an de Notre-Seigneur 784, le 25 de décembre, du temps du pape Adrien.

Quoique cette élection fût faite par les hommes, toutefois les signes et les marques d'apostolat qui furent en lui d'une manière éminente, montrèrent bien qu'elle ne venait pas des hommes, mais de Dieu : ainsi que l'on peut remarquer en la vie vraiment d'apôtre qu'il menait, tant en ce qui était de son corps que de son âme, comme aussi en la réformation de son clergé, en sa charité et en sa miséricorde envers les pauvres, et eu plusieurs autres actions et œuvres de piété qui regardaient l'office d'un prélat. Se voyant donc archevêque, il s'adonna d'autant plus à la pratique de toutes sortes de vertus, que sa charge demandait une grande perfection. Mais entre les vertus qui étaient en lui, la miséricorde éclatait sur toutes; car il nourrissait tous les jours ordinairement à sa table un grand nombre de pauvres- qu'il servait lui-même avec une merveilleuse affection; il assistait aussi ceux qui avoient quelque affliction corporelle, comme estropiés, aveugles, paralytiques et autres semblables personnes affligées de quelque maladie que ce fût, et revêtait ceux qui étaient nus, dans la rigueur de l'hiver, leur donnant ce qui leur était nécessaire. De plus, il se mit à exhorter son peuple, et particulièrement les soldats, qui étaient pour la plupart infectés de l'hérésie des Iconoclastes, i suivre les décrets de l'Église universelle, dressés par les six conciles généraux, célébrés en divers temps, parce que c'était le vrai moyen de se contenir dans la bergerie de Jésus-Christ, et d'éviter la gueule des loups.

Et afin d'avoir de braves soldats, instruits et bien exercés en ce qui est des mystères de notre foi, pour combattre cette misérable hérésie qui continuait encore, il bâtit un monastère au côté gauche du Bosphore de Thrace, où il mit un grand nombre de religieux savants, afin d'être de fermes colonnes pour le soutien de la foi catholique. Après cela il se mit en devoir de faire exécuter la promesse que lui avait donnée l'empereur, de faire célébrer un concile général pour pacifier l'Église et abolir l'hérésie. Ce fut pour cela que l'année suivante, à savoir 785, l'empereur Constantin, et Irène sa mère, écrivirent au pape Adrien touchant la création et la consécration de Taraise; ce qu'il fit aussi lui-même, lui envoyant sa profession de foi.

Les lettres des empereurs se trouvent dans saint Anastase an préambule du concile de Nicée, par lesquelles ils le suppliaient de se transporter à Constantinople, pour présider au concile qui s'y devait assembler, comme le premier souverain et prêtre en la place de saint Pierre, ou d'y envoyer quelqu'un en sa place. Pour celles de saint Taraise, on ne les trouve point, si ce n'étaient les mêmes qu'il envoya aux trois patriarches de l'Église orientale sur le même sujet. Le pape fit réponse aux empereurs, par laquelle après avoir prouvé la vénération des images, il les reprend d'avoir donné le titre d'universel au patriarche Taraise, et les exhorte à extirper l'hérésie des Iconoclastes. Il écrivit aussi à saint Taraise, blâmant son ordination; laquelle toutefois il approuverait, s'il procurait envers l'empereur le rétablissement des images.

Enfin l'an 776, au mois d'août, par le commandement de l'empereur, plusieurs prélats et évêques s'étant assemblés à Constantinople en l'église de Saint-Pierre-et-Saint-Paul, une troupe de soldats et plusieurs autres hérétiques se présentèrent devant l'église où les prélats étaient, criant qu'ils ne permettraient jamais l'usage des images, et que s'ils faisaient au contraire, ils rompraient les portes et les saccageraient tous; de sorte qu'ils contraignirent les Pères de l'Église de se retirer sans rien faire, par l'avis même de l'empereur, lequel après feignant d'envoyer une armée contre les Arabes, lorsque les soldats furent loin de la ville, il leur fit mettre les armes bas, les rendit incapables de les porter, et les renvoya chacun chez soi en punition de leur sédition.

Cette émotion étonna fort les catholiques; mais notre Taraise demeurant ferme et sans crainte, entra dans l'église, y célébra la sainte messe, et puis il s'en retourna en son logis, recherchant les moyens de célébrer ce concile. Le mois de mai de l'année suivante, 787, l'empereur reconvoqua l'assemblée des prélats en la ville de Nicée, en Bythinie, (en laquelle fut célébré ce tant renommé concile contre l'hérésie d'Arius) où notre saint Taraise tenait le premier rang après les légats du pape. Là il fut arrêté par les saints Pères, que c'était une chose pieuse et sainte d'avoir et de vénérer des images de Notre-Seigneur, de la très-sainte Vierge, sa mère, des saints, anathématisant tous ceux qui soutiendraient le contraire.

Le concile étant ainsi achevé, saint Taraise retourna à son église, où, par ses saintes exhortations, il commença à ramener à la bergerie de Jésus-Christ et à l'observance des divins commandements, les ouailles qui en avoient été soustraites par l'hérésie : ce qu'il fit encore par la réformation de son clergé, corrigeant quelques abus entre les ecclésiastiques, condamnant et bannissant la simonie qui se pratiquait entre eux.

Autant saint Taraise se montrait sévère et rigoureux envers les impies et les méchants, autant était-il affable et miséricordieux envers les affligés. Un certain magistrat, des plus avancés en dignité auprès de l'empereur, ayant été accusé d'avoir volé les finances de sa majesté, fut emprisonné et questionné avec tous les artifices possibles, afin de lui faire avouer le fait. Ce pauvre homme se voyant ainsi maltraité, s'avisa de s'enfuir. Ce qu'il fit en une nuit, et se sauva dans l'église comme en un lieu de refuge, embrassant le coin de l'autel. Les gardes eu furent incontinent avertis, et n'osant pas mettre la main sur lui là dedans, ils environnèrent l'église, résolus d'attendre qu'il fût contraint de sortir pan la nécessité de boire et de manger, ou par quelque autre nécessité corporelle; mais le saint pasteur étant averti du danger où était son ouaille, y courut secrètement, lui portant tout ce qui lui était nécessaire, le conduisant même au lieu où la nature l'obligeait d'aller.

C'était là certes une grande charité. Mais par malheur l'affaire fut découverte par les soldats, qui y surprirent le pauvre criminel, et l'arrachèrent d'entre les bras de son pieux prélat. Ce saint homme voyant qu'il fallait céder à la force, se servit des armes spirituelles, excommuniant tous ceux qui lui feraient outrage. Ce qui fut cause que ne T'osant plus questionner, que de paroles seulement, il fut envoyé absous, et déclaré innocent du crime qui lui était imputé.

Sa généreuse constance ne le rendit pas moins célèbre que sa charité. L'impératrice Irène, mère du jeune Constantin, s'étant démise du gouvernement de l'empire, en chargea son fils Constantin. Ce jeune empereur, quoiqu'il fût assez bon prince, s'imagina que sa puissance ne devait point être limitée; si bien qu'emporté par une témérité assez ordinaire à la jeunesse, et devenu insolent par son impudicité, il voulut répudier l'impératrice Marie, sa légitime épouse, pour se marier avec une de ses dames d'honneur, nommée Théodotes, dont il était devenu éperdument amoureux. Mais pour colorer sa passion brutale d'un prétexte spécieux, il feignit que sa femme l'avait voulu empoisonner. Et comme il était convenable que la dissolution se fit du consentement de son prélat, il lui envoya dire ses raisons. Il croyait que tout dût ployer sous ses volontés, mais il fut bien trompé dans ses prétentions; car le brave prélat ne voulut jamais consentir à ce divorce, tant pour l'innocence de l'impératrice, que parce que cela est contre l'expresse parole de Notre-Seigneur.

N'ayant donc pu tirer le consentement de saint Taraise pour son mariage, ou plutôt son concubinage avec Théodotes, il se servit d'un autre prêtre appelé Joseph, économe de l'église de Constantinople, pour ce prétendu mariage et pour le couronnement de sa nouvelle épouse. L'accomplissement de ce mariage fut très-sensible à saint Taraise, parce que d'un côté c'était une chose qu'en conscience il ne pouvait permettre ; d'autre part il craignait qu'eu se montrant trop exact, il ne portât l'empereur à persécuter l'Église au lieu de la défendre; en effet, il menaçait déjà de renverser les images, ainsi qu'avoient fait ses prédécesseurs. De soi le, que mêlant un peu de douceur avec la correction, il se ménagea de telle sorte contre la faute de l'empereur, qu'il ne le priva point de la communion de l'Église, et ne chassa point ce Joseph qui avait servi au mariage et au couronnement de Théodotes. Ce qui fut cause aussi d'autre part, que saint Platon et plusieurs autres moines, qui blâmaient le procédé de l'empereur, criant haut et clair contre lui, trouvèrent mauvais de ce que saint Taraise, par une sainte intention, ne s'était pas montré plus rigoureux en cette affaire-là, et pour ce sujet ils se retirèrent de sa communication.

Cependant l'empereur voyant que saint Taraise persistait toujours en sa constance, et qu'il s'opposait sans cesse à ses brutales passions, commença à le haïr et à le persécuter, et tous les siens, lui donnant même des gardes hérétiques, afin de l'affliger d'autant plus que c'était leur grand ennemi. Mais toutes ces traverses n'ébranlèrent jamais ce cœur généreux, au contraire il les supportait avec une patience inimitable; il ne laissait pas pour cela d'aller à l'église, de prêcher, de prier et de dire la messe, sans donner la moindre apparence d'impatience ou de faiblesse.

Quelque temps après, notre saint patriarche, ayant gouverné l'église de Constantinople vingt-deux ans, tomba en une grande maladie, qui lui causa la mort. Cependant il ne laissait pas de faire en l'église l'office d'un vrai prélat, jusque-là que ne pouvant pas se tenir debout le long de la messe, à cause de sa grande débilité, il se faisait mettre une table de bois devant l'autel, sur laquelle se penchant et s'appuyant l'estomac et le cœur, il achevait ainsi le saint Sacrifice. Mais la violence du mal s'augmentant, il fut contraint de s'aliter. Il eut alors un furieux combat contre les diables qui se présentaient devant lui, et qui lui objectaient beaucoup de crimes dont ils le voulaient rendre coupable ; mais sans s'ébranler il leur résista vaillamment, il répondit à toutes leurs raisons, et se montra innocent; si bien qu'ils ne le purent convaincre d'aucun vice. Ceux qui l'assistaient le voyaient et l'entendaient ainsi parler.

Enfin, après ce combat, il rendit l'âme à Dieu au grand regret d'un chacun, l'au de Notre-Seigneur 806, le 25 février, sur l'heure de vêpres, sous le pontificat du pape Léon III, le deuxième de l'empire de Nicéphore. Le deuil eu fut général. L'empereur en conçut une si grande tristesse qu'il semblait être incapable d'aucune consolation, se jetant sur son corps, le regrettant avec des termes remplis de douleur. Les religieux, les pauvres, les orphelins, les veuves et les prisonniers le pleuraient amèrement. Bref, il fut honorablement enseveli dans le monastère qu'il avait fait bâtir au côté gauche du Bosphore, en l'église de tous les martyrs.

Depuis, Dieu honora son sépulcre de plusieurs miracles. Une femme grandement affligée d'un flux de sang, avait consumé presque tous ses moyens à chercher des remèdes dans la médecine, mais voyant que son mal était sans remède humain, elle eut recours aux divins. Elle crut que si elle pouvait faire ses dévotions au sépulcre de saint Taraise, infailliblement elle recouvrerait la santé. Toutefois ce lieu étant saint et bien réglé, et n'étant pas permis aux femmes d'y entrer, elle eut bien de la peine à trouver le moyen d'y aborder; elle eut enfin recours à l'artifice, et pour cacher son sexe, elle y entra, revêtue de l'habit d'un homme; là, après avoir fait ses dévotions et bu de l'huile de la lampe qui brûlait devant le tombeau du saint, elle fut incontinent guérie.

Un homme ayant grand mal à un œil, trouva du soulagement aussi par le même remède. De plus, une multitude innombrable de personnes cruellement tourmentées des diables, de boiteux, d'aveugles, et d'autres malades de diverses maladies se trouvaient soulagés et guéris par l'invocation de saint Taraise.

Les hérétiques ressentirent au contraire l'effet de la haine qu'il leur portait après sa mort. L'empereur Léon fut un de ceux qui persécuta beaucoup l'Église, et qui soutenait hautement l'hérésie des Iconoclastes. Il fut tué par un des partisans d'un nommé Michel le Bègue qu'il tenait prisonnier, et qui était condamné à la mort pour crime de lèse-majesté, de quoi il avait eu plusieurs avertissements. Six jours auparavant, il avait vu en songe saint Taraise qui s'approchant de lui en grande colère, commandait à un certain Michel de lui donner de son épée dans le ventre, et que ce Michel avait fait son commandement. Il est vrai que l'empereur, voulant savoir qui était ce Michel, s'en alla au monastère du saint où il traita cruellement les religieux, croyant par la violence en avoir la connaissance ; l'appréhension de la mort lui faisant déclarer sa vision. Mais enfin, six jours après, il fut tué. Ce ne serait jamais fait si on voulait raconter tous les miracles que Dieu a opérés par les mérites de saint Taraise.

Plusieurs auteurs font mention de lui, comme Théophane en ses Annales des Grecs; Théodore Studite, abbé, en la vie de saint Platon ; Michel, moine studite, en la vie du même saint Théodore, et Ignace, moine au monastère que saint Taraise fit bâtir au Bosphore de Thrace, qui fut témoin oculaire de la plupart des actions du saint patriarche ; saint Anastase, le second concile de Nicée ; Baronius en ses Annales, et Surius rapporte aussi sa vie bien amplement à son ordinaire.

Pedro de Ribadeneyra : Les vies des saints et fêtes de toute l'année, Volume 2 ; traduction : Timoléon Vassel de Fautereau.

http://nouvl.evangelisation.free.fr/taraise_de_constantinople.html

 

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