Livre 4

LivreancienImitation de Jésus-Christ

Livre 4

Traduction de l'Abbé Félicité de Lamennais
Edition numérique par Richard Goutorbe, ijc@saint-esprit.net , Septembre 1998, http://www.saint-esprit.net/ijc/ -

 

Livre quatrième - Du sacrement de l'Eucharistie p. 100

 Exhortation à la sainte communion

1.Avec quel respect il faut recevoir Jésus

2.Combien Dieu manifeste à l'homme sa bonté et son amour dans le Sacrement de

l'Eucharistie

3.Qu'il est utile de communier souvent

4.Que Dieu répand des grâces abondantes en ceux qui communient dignement

5.De l'excellence du Sacrement de l'Autel, et de la dignité du Sacerdoce

6.Prière du chrétien avant la Communion

7.De l'examen de conscience, et de la résolution de se corriger

8.De l'oblation de Jésus-Christ sur la Croix et de la résignation de soi-même

9.Que nous devons nous offrir à Dieu avec tout ce qui est à nous, et prier pour tous

10.Qu'on ne doit pas facilement s'éloigner de la sainte Communion

11.Que le Corps de Jésus-Christ et l'Ecriture sainte sont très nécessaires à l'âme fidèle

12.Qu'on doit se préparer avec un grand soin à la sainte Communion

13.Que le fidèle doit désirer de tout son coeur de s'unir à Jésus-Christ dans la Communion

14.Du désir ardent que quelques âmes saintes ont de recevoir le Corps de Jésus-Christ

15.Que la grâce de la dévotion s'acquiert par l'humilité et l'abnégation de soi-même

16.Qu'il faut dans la Communion, exposer ses besoins à Jésus-Christ, et lui demander sa

grâce

17.Du désir ardent de recevoir Jésus-Christ

18.Qu'on ne doit pas chercher à pénétrer le mystère de l'Eucharistie, mais qu'il faut

soumettre ses sens à la foi.

 

Livre quatrième –

Du sacrement de l'Eucharistie  Exhortation à la sainte communion  

Voix de Jésus-Christ

Venez à moi, vous tous qui êtes épuisés de travail, et qui êtes chargés, et je vous soulagerai. Le pain que je donnerai c'est ma chair, que je donnerai pour la vie du monde. Prenez et mangez, ceci est mon corps qui sera livré pour vous. Faites ceci en mémoire de moi. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie.  

1. Avec quel respect il faut recevoir Jésus  

Voix du disciple

1.Le fidèle: Ce sont là vos paroles, ô Jésus ! vérité éternelle ! quoiqu'elles n'aient pas été dites dans le même temps et qu'elles ne soient pas écrites dans le même lieu. Et puisqu'elles viennent de vous et qu'elles sont véritables, je dois les recevoir toutes avec une foi pleine de reconnaissance. Elles sont de vous car c'est vous qui les avez dites; mais elles sont aussi à moi parce que vous les avez dites pour mon salut. Je les reçois avec joie de votre bouche, afin qu'elles se gravent profondément dans mon coeur. Ces paroles pleines de tant de bonté, de tendresse et d'amour, m'animent; mais la pensée de mes crimes m'effraye et ma conscience impure m'éloigne d'un mystère si saint. La douceur de vos paroles m'attire, mais le poids de mes péchés me retient.

2.Vous m'ordonnez d'aller à vous avec confiance, si je veux avoir part avec vous, et de me nourrir du pain de l'immortalité, si je veux obtenir la vie et la gloire éternelle. Venez, dites-vous, venez à moi, vous tous qui souffrez et qui êtes oppressés, et je vous ranimerai. Ô douce et aimable parole à l'oreille d'un pécheur ! vous invitez, Seigneur mon Dieu, le pauvre et l'indigent à la participation de votre corps sacré. Mais qui suis-je, Seigneur, pour oser m'approcher de vous ? Voilà que les cieux ne peuvent vous contenir, et vous dites: Venez tous à moi.

3.D'où vient cette miséricordieuse condescendance, une si tendre invitation ? Comment oserai-je aller à vous, moi qui ne sens en moi-même aucun bien qui puisse me donner quelque confiance ? Comment vous recevrai-je en ma maison, moi qui ai si souvent outragé votre bonté ? Les anges et les archanges vous adorent en tremblant, les saints et les justes sont saisis de frayeur; et vous dites: Venez tous à moi ! Si ce n'était vous qui le dites, Seigneur, qui pourrait le croire ? Et si vous n'ordonniez vous-même d'approcher de vous, qui en aurait l'audace ?

4.Noé, cet homme juste, travailla cent ans à construire l'arche, pour se sauver avec peu de personnes; et moi, comment pourrai-je en une heure me préparer à recevoir dignement le Créateur du monde ? Moïse, le plus grand de vos serviteurs, pour qui vous étiez comme un ami, fit une arche de bois incorruptible, qu'il revêtit d'un or très pur, afin d'y déposer les tables de la loi; et moi, vile créature, j'oserais recevoir si facilement le fondateur de la loi et l'auteur de la vie ! Salomon, le plus sage des rois d'Israël, employa sept ans à élever un temple magnifique à la gloire de votre nom; il célébra pendant huit jours la fête de sa dédicace; il offrit mille hosties pacifiques et, au son des trompettes, au milieu des cris de joie, il plaça solennellement l'arche d'alliance dans le lieu qui lui était préparé. Et moi, misérable que je suis et le plus pauvre des hommes, comment vous introduirai-je dans ma maison, moi qui sais à peine employer pieusement une demi-heure ? Et plût à Dieu que j'eusse une seule fois employé dignement un moindre temps encore !

5.Ô mon Dieu ! que n'ont point fait ces saints hommes pour vous plaire, et combien, hélas ! ce que je fais est peu ! combien est court le temps que je consacre à me préparer à la communion ! Rarement suis-je bien recueilli, plus rarement suis-je libre de toute distraction. Et certes, en votre divine et salutaire présence, nulle pensée profane ne devrait s'offrir à mon esprit, nulle créature ne devrait l'occuper, car ce n'est pas un ange, mais le Seigneur des anges que je dois recevoir en moi.

6.Quelle distance infinie, d'ailleurs, entre l'arche d'alliance avec ce qu'elle renfermait, et votre corps très pur avec ses ineffables vertus; entre les sacrifices à venir, et la véritable hostie de votre corps, accomplissement de tous les anciens sacrifices !

7.Pourquoi donc ne suis-je pas plus enflammé en votre adorable présence ? Pourquoi n'ai-je pas soin de me mieux préparer à la participation de vos saints mystères, lorsque ces antiques patriarches et ces saints prophètes, ces rois et ces princes avec tout leur peuple, ont montré tant de zèle pour le culte divin ?

8.David, ce roi si pieux, fit éclater ses transports par des danses religieuses devant l'arche, se souvenant des bienfaits que Dieu avait répandus sur ses pères; il fit faire divers instruments de musique, il composa des psaumes que le peuple chantait avec allégresse, selon ce qu'il avait ordonné, et, animé de l'Esprit-Saint, souvent il chantait lui-même sur sa harpe; il apprit aux enfants d'Israël à louer Dieu de tout leur coeur et à unir chaque jour leurs voix pour le célébrer et le bénir. Si la vue de l'arche d'alliance inspirait tant de ferveur, tant de zèle pour les louanges de Dieu, quel respect, quel amour ne doit pas m'inspirer, et à tout le peuple chrétien, la présence de votre Sacrement, ô Jésus ! et la réception de votre corps adorable !

9.Plusieurs courent en divers lieux pour visiter les reliques des saints; ils écoutent avidement le récit de leurs actions; ils admirent les vastes temples bâtis en leur honneur, et baisent leurs os sacrés, enveloppés dans l'or et la soie. Et voilà que vous-même, ô mon Dieu ! vous êtes ici présent devant moi sur l'autel, vous le Saint des saints, le Créateur des hommes, le Roi des anges. Souvent c'est la curiosité, le désir de voir des choses nouvelles, qui fait entreprendre ces pèlerinages; et de là vient que, guidé par ce motif frivole, sans véritable contrition, on en tire peu de fruit pour la réforme des moeurs. Mais ici, dans le sacrement de l'autel, vous êtes présent tout entier, ô Christ Jésus ! vrai Dieu et vrai homme, et toutes les fois qu'on vous reçoit dignement et avec ferveur, on recueille en abondance les fruits du salut éternel. Ce n'est pas la légèreté, ni la curiosité, ni l'attrait des sens, qui conduit à ce banquet sacré; mais une foi ferme, une vive espérance, une charité sincère.

10.Ô Dieu Créateur invisible du monde ! que vous êtes admirable dans ce que vous faites pour nous ! avec quelle bonté, quelle tendresse vous veillez sur vos élus, vous donnant vous-même à eux pour nourriture dans votre Sacrement ! C'est là ce qui surpasse toute intelligence, ce qui, plus qu'aucune autre chose, attire à vous les coeurs pieux et enflamme leur amour. Car vos vrais fidèles, occupés toute leur vie de se corriger, puisent dans la fréquente réception de cet auguste sacrement une merveilleuse ferveur et un zèle ardent pour la vertu.

11.Ô grâce admirable et cachée du sacrement, connue des seuls fidèles serviteurs de Jésus-Christ ! car les serviteurs infidèles, asservis au péché, ne peuvent en ressentir l'influence. La grâce de l'Esprit-Saint est donnée dans ce sacrement; il répare les forces de l'âme et lui rend la beauté première, que le péché avait effacée. Telle est quelquefois la puissance de cette grâce et la ferveur qu'elle inspire, que non seulement l'esprit, mais le corps languissant en reçoit une vigueur nouvelle.

12.Et c'est pourquoi nous devons déplorer avec amertume la tiédeur et la négligence qui affaiblissent en nous le désir de recevoir Jésus-Christ, unique espérance des élus et leur seul mérite. Car c'est lui qui nous sanctifie et qui nous a rachetés; il est la consolation de ceux qui voyagent sur la terre et l'éternelle félicité des saints. Combien donc ne doit-on pas gémir de ce que plusieurs montrent tant d'indifférence pour ce sacré mystère, qui est la joie du ciel et le salut du monde ! Ô aveuglement, ô dureté du coeur humain ! d'être si peu touché de ce don ineffable, qu'il semble perdre de son prix à mesure qu'on en use davantage !

13.Si cet adorable sacrement ne s'accomplissait qu'en un seul lieu et qu'un seul prêtre dans le monde entier consacrât l'hostie sainte, avec quelle ardeur les hommes n'accourraient-ils pas en ce lieu, vers ce prêtre unique, pour voir célébrer les saints mystères ! Mais il y a plusieurs prêtres, et le Christ est offert en plusieurs lieux, afin que la miséricorde et l'amour de Dieu pour l'homme éclatent d'autant plus, que la sainte communion est plus répandue dans le monde. Je vous rends grâce, ô Jésus, pasteur éternel, qui dans notre exil et notre indigence, daignez nous nourrir de votre corps et de votre sang précieux, et nous inviter de votre propre bouche à la participation des ces sacrés mystères, disant: Venez à moi, vous tous qui portez votre fardeau avec travail, et je vous soulagerai.  

2. Combien Dieu manifeste à l'homme sa bonté et son amour dans le Sacrement de l'Eucharistie  

Voix du disciple

1.Plein de confiance en votre bonté et votre grande miséricorde, je m'approche de vous, Seigneur; malade, je viens à mon Sauveur; consumé de faim et de soif, je viens à la source de la vie; pauvre, je viens au Roi du ciel; esclave, je viens à mon Maître; créature, je viens à celui qui m'a fait; désolé, je viens à mon tendre consolateur. Mais qu'y a-t-il en ce misérable qui vous porte à venir à lui ? que suis-je pour que vous vous donniez vous-même à moi ? Comment un pécheur osera-t-il paraître devant vous ? et comment daignerez-vous venir vers ce pécheur ? Vous connaissez votre serviteur et vous savez qu'il n'y a en lui aucun bien qui mérite cette grâce. Je confesse donc ma bassesse, je reconnais votre bonté, je bénis votre miséricorde, et je vous rends grâce à cause de votre immense charité. Car c'est pour vous-même et non pour mes mérites que vous en usez de la sorte, afin que je connaisse mieux votre tendresse et que, embrasé d'un plus grand amour, j'apprenne à m'humilier plus parfaitement, à votre exemple. Et puisqu'il vous plaît ainsi et que vous l'avez ainsi ordonné, je reçois avec joie la grâce que vous daignez me faire; et puisse mon iniquité n'y pas mettre obstacle !

2.Ô tendre et bon Jésus ! quel respect, quelles louanges perpétuelles ne vous devons-nous pas pour la réception de votre sacré Corps, si élevé au-dessus de tout ce que peut exprimer le langage de l'homme ! Mais que penserai-je en le recevant, en m'approchant de mon Seigneur, que je ne puis révérer autant que je le dois, et que cependant je désire ardemment recevoir ? Quelle pensée meilleure et plus salutaire que de m'abaisser profondément devant vous et d'exalter votre bonté infinie pour moi ! Je vous bénis, mon Dieu, et je veux vous louer éternellement. Je me méprise et me confonds devant vous dans l'abîme de mon abjection.

3.Vous êtes le Saint des saints, et moi le rebut des pécheurs. Vous vous inclinez vers moi, qui ne suis pas digne de lever les yeux sur vous. Vous venez à moi, vous voulez être avec moi, vous m'invitez à votre table. Vous voulez me donner à manger un aliment céleste, le pain des Anges, qui n'est autre que vous-même, ô pain vivant ! qui êtes descendu du ciel, et qui donnez la vie au monde.

4.Voilà la source de l'amour et le triomphe de votre miséricorde. Que ne vous doit-on pas d'actions de grâces et de louanges pour ce bienfait ! Ô salutaire dessein que celui que vous conçûtes d'instituer votre Sacrement ! ô doux et délicieux banquet, où vous vous donnâtes vous-même pour nourriture ! Que vos oeuvres sont admirables, Seigneur ! que votre puissance est grande ! que votre vérité est ineffable ! Vous avez dit et tout a été fait, et rien n'a été fait que ce que vous avez ordonné.

5.Chose merveilleuse, que nul homme ne saurait comprendre mais que tous doivent croire, que vous, Seigneur mon Dieu, vrai Dieu et vrai homme, vous soyez contenu tout entier sous la moindre partie des espèces du pain et du vin, et que sans être consumé, vous soyez mangé par celui qui vous reçoit. Souverain maître de l'univers, vous qui, n'ayant besoin de personne, avez cependant voulu habiter en nous par votre Sacrement, conservez sans tache mon âme et mon corps afin que je puisse plus souvent célébrer vos saints mystères avec la joie d'une conscience pure, et recevoir pour mon salut éternel ce que vous avez institué principalement pour votre gloire, et pour perpétuer à jamais le souvenir de votre amour.

6.Réjouis-toi, mon âme, et rends grâce à Dieu d'un don si magnifique, d'une si ravissante consolation, qu'il t'a laissée dans cette vallée de larmes. Car toutes les fois qu'on célèbre ce mystère et qu'on reçoit le corps de Jésus-Christ, l'on consomme soi-même l'oeuvre de sa rédemption et on participe à tous les mérites du Christ. Car la charité de Jésus-Christ ne s'affaiblit jamais, et jamais sa propitiation infinie ne s'épuise. Vous devez donc toujours vous disposer à cette action sainte par un renouvellement d'esprit, et méditer attentivement à ce grand mystère de salut. Lorsque vous célébrez le divin sacrifice ou que vous y assistez, il doit vous paraître aussi grand, aussi nouveau, aussi digne d'amour que si ce jour-là même, Jésus-Christ descendant pour la première fois dans le sein de la Vierge, se faisait homme, ou que suspendu à la croix, il souffrît et mourût pour le salut des hommes.  

3. Qu'il est utile de communier souvent  

Voix du disciple

1.Je viens à vous, Seigneur, pour jouir de votre don et goûter la joie du banquet sacré, que dans votre tendresse vous avez, mon Dieu, préparé pour le pauvre. En vous est tout ce que je puis, tout ce que je dois désirer; vous êtes mon salut et ma rédemption, mon espérance et ma force, mon bonheur et ma gloire. Réjouissez donc aujourd'hui l'âme de votre serviteur, parce que j'ai élevé mon âme vers vous, Seigneur Jésus. Je désire maintenant vous recevoir avec un respect plein d'amour; je désire que vous entriez dans ma maison pour mériter d'être béni de vous comme Zachée, et d'être compté parmi les enfants d'Abraham. Votre corps, voilà l'objet auquel mon âme aspire; mon coeur brûle d'être uni à vous.

2.Donnez-vous à moi, et ce don me suffit; car sans vous, rien ne me console. Je ne puis être sans vous et je ne saurais vivre si vous ne venez à moi. Il faut donc que je m'approche de vous souvent et que je vous reçoive comme le soutien de ma vie, de peur que privé de cette céleste nourriture, je ne tombe de défaillance dans le chemin. C'est ainsi, miséricordieux Jésus, que prêchant aux peuples et les guérissant de diverses langueurs, vous dites un jour: je ne veux pas les renvoyer à jeun dans leurs maisons, de peur que les forces ne leur manquent en route. Daignez donc en user de la même manière avec moi, vous qui avez voulu demeurer dans votre Sacrement pour la consolation des fidèles. Car vous êtes le doux aliment de l'âme; et celui qui vous mange dignement aura part à l'héritage de la gloire éternelle. Combien il m'est nécessaire, à moi qui tombe et pèche si souvent, qui me laisse aller si vite à la tiédeur, au découragement, de me renouveler, de me purifier, de me ranimer, par des prières et des confessions fréquentes, et par la réception de votre corps sacré ! de peur que m'en abstenant trop longtemps, je n'abandonne mes résolutions.

3.Car les penchants de l'homme l'inclinent au mal dès l'enfance; et s'il n'est soutenu par ce remède divin, il s'enfonce de plus en plus. La sainte Communion retire du mal et fortifie dans le bien. Si donc je suis maintenant si souvent négligent et tiède quand je communie ou que je célèbre le saint Sacrifice, que serais-je si je renonçais à cet aliment salutaire et si je me privais de ce secours puissant ? Ainsi, quoique je ne sois pas tous les jours assez bien disposé pour célébrer les divins mystères, j'aurai soin cependant d'en approcher aux temps convenables et de participer à une grâce si grande. Car c'est la principale consolation de l'âme fidèle tandis qu'elle voyage loin de vous dans un corps mortel, de se souvenir souvent de son Dieu et de recevoir son bien-aimé dans un coeur embrasé d'amour.

4.Ô prodige de votre tendresse pour nous ! Vous, Seigneur mon Dieu, qui donnez l'être et la vie à tous les esprits, vous daignez venir à une pauvre âme misérable et, avec votre divinité et votre humanité toute entière, rassasier sa faim. Ô heureuse, mille fois heureuse l'âme qui peut vous recevoir dignement, vous son Seigneur et son Dieu, et goûter avec plénitude la joie de votre présence ! Oh ! qu'il est grand le Seigneur qu'elle reçoit ! qu'il est aimable l'hôte qu'elle possède ! que le compagnon, l'ami qui se donne à elle, est doux et fidèle ! que l'époux qu'elle embrasse est beau ! qu'il est noble et digne d'être aimé par-dessus tout ce qu'on peut aimer, et tout ce qu'il y a de désirable ! Que le ciel et la terre, dans leur parure magnifique, se taisent devant vous, ô mon bien-aimé ! car tout ce qu'on admire de beau en eux, ils le tiennent de vous, dont la sagesse n'a point de bornes, et jamais ils n'approcheront de votre beauté souveraine.  

4. Que Dieu répand des grâces abondantes en ceux qui communient dignement

Voix du disciple

Seigneur mon Dieu, prévenez votre serviteur de vos plus douces bénédictions, afin que je puisse approcher dignement et avec ferveur de votre auguste Sacrement. Rappelez mon coeur à vous; réveillez-moi du profond assoupissement où je languis. Visitez-moi pour me sauver, pour que je goûte intérieurement la douceur qui est cachée en abondance dans ce sacrement comme dans sa source. Faites briller aussi votre lumière à mes yeux afin qu'ils discernent un si grand mystère, et fortifiez ma foi pour le croire inébranlablement. Car c'est l'oeuvre de votre amour et non de la puissance humaine, c'est votre institution sacrée et non une invention de l'homme. Nul ne peut concevoir par lui-même des merveilles au-dessus de la pénétration des anges mêmes. Que pourrai-je donc, moi, pécheur indigne, moi, cendre et poussière, découvrir et comprendre d'un mystère si haut ? Seigneur, dans la simplicité de mon coeur, avec une foi ferme et sincère et sur le commandement que vous m'en avez fait, je m'approche de vous plein de confiance et de respect; et je crois sans hésiter que vous êtes ici présent dans ce Sacrement, et comme Dieu et comme homme. Vous voulez donc que je vous reçoive et que je m'unisse à vous dans la charité ? C'est pourquoi j'implore votre clémence, et je vous demande en ce moment une grâce particulière, afin qu'embrasé d'amour, je me fonde et m'écoule tout entier en vous, et que je ne désire plus aucune autre consolation. Car cet adorable Sacrement est le salut de l'âme et du corps, le remède de toute langueur spirituelle. Il guérit les vices, réprime les passions, dissipe les tentations ou les affaiblit, augmente la grâce, accroît la vertu, affermit la foi, fortifie l'espérance, enflamme et dilate l'amour. Quels biens sans nombre n'avez-vous pas accordés et n'accordez-vous pas encore chaque jour, dans ce Sacrement, à ceux que vous aimez et qui le reçoivent avec ferveur, ô mon Dieu, unique appui de mon âme, réparateur de l'infirmité humaine, source de toute consolation intérieure ! Car vous les consolez avec abondance en leurs tribulations diverses; vous les relevez de leur abattement par l'espérance de votre protection; vous les ranimez intérieurement et les éclairez par une grâce nouvelle; de sorte que ceux qui se sentaient pleins de trouble et de tiédeur avant la communion se trouvent tout changés après s'être nourris de cette viande et de ce breuvage céleste. Vous en usez ainsi avec vos élus afin qu'ils reconnaissent clairement et par une manifeste expérience, toute la faiblesse qui leur est propre et tout ce qu'ils reçoivent de votre grâce et de votre bonté. Car d'eux-mêmes, froids, durs, sans goût pour la piété, par vous ils deviennent pieux, zélés, fervents. Qui, en effet, s'approchant humblement de la fontaine de suavité, n'en remporte pas un peu de douceur ? ou qui, en se tenant près d'un grand feu, n'en reçoit pas quelque chaleur ? Vous êtes, mon Dieu, cette fontaine toujours pleine et surabondante, ce feu toujours ardent et qui ne s'éteint jamais. Si donc il ne m'est pas permis de puiser à la plénitude de la source et de m'y désaltérer parfaitement, j'approcherai cependant ma bouche de l'ouverture par où s'écoulent les eaux célestes afin d'en recueillir au moins une petite goutte pour apaiser ma soif, et ne pas tomber dans une entière sécheresse. Et si je ne puis encore être tout céleste et tout de feu comme les Chérubins et les Séraphins, je m'efforcerai pourtant de m'animer à la piété et de préparer mon coeur, afin qu'en participant avec humilité à ce sacrement de vie, je reçoive au moins quelque légère étincelle de ce feu divin. Bon Jésus, Sauveur très saint, suppléez vous-même par votre bonté et votre grâce à ce qui me manque, vous qui avez daigné appeler à vous tous les hommes en disant: Venez à moi, vous tous qui êtes accablés de travail et de douleur, et je vous soulagerai. Je travaille à la sueur de mon front, mon coeur est brisé de douleur, le poids de mes péchés m'accable, les tentations m'agitent, une foule de passions mauvaises m'enveloppent et me pressent, et il n'y a personne qui me secoure, qui me délivre, qui me sauve, si ce n'est vous, Seigneur mon Dieu, mon Sauveur, entre les mains de qui je me remets, et tout ce qui est à moi, afin que vous me protégiez et me conduisiez à la vie éternelle. Recevez-moi pour l'honneur et la gloire de votre nom, vous qui m'avez préparé votre corps et votre sang pour nourriture et pour breuvage. "Faites, Seigneur mon Dieu, mon Sauveur, que ma ferveur et mon amour croissent d'autant plus que je participe plus souvent à ce divin mystère."  

5. De l'excellence du Sacrement de l'Autel, et de la dignité du Sacerdoce

Voix du Bien-Aimé

Quand vous auriez la pureté des anges et la sainteté de Jean-Baptiste, vous ne seriez pas digne de recevoir ni même de toucher ce sacrement. Car ce ne sont pas les mérites de l'homme qui lui donnent le droit de consacrer et de toucher le corps de Jésus-Christ et de se nourrir du pain des anges. Ô mystère ineffable ! ô sublime dignité des prêtres, auxquels est donné ce qui n'a point été accordé aux anges ! Car les prêtres validement ordonnés dans l'Eglise ont seuls le pouvoir de célébrer et de consacrer le corps de Jésus-Christ. Le prêtre est le ministre de Dieu; il use de la parole de Dieu selon le commandement et l'institution de Dieu; mais Dieu, à la volonté de qui tout est soumis, à qui tout obéit lorsqu'il commande, est le principal auteur du miracle qui s'accomplit sur l'autel, et c'est lui qui l'opère invisiblement. Vous devez donc, dans cet auguste sacrement, croire plus à la toute-puissance de Dieu qu'à vos propres sens et à ce qui paraît aux yeux, et vous ne sauriez dès lors approcher de l'autel avec assez de respect et de crainte. Pensez à ce que vous êtes et considérez quel est Celui dont vous avez été fait le ministre par l'imposition des mains de l'évêque. Vous avez été fait prêtre, et consacré pour célébrer les saints mystères; maintenant soyez fidèle à offrir à Dieu le sacrifice avec ferveur, au temps convenable, et que toute votre conduite soit irrépréhensible. Votre fardeau n'est pas plus léger; vous êtes lié au contraire par des obligations plus étroites, et obligé à une plus grande sainteté. Un prêtre doit être orné de toutes les vertus et donner aux autres l'exemple d'une vie pure. Ses moeurs ne doivent point ressembler à celles du peuple: il ne doit pas marcher dans les voies communes; mais il doit vivre comme les anges dans le ciel ou comme les hommes parfaits sur la terre. Le prêtre, revêtu des habits sacrés, tient la place de Jésus-Christ afin d'offrir à Dieu d'humbles supplications pour lui-même et pour tout le peuple. Il porte devant et derrière lui le signe de la croix du Sauveur afin que le souvenir de sa passion lui soit toujours présent. Il porte devant lui la croix sur la chasuble afin de considérer attentivement les traces de Jésus-Christ et de s'animer à les suivre. Il porte la croix derrière lui afin d'apprendre à souffrir avec douceur pour Dieu tout ce que les hommes peuvent lui faire de mal. Il porte la croix devant lui afin de pleurer ses propres péchés; derrière lui afin que, par une tendre compassion, il pleure aussi les péchés des autres; et se souvenant qu'il est établi médiateur entre Dieu et le pécheur, il ne se lasse point d'offrir des prières et des sacrifices, jusqu'à ce qu'il ait obtenu grâce et miséricorde. Quand le prêtre célèbre, il honore Dieu, il réjouit les anges, il édifie l'Eglise, il procure des secours aux vivants, du repos aux morts, et se rend lui-même participant de tous les biens.

6. Prière du chrétien avant la Communion

Voix du disciple

 Seigneur, lorsque je considère votre grandeur et ma bassesse, je suis saisi de frayeur et je me confonds en moi-même. Car, si je ne m'approche de vous, je fuis la vie; et si je m'en approche indignement, j'irrite votre colère. Que ferai-je donc, mon Dieu, mon protecteur, mon conseil dans tous mes besoins ? Montrez-moi la voie droite, enseignez-moi quelque court exercice pour me disposer à la sainte communion. Car il m'est important de savoir avec quelle ferveur et avec quel respect je dois préparer mon coeur, pour recevoir avec fruit votre Sacrement, ou pour vous offrir ce grand et divin sacrifice.

 

www.JesusMarie.comAlexis@JesusMarie.com

 

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