Lettre pastorale de Mgr Hubert Coppenrath La réconciliation 2010

Mgrhcoppenrath1Le sacrement de la réconciliation

Sur la proposition de plusieurs prêtres, il a été décidé que, dans le diocèse de Papeete, le thème pastoral de l’année 2010 serait : « le sacrement de la réconciliation ».

En effet, nous commençons à remarquer une certaine désaffection envers ce sacrement. Nous constatons par exemple dans les soirées de confessions qui sont organisées avant Noël et Pâques que l’affluence des fidèles diminue.

Il est vrai aussi que le nombre de prêtres dans notre diocèse est nettement insuffisant et qu’il n’est pas toujours facile de trouver un prêtre disponible pour se confesser.

Mais il y a sans doute d’autres raisons à cette désaffection. La première est la perte du sens du péché. Certains fidèles n’hésitent pas à venir communier alors qu’ils ne se sont pas confessés depuis longtemps, alors même qu’ils ont commis des fautes graves comme de manquer la messe sans raison.

Il y a aussi peut-être un doute sur la nécessité de confesser ses péchés à un homme, fusse-t-il prêtre. On peut se demander aussi si nombre de fidèles n’ont pas perdu de vue la nécessité de la conversion permanente et la recherche de la sainteté à laquelle nous sommes appelés.

Le péché

Ses ennemis accusaient Jésus d’être l’ami des pécheurs. C’est un titre particulièrement réconfortant pour nous car nous sommes tous pécheurs et nous avons tous besoin de la miséricorde de Dieu. Cependant, la miséricorde de Jésus à l’égard des pécheurs est tout le contraire de l’indifférence à l’égard du péché. Il sait le mal que fait le péché à l’homme et c’est bien pour quoi il est plein de compassion pour le pécheur et essaye de le sortir du péché. A la femme adultère qu’il a sauvé de la lapidation, Jésus s’adresse en disant : « Personne ne t’a condamnée ? » Elle répond : « Personne, Seigneur ! » et Jésus poursuit : « Moi non plus je ne te condamne pas. Va et ne pèche plus ! ». (Jean 8/10-11) Il pardonne donc à cette femme, mais en même temps il l’appelle à la conversion.

Le péché nous sépare de Dieu et donc des grâces qu’il peut nous donner, il nous met ainsi dans un état de mort spirituelle. "Le salaire du péché, c'est la mort"(Romains 6/23). « Alors que nous étions morts à cause de nos péchés, Dieu nous a donné la vie avec le Christ" (Ephésiens 2/5). C'est pour libérer les pécheurs de leur terrible condition que Jésus est venu. "Tu lui donneras le nom de Jésus car c'est Lui qui sauvera son peuple de ses péchés" (Matthieu 1/21). Certes, "tout péché ne conduit pas à la mort" (1 Jean 5/17). Il y a le péché véniel, qui affaiblit la grâce en nous, et le péché mortel, qui la fait disparaître complètement.

La rémission des péchés

Puisqu’il est venu pour la rémission des péchés, Jésus pardonne les péchés ; et l’évangile nous montre qu’un certain nombre de personnes ont bénéficié de la joie de voir leurs péchés pardonnés, ainsi le paralysé de Capharnaüm, la pécheresse venue répandre un flacon de parfum sur les pieds de Jésus et sans doute aussi la femme adultère et Zachée. Mais c’est après la mort et la résurrection de Jésus que les portes de la rémission des péchés se sont ouvertes. Aussi, le soir même de sa résurrection, Jésus donne à ses apôtres le pouvoir de pardonner les péchés en son nom. "Recevez l'Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus." (Jean 20/21-23)

On entend des gens dire qu’ils n’ont pas besoin de se confesser à un homme, ils se confessent directement à Dieu. Il est vrai que le psaume 50 dit, au verset 19 : « Dieu, tu ne rejettes pas un cœur brisé et broyé" et l’attitude de repentir du pécheur qui se tourne vers Dieu pour implorer sa miséricorde est tout à fait saine. Mais s’il suffisait de se tourner vers Dieu pour obtenir la rémission de ses péchés, pourquoi Jésus aurait-il donné à son Eglise, avec tant de solennité, le pouvoir de pardonner les péchés ?

Certaines confessions religieuses, qui n’admettent pas le sacrement de pénitence, prétendent que le pouvoir de pardonner les péchés, donné aux apôtres, ne concerne que le baptême. Mais le baptême n’est pas mentionné ici et ce passage doit être rapproché de Matthieu 18/18 où Jésus donne à ses apôtres le pouvoir de lier et délier en son nom. Il faut remarquer aussi qu’à la fin de son récit de la guérison du paralysé de Capharnaüm, Matthieu mentionne la réaction des assistants en disant : « En voyant cela, les foules furent saisis de crainte, elles rendirent gloire à Dieu pour avoir donné un tel pouvoir aux hommes. » (Matthieu 9/7). Pour Matthieu, en guérissant ce paralysé comme signe prouvant qu’il avait vraiment le pouvoir de pardonner les péchés, Jésus anticipe le temps où l’Eglise pardonnera les péchés en son nom. Cette réflexion attribuée par Matthieu à la foule montre, qu’au temps où il écrivait son évangile, l’Eglise accordait son pardon aux pécheurs repentants.

Comment l'Église a-t-elle accueilli le pouvoir donné par Jésus ?

Au début, l’Eglise n’a utilisé ce pouvoir qu’avec beaucoup de réserve. On accordait ce pardon qu’une seule fois et on ne le sollicitait que pour des fautes graves telles que l’adultère et parfois l’apostasie et l’on exigeait une pénitence publique préalable. Mais, petit à petit, l’Eglise a pris conscience de l’immense miséricorde de Dieu et du bien que ce sacrement apportait aux fidèles et elle a simplifié et facilité la réception de ce sacrement. En cette année du cent cinquantième anniversaire de la mort du curé d’Ars, nous pouvons mesurer le bienfait que le sacrement apporte à ceux qui le reçoivent dans la vérité et le repentir.

Cependant, il faut reconnaître que beaucoup de catholiques utilisent mal ce sacrement. Il y a d’abord ceux qui ne s’en approchent jamais ou très rarement. Il y a ceux qui font une confession sans grand rapport avec leur vie réelle. Ils récitent une liste passe partout, et quand on les questionne on s’aperçoit qu’ils oublient les fautes les plus graves, celles qui exigeraient un véritable repentir et un changement de vie. Beaucoup de fidèles devraient apprendre à se confesser dans la vérité et le repentir avec un vrai désir de conversion.

En effet, la confession, c'est-à-dire l'aveu et la reconnaissance de ses fautes, est un élément essentiel du sacrement de la réconciliation. Comment Dieu peut-il pardonner à quelqu'un qui refuse de se reconnaître pécheur ? Pour nous pardonner, Dieu ne nous demande pas des actes extraordinaires tels que des jeûnes rigoureux, des mortifications du corps, il nous demande simplement de reconnaître nos fautes et de les regretter sincèrement. La confession doit être humble, véridique, complète, mais elle doit être aussi brève. Il ne s'agit pas de raconter sa vie. Cependant lorsque l'on a besoin de conseils, on peut être plus long et exposer les situations auxquelles on se trouve confronté.

La contrition

Nul ne peut recevoir le pardon des péchés dans le sacrement de la réconciliation s'il n'a la contrition. Elle a été définie par le Concile de Trente comme "une douleur de l'âme et une détestation du péché commis avec la résolution de ne plus pécher à l'avenir". Elle doit toujours être motivée par l'amour de Dieu. Selon le degré d'amour de Dieu qui en est la cause, elle est dite parfaite ou imparfaite. La douleur n'est pas nécessairement spectaculaire, mais la cause de ce regret d'avoir péché doit être l'amour de Dieu. Quelqu'un qui regrette sa faute parce qu'elle l'humilie et perturbe l'image qu'il se fait de lui-même n'a pas la contrition. La véritable contrition est toujours inspirée ou soutenue par la grâce de Dieu.

La miséricorde de Dieu

C’est la miséricorde de Dieu qui nous permet d’être libérés du poids de nos fautes et d’être purifiés. Chaque confession doit donc être l’occasion de confesser non seulement ses péchés, mais aussi la miséricorde de Dieu et elle doit donc se terminer dans la louange et l’action de grâce. Quand il n’y a pas trop de monde, cette action de grâce peut se faire avec le confesseur. En cas d’affluence, le pénitent, après avoir reçu l’absolution se retire pour faire la pénitence qui lui a été imposée et il termine par l’action de grâce et la manifestation du désir de vivre hors du péché.

La réparation

Avant de laisser partir le pénitent, le prêtre lui donne une prière de réparation ou un acte de réparation appelés souvent « pénitence » Ce n’est pas une punition, mais un rappel du devoir de réparation. En effet, le péché produit toujours une détérioration et c’est pourquoi il appelle toujours une réparation. Il y a des fautes qui nécessitent une réparation envers le prochain, par exemple le vol, les préjudices matériels causés au prochain, la calomnie, la médisance, le scandale, mais tous les péchés nécessitent une réparation envers Dieu. Le péché étant un manque d’amour envers Dieu, c’est toujours par des actes d’amour que l’on peut réparer le mal fait à Dieu. Aussi faut il s’efforcer, comme nous y invite la première épître aux Corinthiens de « tout faire avec amour » (1 Corinthiens 16/14).

La conversion permanente

Saint Pierre, dans sa première épître (1/16), reprend l'exhortation adressée jadis par Dieu à son peuple (Lévitique 19/2) : "Soyez  saints comme  Moi je  suis  saint !". Dieu nous invite donc à la recherche continuelle de la sainteté. La sainteté est avant tout un don de la grâce de Dieu. Nous avons donc constamment besoin de nous purifier par le sacrement de la réconciliation de tout ce qui nous éloigne de Dieu et diminue en nous la puissance de la grâce.

Conclusion

Que cette année du sacrement de la réconciliation soit donc pour tous l'occasion d'approfondir la connaissance et la pratique du sacrement de la réconciliation. Qu'elle nous donne une conscience plus claire des méfaits du péché dans notre vie spirituelle, nous conduisant à l'éviter de notre mieux et de nous en purifier souvent.

Que les prêtres révisent leur emploi du temps pour se rendre plus disponibles à ceux qui veulent recevoir le pardon de Dieu.

Que cette année fasse aussi grandir en nous la gratitude pour la miséricorde de Dieu qui l'a conduit à nous envoyer son Fils pour la rémission des péchés et dont nous bénéficions à chaque fois que nous nous approchons du sacrement de la réconciliation.

Enfin n'oublions pas que si ce sacrement porte le nom de sacrement de la réconciliation, ce n'est pas seulement parce qu'il réconcilie le pécheur avec Dieu, mais aussi parce qu'il le réconcilie avec la communauté. Le péché affaiblit la communauté toute entière et l'une des raisons pour lesquelles c'est à un prêtre que le pénitent confesse ses péchés, c'est parce que le prêtre représente Dieu, mais aussi la communauté. La communauté, l'Église, manifeste par lui son pardon et son accueil.

L'année du sacrement de la réconciliation devra donc être aussi une année de réconciliation entre les chrétiens, une année de pardon, qui débouche sur un renforcement de l'unité et de la charité entre les Chrétiens.

 

Papeete, 25 janvier 2010.

+ Hubert Coppenrath

Archevêque de Papeete

 

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Date de dernière mise à jour : 2017-03-16