Passioniste de Polynésie

Nous prêchons un Messie Crucifié

12jesus07.gifIl est un jour de l’année où le centre de Liturgie n’est pas l’Eucharistie mais la Croix. Non pas la messe, mais le bois de la Croix. Non pas le sacrement, mais l’évènement. Non pas le signe mais le signifié. Non pas l’invisible, mais le visible. C’est aujourd’hui: Vendredi Saint. On ne célèbre pas la messe, mais on contemple et on adore le Crucifié.

Cet usage date du 4e siècle. Et depuis cette époque, l’Evangile, la Bonne Nouvelle fait son chemin, non d’abord par des discours mais par la puissance mystérieuse de la Croix.

«Les juifs demandent des signes et les païens sont en quête de sagesse; mais nous, nous prêchons un Christ crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, tant juifs que païens, nous prêchons un Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu» (1Co 1, 22-24).

Pour les juifs, nos grands frères dans la foi, il est un jour très important: le Yom Kippour, jour de la «Grande Expiation». Le grand prêtre, portant le sang des victimes animales, allait de l’autre côté du voile, dans le Saint des Saints, au cœur du Temple de Jérusalem. Et là, seul face au Très-Haut, il prononçait le Nom divin. Un Nom de quatre lettres révélées à Moïse au buisson ardent. Ce Nom était sacré. Interdiction formelle de le prononcer durant l’année. On disait alors «Adonaï» pour parler de Dieu.

Ce nom ainsi communiqué, dans la beauté et la grandeur de la Liturgie, créait une communication entre le Ciel et la Terre. Et Dieu se rendait présent. Et il expiait le péché de la Nation. Bien sûr que tout cela était une préfiguration de ce que Jésus allait accomplir parfaitement… aujourd’hui, le Vendredi Saint. Notre Yom Kippour chrétien, à nous, est dit dans la lettre aux Hébreux: «Nous avons un grand prêtre qui a traversé les Cieux, Jésus, fils de Dieu.» (Hb 4, 14). «Le Christ est entré une fois pour toute dans le sanctuaire, non pas avec le sang des boucs et de jeunes taureaux, mais avec son propre sang». (Hb 9, 12)

Oui, en ce jour, nous célébrons, non plus en figure mais en réalité, la Grande Expiation, non plus des péchés d’une Nation (Israël) mais ceux du monde entier. (Rm 3, 15). L’apôtre dit: «Le Christ s’est fait obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur la croix. Voilà pourquoi Dieu l’a élevé souverainement et lui a donné le Nom qui est au dessus de tout nom afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse et que toute langue proclame: Jésus-Christ est le Seigneur, à la gloire de Dieu le Père» (Ph 2, 8-10).

Et voici ce qu’il faut entendre par «Le Seigneur»: «Le Père a donné au Christ, jusque dans son humanité, son propre Nom et son propre pouvoir» (Mt 28, 18). Ou dans le même sens chez St Jean: «Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous saurez que Je SUIS, et que je ne fais rien de moi-même, mais que je parle selon ce que m’a enseigné le Père». (Jn 8, 28). Entendez bien que Jésus n’est pas Seigneur contre le Père, mais Seigneur à la gloire de Dieu le Père!

Dire Jésus est le Seigneur, c’est rendre présent les évènements du passé. Et tout particulièrement les deux évènements fondamentaux: Jésus est mort… pour nos péchés; il est ressuscité… pour notre justification. Si tu confesses de ta bouche que Jésus est Seigneur, si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité des morts, alors tu seras sauvé (Rm 10,9).

Dire Jésus est Seigneur divise désormais le monde en deux. Ceux pour qui Jésus est «mon» Seigneur, la raison de ma vie, je vis pour lui et non pour moi-même. En ce sens Paul écrit «Aucun ne vit pour soi-même ni ne meurt pour lui-même. Car si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur.»

Désormais, la contradiction la plus importante, celle qui sépare la mort de la vie, désormais cette contradiction est dépassée. Désormais, les deux extrêmes sont vivre pour soi ou vivre pour le Seigneur. Vivre pour soi, tel est le nouveau nom de la mort, et vivre pour le Seigneur, tel est le nouveau nom de la Vie.

Mais il ne suffit pas que la langue proclame que Jésus est Seigneur, encore faut-il que le genou fléchisse pour aimer, avec tout ce que nous sommes, dans l’unité de notre personne.

Aujourd’hui, l’homme aime que l’on parle de lui. Les enfants rêvent pour beaucoup de devenir des stars de la chanson, du sport ou du cinéma. On existe trop souvent dans la mesure où l’on parle de nous, fût-ce en mal. Les journaux people, le goût pour la rumeur et les commérages, la médisance et la calomnie sont les péchés ordinaires les plus répandus. Alors qu’une partie du monde attend plus de justice et de liberté, alors que certains attendent un miracle ou la sagesse de la Vérité, nous prêchons un Christ crucifié (1Co 1, 23) et ressuscité, parce que nous sommes convaincus qu'il fonde, lui, la vraie justice et la vraie liberté.

Disons ensemble, de tout notre cœur: Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. Amen.

 

Père Jérôme Jean

(Méditation inspirée du livre «Nous Prêchons un Christ Crucifié» de Raniero Cantalamessa, édition Béatitudes, 1996)

http://www.cath.ch/blog/pere.jerome.jean/nous-pr%C3%AAchons-un-messie-crucifi%C3%A9

Date de dernière mise à jour : 2017-09-21

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