Bède le Vénérable quelques écrits

BedelevenerableSaint Bède le Vénérable (v. 673-735), moine, docteur de l'Église 

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« Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n'aura pas de fin »

« L'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. » Ce qui est dit de la maison de David ne concerne pas seulement Joseph, mais aussi Marie. Car la Loi prescrivait que chacun devait épouser une femme de sa tribu et de sa famille, au témoignage de l'apôtre Paul, qui écrit à Timothée : « Souviens-toi de Jésus Christ, le descendant de David : il est ressuscité d'entre les morts, voilà mon évangile » (2Tm 2,8)...  « Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père. » Le trône de David désigne ici le pouvoir sur le peuple d'Israël, que David gouverna en son temps avec un zèle plein de foi... Ce peuple, que David dirigea par son pouvoir temporel, le Christ va l'entraîner par une grâce spirituelle vers le royaume éternel... « Il régnera pour toujours sur la maison de Jacob. » La maison de Jacob désigne l'Église universelle qui, par la foi et le témoignage rendus au Christ, se rattache à la destinée des patriarches, soit chez ceux qui ont tiré leur origine charnelle de leur souche, soit chez ceux qui, nés charnellement d'une autre nation, sont renés dans le Christ, par le baptême dans l'Esprit. C'est sur cette maison de Jacob qu'il régnera éternellement : « et son règne n'aura pas de fin ». Oui, il règne sur elle dans la vie présente, lorsqu'il gouverne le coeur des élus où il habite, par leur foi et leur amour envers lui ; et il les gouverne par sa continuelle protection, pour leur faire parvenir les dons de la rétribution céleste ; il règne dans l'avenir, lorsque, une fois achevé l'état de l'exil temporel, il les introduit dans le séjour de la patrie céleste. Et là, ils se réjouissent de ce que sa présence visible leur rappelle continuellement qu'ils n'ont rien à faire d'autre que de chanter ses louanges.

Homélies pour l'Avent, n°3 ; CCL 122, 14-17 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 170)

separ ecrit biblio« Tous tiennent Jean pour un prophète »

      Si nous cherchons pourquoi Jean baptisait, lui dont le baptême ne pouvait cependant pas remettre les péchés, la raison en est claire : c'est que, pour être fidèle à son ministère de précurseur, il devait baptiser avant le Seigneur de même qu'il était né avant lui, qu'il prêchait avant lui et qu'il mourrait avant lui. En même temps, c'était pour empêcher que la querelle envieuse des Pharisiens et des scribes n'ait prise sur le ministère du Seigneur, dans le cas où il aurait donné le premier le baptême aux hommes. « Le baptême de Jean, d'où venait-il ? Du ciel ou des hommes ? » Comme ils n'oseraient pas nier qu'il vienne du ciel, ils seraient contraints de reconnaître que les œuvres de celui que Jean prêchait étaient elles aussi accomplies par un pouvoir venant du ciel. Cependant, si le baptême de Jean ne remettait pas les péchés, il n'en était pas pour autant sans fruit pour ceux qui le recevaient... Il était un signe de foi et de repentir, c'est-à-dire qu'il rappelait que tous devraient s'abstenir du péché, pratiquer l'aumône, croire au Christ, et se hâter vers son baptême, dès qu'il paraîtrait, afin d'y être lavés pour la rémission de leurs péchés.

Par ailleurs, le désert où Jean demeurait représente la vie des saints coupés des plaisirs de ce monde. Qu'ils vivent dans la solitude ou mêlés aux foules, sans cesse ils tendent de toute leur âme à se détacher des désirs du monde présent ; ils trouvent leur joie à ne s'attacher qu'à Dieu, dans le secret de leur cœur, et à ne mettre qu'en lui leur espérance. C'est vers cette solitude de l'âme, si chère à Dieu, que le prophète désirait aller, avec le secours de l'Esprit Saint, quand il disait : « Qui me donnera les ailes de la colombe pour que je m'envole et me repose ? » (Ps 54,7)

Sermon n°1 ; CCL 122, 2 (trad. cf Solesmes, Lectionnaire, I, p. 161) 

separ ecrit biblio« Mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur »

      « Mon âme exalte le Seigneur ; exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur. » Le sens premier de ces mots est certainement de confesser les dons que Dieu lui a accordés, à elle, Marie, spécialement ; mais elle rappelle ensuite les bienfaits universels dont Dieu ne cesse jamais d'entourer la race humaine.

      L'âme glorifie le Seigneur quand elle consacre toutes ses puissances intérieures à louer et à servir Dieu ; quand, par sa soumission aux préceptes divins, elle montre qu'elle ne perd jamais de vue sa puissance et sa majesté. L'esprit exulte en Dieu son Sauveur, quand il met toute sa joie à se souvenir de son Créateur dont il espère le salut éternel. Ces mots, sans doute, expriment exactement ce que pensent tous les saints, mais il convenait tout spécialement qu'ils soient prononcés par la bienheureuse Mère de Dieu qui, comblée d'un privilège unique, brûlait d'un amour tout spirituel pour celui qu'elle avait eu la joie de concevoir en sa chair. Elle avait bien sujet, et plus que tous les saints, d'exulter de joie en Jésus –- c'est-à-dire en son Sauveur –- car celui qu'elle reconnaissait pour l'auteur éternel de notre salut, elle savait qu'il allait, dans le temps, prendre naissance de sa propre chair et si véritablement qu'en une seule et même personne serait réellement présent son fils et son Dieu...

      C'est pourquoi c'est un usage excellent et salutaire, dont le parfum embaume la Sainte Eglise, que celui de chanter tous les jours, aux vêpres, le cantique de la Vierge. On peut en attendre que les âmes des fidèles, en faisant si souvent mémoire de l'incarnation du Seigneur, s'enflamment d'une ferveur plus vive, et que le rappel si fréquent des exemples de sa sainte Mère les affermisse dans la vertu. Et c'est bien le moment, aux vêpres, de revenir à ce chant, car notre âme, fatiguée de la journée et sollicitée en sens divers par les pensées du jour, a besoin, quand approche l'heure du repos, de se rassembler pour retrouver l'unité de son attention. 

Homélies sur l'Evangile, I, 4 ; CCL 122, 25s (trad. bréviaire)

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Matthieu se leva et suivit Jésus

Jésus vit un homme assis au bureau de la douane ; son nom était Matthieu. « Suis-moi », lui dit-il. Il le vit non pas tant avec les yeux du corps qu’avec le regard intérieur de sa miséricorde. ~ Il vit le publicain, et parce qu’il le vit d’un regard qui prend pitié et qui choisit, il lui dit : « Suis-moi » , c’est-à-dire imite-moi. En lui demandant de le suivre, il l’invitait moins à marcher derrière lui qu’à vivre comme lui ; car celui qui déclare demeurer dans le Christ doit marcher dans la voie où lui, Jésus, a marché . ~ Matthieu se leva et le suivit . Rien d’étonnant que le publicain, au premier appel impérieux du Seigneur, ait abandonné sa recherche de profits terrestres et que, négligeant les biens temporels, il ait adhéré à celui qu’il voyait dépourvu de toute richesse. C’est que le Seigneur qui l’appelait de l’extérieur par sa parole le touchait au plus intime de son âme en y répandant la lumière de la grâce spirituelle. Cette lumière devait faire comprendre à Matthieu que celui qui l’appelait à quitter les biens temporels sur la terre était en mesure de lui donner dans le ciel un trésor incorruptible. ~

Comme Jésus était à table à la maison, voilà que beaucoup de publicains et de pécheurs vinrent s’attabler avec lui et ses disciples . La conversion d’un seul publicain ouvrit la voie de la pénitence et du pardon à beaucoup de publicains et de pécheurs. ~ Beau présage en vérité : celui qui devait être plus tard Apôtre et docteur parmi les païens entraîne à sa suite, lors de sa conversion, tout un groupe de pécheurs sur le chemin du salut ; et ce ministère de l’Évangile qu’il allait accomplir après avoir progressé dans la vertu, il l’entreprend dès les premiers débuts de sa foi. ~

Essayons de comprendre plus profondément l’événement relaté ici. Matthieu n’a pas seulement offert au Seigneur un repas corporel dans sa demeure terrestre, mais il lui a bien davantage préparé un festin dans la maison de son cœur par sa foi et son amour ; comme en témoigne celui qui a dit : Voici que je me tiens à la porte, et je frappe : Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi . ~ Nous ouvrons notre porte pour le recevoir à l’appel de sa voix lorsque nous donnons notre libre assentiment à ses avertissements intérieurs ou extérieurs et quand nous mettons à exécution ce que nous avons compris que nous devions faire. Et il entre pour manger, lui avec nous et nous avec lui, parce qu’il habite dans le cœur de ses élus, par la grâce de son amour ; ainsi il les nourrit sans cesse par la lumière de sa présence afin qu’ils élèvent progressivement leurs désirs, et lui-même se nourrit de leur zèle pour le ciel comme de la plus délicieuse nourriture.

HOMÉLIE DE S. BÈDE LE VÉNÉRABLE

separ ecrit biblio« Jean n'était pas la lumière, mais il était là pour lui rendre témoignage » (Jn 1,8)

      Que la naissance de Jean soit commémorée quand les jours diminuent, et celle du Seigneur lorsqu'ils commencent à augmenter, comporte une signification symbolique. Jean, en effet, a lui-même révélé le secret de cette différence. Les foules le prenaient pour le Messie en raison de ses vertus éminentes, tandis que certains considéraient le Seigneur non comme le Messie mais comme un prophète, à cause de la faiblesse de sa condition corporelle. Et Jean a dit : « Il faut que lui il grandisse et que moi je diminue » (Jn 3,30). Le Seigneur a vraiment grandi car, alors qu'on le regardait comme un prophète, il a fait connaître aux croyants du monde entier qu'il était le Messie. Jean a décru et diminué car lui qu'on prenait pour le Messie est apparu non comme le Messie, mais comme l'annonciateur du Messie.

      Il est donc normal que la clarté du jour commence à diminuer à partir de la naissance de Jean, puisque la réputation de sa divinité allait s'évanouir et son baptême bientôt disparaître. Il est également normal que la clarté des jours les plus courts recommence à grandir dès la naissance du Seigneur : il est, en vérité, venu sur terre pour révéler à tous les païens la lumière de sa connaissance dont, auparavant, les juifs seuls possédaient une partie, et pour répandre partout dans le monde le feu de son amour. 

Homélie II, 20  ; CCL 122, 328-330 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 487-488).

separ ecrit biblio« Tu lui donneras le nom de Jésus (c'est-à-dire : ' le Seigneur sauve ') »

      « Voici, dit le prophète Isaïe, la Vierge portera et enfantera un fils, et on l'appellera Emmanuel, nom qui se traduit : Dieu avec nous » (7,14). Le nom de Sauveur « Dieu-avec-nous », donné par le prophète, signifie les deux natures de son unique personne. En effet, celui qui est Dieu, né du Père avant tous les siècles, c'est lui-même qui est Emmanuel à la fin des temps, c'est-à-dire Dieu avec nous. Il l'est devenu dans le sein de sa mère, parce qu'il a daigné accepter la fragilité de notre nature dans l'unité de sa personne, quand « le Verbe s'est fait chair et a habité parmi nous » (Jn 1,14). C'est-à-dire qu'il a commencé d'une manière admirable à être ce que nous sommes, sans cesser d'être ce qu'il était, en assumant notre nature, de façon à ne pas perdre ce qu'il était en lui-même...

      « Marie mit donc au monde son fils premier-né...et elle lui donna le nom de Jésus » (Lc 2,7.21). Donc, le nom de Jésus est celui du fils né de la Vierge, et signifie selon l'explication de l'ange qu'il sauvera son peuple de ses péchés... C'est évidemment lui aussi qui sauvera de la destruction de l'âme et du corps, les suites du péchés.

      Quant au nom de Christ, c'est le titre d'une dignité sacerdotale et royale. Car les prêtres et les rois, sous la Loi ancienne, étaient appelés christs à cause de la chrismation. Cette onction d'huile sainte préfigurait celui qui, en venant dans le monde comme vrai roi et prêtre, « a été consacré d'une onction de joie, comme aucun de ses semblables » (Ps 44,8). A cause de cette onction ou chrismation, le Christ en personne et ceux qui participent à la même onction, c'est-à-dire à la grâce spirituelle, sont
appelés ' chrétiens '. Du fait qu'il est Sauveur, le Christ peut nous sauver de nos péchés ; du fait qu'il est prêtre, il peut nous réconcilier avec Dieu le Père ; du fait qu'il est roi, qu'il daigne nous donner le Royaume éternel de son Père. 

Homélies pour la Vigile de Noël, 5 ; CCL 122, 32-36 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 19 rev.)

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Le Magnificat.

Marie dit : Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur.

Elle dit : le Seigneur m'a honorée d'une faveur si grande, si inouïe, qu'on ne peut l'expliquer dans aucun langage, mais c'est à peine si, même au plus profond du cœur, l'amour peut le saisir. Aussi je mets toutes les forces de mon âme à rendre grâce dans la louange. Pour contempler l'infinie grandeur de cette faveur, je consacre avec reconnaissance tout ce que je vis, tout ce que je sens, tout ce que je découvre, car dans ce Jésus, « mon Sauveur », mon esprit est comblé de joie par sa divinité éternelle, ma chair fécondée par la conception temporelle. ~

Le Puissant fit pour moi des merveilles. Saint est son Nom.

Ceci se réfère au début du Cantique : Mon âme exalte le Seigneur . Elle seule, cette âme, pour laquelle le Seigneur a daigné faire de grandes choses, peut l'exalter comme il convient et dire, en invitant à partager ses vœux et ses intentions : Exaltez le Seigneur avec moi, glorifions-le ensemble . En effet, qui connaît le Seigneur et néglige de le glorifier autant qu'il peut, de sanctifier son nom, sera tenu pour le plus petit dans le Royaume des cieux. Saint est son nom : car du sommet d'une puissance sans pareille, il dépasse toute créature, et de l'univers qu'il a fait il est infiniment différent. ~

Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour.

Il est beau d'appeler Israël le serviteur du Seigneur, Israël que le Seigneur a relevé pour le sauver dans l'obéissance et l'humilité. C'est ainsi que parle Osée : Quand Israël était enfant, je l'aimai. Celui qui refuse de s'humilier ne peut évidemment pas être sauvé et dire avec le prophète : Voici Dieu qui vient à mon secours, le Seigneur est le soutien de mon âme. Or, quiconque se fera comme un petit enfant sera le plus grand dans le Royaume des cieux.

Il se souvient de la promesse faite à nos pères en faveur d'Abraham et de sa race à jamais.


Il ne s'agit pas ici de la race charnelle d'Abraham, mais de sa race spirituelle. Autrement dit, il ne s'agit pas de ses descendants selon la chair, mais de ceux qui marchent sur les traces de sa foi, qu'ils soient circoncis ou non. Lui-même d'ailleurs était incirconcis au moment où il crut, et cela lui fut compté comme justice. ~ L'avènement du Sauveur est donc promis à Abraham et à sa race à jamais , c'est-à-dire aux fils de la promesse dont saint Paul déclare : Si vous appartenez au Christ, vous êtes donc de la race d'Abraham, héritiers selon la promesse .

Enfin il est heureux que la naissance du Seigneur et celle de Jean soient annoncées prophétiquement par leurs mères : comme le mal a commencé par des femmes, le bien devait aussi commencer par des femmes. La vie détruite par la défaillance d'une seule femme serait ainsi rendue au monde par ces deux femmes qui chantent ensemble. 

COMMENTAIRE SUR L'ÉVANGILE DE LUC

separ ecrit biblioLe parfait amour

"Le parfait amour est celui par lequel il nous est commandé d'"aimer le Seigneur de tout notre coeur, de toute notre âme et de toute notre force et le prochain comme nous-mêmes" [Mc 12, 30-31]. Et l'amour de l'un ne peut être parfait sans l'amour de l'autre, car on ne peut aimer vraiment ni Dieu sans le prochain ni le prochain sans Dieu. Aussi, chaque fois que le Seigneur demande à Pierre s'il l'aime et que celui-ci répond qu'il l'aime en le prenant lui-même à témoin, à chaque reprise il conclut : Pais mes brebis ou Pais mes agneaux [Jn 21, 15-17] ; c'est comme s'il disait ouvertememnt qu'il n'y a qu'une véritable preuve d'amour total de Dieu : l'ardeur à prendre bien soin des frères."

(Bède le Vénérable, Homélie 22, trad. inédite de Guillaume Bady pour Magnificat, n° 234, mai 2012, p. 335).

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Marie exalte le Seigneur

Mon âme exalte le Seigneur ; exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur . Le sens premier de ces mots est certainement de confesser les dons que Dieu lui a accordés, à elle, Marie, spécialement ; mais elle rappelle ensuite les bienfaits universels dont Dieu ne cesse jamais d’entourer la race humaine. 

L’âme glorifie le Seigneur quand elle consacre toutes ses puissances intérieures à louer et à servir Dieu ; quand, par sa soumission aux préceptes divins, elle montre qu’elle ne perd jamais de vue sa puissance et sa majesté. 

L’esprit exulte en Dieu son Sauveur, quand il met toute sa joie à se souvenir de son Créateur dont il espère le salut éternel. 

Ces mots, sans doute, expriment exactement ce que pensent tous les saints, mais il convenait tout spécialement qu’ils soient prononcés par la bienheureuse Mère de Dieu qui, comblée d’un privilège unique, brûlait d’un amour tout spirituel pour celui qu’elle avait eu la joie de concevoir en sa chair. Elle avait bien sujet, et plus que tous les saints, d’exulter de joie en Jésus — c’est-à-dire en son Sauveur — car celui qu’elle reconnaissait pour l’auteur éternel de notre salut, elle savait qu’il allait, dans le temps, prendre naissance de sa propre chair, et si véritablement qu’en une seule et même personne serait réellement présent son fils et son Dieu. 

Car le Puissant fit pour moi des merveilles. Saint est son nom  ! Pas une allusion à ses mérites à elle. Toute sa grandeur, elle la rapporte au don de Dieu qui, subsistant par essence dans toute sa puissance et sa grandeur, ne manque pas de communiquer grandeur et courage à ses fidèles, si faibles et petits qu’ils soient en eux-mêmes. 

Et c’est bien à propos qu’elle ajoute : Saint est son nom , pour exhorter ses auditeurs et tous ceux auxquels parviendraient ses paroles, pour les presser de recourir à l’invocation confiante de son nom. Car c’est de cette manière qu’ils peuvent avoir part à l’éternelle sainteté et au salut véritable, selon le texte prophétique : Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé . C’est le nom dont elle vient de dire : Exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur . 

Aussi est-ce un usage excellent et salutaire, dont le parfum embaume la Sainte Église, que celui de chanter tous les jours, à Vêpres, le cantique de la Vierge. On peut en attendre que les âmes des fidèles, en faisant si souvent mémoire de l’incarnation du Seigneur, s’enflamment d’une plus vive ferveur, et que le rappel si fréquent des exemples de sa sainte Mère les affermisse dans la vertu. Et c’est bien le moment, à vêpres, de revenir à ce chant, car notre âme, fatiguée de la journée et sollicitée en sens divers par les pensées du jour, a besoin, quand approche l’heure du repos, de se rassembler pour retrouver l’unité de son attention.

HOMÉLIE 

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« Race élue, sacerdoce royal » 

Vous êtes une race élue, un sacerdoce royal . Ce témoignage de louange fut donné autrefois par Moïse à l'ancien peuple de Dieu. Maintenant, c'est aux nations que l'apôtre Pierre l'adresse à juste titre, puisqu'elles ont cru au Christ qui, comme une pierre angulaire, a rassemblé les nations dans le salut destiné d'abord à Israël. Ces nations, ils les appelle race élue à cause de leur foi, et pour distinguer d'elles ceux qui, en rejetant la pierre d'angle, furent eux-mêmes rejetés. Il les nomme sacerdoce royal parce qu'elles sont unies au corps de celui qui est le souverain roi et le véritable prêtre. Comme roi, il attribue aux siens son royaume et, comme prêtre, il purifie leurs péchés par le sacrifice de son sang. Ils sont appelés sacerdoce royal pour qu'ils se souviennent d'espérer le royaume éternel et d'offrit sans cesse à Dieu le sacrifice d'une vie sans tache.

Ils s'appellent aussi nation sainte et peuple que Dieu s'est acquis , selon ce que l'apôtre Paul dit en commentant l'oracle du prophète :Par sa fidélité, l'homme qui est juste à mes yeux obtiendra la vie : mais, s'il abandonne, je ne lui accorderai plus mon amour. Or nous ne sommes pas, nous, hommes de l'abandon, mais les hommes de la foi pour la sauvegarde de notre âme . Et, dans les Actes des Apôtres : L'Esprit Saint vous a constitués intendants pour paître l'Église de Dieu, acquise par lui au prix de son propre sang . Nous sommes donc un peuple que Dieu s'est acquis par le sang de notre Rédempteur, de même que le peuple Israël fut racheté d'Égypte par le sang de l'agneau. C'est pourquoi, dans la phrase suivante, Pierre se souvient du mystère de l'ancien récit et il montre que celui-ci doit trouver son accomplissement dans le nouveau peuple de Dieu : Pour que vous annonciez , dit-il, les louanges de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière . Car de même que ceux qui furent libérés par Moïse de l'esclavage de l'Égypte chantèrent un chant triomphal après le passage de la mer Rouge et l'engloutissement de l'armée de Pharaon, ainsi devons-nous, après avoir reçu le pardon de nos péchés, rendre grâce pour ce bienfait. En effet, les Égyptiens qui affligeaient le peuple de Dieu et dont le nom signifie également ténèbres et malédiction, représentent bien les péchés qui nous poursuivent mais qui sont effacés dans le baptême. La délivrance des enfants d'Israël ainsi que leur marche vers la patrie depuis longtemps promise correspond au mystère de notre rédemption : nous marchons vers la lumière de la demeure céleste, éclairés et conduits par la grâce du Christ. Cette lumière de la grâce était préfigurée par la colonne de nuée et de feu qui protégea les enfants d'Israël, pendant tout le voyage, contre les ténèbres de la nuit, et les mena par des voies admirables au terme promis, à la résidence dans leur patrie.

COMMENTAIRE SUR LA Ière LETTRE DE SAINT PIERRE

separ ecrit biblio« Suis-moi » 

      « Jésus vit un homme assis au bureau de la douane ; son nom était Matthieu. Il lui dit : ‘ Suis-moi. ’ » Il l’a vu non pas tant avec les yeux du corps qu'avec le regard intérieur de sa miséricorde… Il a vu le publicain, et parce qu'il l’a vu d'un regard qui prend pitié et qui choisit, « il lui dit : ‘ Suis-moi ’ », c'est-à-dire imite-moi. En lui demandant de le suivre, il l'invitait moins à marcher derrière lui qu'à vivre comme lui ; car « celui qui déclare demeurer dans le Christ doit marcher dans la voie où lui, Jésus, a marché » (1Jn 2,6)…

      Matthieu « se leva et le suivit ». Rien d'étonnant que le publicain, au premier appel du Seigneur, si empreint d’autorité, ait abandonné sa recherche de profits terrestres et que, délaissant les biens de ce monde, il ait choisi celui qu'il voyait dépourvu de toute richesse. C'est que le Seigneur qui l'appelait extérieurement par sa parole le touchait au plus intime de son âme, en y répandant la lumière de la grâce spirituelle. Cette lumière devait faire comprendre à Matthieu que celui qui l'appelait à quitter les biens matériels sur la terre était en mesure de lui donner un trésor impérissable dans le ciel (cf Mt 6,20)...

      « Comme Jésus était à table à la maison, voici que beaucoup de publicains et de pécheurs vinrent prendre place avec lui et ses disciples » : la conversion d’un seul publicain a ouvert la voie de la pénitence et du pardon à beaucoup de publicains et de pécheurs… Quel beau présage ! Au moment de sa conversion, celui qui devait être plus tard apôtre et enseignant parmi les païens entraîne à sa suite tout un groupe de pécheurs sur le chemin du salut ! 

Homélies sur les évangiles I, 21 ; CCL 122, 149 (trad. Orval rev. ; cf bréviaire 21/09)

Précurseur dans la mort comme dans la vie

Illustre précurseur de la grâce et messager de la vérité,
Jean Baptiste, le flambeau du Christ,
devient l'évangéliste de la Lumière éternelle.
Le témoignage prophétique qu'il n'avait cessé de rendre,
dans son message, toute sa vie et son activité,
aujourd'hui il le signe de son sang et de son martyre.
Il avait toujours précédé son Maître :
En naissant, il avait annoncé sa venue au monde.
En baptisant les pénitents du Jourdain,
il avait préfiguré celui qui venait instituer son baptême.
Et la mort du Christ Rédempteur, son Sauveur, qui a rendu la vie au monde,
Jean Baptiste l'a vécu aussi par avance,
en versant son sang pour lui par amour.

Un tyran cruel a beau le cacher en prison et dans les fers,
en Christ, les chaînes ne peuvent pas lier
celui qu'un coeur libre ouvre au Royaume.
Comment l'obscurité et les tortures d'un sombre cachot
pourraient-elles avoir raison de celui qui voit la gloire du Christ,
et qui reçoit de lui les dons de l'Esprit ?
C'est volontiers qu'il offre sa tête au glaive du bourreau ;
comment pourrait-il perdre sa tête,
celui qui a pour Chef le Christ ?

Il est heureux d'achever son rôle de précurseur aujourd'hui
par son départ de ce monde.
Ce dont il avait été le témoin de son vivant,
Christ qui vient et qui est là,
sa mort le proclame aujourd'hui.
Le séjour des morts pourrait-il retenir ce messager qui lui échappe ?
Les justes, les prophètes et les martyrs sont dans la joie,
allant avec lui à la rencontre du Sauveur.
Tous entourent Jean de leur louange et leur amour.
Avec lui, ils supplient désormais le Christ de venir enfin vers les siens.

O grand précurseur du Rédempteur, il ne va plus tarder,
celui qui te libère à jamais de la mort.
Sous la conduite de ton Seigneur,
entre, avec les saints, dans la gloire !

Hymne pour le Martyre de Jean Baptiste ; PL 94, 630

 

BedelevenerableSaint Bède le Vénérable (v. 673-735), moine, docteur de l'Église

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Venez à l'écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu 

« Les apôtres se réunissent auprès de Jésus, et lui rapportent tout ce qu'ils ont fait et enseigné. » Les apôtres ne sont pas seuls...; il y a d'autres disciples de Jésus et des disciples de Jean Baptiste... « Jésus leur dit : 'Venez à l'écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu' ». Pour faire comprendre combien il était nécessaire d'accorder du repos aux disciples, l'évangéliste poursuit en disant : « De fait, les arrivants et les partants étaient si nombreux qu'on n'avait même pas le temps de manger ». Cette fatigue de ceux qui enseignaient, ainsi que l'ardeur de ceux qui se laissaient instruire, montrent bien ici comme on était heureux en ce temps-là

Si seulement la providence de Dieu faisait de même encore à notre époque, et qu'un grand nombre de fidèles se pressait autour des ministres de la Parole pour les entendre, sans même leur laisser le temps de reprendre des forces !... Si l'on réclamait d'eux à temps et à contretemps la parole de foi et le ministère du salut, ils brûleraient du désir de méditer eux-mêmes les préceptes de Dieu et de les mettre sans cesse en pratique, de sorte que leurs actes ne démentent pas leurs enseignements

« Ils partirent donc dans la barque pour un endroit désert, à l'écart »... Les gens les ont suivis. En toute hâte ils ont pris la route du désert, non sur des ânes ou des véhicules de tout genre, mais à pied, et ils ont montré, par cet effort personnel, quel grand soin ils avaient de leur salut. En retour, Jésus a accueilli ces gens fatigués. Comme sauveur et médecin plein de puissance et de bonté, il a instruit les ignorants, guéri les malades et nourri les affamés, manifestant ainsi quelle grande joie lui procure l'amour des croyants

Commentaire sur l'évangile de Marc,

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Jean le Baptiste

Le saint précurseur de la naissance, de la prédication et de la mort du Seigneur a montré (au moment de sa mort) un courage digne d'attirer les regards de Dieu. Comme le dit l'Écriture : Aux yeux des hommes, il subissait un châtiment, mais par son espérance il avait déjà l'immortalité. Nous avons raison de célébrer avec joie la naissance au ciel de celui qui a rendu lui-même ce jour solennel par sa propre passion en l'illustrant par la pourpre de son sang ; et nous vénérons dans la joie spirituelle la mémoire de cet homme qui a scellé par le sceau de son martyre le témoignage qu'il rendait au Seigneur.

Il n'y a en effet aucun doute que saint Jean Baptiste a subi la prison pour notre Rédempteur qu'il précédait par son témoignage, et que c'est pour lui qu'il a donné sa vie. Car si son persécuteur ne lui a pas demandé de nier le Christ, mais de taire la vérité, c'est cependant pour le Christ qu'il est mort. Le Christ lui-même a dit, en effet : Je suis la vérité. Puisque c'est pour la vérité qu'il a répandu son sang, c'est donc bien pour le Christ. Jean avait témoigné en naissant que le Christ allait naître ; en prêchant, il avait témoigné que le Christ allait prêcher : en baptisant, qu'il allait baptiser. En souffrant le premier sa passion, il signifiait que le Christ devait lui aussi souffrir. ~

Cet homme si grand parvint donc au terme de sa vie par l'effusion de son sang, après une longue et pénible captivité. Lui qui avait annoncé la bonne nouvelle de la liberté d'une paix supérieure est jeté en prison par des impies. Il est enfermé dans l'obscurité d'un cachot, lui qui était venu rendre témoignage à la lumière et qui avait mérité d'être appelé flambeau ardent de lumière par la lumière elle-même qui est le Christ. ~ Par son propre sang est baptisé celui à qui il fut donné de baptiser le Rédempteur du monde, d'entendre la voix du Père s'adresser au Christ, et de voir descendre sur lui la grâce du Saint-Esprit. Mais il n'était pas pénible à des hommes tels que lui, bien plus, il leur semblait léger et désirable d'endurer pour la vérité des tourments temporels qui laissaient entrevoir la récompense de joies éternelles. Préférant la mort qui de toute façon était naturellement inévitable, ils choisissaient de l'accepter en confessant le nom du Christ ; ils recevaient ainsi la palme de la vie éternelle. L'Apôtre l'a bien dit : Il vous a été accordé par le Christ, non seulement de croire en lui, mais encore de souffrir pour lui. Et s'il dit que souffrir pour le Christ est un don de celui-ci à ses élus, c'est parce que, comme il le dit ailleurs : Il n'y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous.

HOMÉLIE DE S. BÈDE LE VÉNÉRABLE

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« Femme, grande est ta foi ; que tout se fasse pour toi comme tu le veux »

L'Évangile nous montre la grande foi, la patience, la persévérance et l'humilité de la Cananéenne... Cette femme était douée d'une patience vraiment peu commune. À sa première demande le Seigneur ne répond pas un mot. Malgré cela, loin de cesser un instant de prier, elle implore avec une insistance accrue le secours de sa bonté... Voyant l'ardeur de notre foi et la ténacité de notre persévérance dans la prière, le Seigneur finira par prendre pitié de nous et nous accordera ce que nous souhaitons.

La fille de la Cananéenne était « tourmentée par un démon ». Une fois expulsée la mauvaise agitation de nos pensées et dénoués les nœuds de nos péchés, la sérénité de l'esprit nous reviendra ainsi que la possibilité d'agir correctement... Si, à l'exemple de la Cananéenne, nous persévérons dans la prière avec une fermeté inébranlable, la grâce de notre Créateur nous sera présente ; elle corrigera en nous toutes les erreurs, elle sanctifiera tout ce qui est impur, elle pacifiera toute agitation. Car le Seigneur est fidèle et juste. Il nous pardonnera nos péchés et nous purifiera de toute souillure, si nous crions vers lui avec la voix attentive de notre cœur.

Homélie sur les Évangiles, I, 22 : CCL 122, 156-160 ; PL 94, 102-105 (trad. Orval)

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Jean Baptiste, martyr de la vérité

Il n'y a aucun doute que saint Jean Baptiste a subi la prison pour notre Rédempteur qu'il précédait par son témoignage, que c'est pour lui qu'il a donné sa vie. Car si son persécuteur ne lui a pas demandé de nier le Christ, mais de taire la vérité, c'est cependant pour le Christ qu'il est mort. Le Christ lui-même a dit en effet : « Je suis la vérité » (Jn 14,6). Puisque c'est pour la vérité qu'il a répandu son sang, c'est donc pour le Christ. En naissant, Jean avait témoigné que le Christ allait naître ; en prêchant, il avait témoigné que le Christ allait prêcher ; en baptisant, qu'il allait baptiser. En souffrant le premier sa passion, il signifiait que le Christ devait lui aussi la souffrir... 

Cet homme si grand est parvenu donc au terme de sa vie par l'effusion de son sang après une captivité longue et pénible. Lui qui avait annoncé la bonne nouvelle de la liberté d'une paix supérieure est jeté en prison par des impies. Il est enfermé dans l'obscurité d'un cachot, lui « qui était venu rendre témoignage à la lumière » (Jn 1,7)... Celui à qui il a été donné de baptiser le Rédempteur du monde, d'entendre la voix du Père s'adresser au Christ et de voir descendre sur lui la grâce du Saint Esprit est baptisé par son propre sang. 

L'apôtre Paul l'a bien dit : « Il vous a été accordé par le Christ, non seulement de croire en lui, mais encore de souffrir pour lui » (Ph 1,29). Et s'il dit que souffrir pour le Christ est un don de celui-ci à ses élus, c'est parce que comme il le dit ailleurs : « Il n'y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire à venir qui va se révéler en nous » (Rm 8,18).

Homélie 23 (livre 2) ; CCL 122, 354s (trad. Orval rev.) 

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« Prenez sur vous mon joug..., et vous trouverez le repos »

L'Esprit Saint donnera aux justes la paix parfaite dans l'éternité. Mais déjà maintenant il leur donne une paix très grande lorsqu'il allume en leur cœur le feu céleste de la charité. L'apôtre Paul dit en effet : « L'espérance ne trompe pas, car l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5,5). La véritable et même la seule paix des âmes en ce monde consiste à être rempli de l'amour divin et animé de l'espérance du ciel au point que l'on en vienne à considérer comme peu de chose les succès ou les revers de ce monde, à se dépouiller complètement des désirs et des convoitises de ce monde, et à se réjouir des injures et persécutions subies pour le Christ, de sorte que l'on puisse dire avec l'apôtre Paul : « Nous mettons notre fierté dans l'espérance de la gloire de Dieu. Plus encore, nous mettons notre fierté dans les épreuves » (Rm 5,2).

Il se trompe celui qui imagine trouver la paix dans la jouissance des biens de ce monde, dans les richesses. Les troubles fréquents d'ici-bas et la fin même de ce monde devraient convaincre cet homme qu'il a posé les fondations de sa paix sur le sable (Mt 7,26). Au contraire, tous ceux qui, touchés par le souffle de l'Esprit Saint, ont pris sur eux le joug très bon de l'amour de Dieu et qui, à son exemple, ont appris à être doux et humbles de cœur, jouissent dès maintenant d'une paix qui est déjà l'image du repos éternel.

Homélie 12 pour la Vigile de la Pentecôte ; PL 94, 196-197 (trad. Orval)

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« Heureux ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la gardent »

    « Heureuse la mère qui t'a porté et qui t'a nourri de son lait. » Grande est la dévotion, grande est la foi qui s'expriment dans cette parole de la femme de l'évangile. Tandis que les scribes et les pharisiens mettent le Seigneur à l'épreuve et le blasphèment, devant tous cette femme reconnaît son incarnation avec une telle loyauté, elle la confesse avec une telle assurance, qu'elle déjoue la calomnie de ses contemporains et la fausse foi des hérétiques à venir. Offensant les œuvres de l'Esprit Saint, les contemporains de Jésus niaient qu'il soit vraiment Fils de Dieu, consubstantiel au Père. Dans la suite, des hommes ont aussi nié que Marie toujours vierge ait, par l'opération de l'Esprit Saint, fourni la substance de sa chair au Fils de Dieu qui devait naître avec un vrai corps humain ; ils ont nié qu'il soit vraiment Fils de l'homme, de même nature que sa mère. Mais l'apôtre Paul dément cette opinion lorsqu'il dit de Jésus qu'il est « né d'une femme, soumis à la Loi » (Ga 4,4). Car, conçu du sein de la Vierge, il a tiré sa chair non du néant, ni d'ailleurs, mais du corps de sa mère. Autrement il ne serait pas exact de l'appeler vraiment Fils de l'homme...

    Heureuse mère en vérité qui, selon l'expression du poète, « a enfanté le Roi qui régit ciel et terre à travers tous les siècles. Elle a les joies de la maternité et l'honneur de la virginité. Avant elle on n'a pas vu de femme pareille, et on n'en verra pas après elle » (Sedulius). Et pourtant le Seigneur ajoute : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la gardent ». Le Sauveur donne au témoignage de cette femme une confirmation magnifique. Non seulement il déclare bienheureuse celle à qui il a été donné d'enfanter corporellement le Verbe de Dieu, mais bienheureux aussi tous ceux qui s'appliqueront à concevoir spirituellement le même Verbe par l'écoute de la foi, à l'enfanter et à le nourrir soit dans leur cœur, soit dans celui des autres, le gardant présent en pratiquant le bien.

Homélie sur St Luc ; L. IV, 49 (trad. rev. Tournay)

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« Je vais la conduire au désert et là je parlerai à son cœur » (Os 2,16)

Matthieu donne plus d'explications [que Marc] sur la manière dont Jésus a eu pitié de la foule, quand il dit : « Il en eut pitié, et il guérit leurs infirmes. » Car avoir pitié des pauvres et de ceux qui n'ont pas de berger, c'est précisément leur ouvrir le chemin de la vérité en les instruisant, c'est faire disparaître leurs infirmités physiques en les soignant, mais c'est aussi les nourrir quand ils ont faim et les encourager ainsi à louer la générosité de Dieu. C'est ce que Jésus a fait…

Mais il a aussi mis à l'épreuve la foi de la foule, et l'ayant éprouvée, il lui a donné en retour une récompense correspondante. En effet, il a gagné un endroit isolé pour voir si les gens se donneraient la peine de le suivre. Et ils l'ont suivi. Ils ont pris en toute hâte la route du désert, non sur des ânes ou des véhicules, mais à pied, et ils ont montré, par cet effort personnel, quel grand soin ils avaient de leur salut.

En retour, Jésus a accueilli ces gens fatigués. Comme sauveur et médecin plein de puissance et de bonté, il a instruit les ignorants, guéri les malades et nourri les affamés, manifestant ainsi quelle grande joie lui procure cet amour des croyants.

Commentaire sur l'évangile de Marc, 2 ; CCL 120, 510-511 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 269)

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La foi de la Cananéenne

« Ô femme, grande est ta foi ! Qu'il te soit fait comme tu le souhaites » (Mt 15,28). Oui, la Cananéenne possède une bien grande foi. Ne connaissant ni les anciens prophètes ni les récents miracles du Seigneur, ni ses commandements ni ses promesses, et de plus repoussée par lui, elle persévère dans sa demande et elle ne se lasse pas de frapper chez celui que seule la renommée lui avait indiquée comme le Sauveur. Aussi sa prière est exaucée de manière éclatante...       Lorsque l'un d'entre nous a la conscience entachée par l'égoïsme, l'orgueil, la vaine gloire, le dédain, la colère, la jalousie ou quelque autre vice, il a bel et bien, comme cette femme de Canaan, « une fille cruellement tourmentée par un démon ». Qu'il coure donc supplier le Seigneur de la guérir... Qu'il le fasse avec une humble soumission ; qu'il ne se juge pas digne de partager le sort des brebis d'Israël, c'est-à-dire des âmes pures, et qu'il se considère comme indigne des récompenses du ciel. Que le désespoir, cependant, ne le pousse pas à relâcher l'insistance de sa prière mais que son coeur ait une confiance inébranlable en l'immense bonté du Seigneur. Car celui qui a pu faire du larron un confesseur (Lc 24,39s), du persécuteur un apôtre (Ac 9), et de simples cailloux des fils d'Abraham (Mt 3,9), celui-là est aussi capable de transformer un petit chien en brebis d'Israël.

Homélies sur les Évangiles I, 22 : CCL 122, 156-160 ; PL 94, 102-105 (trad. Orval)

separ ecrit biblioA table avec Jésus

« Comme Jésus était à table dans la maison, de nombreux publicains et pécheurs vinrent prendre place avec lui et ses disciples. » Essayons de comprendre plus profondément l'événement relaté ici. Matthieu n'a pas seulement offert au Seigneur un repas matériel dans sa demeure terrestre, mais, par sa foi et son amour, il lui a bien davantage préparé un festin dans la maison de son cœur, comme en témoigne celui qui a dit : « Je me tiens à la porte et je frappe : si quelqu'un écoute ma voix et m'ouvre, j'entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi » (Ap 3,20).   Oui, le Seigneur se tient à la porte et il frappe lorsqu'il rend notre cœur attentif à sa volonté, soit par la parole de ceux qui enseignent, soit par une inspiration intérieure. Nous ouvrons notre porte à l'appel de sa voix quand nous acceptons librement ses enseignements intérieurs ou extérieurs et quand, ayant compris ce que nous devons faire, nous l'accomplissons. Et il entre pour manger, lui avec nous et nous avec lui, parce qu'il habite dans le cœur de ses amis, par la grâce de son amour, pour les nourrir lui-même sans cesse par la lumière de sa présence. Ainsi ils font monter progressivement leurs désirs, et lui-même se nourrit de leur zèle pour le ciel comme de la plus délicieuse nourriture.

Homélies sur les Évangiles, I, 21 ; CCL 122, 149-151 (trad. Orval rev.)

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Date de dernière mise à jour : 2018-08-07