Formation des séminaristes sur le mariage et la famille (1995)

logodoctrinefoiDirectives pour la formation des séminaristes sur les problèmes relatifs au mariage et à la famille

 

Introduction

1. La célébration de l’Année de la Famille dans l’Église, qui vient de s’achever, a offert à cette Congrégation une bonne occasion d’attirer l’attention des Conférences épiscopales sur l’importance parti culière qu’il faut attribuer, dans la formation sacerdotale, aux problèmes concernant le mariage et la vie familiale. Bien que ce thème soit présent dans les programmes de formation et ne soit laissé de côté ni par l’éducation pratique, ni par les études, il requiert cependant de nouveaux développements doctrinaux, moraux, spirituels, pastoraux, et de nouveaux accents qui répondent à son actualité et à son urgence.

En effet, selon le Souverain Pontife Jean-Paul II, il faut aujourd’hui que la famille et la vie soient situées " au centre de la nouvelle évangélisation " et deviennent " l’objet d’une étude sérieuse et systématique et d’une réflexion dans les séminaires, dans les maisons de formation et dans les instituts " (Discours aux évêques présidents des Commissions épiscopales de l’Amérique latine, 18 mars 1993).

2. Ainsi qu’il ressort de nombreux documents officiels de l’Église, de divers Congrès et débats qui ont eu lieu ces derniers temps à ce sujet, les tâches qui attendent les futurs prêtres en cette partie du ministère, sont, par rapport au passé, beaucoup plus délicates, plus exigeantes et surtout plus complexes. Il s’agit d’une part d’annoncer la nouveauté et la beauté de la " vérité divine sur la famille " (cf. Jean-Paul II, Lettre aux Familles, Gratissimam sane, n. 18, 23), d’accompagner la famille chrétienne vers la perfection de la charité et, d’autre part, d’affronter des situations de crise, l’envahissement de doctrines, de conceptions de vie et de moeurs contraires à l’Évangile et au vrai bien de la personne humaine. En un mot, les nécessités spirituelles et matérielles des familles chrétiennes sont aujourd’hui en train d’augmenter considérablement et requièrent en conséquence le service de pasteurs non seulement sensibles à ces problématiques, mais aussi experts des réalités de la vie et doctrinalement sûrs.

C’est en référence à cette situation, que nous posons immédiatement deux questions : les prêtres qui sortent aujourd’hui des séminaires sont-ils suffisamment préparés à satisfaire à ces exigences pastorales ? Et si la réponse n’est pas positive, que faut-il faire pour qu’une telle préparation puisse s’améliorer et devenir plus efficiente et plus complète ?

I. L’état actuel de la formation

3. Étant donné la grande diversité des situations au plan mondial, la réponse à la première question ne peut être que très différenciée. Pour formuler à ce sujet son propre jugement, cette Congrégation se base sur les résultats d’une enquête spéciale déjà faite auprès des Conférences épiscopales, sur les informations fournies par les Visites apostoliques des séminaires et par les Visites ad Limina des évêques, sur des contacts directs avec les réalités locales, sur les consultations faites auprès de quelques experts, comme aussi sur l’opinion des communautés diocésaines et paroissiales : excellent indice, que ce dernier, de la qualité de la formation dispensée dans les séminaires et des désirs et souhaits correspondants des époux chrétiens.

On peut dire que la multiplicité des données, considérée dans son ensemble et dans sa globalité, permet de formuler quelques conclusions de caractère général, qui révèlent diverses nécessités et tendances communes de la formation.

4. 1. À première vue, le thème du mariage et de la famille n’est pas négligé dans les études ecclésiastiques.

Il est habituellement intégré dans l’enseignement de la théologie dogmatique (traité sur la création), sacramentaire (sacrement du mariage), morale (problèmes de vie matrimoniale : rapports entre époux, entre parents et enfants, éducation), pastorale (chapitre sur la pastorale familiale), dans le droit canon (conditions pour la célébration valide du sacrement de mariage) et de la liturgie (le rite du sacrement de mariage). Il s’agit des disciplines et des thématiques fondamentales et, en un certain sens " traditionnelles ", plus ou moins présentes dans tous les séminaires, même si la manière de les traiter diffère d’un endroit à l’autre selon la solidité de structure et d’organisation de chaque Institut.

5. Cependant, ce qui aujourd’hui importe le plus à ce sujet, ce n’est pas tellement l’organisation matérielle de l’enseignement mais bien plutôt sa qualité et son efficacité. À en juger par les expériences recueillies, mais aussi par diverses critiques et par l’insatisfaction qui se manifeste ici ou là au point de vue didactique, doctrinal et pratico-pastoral, il faut conclure que cette matière n’est pas traitée avec le soin et l’ampleur requis pour donner à l’Église des pasteurs bien préparés à ce champ d’apostolat ; des pasteurs capables " d’exposer sans ambiguïté l’enseignement de l’Église sur le mariage " (Paul VI, Enc. Humanae vitae, 28), d’éclairer et de former les consciences, de promouvoir une collaboration compétente et stimulante avec des familles actives au plan apostolique et de conférer un nouvel élan au renouvellement en profondeur de toute la pastorale familiale.

6. 2. Pour tout ce qui regarde l’aspect plus proprement doctrinal, dogmatico-moral et spirituel-liturgique, il existe une impression diffuse que, d’une part, l’enseignement n’est pas suffisamment équilibré, surtout en théologie morale, et d’autre part, qu’il manque la claire perception de ses objectifs et des principes d’une authentique recherche théologique. Sur le thème de la famille et de la vie matrimoniale, il n’est pas rare de trouver, en effet, des contestations du magistère ecclésiastique, des tendances à un psychologisme et à un sociologisme exagérés et à un certain rétrécissement, qui limite le développement de l’ensemble de la matière à quelques-uns de ses aspects partiels, en la privant de son intégrité complète. En même temps, on relève assez fréquemment la négligence de certaines tâches importantes proposées par le Concile Vatican II et par les documents officiels successifs de l’Église, comme par exemple un fondement philosophique et biblique plus soigné de l’anthropologie qui sous-tend le mariage, une étude plus approfondie des méthodes naturelles de la régulation des naissances et, par dessus tout, un exposé théologique plus complet et plus profond de la vérité sur la famille et de la spiritualité du mariage ; un ensemble d’efforts scientifiques indispensable pour que les familles progressent dans l’esprit apostolique et deviennent elles-mêmes un élément apte à susciter un réveil spirituel des communautés chrétiennes et de la société civile.

7. 3. La gravité et la complexité des problèmes éthiques, médicaux, juridiques et économiques qui marquent aujourd’hui la situation de la famille, mettent toujours plus en évidence que la préparation des futurs prêtres pour l’apostolat en ce secteur dépend en grande partie de la qualité de la formation intellectuelle reçue dans les séminaires. Cependant les études ecclésiastiques n’ont pas partout le niveau requis. L’étude de la philosophie soulève actuellement de sérieux problèmes alors que c’est précisément aujourd’hui que celle-ci est appelée le plus souvent à apporter sa contribution à la solution de problèmes anthropologiques fondamentaux, comme aussi à l’interprétation et à l’application des données de la science. Ce qui fait comprendre qu’une solide préparation à la pastorale familiale ne peut se passer d’une formation intellectuelle – philosophique et théologique – très soignée et complète, qui ne peut être garantie que par des séminaires bien organisés et efficients dans le domaine des études.

8. 4. Il y a des problèmes tout à fait particuliers dans la préparation des futurs prêtres au ministère de la Réconciliation, à la direction spirituelle et à la formation des consciences des fidèles. À ce sujet, on sent assez souvent des attentes et des requêtes de la part des conjoints chrétiens qui, en beaucoup de cas, ne reçoivent pas de réponse adéquate. Ceux-ci cherchent des confesseurs et des directeurs spirituels qui aient des critères moraux sûrs et qui soient experts dans les voies de la perfection évangélique, mais ils déclarent éprouver quelques difficultés à les trouver.

D’après leur dire, ils rencontrent parfois des prêtres qui semblent manifester bien peu d’intérêt à ce ministère ou qui y sont insuffisamment préparés. Selon l’Exhortation apostolique Reconciliatio et paenitentia, " pour le ministère de la pénitence sacramentelle, tout prêtre doit être préparé dès ses années de séminaire, non seulement par l’étude de la théologie dogmatique, morale, spirituelle et pastorale (ce qui ne forme qu’une seule théologie), mais aussi par les sciences de l’homme, la méthodologie du dialogue, et spécialement de l’entretien pastoral " (n. 29). Ce rappel solennel a été suivi ces derniers temps de beaucoup d’autres. Cependant, comme on peut le saisir à de nombreux indices, la crise générale de la confession sacramentelle et de la direction spirituelle n’a pas été jusqu’à présent surmontée, bien qu’ici ou là on en ressente à nouveau un plus grand besoin. Cette constatation fait surgir la question de savoir si la responsabilité de cet état de choses ne retombe pas, au moins en partie, sur les carences de la formation et sur le style même de vie suivi dans les séminaires.

9. 5. La formation proprement pastorale – théorique et pratique – à l’apostolat auprès des familles a pu bénéficier en ces derniers temps d’avantages considérables : avant tout des orientations données par le Magistère pontifical, par l’Exhortation apostolique Familiaris consortio, par le Conseil pontifical pour la Famille et par les plans pastoraux nationaux et diocésains, comme aussi du fait que dans la pastorale d’ensemble la famille a acquis, à côté des diverses composantes de la communauté et des autres états de vie (hommes, femmes, jeunes, personnes âgées, etc.), son profil spécifique qui permet de repérer et d’affronter ses vrais problèmes. Il s’en suit que la préparation des futurs prêtres aux tâches pastorales en ce domaine est devenue plus riche et plus réaliste que dans le passé.

10. Mais d’autre part, de tels développements prometteurs rencontrent de nombreux obstacles : les enseignants spécialisés en la matière font défaut, tous les professeurs ne disposent pas d’expériences pastorales suffisantes, les programmes d’études se trouvent déjà surchargés et ne permettent pas le développement des problèmes concernant le mariage et la famille avec toute l’amplitude et la profondeur nécessaires. On doit également ajouter que le résultat pratique de l’activité didactique est parfois diminué à cause des incertitudes et des fluctuations doctrinales et d’une insuffisante coordination entre les diverses disciplines.

11. Les expériences pastorales pratiques des séminaristes, dont la nécessité est ressentie de plus en plus, réussissent davantage dans les diocèses riches d’initiatives en faveur des familles (centres de consultation, groupes et mouvements familiaux), qui permettent une vision plus exacte de la réalité et donnent, par dessus tout, la possibilité d’expérimenter et d’affiner les capacités de communication et d’authentiques contacts humains. Mais de tels exercices pastoraux n’ont obtenu jusqu’à présent que peu de succès, soit parce qu’en de nombreux séminaires manquent à ce sujet l’accompagnement, la supervision, l’évaluation de la part des formateurs, soit parce qu’on estime les jeunes insuffisamment mûrs pour ce genre d’apostolat vers lequel souvent ils ne se sentent pas particulièrement attirés. De plus, les sorties du soir ou de nuit des jeunes pour participer aux réunions avec des groupes de familles troublent assez fréquemment l’ordre disciplinaire des séminaires.

12. 6. Mais à côté des omissions et des difficultés mentionnées, il faut aussi se rappeler qu’en ce secteur de formation se dessinent de nouvelles possibilités et de nouvelles perspectives. De nouvelles impulsions en effet sont données non seulement d’en haut, mais aussi, si l’on peut dire, d’en bas : par les paroisses et les associations qui mettent les séminaires en contact avec les familles et leurs problèmes. C’est ainsi que sont en train de se multiplier des cours de remise à jour et d’information pour les formateurs et pour les séminaristes, organisés le plus souvent avec l’aide de représentants de la pastorale familiale et de divers groupes d’apostolat, qui attirent l’attention sur les secours que l’on attend à ce sujet du ministère sacerdotal. De telles interventions, plutôt sporadiques et occasionnelles pour le moment, devront passer à la réalisation de programmes plus systématiques et plus exigeants, conçus avec toute la compétence requise et la largeur de vue nécessaire à la prise en compte des problématiques doctrinales, spirituelles et pastorales qui sont aujourd’hui le plus débattues. La préparation à la pastorale familiale n’atteindra donc dans les séminaires ses vraies finalités que lorsque tous, les formateurs aussi bien que les sujets de la formation, seront convaincus de son importance essentielle et feront effectivement de la famille " la première et la plus importante " route de leur ministère (cf. Jean-Paul II, Lettre aux familles Gratissimam sane, n. 2).

Dans ce contexte apparaît d’autant plus l’opportunité de notre seconde question sur l’amélioration de la situation.

II. Quelles sont les voies susceptibles de rendre cette formation plus complète et plus efficace ?

13. Les nombreuses et délicates problématiques relatives au mariage et à la famille, pour pouvoir être affrontées d’une manière adéquate selon les nécessités d’aujourd’hui, requièrent un authentique esprit pastoral et une vraie compétence de la part des prêtres. Il s’en suit que le système de formation en ce secteur a besoin d’une révision soignée et, en l’occurrence, d’une véritable amélioration.

14. 1. Toute avancée entreprise en ce sens doit être guidée par la claire vision de l’ampleur et des finalités de ce secteur du ministère sacré : l’apostolat familial est une tâche qui n’appartient pas seulement au petit nombre de prêtres qui sont ou seront chargés de la pastorale familiale ; elle est au contraire une dimension aujourd’hui essentielle et, si l’on peut dire, omniprésente de l’apostolat chrétien, que tous les prêtres sont appelés à accomplir selon des modalités et des degrés d’engagement divers. Il s’agit donc de fournir à ceux qui se préparent au sacerdoce les instruments de formation qui les rendront capables de réaliser efficacement cet important et difficile apostolat.

15. 2. La multiplicité des matières et des tâches de formation en ce domaine requiert une coordination soignée entre la formation initiale du séminaire et la formation permanente. Il faut établir en toute clarté ce que l’on doit traiter dans les cours du séminaire et ce qui doit être renvoyé après l’ordination sacerdotale. Dans le choix des thèmes, il est nécessaire de tenir compte, entre autres, du degré de maturité des étudiants.

En effet divers sujets concernant la vie matrimoniale ne peuvent être traités selon l’amplitude requise et de manière concrète qu’au contact de la pratique pastorale. Mais également durant les premières années du ministère sacré, il faudra procéder selon une gradualité adéquate dans les engagements, en veillant à ce que les jeunes prêtres soient assistés par des pasteurs plus mûrs et plus experts.

16. 3. Tout en donnant au thème de la famille un développement et approfondissement plus importants, il faudra éviter, autant que possible, de multiplier les cours et les disciplines spéciales. On recommande plutôt à ce sujet la coopération interdisciplinaire entre les matières déjà existantes et l’organisation d’ensemble de l’enseignement, de manière que le thème de la famille puisse devenir une dimension interne de la formation intellectuelle et pastorale. Mais une telle coordination didactique qui est prévue, du reste, par le Décret Optatam totius (n. 17) et par la Ratio fundamentalis (n. 80, 90), ne réussira qu’avec l’assistance et le contrôle d’un vrai spécialiste des problèmes familiaux et matrimoniaux. De cette manière, le thème de la famille et du mariage sera mis en relief de façon juste et rendra moins souhaitables les tentatives de créer un cours spécifique qui l’envisage sous tous ses aspects, comme on en discute ici ou là.

17. 4. Des problèmes particuliers d’organisation s’imposent aux Facultés théologiques, auprès desquelles un bon nombre de séminaristes accomplissent leurs études. Les cours académiques du premier cycle sont habituellement surchargés et s’occupent surtout de l’étude scientifique des matières théologiques principales. Leur tâche primaire sera donc de présenter aux étudiants un exposé approfondi tant du point de vue spéculatif que positif des principes doctrinaux et moraux concernant le mariage et la famille, afin qu’ils deviennent capables d’en soutenir et d’en défendre la validité et de les appliquer au concret de la vie. En même temps, il faudra faire l’effort d’insérer dans les programmes certaines disciplines pastorales auxiliaires indispensables et des séminaires, en dépit des manques connus d’espace et de temps. Au cas où, malgré la bonne volonté, se vérifieraient des lacunes à ce sujet, il faudrait les colmater en second cycle (éventuellement au cours de l’" Année pastorale " prévue par l’art. 74, 2 de la Constitution apostolique Sapientia christiana), ou par des leçons internes supplémentaires organisées dans les Séminaires ou Collèges.

18. On devra en outre veiller à ce que des sujets sur le mariage et la famille soient choisis par les étudiants avec une certaine fréquence comme objet de spécialisation et de travaux écrits en vue de la licence en second cycle et de thèses de doctorat en troisième cycle.

19. 5. Le choix des thématiques et des sujets à insérer, à renouveler ou à développer le plus dans les programmes, dépendra des conditions locales concrètes, culturelles et pastorales. D’utiles indications à ce sujet pourront être fournies par les Conférences épiscopales et, de manière concrète, par les plans de la pastorale familiale, nationale et diocésaine.

Après ces problèmes de caractère général, passons maintenant à quelques tâches particulières de la formation intellectuelle, spirituelle et pastorale.

a) Formation intellectuelle

20. 1. Il faut avant tout souligner la responsabilité qui revient aux enseignants pour la présentation de la pleine et authentique vérité sur l’homme, de manière particulière sur les deux vocations fondamentales de la vie chrétienne, la vocation à la virginité et la vocation au mariage et sur leur rapport réciproque, et sur les " deux dimensions de l’union conjugale, unitive et procréative, qui ne peuvent être séparées artificiellement sans porter atteinte à la vérité intime de l’acte conjugal lui-même " (Jean-Paul II, Lettre aux familles Gratissimam sane, 12). Comme l’affirme explicitement le même Souverain Pontife en référence à l’Encyclique Veritatis splendor, " c’est à la condition seulement que la vérité sur la liberté et sur la communion des personnes dans le mariage et la famille acquiert à nouveau sa splendeur que l’on s’acheminera vraiment vers l’édification de la civilisation de l’amour et qu’il deviendra possible de parler, comme le fait le Concile, de " valorisation de la dignité du mariage et de la famille " " (ibid., 13). D’un enseignement doctrinalement sûr, fidèle au magistère ecclésiastique et présenté sous son aspect spéculatif et positif, dépend donc aussi la qualité de la spiritualité matrimoniale et de l’action pastorale du prêtre.

21. 2. La connaissance méditée et approfondie de la vérité sur le mariage et la famille suppose une réflexion philosophique solide inspirée par des principes sains. Celle-ci doit mettre en lumière les concepts de base de l’anthropologie, comme par exemple la personne, sa réalisation dans l’intersubjectivité, son destin, ses droits inaliénables, le " caractère sponsal " comme un des éléments primaires d’expression de la nature humaine et constitutifs de la société. Il est recommandé que soit donnée à ces thèmes dans les cours de philosophie toute l’attention requise, en offrant à tout l’enseignement sur la famille et sur la sexualité une base métaphysique sûre.

22. 3. Dans l’enseignement de la philosophie, complété par les données de l’histoire, de la sociologie et de l’ethnographie, on cherchera à expliquer comment la crise actuelle du mariage et de l’institution familiale plonge ses racines dans les courants de pensée du passé et n’est pas que la pure manifestation de la crise profonde des valeurs spirituelles, ethniques et culturelles, qui envahit aujourd’hui l’humanité entière.

Envisagées dans ce contexte, les tâches pastorales auxquelles se préparent les jeunes dans les séminaires acquerront leur vraie dimension, en apparaissant ainsi, entre autres, comme un service sérieux et intelligent vis-à-vis de la vérité et de la construction d’une civilisation nouvelle plus digne de l’homme.

23. 4. Le choix des thèmes de bioéthique de caractère scientifique et philosophique se fera en référence aux exigences de la théologie morale, laquelle a besoin des données de la science soigneusement évaluées pour traiter avec compétence des problèmes les plus cruciaux de la vie matrimoniale et de la famille. Plusieurs sujets de ce genre peuvent être éventuellement réservés à la médecine pastorale, pour pouvoir bénéficier des contributions de la science médicale.

24. Pour la théologie morale en effet, " plus encore que pour les autres disciplines théologiques, il faut tenir compte des résultats des sciences de la nature et de l’homme, et de l’expérience humaine. Certes ceux-ci ne peuvent fonder et encore moins créer les normes de la moralité. Ils peuvent cependant projeter beaucoup de lumière sur les conditions réelles et sur le comportement de l’homme " (Congrégation pour l’Éducation catholique : document sur " la formation théologique des futurs prêtres ", 22 février 1976, n. 99 ; cf. n. 54-58).

25. 5. De nombreux éléments pour un renouvellement thématique adéquat des diverses disciplines concernant ce domaine (théologie dogmatique, sacramentaire, morale, pastorale, droit canon) se trouvent contenus en grande partie dans les documents du Magistère pontifical : Encycliques Humanae vitae et Veritatis splendor, Exhortations apostoliques Familiaris consortio et Christifideles laici, Lettre apostolique Mulieris dignitatem, Lettre aux familles Gratissimam sane, et dans de nombreuses autres déclarations du Souverain Pontife et des Dicastères du Saint Siège (cf. en particulier la Déclaration Persona humana, l’Instruction Donum vitae, et la Lettre aux évêques de l’Église catholique sur la charge pastorale des personnes homosexuelles, de la Congrégation pour la Doctrine de la foi). Il s’agit d’un imposant " corpus " doctrinal et pastoral qui, considéré dans son unité organique, doit être intégré – selon la nature de chacun des sujets – dans les diverses disciplines, pour clarifier et développer divers concepts théologiques ; pour éclairer la nature propre et l’identité de la famille, pour enrichir la théologie de la " famille Église domestique ", comme aussi pour offrir des réponses pertinentes et bien réfléchies aux différents problèmes qui sont aujourd’hui débattus : vocation à la perfection évangélique, inviolabilité du lien matrimonial, défense de la vie.

26. 6. L’enseignement de la théologie dogmatique et sacramentaire, en vue de rendre la préparation des futurs prêtres à la pastorale familiale plus organique et plus incisive, doit projeter la lumière de la foi sur son objet et sur ses finalités. Ceux-ci doivent être amenés à connaître toujours mieux la vraie dignité chrétienne et surnaturelle du mariage et de la famille, en l’insérant dans le contexte de l’oeuvre de la création, de la Rédemption et du mystère de l’Église. De cette manière, en effet, resplendira le rôle essentiel des époux chrétiens dans l’ensemble de l’économie du salut, avec toutes les implications d’une intense vie sacramentelle et de la vocation à la sainteté. C’est la nouveauté de la vie en Christ surgie du mystère pascal comme participation à l’amour de la vie trinitaire, qui révèle aux époux eux-mêmes, mais aussi aux futurs pasteurs d’âmes, le grand enrichissement et perfectionnement qui en dérive pour l’amour humain naturel, en indiquant en même temps les vraies et ultimes finalités, vers lesquelles doit tendre tout apostolat en ce secteur.

27. 7. L’enseignement de la théologie morale, qui est étroitement lié à l’enseignement de la dogmatique, a les plus grandes responsabilités pour la formation chez les futurs prêtres de convictions et d’attitudes fondamentales en ce qui concerne l’apostolat de la famille. Il doit être scientifiquement sérieux et doctrinalement sûr, de telle sorte qu’il puisse affiner en eux les attitudes pastorales et nourrir leur élan apostolique. Tout en cherchant à éclairer les normes objectives de la morale matrimoniale, il se préoccupera aussi des " circonstances particulières " (cf. Exhortation apostolique Familiaris consortio, n. 77 et s.) et des cas difficiles, en offrant aux futurs pasteurs d’âmes des orientations et des réponses pastorales, en même temps que des indications pour un usage prudent des sciences humaines. La fidélité au Magistère leur permettra " de veiller avec beaucoup de zèle à l’unité dans leurs jugements, pour éviter aux fidèles toute anxiété de conscience " (ibid., 73).

28. 8. Le droit canonique, qui applique les principes de la foi et de la morale au concret de la vie, constitue une composante importante de la pastorale familiale, avec son ensemble de normes relatives aux conditions pour la validité de la célébration du sacrement de mariage et la sauvegarde du lien matrimonial. Une étude assidue, dûment ouverte aux problématiques posées par la vie moderne et par le progrès des sciences humaines, biologiques et médicales, devra offrir aux futurs prêtres les aides nécessaires afin de pouvoir accompagner et assister soit les mariages naissants, soit ceux qui sont déjà conclus et ceux qui se trouvent en crise. Il faut donc aussi leur donner une certaine connaissance des procès de nullité de mariage et de la pratique des tribunaux ecclésiastiques, comme aussi des lois civiles qui, directement ou indirectement, intéressent la famille. On recommande donc également une étude attentive de la " Charte des Droits de la famille ", du Saint Siège.

29. 9. La dimension sociale des problèmes matrimoniaux et familiaux, en particulier de ceux qui dénotent des situations de crise, est l’objet propre de la doctrine sociale de l’Église. Aux questions traitées en théologie morale du point de vue de l’éthique personnelle, comme par exemple le divorce, la contraception, l’avortement, la fécondation artificielle, etc., s’en ajoutent ici de nombreuses autres de caractère économique et socio-culturel (chômage, salaire familial, droits de la famille, travail de la femme et des enfants, nouveaux modèles de la vie matrimoniale, changement des rôles dans la famille, position de la femme dans la société, instruction et école, logement familial, drogue, handicap, migration, temps libre, etc.), pour être étudiées à la lumière des principes et des valeurs permanentes, des critères de jugements et des directives d’action. Cette discipline a de nombreux points de contact avec la théologie pastorale (en particulier avec " la pastorale sociale ") et requiert par conséquent une bonne coordination interdisciplinaire.

30. Pour ses recherches, elle utilise les contributions des sciences humaines et positives (biologie, médecine, psychologie, économie, ethnologie), comme aussi les résultats de diverses analyses et enquêtes sociologiques et démographiques. Dans l’utilisation de ces données, on devra éviter " le danger de tomber dans les pièges des idéologies qui manipulent l’interprétation des données, ou dans le positivisme qui surévalue les données empiriques au détriment de la compréhension globale de l’homme et du monde " (Congrégation pour l’Éducation Catholique : Orientations pour l’étude et l’enseignement de la Doctrine sociale de l’Église, 68 ; cf. n. 10).

b) Formation spirituelle

31. 1. Le premier et nécessaire présupposé pour l’assistance spirituelle des conjoints chrétiens et de leurs familles est la maturité humaine et chrétienne des pasteurs. Aussi est-il requis que l’un et l’autre de ces deux aspects de la personnalité des futurs prêtres soient attentivement suivis et soignés dès les premières années de la vie de séminaire. Il faut avant tout que resplendisse à leurs yeux dans toute sa nouveauté et dans toute sa beauté le rapport entre l’appel à la virginité et l’appel au mariage comme deux dimensions de l’unique vocation à la sainteté considérées toujours à la lumière de la Tradition et du Magistère constant de l’Église (cf. Pie XII, Enc. Sacra Virginitas, 25 mars 1954).

32. 2. Comme futurs confesseurs et directeurs spirituels, les étudiants doivent être formés de telle manière qu’ils découvrent toujours plus la beauté et l’importance du sacrement de pénitence et de la direction spirituelle, afin qu’ils soient eux-mêmes les premiers à en faire usage avec assiduité et régularité. En effet, selon l’Exhortation apostolique Reconciliato et paenitentia, les prêtres ne peuvent pas exercer de manière digne et fructueuse ce ministère sans en être d’abord les bénéficiaires : " Chez un prêtre qui ne se confesserait plus ou qui se confesserait mal, son être sacerdotal et son action sacerdotale s’en ressentiraient vite, et la communauté elle-même dont il est le pasteur ne manquerait pas de s’en rendre compte " (n. 31, VI).

33. 3. L’expérience concrète montre que les attitudes humaines des futurs prêtres vis-à-vis de l’apostolat familial sont souvent perturbées par la situation irrégulière de leurs familles d’origine. En de tels cas, divers facteurs psychologiques rendent difficile aux séminaristes l’engagement en ce champ d’activités. Pour surmonter de telles difficultés, il est nécessaire de leur offrir des aides opportunes par le moyen de prudentes interventions éducatives. Le remède efficace pour eux sera, plus tard, l’expérience communautaire au sein du presbyterium diocésain, où ils pourront trouver une nouvelle famille spirituelle et donc aussi la possibilité de perfectionner leurs capacités de relation et de contact avec les familles chrétiennes qui leur seront confiées. Bien plus, leurs expériences personnelles passées pourront les rendre plus aptes à répondre avec une véritable sensibilité humaine aux diverses situations pastorales difficiles.

34. 4. La préparation à l’assistance spirituelle des familles ne se réduit pas et ne doit pas se réduire unilatéralement aux problématiques de caractère sexuel.

Cependant, celles-ci, en raison de leur importance et de leur complexité, requièrent du futur prêtre, outre une science solide, certaines qualités humaines indispensables : " Il faut que ceux qui doivent s’occuper d’éducation sexuelle… soient des personnes ayant atteint la maturité sexuelle, dotées d’un authentique équilibre sexuel. Plus encore que la connaissance de la méthode et du contenu, ce qui compte c’est le type de personnalité que l’éducateur représente, la perspective selon laquelle l’éducation sexuelle est vécue avant même d’être donnée, le style de vie incarné par l’éducateur. Les connaissances, les conseils et la sollicitude de l’éducateur sont importants, mais son comportement compte plus encore " (Congrégation pour l’Éducation Catholique : Orientations pour la formation au célibat sacerdotal, 39).

35. 5. Le but premier de l’assistance spirituelle du prêtre est d’aider les conjoints à faire en sorte que leur famille devienne toujours plus " une Église domestique ", " la première communauté évangélisatrice " (cf. Document de Saint-Domingue, 64), " le premier espace pour l’engagement social ", " le lieu premier d’humanisation de la personne et de la société " (cf. Exhortation apostolique Christifideles laici, 40). Aussi le futur prêtre doit-il être formé à accompagner et à stimuler les familles dans leurs engagements apostoliques, surtout dans le soutien mutuel qu’elles peuvent s’apporter sur le chemin de la perfection évangélique et de la sanctification. La consolidation interne de tant de familles requiert que le futur prêtre apprenne à être avant tout un maître de prière, soucieux de demander que l’on prie en famille, que l’on apprenne à prier et à pratiquer les oeuvres de charité ; que l’on participe au Sacrifice eucharistique par la communion ; que l’on s’approche du sacrement de pénitence ; que l’on prenne des initiatives pour enseigner le catéchisme aux enfants et les préparer à s’approcher pour la première fois des sacrements de pénitence et d’Eucharistie. Il faut, en outre, créer et promouvoir la sensibilisation des familles à la vocation religieuse, missionnaire et sacerdotale des enfants.

36. Dans la formation spirituelle des familles, la nécessité de les considérer non seulement comme objet, mais aussi comme sujet actif d’initiatives apostoliques est en train de prendre aujourd’hui une importance toujours plus grande : " L’engagement apostolique des laïcs envers la famille est avant tout de rendre celle-ci consciente de son identité, qui est d’être le premier noyau social de base, est aussi de son rôle original dans la société, afin qu’elle devienne elle-même toujours davantage la protagoniste active et responsable de sa propre croissance et de sa propre participation à la vie sociale " (Exhortation apostolique Christifideles laici, 40). Les contacts avec divers groupes et mouvements familiaux et les informations sur leur vie et activités fourniront aux séminaristes d’utiles indications sur la poursuite de ces objectifs spirituels, lesquelles pourront servir de base à leur futur ministère sacerdotal.

37. 7. Une aide spirituelle valable aux familles suppose une bonne connaissance de leur situation et des problèmes correspondants. À ce sujet les futurs prêtres doivent être tout particulièrement instruits des difficultés et de l’urgence des tâches éducatives : comment surmonter les tensions entre l’autorité, entre les exigences de l’obéissance et une juste liberté ; comment arriver à des rapports de confiance réciproque et de don entre parents et enfants ; les exigences d’une éducation sexuelle prudente et graduelle, d’un usage responsable de la télévision et des autres " médias " (cinéma, périodiques, etc.) ; le problème d’un choix convenable et libre d’état de vie. Selon le Souverain Pontife, il faut prier et s’employer " à ce que les familles persévèrent dans leur engagement éducatif avec courage, confiance et espérance " (Lettre aux familles Gratissimam sane, 16), en les aidant à se former des " convictions fortes ", qui constituent souvent l’unique défense que l’on a contre les inévitables difficultés de la vie.

c) Formation pastorale

38. De tout ce qui a été dit ci-dessus, il résulte que le thème du mariage et de la famille doit occuper dans la formation pastorale théorique et pratique une place primaire et vraiment centrale :

39. 1. La théologie pastorale, profondément enracinée dans le dogme et dans de sains principes moraux, étudiera les applications des solutions théologiques, en tenant compte des situations concrètes. Sa tâche sera de poser les bases d’une action bien équilibrée, qui évite d’une part les timidités et de l’autre les initiatives inopportunes ou les erreurs. En traçant une ligne sûre pour l’apostolat des familles, la théologie pastorale cherchera aussi en même temps à corriger diverses attitudes pastorales non conformes au Magistère, qui sont répandues ici ou là.

40. 2. Dans la rédaction du programme d’enseignement, on tiendra compte de l’objet matériel et formel de cette discipline, pour en délimiter le champ par rapport aux autres disciplines théologiques concernant le mariage et la famille sous divers aspects.

41. 3. Pour l’utilité et l’efficacité pratique de l’enseignement il est d’une grande importance d’avoir une " vision pastorale " très réaliste de la crise actuelle des familles, qui tienne compte de certains de ses traits les plus typiques comme par exemple : l’ignorance religieuse, le manque d’éducation, la désagrégation du système éducatif d’État, l’absence de repères moraux qui conduit à avancer dans la vie par " essais et erreurs ", l’influence prédominante des mass médias, l’augmentation progressive des mariages à " l’essai ", des unions libres, difficultés relationnelles dans le mariage, détachement des formes traditionnelles et invention spontanée de nouveaux modèles de vie, conditionnements qui découlent, en certaines zones culturelles, de vieilles coutumes tribales et ancestrales, situations de misère matérielle extrêmes, etc.

42. Les futurs prêtres doivent connaître ces réalités dans leurs implications pastorales, afin qu’ils puissent aider les fidèles à se former et à faire leurs choix à l’intérieur d’un contexte normatif fort et capable d’influer sur leur vie.

43. 4. Pour ce qui est des sujets concrets à traiter, on choisira de préférence dans l’enseignement ceux qui aujourd’hui préoccupent en général davantage les familles et requièrent par conséquent une attention spéciale de la part du pasteur d’âme. Par exemple :

44. – la pratique religieuse des enfants : comment faire pour que ceux-ci parviennent à prier avec leurs parents, librement, selon un plan graduel, de manière à éviter tout " rejet " quand ils deviendront plus grands et autonomes. Le même problème se pose au sujet de la fréquence de la sainte Messe et des sacrements ;

45. – la situation de l’école catholique et l’engagement pour sa défense et sa promotion ;

46. – l’usage critique et responsable des moyens de communication sociale. Thème très important pour la santé morale des familles, d’autant qu’aujourd’hui une part importante de la formation qu’ont en fait les parents et les enfants, et aussi les prêtres, est fortement conditionnée par les modèles culturels et les comportements proposés par les médias (Congrégation pour l’Éducation catholique : Orientations pour la formation des futurs prêtres concernant les instruments de communication sociale, 19 mars 1986) ;

47. – la gravité de certaines situations économiques et sociales et les efforts pour les dépasser ;

48. – la concertation prudente en faveur des familles entre personnes dont l’activité professionnelle, politique, économique, etc., a quelque rapport avec la famille et ses conditions de vie et de développement (cf. Constitution pastorale Gaudium et spes, 52, b). Ce ministère important requiert beaucoup de temps, de générosité et une préparation spécifique du prêtre afin qu’il puisse l’accomplir efficacement. Ici l’enseignement de la théologie pastorale rencontrera celui de la Doctrine sociale de l’Église ;

49. – le traitement pastoral du problème de la paternité et de la maternité responsables et de la régulation des naissances : comment éviter le recours à la contraception, aux pratiques abortives, comment apprécier l’activité des Centres de consultation familiale (la nécessité d’informations précises et d’un sain discernement) ; informations sur les Centres de diffusion des méthodes naturelles, sur leur activité et les résultats correspondants ; la confiance dans la possibilité de solutions positives du problème.

50. 5. Les futurs prêtres doivent être instruits avec un soin tout particulier de la préparation et de la célébration du sacrement de mariage : la catéchèse avant le mariage sur les présupposés, sur les exigences humaines, spirituelles et sur la nature du mariage chrétien ; instruction des fiancés sur les devoirs et les droits des conjoints ; la catéchèse après le mariage ; le rite liturgique de la célébration du mariage ; l’importance parfois décisive de ces interventions pastorales pour la vie religieuse ultérieure des conjoints et de leur famille.

51. 6. Aspects pastoraux et canoniques des mariages mixtes : la forme de leur célébration ; droits et devoirs de la partie catholique, surtout en ce qui concerne le baptême et l’éducation religieuse des enfants ; le problème de l’assistance pastorale (cf. Exhortation apostolique Familiaris consortio, 78).

52. 7. La pastorale des divorcés, spécialement de ceux qui sont remariés civilement ; leur position dans la communauté paroissiale. " Il est nécessaire d’éclairer les divorcés remariés qui ne peuvent participer à la communion eucharistique, afin qu’ils ne considèrent pas que leur participation à la vie de l’Église se réduit exclusivement à la question de la réception de l’Eucharistie. Il faut aider les fidèles à approfondir leur compréhension de la valeur de leur participation au sacrifice du Christ dans la messe, de la communion spirituelle, de la prière, de la méditation de la parole de Dieu, des oeuvres de charité et en faveur de la justice " (Congrégation pour la Doctrine de la foi : Lettre aux Évêques de l’Église catholique sur la réception de la communion eucharistique de la part des fidèles divorcés remariés, 14 septembre 1994, n. 6 ; cf. Exhortation apostolique Familiaris consortio, 84).

53. 8. La pastorale des familles en situations difficiles : drogue, handicap, sida, autres maladies terminales incurables ; difficultés économiques ; conjoints âgés seuls, sans enfants ou abandonnés de leurs enfants, etc. (cf. Exhortation apostolique Familiaris consortio, 71). Il s’agit de sujets qui requièrent, entre autres, la connaissance de quelques éléments fondamentaux de médecine et de psychologie pastorale.

54. 9. En dépit des différentes difficultés, la formation pastorale pratique des futurs pasteurs d’âme en cet important secteur doit être convenablement renforcée et enrichie d’aides et d’impulsions nouvelles.

Celui qui est spécialement chargé des activités pastorales du séminaire choisira, en collaboration avec l’enseignement de théologie pastorale, des expériences et des champs d’apostolat proportionnés à la maturité des élèves, en les orientant de préférence vers les secteurs qui peuvent davantage contribuer au perfectionnement de leurs aptitudes pastorales : contacts guidés avec les mouvements et les associations familiales ; visites aux tribunaux diocésains, aux Centres de consultation et aux autres Centres de la pastorale familiale ; invitations au séminaire de représentants de l’apostolat familial, de couples engagés dans l’apostolat, afin de connaître leurs expériences ; réflexions communes sur divers cas pastoralement significatifs et leur analyse à la lumière des documents du Saint-Siège et des Églises locales. Beaucoup d’attention doit être portée aussi au problème d’un langage approprié et de la communication.

III. Recommandations pratiques

Afin que les séminaires et les autres instituts de formation sacerdotale puissent donner au renouvellement spirituel des familles la contribution que requièrent les circonstances actuelles éclairées avec une telle abondance de détails par le Saint Père, on estime nécessaire :

55. 1. De réserver à ce sujet une place d’importance dans les " Rationes institutionis sacerdotalis " et dans les programmes d’études correspondants et de rédiger, le cas échéant, des lignes éducatives particulières pour les divers aspects de la formation, adaptées à la situation de chaque diocèse ou région.

56. 2. Pour rendre le thème du mariage et de la famille plus présent dans les diverses disciplines et assurer une coopération interdisciplinaire, il faut dans chaque séminaire un vrai spécialiste en la matière formé dans un institut d’études spéciales, comme par exemple l’Institut pour les études sur le mariage et la famille, de l’Université pontificale du Latran, à Rome.

57. Là où les candidats au sacerdoce fréquentent les Facultés théologiques, il est nécessaire de prévoir une coordination convenable de la formation pastorale entre ces dernières et les séminaires.

58. 3. Il faudra rendre plus efficace l’ensemble des efforts de formation des séminaires et, en particulier, l’organisation des études. Les professeurs des disciplines philosophiques et théologiques doivent se distinguer non seulement par la compétence scientifique, mais aussi par l’attachement au Magistère ecclésiastique, par un grand sens de l’Église. Que l’on organise pour eux des cours de remise à jour didactique et scientifique sous la direction des Commissions épiscopales pour les Séminaires et pour la Doctrine de la foi.

59. 4. Les Conférences épiscopales et les évêques diocésains doivent rappeler aux enseignants le devoir de fidélité au Magistère ecclésiastique solennel et ordinaire (LG, 25), en leur faisant remarquer que les manquements éventuels à ce sujet sont incompatibles avec le " munus docendi " dans les instituts de formation sacerdotale. Les professeurs doivent devenir aussi toujours plus conscients que l’unité des jugements et des critères en morale matrimoniale est la condition sine qua non d’une formation pastoralement valable des futurs prêtres et de la paix de la conscience des conjoints chrétiens.

60. 5. La formation permanente est une composante essentielle et irremplaçable de la formation à l’apostolat familial et doit être systématique, vraiment efficiente et coordonnée au programme des études du séminaire.

61. 6. Les bibliothèques des séminaires et des Facultés théologiques doivent être fournies en livres, en revues et diverses publications scientifiques concernant ce sujet, afin que les enseignants et les séminaristes soient tenus au courant des développements dans le domaine scientifique et pastoral.

Doivent être mis aussi à leur disposition du matériel didactique et des livres de textes.

62. 7. Il faut promouvoir en chaque séminaire l’étude systématique des documents officiels de l’Église, en accordant aussi une attention particulière aux indications du Conseil pontifical pour la Famille et des Commissions nationales et diocésaines pour la Famille.

63. 8. Les Ordinaires des lieux voudront bien faire connaître à la Congrégation pour l’Éducation catholique, dans les limites d’un laps de temps convenable, les mesures qu’ils ont prises ou entendent prendre pour mettre en oeuvre les présentes orientations de formation.

Conclusion

64. En formulant les présentes requêtes pour un renouvellement radical de la préparation des futurs prêtres à l’apostolat familial, cette Congrégation est bien consciente de se faire l’écho des désirs du Souverain Pontife et des évêques, mais aussi de nombreuses familles qui, pour faire face aux énormes difficultés qu’elles rencontrent aujourd’hui, ont besoin de guides spirituels expérimentés et d’une doctrine sûre. Il n’y a aucun doute que l’instauration souhaitée d’un ordre moral plus conforme aux exigences chrétiennes, ne pourra se réaliser qu’avec la coopération d’authentiques pasteurs d’âmes, sensibles aux faiblesses humaines, mais aussi sérieusement préoccupés du respect des lois divines inviolables. La gravité de la situation actuelle, rappelée en tant d’occasions par le Saint-Père, nous interpelle tous et, de façon particulière, les responsables de la formation sacerdotale. Elle invite à revoir non seulement quelques secteurs de la vie du séminaire, mais plutôt la totalité de la formation dans ses aspects intellectuel, spirituel et pastoral.

65. Dans le présent document, on a cherché à mettre seulement en évidence quelques-unes des plus urgentes nécessités éducatives, en renvoyant à la sollicitude pastorale des évêques le soin d’approfondir et d’adapter ces indications en référence aux circonstances locales spécifiques. Il s’agit, en substance, de donner au problème de la pastorale familiale une place centrale à l’intérieur du système éducatif, de manière que l’on puisse mettre en mouvement le renouvellement souhaité de l’Église au plan spirituel et moral, et celui de la famille humaine toute entière. Devoir qui s’impose non seulement dans l’intérêt de sauvegarder le bien spirituel des fidèles, mais aussi dans l’intérêt de poser la base indispensable d’un progrès social sûr et d’un avenir meilleur de l’humanité.

 

À Rome, du Palais des Congrégations,

le 19 mars 1995, en la Solennité de saint Joseph,

Pio cardinal LAGHI,

Préfet

José SARAIVA MARTINS,

Secrétaire

Texte français de la Libreria Editrice Vaticana, rendu public à Rome le 6 juin 1995. DC 2120 du 16 juillet 1995.

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Date de dernière mise à jour : 2017-03-23