Passioniste de Polynésie

Luc 11,47-54

Luc 11 49 52aawÉvangile de Jésus Christ selon saint Luc 11,47-54.

Jésus disait aux docteurs de la Loi : " Malheureux êtes-vous, parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes, alors que vos pères les ont tués. Ainsi vous témoignez que vous approuvez les actes de vos pères, puisque eux, ils ont tué les prophètes, et vous, vous bâtissez leurs tombeaux.  C'est pourquoi la Sagesse de Dieu elle-même a dit : Je leur enverrai des prophètes et des apôtres, ils tueront les uns et en persécuteront d'autres.  Ainsi cette génération devra rendre compte du sang de tous les prophètes qui a été versé depuis la création du monde,  depuis le sang d'Abel jusqu'au sang de Zacharie, qui a péri entre l'autel et le sanctuaire. Oui, je vous le déclare : cette génération devra en rendre compte.  Malheureux êtes-vous, docteurs de la Loi, parce que vous avez enlevé la clé de la connaissance ; vous-mêmes n'êtes pas entrés, et ceux qui essayaient d'entrer, vous les en avez empêchés. »  Après que Jésus fut parti de là, les scribes et les pharisiens se mirent à lui en vouloir terriblement, et ils le harcelaient de questions ;  ils étaient à l'affût pour s'emparer d'une de ses paroles.

separ bible

Voila bien un texte dur et difficile à comprendre. Il semble que Jésus soit en colère contre les scribes et les docteurs de la loi, et qu’il leur annonce leur condamnation. Ce texte ressemble bien à une condamnation sans appel.

 Mais en fait cette parole aussi dure puisse-t-elle paraitre n’est pas un jugement de tribunal, mais bien une lamentation, une lamentation sur ces gens, censés connaitre Dieu et qui, par leur vie le refusent.

Si on reprend l’histoire du peuple juif, Dieu a donné ses commandements à Moïse, dès lors le peuple aurait du obéir à la parole de Dieu, mais voila, ils n’ont pas obéi et ont commis bien des péchés.

Dieu a alors envoyé des hommes pour leur rappeler sa loi, ces hommes qui parlaient au nom de Dieu étaient les prophètes.

Un prophète n’est pas un homme qui annonce l’avenir, c’est simplement un homme de prière qui entend clairement la parole de Dieu en son cœur et qui doit la transmettre au peuple. Les prophètes ont tous appelés à la conversion.

Mais là encore leurs paroles qui révélaient les péchés, qui appelaient fermement à la conversion, ne convenaient pas au peuple  et encore moins aux dirigeants, qui les ont tous tués, l’un après l’autre ; Zacharie, était le dernier de ces prophètes.

 Jésus est là, et il parle pour les gens de son temps, pour sa génération, Il est là pour annoncer la Bonne Nouvelle de la miséricorde de Dieu à condition de se convertir …c'est-à-dire de reconnaitre ses péchés et de changer de vie.  

Et lui aussi, comme tous les prophètes du passé, il dérange. Les scribes, les docteurs de la loi, les pharisiens, ne veulent pas que l’on intervienne dans leur façon de faire, dans leur petit business religieux …. Ils ont la richesse, ils ont le pouvoir, et ils ne veulent pas changer cela !

Jésus le sait, il connait tous les cœurs bien mieux que n’importe qui. Il ne se fait pas d’illusion sur le sort qui l’attend …. Et quand il parle de jugement de cette génération qui va ratifier les actes des générations passées, il parle de sa propre mort, ou tout ces responsables religieux, vont refuser Dieu en le clouant sur la croix.

 Ce n’est pas Jésus qui condamne, Jésus se lamente sur leur mauvais cœur, sur leurs péchés, ce sont eux-mêmes qui se condamnent par leur propre refus de Dieu.   

Il leur reproche non seulement de se perdre eux-mêmes par leur refus de Dieu, mais encore d’empêcher les gens de trouver le chemin du cœur de Dieu, car ils ont multiplié les lois, les règlements, au point que toutes ces exigences de comportement religieux, soient tellement lourdes, tellement nombreuses que beaucoup ne peuvent suivre …. Ils ont perdu le sens de l’amour de Dieu !

Les scribes et les docteurs de la loi, ne sont pas idiots, ils comprennent très bien l’importance de la parole de Jésus à leur égard, et ça ne leur plait pas ; ça ne leur plait tellement pas qu’ils se mettent vraiment à méditent de le tuer lui aussi car ils ne veulent pas changer de vie …

Mais en quoi ce texte nous concerne-t-il aujourd’hui ?

C’est que nous aussi nous faisons partie du peuple de Dieu, nous avons donc à accueillir la parole de Dieu et nous avons à en vivre.

En vivons-nous vraiment ?

 Et lorsque nous y manquons, lorsque nous péchons, est-ce que nous sommes prêts à le reconnaitre, à nous en confesser et à changer notre vie, ou comme ces docteurs de la loi, nous enfonçons-nous dans notre mauvaise conduite ? 

Lorsque quelqu’un vient nous dire : « ce que tu fais n’est pas bien, tu devrais changer de comportement … » Est-ce que nous l’écoutons, ou est-ce que nous le rejetons ? « De quoi se mêle-t-il celui là ! Il n’a qu’à s’occuper de ses affaires ! » ….

Voyez-vous, soit en refusant d’écouter l’appel de Dieu au fond de notre cœur, soit en refusant d’écouter le frère ou la sœur que Dieu nous envoie pour nous convertir, nous devenons comme ces docteurs de la loi qui rejetaient les prophètes de leur temps.

Et si, non contents de ne pas les écouter, nous nous mettons à les critiquer par nos paroles, à leur faire du tort par nos comportements de colère, de jalousie … etc. …. Eh bien nous ne valons pas mieux que les docteurs de la loi qui tuaient les prophètes, porte parole de Dieu.

Lorsqu’aussi nous imposons aux autres des barrières pour venir à l’église, pour participer à telle ou telle activité, à tel ou tel groupe, parce que cette personne n’est pas aux normes de la bienséance de l’Eglise … (par exemple , ne pas avoir le droit de décorer l’autel, parce que divorcée …) eh bien, nous devenons comme ces docteurs de la loi qui croyaient posséder la loi de Dieu mais qui en fait séparaient les gens de Dieu en les tenant éloigner du temple ….

Donc l’évangile d’aujourd’hui nous appelle, non seulement à la conversion personnelle, mais encore et surtout à la miséricorde envers les autres quels qu’ils soient.

Le chrétien n’est pas là pour mettre des interdits mais pour conduire tous les pauvres de Dieu et les blessés de la vie à l’amour de Dieu.  Est-ce que c’est ce que nous faisons ? Ou avons-nous des jugements de condamnation, de mise à l’écart envers certaines personnes de notre entourage, de notre paroisse ?La réponse, c’est à nous de la trouver au fond de notre cœur.

Jésus lui, n’a pas condamné, et quand il reprenait ce n’était pas pour rejeter mais pour montrer le chemin de son cœur, le chemin du pardon de Dieu. Il voulait sauver tout le monde … Il nous appelle fermement aujourd’hui à faire de même, à vivre selon sa miséricorde en accueillant tout le monde, en invitant à la conversion, en nous mettant au service de tout le monde pour la gloire de Dieu, pour le salut des âmes.

Myriam de Gemma
Octobre 2020

separ bible

«Malheureux êtes-vous, parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes, alors que vos pères les ont tués»

Aujourd'hui, on nous présente le sens, l'acceptation et le comportement envers les prophètes: «Je leur enverrai des prophètes et des apôtres, ils tueront les uns et en persécuteront d'autres» (Lc 11,49). Les prophètes sont des personnes de n'importe quelle condition sociale ou religieuse, qui ont reçu un message céleste et qui se sont imprégnés de ce message et impulsés par l'Esprit ils l'expriment par des signes ou des paroles adaptées à leur époque. C'est un message transmis par des discours, jamais très flatteurs, ou des actions qui sont presque toujours très difficiles à accepter. L'une de caractéristiques de la prophétie est qu'elle met mal à l'aise. Le don est une incommodité pour celui qui le reçoit, car cela brûle intérieurement et met ses proches mal à l'aise, malaise qui, de nos jours grâce à internet, s'étend à une population beaucoup plus étendue. 

Les contemporains du prophète ont tendance à le condamner au silence, le calomnier et le discréditer jusqu'à ce qu'il meure. Une fois mort, lorsqu'il ne dérange plus, c'est alors le moment de lui édifier un grand monument pour sa tombe et d'organiser des cérémonies en son honneur. Nous ne manquons pas de prophètes de nos jours. Mère Térésa, Jean XXII, Monseigneur Romero… nous rappelons-nous de ce pourquoi ils se battaient et ce qu'ils demandaient? Est-ce que nous mettons en pratique ce qu'ils nous ont enseigné? Notre génération devra rendre des comptes sur le trou dans la couche d'ozone, sur le gaspillage d'eau et la sécheresse causée, mais aussi sur l'exclusion à laquelle nous avons réduit nos prophètes. 

Il y a encore des personnes qui se réservent le "droit de savoir tout en exclusivité", qui partagent —dans le meilleur des cas— avec les leurs, uniquement avec ceux qui leur permettent de continuer à croire à leurs succès et célébrité. Des personnes qui ferment la porte à tous ceux qui tentent de rentrer dans leur milieu, au cas où leurs connaissances seraient égales ou supérieures à la leur et qu'ils les devancent: «Malheureux êtes-vous, docteurs de la Loi, parce que vous avez enlevé la clé de la connaissance; vous-mêmes n'êtes pas entrés, et ceux qui essayaient d'entrer, vous les en avez empêchés» (Lc 11,52).

De nos jours, comme à l'époque de Jésus, certains analysent les phrases et textes de ceux qui par leurs paroles dérangent dans le seul but de les discréditer: est-ce que nous agissons de la sorte? «Il n'y a rien de plus dangereux que de juger les choses de Dieu avec des discours humains» (Saint Jean Chrysostome).

Abbé Pedro-José YNARAJA i Díaz (El Montanyà, Barcelona, Espagne)

 

Date de dernière mise à jour : 2020-10-14