Benoît XVI écrits divers

Benoit xvi bureau ecritBenoît XVI, pape de 2005 à 2013 

Tous deux ne feront plus qu'un 

Dans la Bible, la relation de Dieu avec Israël est illustrée par les métaphores des fiançailles et du mariage ; et par conséquent, l'idolâtrie est adultère et prostitution... Mais l'amour-eros de Dieu pour l'homme est en même temps totalement l'amour-agapè. Non seulement parce qu'il est donné absolument gratuitement, sans aucun mérite préalable, mais encore parce qu'il est un amour qui pardonne... Dans la Bible, donc, nous nous trouvons d'une part devant une image strictement métaphysique de Dieu : Dieu est en absolu la source originaire de tout être ; mais ce principe créateur de toutes choses, la raison primordiale, est d'autre part quelqu'un qui aime avec toute la passion d'un véritable amour. De la sorte, l'amour-eros est ennobli au plus haut point, mais, en même temps, il est ainsi purifié jusqu'à se fondre avec l'amour-agapè... La première nouveauté de la foi biblique consiste dans cette image de Dieu ; la deuxième, qui lui est essentiellement liée, nous la trouvons dans l'image de l'homme.

Le récit biblique de la création parle de la solitude du premier homme, Adam, aux côtés duquel Dieu veut placer une aide... L'idée que l'homme serait en quelque sorte incomplet de par sa constitution, à la recherche, dans l'autre, de la partie qui manque à son intégrité, à savoir l'idée que c'est seulement dans la communion avec l'autre sexe qu'il peut devenir « complet », est sans aucun doute présente. Le récit biblique se conclut ainsi sur une prophétie concernant Adam : « À cause de cela, l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme et tous deux ne feront plus qu'un » (Gn 2,24)

Deux aspects sont ici importants : l'eros est comme enraciné dans la nature même de l'homme ; Adam est en recherche et il « quitte son père et sa mère » pour trouver sa femme ; c'est seulement ensemble qu'ils représentent la totalité de l'humanité, qu'ils deviennent « une seule chair ». Le deuxième aspect n'est pas moins important : selon une orientation qui a son origine dans la création, l'eros renvoie l'homme au mariage, à un lien caractérisé par l'unicité et le définitif ; ainsi, et seulement ainsi, se réalise sa destinée profonde. À l'image du Dieu du monothéisme, correspond le mariage monogamique. Le mariage fondé sur un amour exclusif et définitif devient l'icône de la relation de Dieu avec son peuple et réciproquement : la façon dont Dieu aime devient la mesure de l'amour humain.

Encyclique « Deus caritas est », § 9-11

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« Enlève d'abord la poutre dans ton œil, alors tu verras clair pour retirer la paille qui est dans l'œil de ton frère »

L'amour – « caritas » – est une force extraordinaire qui pousse les personnes à s'engager avec courage et générosité dans le domaine de la justice et de la paix. C'est une force qui a son origine en Dieu, Amour éternel et Vérité absolue. Chacun trouve son bien en adhérant au projet que Dieu a sur lui, pour le réaliser pleinement ; en effet, il trouve dans ce projet sa propre vérité et c'est en adhérant à cette vérité qu'il devient libre (cf. Jn 8,32)...

La charité est amour reçu et donné. Elle est grâce. Sa source est l'amour jaillissant du Père pour le Fils, dans l'Esprit Saint. C'est un amour qui, du Fils, descend sur nous. C'est un amour créateur, qui nous a donné l'existence; c'est un amour rédempteur, qui nous a recréés. Un amour révélé et réalisé par le Christ (cf. Jn 13,1) et « répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5,5). Objets de l'amour de Dieu, les hommes sont constitués acteurs de la charité, appelés à devenir eux-mêmes les instruments de la grâce, pour répandre la charité de Dieu et pour tisser des liens de charité.

La doctrine sociale de l'Église répond à cette dynamique de charité reçue et donnée. Elle est... annonce de la vérité de l'amour du Christ dans la société. Cette doctrine est un service de la charité, mais dans la vérité... Le développement, le bien-être social, ainsi qu'une solution adaptée aux graves problèmes socio-économiques qui affligent l'humanité, ont besoin de cette vérité. Plus encore, il est nécessaire que cette vérité soit aimée et qu'il lui soit rendu témoignage. Sans vérité, sans confiance et sans amour du vrai, il n'y a pas de conscience ni de responsabilité sociale, et l'agir social devient la proie d'intérêts privés et de logiques de pouvoir, qui ont pour effets d'entrainer la désagrégation de la société, et cela d'autant plus dans une société en voie de mondialisation et dans les moments difficiles comme ceux que nous connaissons actuellement.

Encyclique « Caritas in veritate », § 1-5 (trad. copyright © Libreria Editrice Vaticana)

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Soyez des témoins !

« Il faut que l’un d’entre eux devienne avec nous témoin de sa résurrection », disait Pierre … Mes frères et sœurs, il faut que vous deveniez … des témoins de la résurrection de Jésus. En effet, si vous, vous n’êtes pas ses témoins dans votre milieu de vie, qui le sera à votre place ? Le chrétien est, dans l’Église et avec l’Église, un missionnaire du Christ envoyé dans le monde. C’est là la mission qu’on ne peut différer de toute communauté ecclésiale : recevoir de Dieu le Père et offrir au monde le Christ ressuscité, afin que toute situation d’affaiblissement et de mort soit transformée, par l’Esprit Saint, en occasion de croissance et de vie. 

Nous n’imposons rien, mais nous proposons toujours, comme Pierre nous le recommande dans une de ses lettres : « Traitez toujours saintement dans vos cœurs le Seigneur Christ, toujours prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous » (1 P 3, 15). Et en définitive, tous le demandent même ceux qui semblent ne pas le demander. Par expérience personnelle et communautaire, nous savons bien que c’est Jésus, celui que tous attendent. En effet, les attentes les plus profondes du monde et les grandes certitudes de l’Évangile se rencontrent dans la mission irrécusable qui nous revient puisque « sans Dieu l’homme ne sait où aller et ne parvient même pas à comprendre qui il est. Face aux énormes problèmes du développement des peuples qui nous pousseraient presque au découragement et au défaitisme, la parole du Seigneur Jésus Christ vient à notre aide en nous rendant conscients de ce fait que : ‘Sans moi, vous ne pouvez rien faire’ (Jn 15, 5) ; elle nous encourage : ‘Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde’ (Mt 28, 20) » (Cf. Enc. Caritas in veritate, n° 78) … 

Oui ! Nous sommes appelés à servir l’humanité de notre temps, comptant uniquement sur Jésus, en nous laissant éclairer par sa Parole : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous partiez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure » (Jn, 15, 16). Que de temps perdu, que de travail renvoyé à plus tard sur ce point par inadvertance ! Tout se définit à partir du Christ, quant à l’origine et à l’efficacité de la mission : la mission nous la recevons toujours du Christ, qui nous a fait connaître ce qu’il a entendu de son Père, et nous y sommes engagés par l’Esprit, dans l’Église. Comme l’Église elle-même, œuvre du Christ et de son Esprit, il s’agit de renouveler la face de la terre en partant de Dieu, toujours et seulement de Dieu !

Homélie du 14 mai 2010 (Voyage apostolique au Portugal - trad. © Libreria Editrice Vaticana) 

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« L'un de vous va me livrer »

Pourquoi Judas a-t-il trahi Jésus ? La question est l'objet de diverses hypothèses. Certains recourent au fait de sa cupidité d'autres soutiennent une explication d'ordre messianique : Judas aurait été déçu de voir que Jésus n'insérait pas dans son programme la libération politico-militaire de son pays. En réalité, les textes évangéliques insistent sur un autre aspect : Jean dit expressément que « le démon a inspiré à Judas Iscariote, fils de Simon, l'intention de le livrer » (Jn 13,2). Luc écrit de manière analogue : « Satan entra en Judas, appelé Iscariote, qui était au nombre des Douze » (Lc 22,3). De cette manière, on va au-delà des motivations historiques et on explique l'affaire d'après la responsabilité personnelle de Judas, qui céda misérablement à une tentation du Malin. La trahison de Judas demeure en tout cas un mystère. Jésus l'a traité d'ami (Mt 26,50) mais, dans ses invitations à le suivre sur la voie des Béatitudes, il n'a pas forcé les volontés et ne les a pas prémunies contre les tentations de Satan, respectant la liberté humaine... 

Rappelons-nous que Pierre voulut lui aussi s'opposer à Jésus et à ce qui l'attendait à Jérusalem, mais il reçut un très vif reproche : « Tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes ! » (Mc 8,32-33). Après sa chute, Pierre s'est repenti et a trouvé pardon et grâce. Judas s'est lui aussi repenti, mais son repentir a dégénéré en désespoir et est ainsi devenu autodestruction... Gardons bien présentes deux choses. La première : Jésus respecte notre liberté. La seconde : Jésus attend notre disponibilité au repentir et à la conversion il est riche en miséricorde et en pardon. 

Du reste, quand nous pensons au rôle négatif joué par Judas, nous devons l'insérer dans la conduite supérieure des événements de la part de Dieu. Sa trahison a conduit Jésus à la mort, mais celui-ci a transformé cet horrible supplice en un espace d'amour salvifique et en remise de soi à son Père (Ga 2,20 Ep 5,2.25). Le verbe « trahir » est la traduction d'un mot grec qui signifie « remettre, livrer ». Parfois son sujet est même Dieu en personne : c'est lui qui par amour a « livré » Jésus pour nous tous (Rm 8,32). Dans son mystérieux projet salvifique, Dieu saisit le geste inexcusable de Judas comme une occasion de don total du Fils pour la rédemption du monde.

Audience générale du 18/10/06 (trad. DC n° 2368 © Libreria Editrice Vaticana) 

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La charité, âme de la mission

La mission, si elle n'est pas guidée par la charité, si elle ne jaillit pas d'un profond acte d'amour divin, risque de se réduire à une simple activité philanthropique et sociale. L'amour que Dieu nourrit pour chaque personne constitue en effet le cœur de l'expérience et de l'annonce de l'Évangile, et tous ceux qui l'accueillent en deviennent à leur tour des témoins. L'amour de Dieu qui donne vie au monde est l'amour qui nous a été donné en Jésus, Parole de salut, icône parfaite de la miséricorde du Père céleste. 

Le message salvifique pourrait bien être résumé par les paroles de l'évangéliste Jean : « En ceci s'est manifesté l'amour de Dieu pour nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui » (1Jn 4,9). Le mandat de diffuser l'annonce de cet amour a été confié par Jésus aux apôtres après sa résurrection, et les apôtres, transformés intérieurement le jour de la Pentecôte par la puissance de l'Esprit Saint, ont commencé à rendre témoignage au Seigneur mort et ressuscité. Depuis, l'Église poursuit cette même mission, qui constitue pour tous les croyants un engagement permanent auquel il est impossible de renoncer.

Message pour la Journée mondiale des missions 2006 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana rev.) 

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Saint Matthieu : converti, apôtre, évangéliste

« Il se leva et le suivit. » La concision de la phrase met clairement en évidence la promptitude de Matthieu à répondre à l'appel. Cela signifiait pour lui l'abandon de tout, surtout de ce qui lui garantissait une source de revenus sûre, même si elle était souvent injuste et déshonorante. À l'évidence, Matthieu a compris que la familiarité avec Jésus ne lui permettait pas de poursuivre une activité désapprouvée par Dieu. On saisit facilement l'application au présent : aujourd'hui aussi, l'attachement à des choses incompatibles avec la marche à la suite de Jésus, comme c'est le cas des richesses malhonnêtes, n'est pas admissible. Une fois, il lui est arrivé de dire sans détour : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi » (Mt 19,21). C'est bien ce qu'a fait Matthieu : « il se leva et le suivit ». Dans ce « il se leva », il est bien possible de lire la répudiation d'une situation de péché et en même temps l'adhésion consciente à une existence nouvelle, droite, dans la communion avec Jésus. 

Rappelons-nous que la tradition ancienne de l'Église est unanime pour attribuer à Matthieu la paternité du premier Évangile. Cela se produit déjà avec Papias, évêque de Hiérapolis en Phrygie, autour de l'an 130. Il écrit : « Matthieu recueillit les paroles (du Seigneur) en langue hébraïque, et chacun les interpréta comme il le pouvait » (in Eusèbe de Césarée, Hist. Eccl. III, 39, 16). L'historien Eusèbe ajoute cette information : « Matthieu, qui avait d'abord prêché parmi les juifs, lorsqu'il décida d'aller aussi chez d'autres peuples, écrivit dans sa langue maternelle l'Évangile qu'il annonçait. Ainsi, il chercha à remplacer par l'écrit, chez ceux dont il se séparait, ce qu'ils perdaient avec son départ » (III, 24, 6). Nous n'avons plus l'Évangile écrit par Matthieu en hébreu ou en araméen, mais dans l'Évangile grec que nous avons, nous continuons encore à entendre, d'une certaine manière, la voix persuasive du publicain Matthieu qui, devenu apôtre, continue à nous annoncer la miséricorde salvatrice de Dieu, et nous écoutons ce message de saint Matthieu en le méditant toujours à nouveau pour apprendre, nous aussi, à nous lever et à suivre Jésus avec décision.

Audience générale du 30/08/06 (trad. DC n° 2365, p. 826 © copyright Libreria Editrice Vaticana) 

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« Elle a tout donné, tout ce qu'elle avait pour vivre »

Combien significatif est l'épisode évangélique de la veuve qui, dans sa misère, jette dans le trésor du Temple « tout ce qu'elle avait pour vivre ». Sa petite monnaie, insignifiante, est devenue un symbole éloquent : cette veuve a donné à Dieu non de son superflu, et non pas ce qu'elle avait, mais ce qu'elle est ; elle-même, tout entière.

Cet épisode émouvant s'insère dans la description des jours qui précèdent immédiatement la Passion et la mort de Jésus, « lui qui, comme le note saint Paul, s'est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté » (2Co 8,9). Il s'est donné tout entier pour nous... À son école, nous pouvons apprendre à faire de notre vie un don total. En l'imitant, nous réussissons à devenir disposés, non pas tant à donner quelque chose de ce que nous possédons, qu'à nous donner nous-mêmes. L'Évangile tout entier ne se résume-t-il pas dans l'unique commandement de la charité ? La pratique ... de l'aumône devient donc un moyen pour approfondir notre vocation chrétienne. Quand il s'offre gratuitement lui-même, le chrétien témoigne que c'est l'amour et non la richesse matérielle qui dicte les lois de l'existence. C'est donc l'amour qui donne sa valeur à l'aumône, lui qui inspire les diverses formes de don, selon les possibilités et les conditions de chacun.

Message pour le Carême 2008 (trad. Libreria Editrice Vaticana)

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Là où arrive Marie, Jésus est présent

En la fête de la Visitation de ce jour, comme dans toutes les pages de l'Évangile, nous voyons Marie docile aux desseins divins et dans une attitude d'amour prévoyant pour ses frères. En effet, l'humble jeune fille de Nazareth, encore surprise de ce que lui a annoncé l'ange Gabriel – c'est-à-dire qu'elle sera la Mère du Messie promis – apprend que sa parente âgée, Élisabeth, attend elle aussi un enfant dans sa vieillesse. Sans hésiter, elle se met en chemin, souligne l'évangéliste (cf. Lc 1, 39), pour arriver « en hâte » à la maison de sa cousine et se mettre à sa disposition dans un moment de nécessité particulière.

Comment ne pas remarquer que, dans la rencontre entre la jeune Marie et Élisabeth, désormais âgée, le protagoniste caché est Jésus ? Marie le porte dans son sein comme dans un tabernacle sacré et l'offre comme le don le plus grand à Zacharie, à son épouse Élisabeth et également à l'enfant qui se développe dans le sein de celle-ci. « Dès l'instant – dit la mère de Jean-Baptiste – où ta salutation a frappé mes oreilles, l'enfant a tressailli d'allégresse en mon sein » (Lc 1, 44). Là où arrive Marie, Jésus est présent. Celui qui ouvre son cœur à la Mère rencontre et accueille le Fils et il est envahi par sa joie. Jamais la véritable dévotion mariale ne dissimule ni ne diminue la foi et l'amour pour Jésus Christ notre Sauveur, unique médiateur entre Dieu et les hommes. Au contraire, se confier à la Vierge représente une voie privilégiée, vécue par de nombreux saints, pour se placer à la suite du Seigneur de façon plus fidèle. Confions-nous donc à Elle avec un abandon filial !

Discours du 31/05/2006 devant la grotte de Lourdes dans les Jardins du Vatican (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)

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Saints Timothée et Tite, successeurs des apôtres

La communauté, née de l'annonce évangélique, reconnaît qu'elle est convoquée par la parole de ceux qui, les premiers, ont fait l'expérience du Seigneur et ont été envoyés par lui. Elle sait qu'elle peut compter sur la conduite des Douze, comme aussi sur celle de ceux qui, petit à petit, s'associent à eux comme successeurs dans le ministère de la Parole et le service de la communion. En conséquence, la communauté se sent engagée à transmettre aux autres la « joyeuse nouvelle » de la présence actuelle du Seigneur et de son mystère pascal, à l'œuvre dans l'Esprit. 

On voit ceci bien mis en évidence dans les lettres pauliniennes : « Je vous ai transmis ce que j'ai moi-même reçu » (1Co 15,3). Et ceci est important. Saint Paul sait que, à l'origine, il a été appelé par le Christ, qu'il est un véritable apôtre et pourtant, pour lui aussi, ce qui compte fondamentalement c'est la fidélité à ce qu'il a reçu. Il ne voulait pas « inventer » un nouveau christianisme, pour ainsi dire « paulinien ». Aussi insiste-t-il : « Je vous ai transmis ce que j'ai moi-même reçu ». Il a transmis le don initial qui vient du Seigneur et est la vérité qui sauve. Puis, vers la fin de sa vie, il écrit à Timothée : « Tu es le dépositaire de l'Évangile, garde-le dans toute sa pureté, grâce à l'Esprit Saint qui habite en nous » (2Tm 1,14). 

C'est ce que montre avec efficacité aussi cet ancien témoignage de la foi chrétienne, écrit par Tertullien vers l'an 200 : « (Les apôtres) ont affirmé la foi en Jésus Christ et ont établi des Églises pour la Judée et, sitôt après, éparpillés dans le monde, ont annoncé la même doctrine et une même foi aux nations et donc ils ont fondé l'Église presque dans chaque ville. À partir de celles-ci, les autres Églises ont échangé et propagé leur foi et les semences de la doctrine, et elles l'échangent continuellement pour être vraiment des Églises. De cette manière, elles aussi sont réputées apostoliques en tant que descendance des Églises des apôtres ».

Audience générale du 03/05/2006 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana) 

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« Esprit mauvais, sors de cet homme ! »

Le fait de la puissance du mal dans le cœur humain et dans l'histoire de l'humanité est indéniable. La question demeure : comment expliquer ce mal ? ... La foi nous dit : il existe deux mystères de lumière et un mystère de nuit, lequel pourtant est enveloppé par les mystères de lumière. Le premier mystère de lumière est celui-ci : la foi nous dit qu'il n'y a pas deux principes, un bon et un mauvais, mais un seul principe, le Dieu créateur, et ce principe est bon, seulement bon, sans ombre de mal. C'est pourquoi l'être non plus n'est pas un mélange de bien et de mal : l'être comme tel est bon, et donc il est bon d'être, il est bon de vivre. Telle est l'heureuse annonce de la foi : il n'y a qu'une source, bonne, le Créateur...

Puis vient un mystère d'obscurité, de nuit. Le mal ne vient pas de la source de l'être lui-même, il n'est pas également originel. Le mal vient d'une liberté créée, d'une liberté mal utilisée. Comment cela a-t-il été possible ? Comment cela s'est-il produit ? Les choses restent obscures. Le mal n'est pas logique. Seuls Dieu et le bien sont logiques, sont lumière. Le mal reste mystérieux... Nous pouvons deviner, mais non pas expliquer ; on ne peut le raconter comme un fait qui en suit un autre, parce qu'il s'agit d'une réalité plus profonde. Demeure un mystère d'obscurité, de nuit.

Mais s'y ajoute tout de suite un mystère de lumière. Le mal vient d'une source subordonnée. Dieu est plus fort avec sa lumière. C'est pourquoi le mal peut-être surmonté. Donc, la créature, l'homme, peut être guéri... Si bien que finalement, en dernier lieu, nous voyons que l'homme non seulement peut-être guéri, mais que, effectivement, il est guéri. Dieu a introduit la guérison. Il est entré en personne dans l'histoire. A la source permanente du mal il a opposé la source du bien pur. Le Christ crucifié et ressuscité, nouvel Adam, oppose au fleuve pollué du mal un fleuve de lumière. Et ce fleuve est présent dans l'histoire : regardons les saints, les grands saints mais aussi les humbles saints, les simples fidèles, et nous voyons que le fleuve de lumière qui vient du Christ est présent, qu'il est puissant.

Audience générale du 03/12/08 (trad. DC n° 2416, p. 61 © copyright Libreria Editrice Vaticana)

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« Il faut que le Fils de l'homme souffre..., soit rejeté...et tué, et qu'il ressuscite »

Etre homme signifie : être pour la mort ; être homme signifie : devoir mourir... Vivre, en ce monde, veut dire mourir. « Il s'est fait homme » (Credo) ; cela signifie donc que le Christ aussi est allé vers la mort. La contradiction qui est propre à la mort de l'homme atteint en Jésus son acuité extrême, car en lui, qui est dans une communion d'échange totale avec le Père, l'isolement absolu de la mort est une pure absurdité. D'autre part, en lui la mort a aussi sa nécessité ; en effet, le fait d'être avec le Père est à la source de l'incompréhension que les hommes lui témoignent, à la source de sa solitude au milieu des foules. Sa condamnation est l'acte ultime de la non-compréhension, du rejet de cet Incompris dans une zone de silence.

Du même coup, on peut entrevoir quelque chose de la dimension intérieure de sa mort. Chez l'homme, mourir est toujours à la fois un événement biologique et spirituel. En Jésus la destruction des supports corporels de la communication brise son dialogue avec le Père. Donc ce qui se rompt dans la mort de Jésus Christ est plus important que dans n'importe quelle mort humaine ; ce qui est arraché là, c'est le dialogue qui est l'axe véritable du monde entier.

Mais de même que ce dialogue l'avait rendu solitaire et qu'il était à la base de la monstruosité de cette mort, de même en Christ la Résurrection est déjà fondamentalement présente. Par elle, notre condition d'homme s'insère dans l'échange trinitaire de l'amour éternel. Elle ne peut plus jamais disparaître ; au-delà du seuil de la mort, elle se lève à nouveau et recrée sa plénitude. Seule donc la Résurrection dévoile le caractère ultime, décisif de cet article de notre foi : « Il s'est fait homme »... Le Christ est pleinement homme ; il le reste pour toujours. La condition humaine est entrée par lui dans le propre être de Dieu ; c'est le fruit de sa mort.

Der Gott Jesu Christi (trad. Fayard 1977, p. 85s)

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Rendre le Christ maître de notre sabbat

L'Eucharistie fait partie du dimanche. Au matin de Pâques, les femmes en premier, puis les disciples, ont eu la grâce de voir le Seigneur. Depuis lors, ils ont su que désormais le premier jour de la semaine, le dimanche, serait son jour à lui, le jour du Christ. Le jour du commencement de la création devenait le jour du renouvellement de la création. Création et rédemption vont ensemble.

C'est pour cela que le dimanche est tellement important. Il est beau qu'aujourd'hui, dans de nombreuses cultures, le dimanche soit un jour libre ou, qu'avec le samedi, il constitue même ce qu'on appelle le « week-end » libre. Ce temps libre, toutefois, demeure vide si Dieu n'y est pas présent.

Chers amis ! Quelquefois, dans un premier temps, il peut s'avérer plutôt mal commode de devoir prévoir aussi la Messe dans le programme du dimanche. Mais si vous en prenez l'engagement, vous constaterez aussi que c'est précisément ce qui donne le juste centre au temps libre. Ne vous laissez pas dissuader de participer à l'Eucharistie du dimanche et aidez aussi les autres à la découvrir. Parce que la joie dont nous avons besoin se dégage d'elle, nous devons assurément apprendre à en comprendre toujours plus la profondeur, nous devons apprendre à l'aimer. Engageons-nous en ce sens, cela en vaut la peine ! Découvrons la profonde richesse de la liturgie de l'Église et sa vraie grandeur : nous ne faisons pas la fête pour nous, mais c'est au contraire le Dieu vivant lui-même qui prépare une fête pour nous.

Homélie, Célébration eucharistique, 20ème Journée Mondiale de la Jeunesse, 21/08/05 (trad. DC 2343, p. 909)

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Saint Thomas veut suivre le Christ partout où il va et comprendre tout ce qu'il dit

      Quand Jésus, en un moment critique de sa vie, a décidé d'aller à Béthanie pour ressusciter Lazare, s'approchant ainsi dangereusement de Jérusalem (cf Mc 10,32), Thomas a dit à ses condisciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui » (Jn 11,16). Sa détermination à suivre le Maître est vraiment exemplaire et nous donne un enseignement précieux : elle révèle sa disponibilité totale à adhérer à Jésus, jusqu'à identifier son sort au sien, et à vouloir partager avec lui l'épreuve suprême de la mort. En effet..., quand les Évangiles emploient le verbe « suivre », c'est pour signifier que là où Jésus se dirige, là aussi doit aller son disciple. La vie chrétienne se définit donc comme une vie avec Jésus Christ...: mourir ensemble, vivre ensemble, être dans son coeur comme lui est dans le nôtre.

      Une seconde intervention de Thomas nous est rapportée lors de la dernière Cène. Jésus, prédisant son départ imminent, annonce qu'il va préparer une place aux disciples pour qu'ils soient eux aussi là où il se trouve. Et il leur précise : « Pour aller où je m'en vais, vous savez le chemin » (Jn 14,4). C'est alors que Thomas intervient en disant : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas ; comment pourrions-nous savoir le chemin ? »... Ses paroles fournissent à Jésus l'occasion de prononcer la célèbre définition : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14,6). C'est donc en premier lieu à Thomas que cette révélation est faite, mais elle vaut pour nous tous et pour tous les temps...

      En même temps, sa question nous confère aussi le droit, pour ainsi dire, de demander des explications à Jésus. Souvent, nous ne le comprenons pas. Ayons le courage de dire : « Je ne te comprends pas, Seigneur, écoute-moi, aide-moi à comprendre. » Ainsi, avec cette franchise qui est la vraie manière de prier, de parler à Jésus, nous exprimons notre pauvre capacité à comprendre, et en même temps nous nous mettons dans l'attitude de confiance de ceux qui attendent la lumière et la force de la part de celui qui peut les donner. 

Audience générale du 27/9/06 (trad. DC 2367, p. 958 © Libreria Editrice Vaticana)

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Date de dernière mise à jour : 2018-10-07