Passioniste de Polynésie

Vœux et promesses

 

Introduction

On entend fréquemment dire : « J’ai fait un vœu à Marie, pour qu’elle m’accorde ceci ou cela…» ou encore  « j’ai promis telle chose au Seigneur ou à tel saint s’ils répondent à ma prière... »  A croire que le ciel a besoin de compensations, de marchandage pour nous écouter, pour nous répondre, pour nous aimer !

Le propos de ce petit enseignement, est donc de voir ce qu’est réellement un vœu, d’en saisir la portée d’engagement. Peut-on en effet promettre n’importe quoi ? Peut-on faire vœu de n’importe quoi ?  Et puis que se passe-t-il si je ne respecte pas ma parole ?

Enfin nous prendrons le temps de voir les vœux dans l’Eglise, c'est-à-dire les vœux ou promesse que font les prêtres, les religieux : obéissance, pauvreté, chasteté... Vœux souvent bien méconnus.

Qu’est-ce qu’un vœu ?

Il ne faut pas confondre vœu et engagement personnel ou promesse personnelle.

Le vœu a une dimension d’Eglise, de vie en Eglise, que n’ont pas toujours nos promesses. Le vœu ne s’adresse qu’à Dieu ; car à Marie  ou aux saints et saintes nous faisons des promesses. Cela n’a pas tout à fait la même portée.

Il y a par exemple une différence sensible entre faire vœu de ne plus boire ou de ne plus fumer pour aider et porter tous ceux qui rencontrent cette difficulté dans leur vie ; et faire la promesse de ne pas boire pendant un certain temps si on obtient telle ou telle grâce, ou si on sort indemne de tel ou tel ennui. Le premier procède d’un désir du cœur dans le souci des autres ; le second répond en nous à un besoin, une nécessité, une urgence. Et honnêtement, nous ne ferions sans doute pas cette promesse là si nous ne nous sentions pas obligés. C’est justement là qu’il faut bien comprendre le sens de nos promesses, de nos engagements ; afin d’en voir la réelle validité. Ce que nous verrons un peu plus loin.

Dans l’Eglise enfin, on parle de vœux religieux c'est-à-dire d’engagement de toute la vie à vivre selon l’évangile. Ces vœux engagent dans la vie religieuse, soit au sein du diocèse soit au sein d’une congrégation religieuse. On ne prononce pas un vœu religieux juste pour une occasion, somme toute temporelle. Le vœu est une offrande de notre vie à Dieu au sein de l’Eglise. Il marque un état d’esprit, un désir profond du cœur à ressembler au Christ.

On ne fait donc pas un vœu religieux parce que l’on y est obligé ; mais bien parce que l’on s’y sent appelé, et qu’on le désire. C’est donc en relation avec notre vocation, c'est-à-dire avec l’appel précis de Dieu dans notre vie.

Le vœu est une réponse d’amour à l’amour de Dieu, il est une adhésion libre et consciente à son appel. Par le vœu nous scellons une réelle alliance avec Dieu pour toute notre vie. C’est une alliance où nous trouvons notre bonheur et non une contrainte de vie qui nous tuerait à petit feu. Dieu veut notre bonheur, notre vrai bonheur pas notre aliénation, et encore moins notre destruction. A une heure où la vie vocationnelle est tant remise en cause parce que mal comprise, il est nécessaire de noter ici cette petite précision.

Ces vœux religieux sont généralement au nombre de trois : l’obéissance, la pauvreté, la chasteté. Il peut arriver que dans certains ordres religieux on en rajoute un quatrième plus spécifique. Ainsi par exemple dans la congrégation des passionistes ; le quatrième vœu est de « promouvoir le culte et le souvenir de la sainte Passion du Christ »

Qui peut faire  une promesse ?

Toute personne chrétienne, raisonnable et libre peut faire une promesse à Dieu, ou à la Vierge ou à un saint, une sainte ; mais encore faut-il que cette promesse soit en elle-même raisonnable, en accord avec la parole de Dieu et émise en pleine liberté.   

Dieu n’est pas un marchand de tapis. Il ne nous négocie jamais sa grâce, il nous l’offre ! Inutile donc de lui dire : «  Si tu me donnes telle ou telle chose, si tu réponds favorablement à ma prière alors moi je ferai ceci ou cela pour toi »  Faire une promesse alors qu’on est dans le besoin n’est pas synonyme de liberté ! Avant de faire une telle promesse, asseyons-nous un moment et regardons, si sans cette « urgence » de notre vie, nous aurions fait gratuitement cette promesse... Il y a fort à parier que non ! Il est, important, pour nous, à ce moment précis de prendre conscience que nous ne prions pas Dieu dans la confiance mais que nous faisons du commerce avec lui.  Dieu n’attend pas notre commerce, il attend notre confiance, notre foi.  Inutile donc, par exemple, de promettre à Dieu, Marie, ou les saints, d’aller en pèlerinage à Lourdes ou ailleurs si nous trouvons du travail, si nous guérissons de telle ou telle maladie. Le Ciel nous répondra tout autant si dans la confiance nous exprimons simplement notre besoin, en nous remettant à la volonté de Dieu : «  Seigneur tu vois mon ennui, tu vois mon besoin de travail, tu vois ma maladie. J’ai besoin que tu m’aides je voudrais bien que tu me donnes tel travail, je voudrais bien que tu me guérisses et je crois que tu le peux, mais toi tu sais mieux que moi ce qui est réellement bon pour moi, alors je me confie en toi, je m’abandonne à toi. »  Evidemment cette prière là nous est bien plus difficile car nous avons l’impression que nous ne maitrisons plus rien, que c’est Dieu seul qui « tire les ficelles », alors que dans notre marchandage nous avions l’impression de pouvoir agir sur Dieu. C’est là une erreur qui prouve notre manque de connaissance de l’amour de Dieu et qui montre aussi notre manque de foi. Ne faisons donc pas de marchandage avec Dieu ou le reste du ciel, demandons avec confiance ce dont nous avons besoin, simplement, et rien n’empêche alors, que l’ayant obtenu nous puissions dire : «  Seigneur, puisque tu m’as accordé la grâce que je te demandais, je désire te remercier, te prouver ma reconnaissance, aussi je te promets de faire ceci, ou d’aller en pèlerinage dès que possible à tel endroit. » Là, la promesse est libre et non plus soumise à une condition de résultat et elle est offerte librement puisque Dieu n’y oblige pas. Là se trouve la vraie reconnaissance de l’enfant de Dieu qui a fait confiance à son Père. Il nous faut grandir dans notre foi et faire vraiment confiance à Dieu.

De même on ne peut faire une promesse déraisonnable, qui mette par exemple notre vie en danger, ou celle des autres en danger ; ou encore une promesse qui nuise à notre famille. Promettre par exemple de travailler à mi-temps pour faire de l’évangélisation le reste de la journée alors que nous avons toute une famille à nourrir est inconséquent et totalement irrecevable car il y a alors manquement au devoir familiale et à la simple charité fraternelle, en imposant un style de vie  aux membres de notre famille, alors qu’eux n’ont demandé et surtout n’ont pas donné leur accord ! Promettre que l’on va s’arrêter de boire ou de se droguer du jour au lendemain, est tout aussi inconsidéré car la semaine ne se passera certainement pas sans que nous nous mettions à crier ou même à tout casser à la maison pour la simple raison que notre corps a des limites et que ces limites il faut savoir en tenir compte. Notre promesse doit donc être raisonnable et en accord avec le respect de la vie de notre entourage.

Faire un vœu, promettre quelque chose à Dieu n’est pas n’importe quoi, car Dieu n’est pas n’importe qui. On ne peut lui donner notre parole et la reprendre ensuife sans plus de considération. Toute promesse nous engage fermement et donc il faut être prudent. Comment savoir si notre promesse est valide ?  Comment savoir si nous pouvons vraiment la faire ?  La solution la plus sage est de voir un prêtre avant notre engagement afin de pouvoir en parler avec lui et de décider si oui ou non nous pouvons le faire ; mais sachons bien qu’une fois faite, cette promesse devra être tenue. Si pour une raison ou une autre cela n’était pas le cas   alors il faut retourner voir le prêtre et voir avec lui ce qu’il y a lieu de vivre. Dieu n’oblige personne, si donc nous lui promettons quelque chose nous avons à tenir notre parole ; Prenons donc vraiment le temps de réfléchir et de prier avant de faire une promesse quelle qu’elle soit !

Qui peut prononcer un vœu ?

Je veux parler ici du vœu religieux qui engage toute la vie de la personne qui le prononce.

Toute personne chrétienne peut faire un vœu dit : privé. C'est-à-dire que la personne qui émet ce vœu en formule elle-même le contenu. Par exemple si elle fait vœu de pauvreté elle peut le limiter à demander l’autorisation a son guide spirituel de pouvoir faire certains achat, ou elle peut encore décider de se contenter d’une certaine somme pour vivre et de distribuer le reste ...etc. Si elle fait vœu d’obéissance elle peut soumettre certaines de ces activités à l’autorisation d’un guide spirituel ou elle peut aussi tout vivre sous la direction de ce guide. . Si elle fait vœu de chasteté, elle peut le vivre dans le célibat ou dans la vie conjugale... Ce qui est important c’est que ce vœu qui n’engage que la personne qui l’émet soit clairement défini, vécu dans la prière bien sur et avec un témoin, de préférence une personne religieuse, telle qu’un prêtre par exemple. Ce témoin est alors comme l’intermédiaire entre Dieu et la personne qui émet ce vœu Il en aura pris connaissance avant et aura donc pris soin d’en vérifier le contenu et la validité. Le témoin devant Dieu n’est pas un simple spectateur, il s’engage lui aussi dans cette alliance qui se crée. Un vœu privé peut être en premier lieu temporaire ; un an, trois ans, puis devenir définitif c'est-à-dire pour toute la vie. Là aussi il est sage de considérer notre faiblesse humaine et de ne pas présumer de nos forces ; de notre capacité en faisant de ce vœu, un vœu définitif tout de suite. C’est l’exercice au quotidien qui nous montre si nous serons capables de le tenir jusqu’au bout et non pas seulement notre bonne volonté ou l’élan de notre cœur.

Il existe aussi des vœux dits publics, qui engagent au sein de l’Eglise, à travers une communauté religieuse par exemple. On fait alors voeur entre les mains du supérieur de l’ordre ou de la communauté. La communauté est alors le réceptacle de ce voeu et la personne qui l’émet le vivra en rattachement à cette communauté. Nous touchons là une autre dimension de l’Eglise. Il va de soi que ces vœux là vont demander plus de tems dans le discernement de la vocation. On peut en effet être appelé à une vie d’obéissance sans pour cela être appeler  à se rapprocher des bénédictins ou des chartreux... Et quand on a discerné l’ordre ou la communauté qui correspond à l’appel, encore faut-il bien définir en quoi consiste le vœu formulé car là il n’est plus question d’un vœu à dimension personnelle que l’on peut limiter à sa guise mais ce vœu rejoindra le vœu de l’ensemble de la communauté. Le vœu public engage réellement dans la spiritualité de l’ordre où on le prononce, c’est particulièrement valable pour les membres des tiers ordres, c’est à dire des laïcs consacrés. 

Les vœux religieux : obéissance, pauvreté, chasteté.

Dans les ordres religieux, les vœux sont temporaires au début, ils varient généralement entre 1 an et 5 ans. Ils peuvent être renouvelés, après quoi ils seront perpétuels.

L’obéissance

S’il est un mot qui est mal vu dans notre monde c’est bien celui-là ! Nous tenons tant à notre liberté, à notre indépendance et surtout à diriger nous-mêmes notre vie, nous voulons tant en être les maîtres.

Pourtant on ne peut suivre le Christ sans obéir à sa parole, et cette obéissance nous conduit inexorablement à l’abandon de notre liberté entre les mains de Dieu. En fait, pour être plus exact, nous sommes appelés à mettre notre liberté au service de notre obéissance au Christ, nous choisissons de suivre le Christ et donc de nous soumettre à sa parole. Nous choisissons aussi de lui remettre notre indépendance en lui faisant confiance quant à la direction de notre vie, par les choix mêmes que l’évangile peut nous proposer au sein de notre vie courante. L’obéissance n’est pas synonyme d’esclavage, d’aliénation, mais bien d’offrande de nous-mêmes et de notre vie dans la confiance et l’amour. Ce qui est tout à fait différent. Tout chrétien est appelé à l’obéissance envers la parole de Dieu, non par obligation, mais par amour.

Il y a dans les vœux et promesses de l’Eglise différents niveaux d’obéissance. Ainsi un prêtre diocésain promet d’obéir à son évêque, en tout ce qui concerne la mission, mais il garde une certaine liberté de vie. Le religieux lui, fait non pas une promesse comme le prêtre mais véritablement un vœu d’obéissance, et par là même il abandonne toute liberté pour vivre dans l’obéissance à la règle de son ordre et à ses supérieurs, comme un enfant obéit à son père.

La pauvreté

Dans le vœu de pauvreté, le religieux se met dans la totale dépendance de Dieu. Toutes les richesses (sauf les biens patrimoniaux) sont donc mis en commun pour le bien de tous et nul n’est propriétaire de quoique ce soit. Le religieux adopte donc un style de vie très simple, basé sur le détachement afin d’être au service de Dieu et des enfants de Dieu selon son appel. La pauvreté, c’est le renoncement à soi, à son confort, à son apparence, à la parole aussi (garder le silence est une forme de renoncement à soi), à son temps (ne pas pouvoir s’organiser comme il le voudrait est pauvreté dans le sens ou il abandonne sa liberté entre les mains de Dieu et de ses supérieurs)

La chasteté

Par le célibat, le religieux choisit le Christ comme unique amour. Cela signifie qu’il se donne totalement, sans partage, sans réserve, c’est le don total de lui-même à Dieu. Cela ne veut pas dire qu’il n’aimera plus personne autour de lui, non ! Ce serait contraire à l’évangile et tout à fait invivable. Mais se recevant de Dieu, il ne veut plus vivre que pour Lui, qu’avec Lui, qu’en Lui.  Ses affections humaines s’inscriront dans ce cadre là et il n’y aura aucun esprit de possession des autres. Il aimera les personnes pour elles mêmes dans le cœur de Dieu et non pour lui-même.

Aujourd’hui le célibat des religieux, prêtres ou autres, est fort incompris. On s’arrête tant au besoin physique des personnes que l’on oublie parfois que l’on ne devient pas prêtre, religieux, comme on choisit une profession. Non c’est une vocation, c'est-à-dire une réponse à un appel et un appel de quelqu'un qui a pour nom Jésus Christ. Le prêtre, le religieux, ou le laïc consacré qui s’engage dans la voie du célibat ne le fait pas comme dans une obligation aliénante, il le vit dans l’offrande de tout lui-même, de ce qu’il a de plus beau en lui, de sa personne. C’est l’amour qui répond à l’amour. Cela va bien plus loin que la question de la relation sexuelle, à laquelle on limite si souvent le vœu du célibat.

Par ailleurs il est à noter que la chasteté n’est pas réservé aux religieux, même ceux qui sont mariés sont appelés à vivre dans la chasteté, par le respect de leur conjoint, par le fait de ne pas regarder ailleurs et par le fait de ne pas aller « vivre l’amour » ailleurs. Quand on se donne l’un à l’autre c’est corps et âme que l’on se donne et donc on ne s’appartient plus au point de pouvoir disposer de nous-mêmes selon notre bon plaisir ou selon nos pulsions physiques ! Le mariage devant Dieu implique la chasteté.

 Conclusion

L’évangile nous appelle à vivre dans l’amour du Christ et dans la fidélité à la loi de Dieu. Or l’amour implique la confiance, et la fidélité implique un engagement de notre part, donc un acte de foi. Si nous croyons vraiment à l’amour de Dieu pour les hommes, pour nous personnellement, inutile de faire du marchandage avec Dieu, il est un père qui sait ce dont nous avons besoin et il y pourvoira. Que notre seul objectif soit de lui plaire et de correspondre à son attente sur nous. Si je dois faire une promesse à Dieu que ce soit librement, consciemment et surtout gratuitement ! L’amour n’a pas besoin de monnaie d’échange.

Si nous pensons que Dieu nous appelle à lui donner notre vie, dans un engagement religieux par exemple, prenons le temps de rencontrer un prêtre ou une personne responsable des vocations dans notre diocèse et prenons bien le temps de mesure la réalité de cet appel ainsi que le réel désir que nous avons d’y répondre, car on ne peut faire de vœu ou de promesse à Dieu et faire ensuite volte face parce que nous, nous aurions simplement changer d’idée... un engagement en Eglise est une réelle alliance avec Dieu , une alliance qui demande la fidélité comme Dieu lui , nous est toujours fidèle .

Myriam de Gemma

 

Date de dernière mise à jour : 2015-11-25

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