La perle évangélique

Ephrem the syrian 1I Un jour, mes frères, une perle me tomba entre les mains. Un travail merveilleux réunissait en elle les insignes de la royauté, les images et les symboles de cette majesté imposante et sublime. Je compris qu'elle était la source à laquelle je pourrais puiser en abondance les secrets du Fils de Dieu. Étendant aussitôt la main, je la saisis, et, tandis que je la tiens et que je l'examine avec attention, je m'aperçois qu'elle n'a pas une seule face; qu'elle est sans aspérités, et ne présente à la vue qu'un seul aspect. Aussi je compris qu'elle était le type du Fils de Dieu dont la divinité reste encore impénétrable, incompréhensible, bien qu'elle soit toute lumière. Le lustre, l'éclat brillant de cette perle représentait cette nature supérieure dont la splendeur n'est obscurcie par aucune ténèbre et dont la paix n'est troublée par aucune guerre. Son exquise blancheur indiquait l'inaltérable pureté du Corps du Seigneur, et sa nature simple et indivisible attestait aussi que la vérité est une. On voyait en elle la figure de l'Église, enfant immaculé de cette perle; dans ses bras le Fils de Dieu, et près du Fils, sa Mère assise avec la gloire qui lui échut autrefois dans les nuées et dans les cieux, d'où cette lumière, émanation de la Lumière est venue briller sur nos têtes. De tels symboles laissaient voir en elle l'image de ses victoires et de ses triomphes, indiquaient ses services et ses fruits admirables; en sorte que je ne compris pas seulement les beautés offertes à ma vue, mais que j'en imaginais une foule qu'elle recélait.

Je me félicitais d'avoir trouvé une arche plus précieuse que celle de Noé, et je ne pouvais me lasser d'en contempler la magnificence. J'admirais en elle des chambres nuptiales, qui, pour être fermées, n'étaient pas cependant obscurcies par les ténèbres, parce qu'elle est fille du soleil. J'admirais des signes éloquents, la réponse donnée dans le silence de l'oracle, une harpe immobile et résonnant sans bruit, lorsque tout-à-coup le son de la trompette vint frapper mes oreilles, les nuées se rompirent et ces paroles retentirent avec un éclat épouvantable: "Garde-toi de désirer orgueilleusement ce que l'on te refuse; passe avec une admiration discrète et silencieuse sur les secrets et les mystères, et poursuis avec modestie ce que l'on te permet de connaître." Je fus de nouveau saisi d'étonnement à la vue d'une pluie sans nuages; l'eau qui semblait tomber du ciel était la source qui remplissait mes oreilles de l'interprétation d'une infinité de mystères. Aussi la perle était pour moi cette rosée de miel qui suffit pour faire subsister le peuple sans qu'il eût besoin d'une autre nourriture. Elle m'a dégoûté de tout autre aliment : déjà je ne recherche plus les livres, leur interprétation me semble inutile, encore qu'il me reste mille secrets que j'eusse désiré découvrir; je vois pourtant que cette perle n'a ni bouche pour me parler quand je l'écoute, ni oreilles pour m'entendre quand je l'interroge. Enfin je reconnais qu'elle n'est douée d'aucun sens, elle qui me transmet des facultés nouvelles pour pénétrer les divins mystères.

Tout-à-coup elle s'exprime en ces termes: "Je suis fille de l'immense océan, et de cette mer qui m'a donné l'être; j'apporte dans mon sein le trésor des mystères. Pour toi, mesure les flots qui ont été mesurés à tes forces, respectes-en le Maître et crains de lever tes yeux jusqu'à Lui. J'ai vu des plongeurs expérimentés dans leur art me suivre dans cette mer, et reculer aussitôt épouvantés de ses profondeurs, et n'en pouvant supporter un instant le murmure, tremblants, ils regagnaient la terre. Et qui donc pourrait sonder à loisir la divine immensité ?" Le Fils de Dieu est la mer qui prépare aux navigateurs d'heureux retours ou des naufrages; n'avez-vous jamais remarqué les flots en courroux briser votre navire qui lutte tandis qu'ils le conservaient, lorsque, docile, il leur obéissait sans résistance ? La mer a englouti les Égyptiens; et cependant ils avaient respecté la religion des saints mystères, leur témérité n'avait pas osé les violer. De même les Hébreux innocents de ce crime furent abîmés sous la terre : voyez quel châtiment vous menace, vous qui voulez tout connaître. La flamme consuma Sodome; ah! redoutez, redoutez cette fin. La mer transmit les gémissements des mourants, et les poissons et les énormes baleines tremblèrent de frayeur. Vous avez un coeur de fer, je le crois, vous qui lisez que de semblables supplices ont été infligés aux coupables et qui méditez des crimes pareils à ceux qu'ils ont commis. Pour moi, je tremble, je l'avoue, alors que je vois qu'on s'efforce de cacher à Dieu ses forfaits, pour les soustraire à sa Justice.

La soumission religieuse et la dispute impie entrent ensemble dans la lice: de quel côté mettez-vous la victoire ? La même bouche célèbre un hymne harmonieux et fait retentir le sanctuaire sacré de ses bruyants débats. Laquelle des deux voix, selon toi, arrive au Seigneur ? Celle-ci L'interroge avec arrogance, et l'autre Le supplie humblement; quels accents pensez-vous que le Seigneur écoute ? Quand les monstres marins aperçurent Jonas, fuyant son Dieu, devenant comme eux habitant des ondes, seulement durant trois jours, ils eurent horreur de son crime, et ils s'écrièrent : "Qui peut échapper au Seigneur ?" Jonas cherchait à L'éviter; et vous, impies, vous vous obstinez à Le poursuivre.

 

II. A qui te comparer, ô perle admirable ? J'écoute avec anxiété, oh! de grâce, que ton silence m'instruise; parle, mais sans bruit; tes paroles muettes, à qui les comprendra, révéleront que le mystère que tu présentes exprime silencieusement le Réparateur de notre salut. Ta mère est vierge et pourtant elle est femme de l'Océan: l'Océan ne l'a point épousée, c'est de son propre mouvement qu'elle s'est précipitée dans son sein. Elle t'a conçue en état de virginité; ta mère vierge dédaigne les femmes juives qui se parent de colliers de perles; nulle autre ne rappelle comme toi par son origine le Verbe divin que seul engendra le Très-Haut. Les perles sorties des mains de la nature semblent n'avoir été formées que pour rehausser l'éclat des perles célestes. Un fruit délicieux est offert à nos yeux; le sein qui l'a conçu est encore ignoré; ô perle! ta conception est d'autant plus admirable qu'elle a été opérée sans le secours d'un époux et des principes fécondants; ton origine est unique, jamais tu n'auras de rivale. On dit que le Seigneur eut des frères, et certes, c'est à tort, puisque par sa nature Il est seul et unique. Ô admirable et merveilleux enfant, qui n'as rien de semblable à toi que le Fils seul-engendré! Eh bien, je veux qu'on dise que tu as autant de frères et de soeurs que les diadèmes royaux font briller de rubis. Daigne accepter pour frères et pour amis les précieux béryls et les pierres étincelantes. Que l'or soit aussi admis au nombre de tes parents, il n'en est pas moins vrai que nul, si ce n'est tes élus, ne peut venir prendre place sur le diadème du Roi des rois. Tu étais sortie de la mer, sépulcre d'êtres vivants, lorsque tes bien-aimés vinrent au-devant de toi; en les considérant, tu t'es écriée : "Je suis venue ici, troupe de saints, parce que je voulais vous avoir pour proches, pour parents et pour frères." Les épis portent les grains de blé enveloppés dans leurs cellules, mais les diadèmes des rois te tiennent enchâssée dans une élégante cavité d'or. Cet honneur si bien mérité t'a été rendu, afin que tu puisses monter, du lieu où tu étais ensevelie, au plus haut degré de la gloire. C'est dans un champ que l'épi de blé porte le froment; mais c'est à sa tête et comme un ornement de prix qu'un roi, traîné dans un char magnifique, te promène partout avec orgueil. Ô bienheureuse fille de la mer qui, des ondes où tu as été engendrée, es venue sur la terre pour chercher ceux qui t'aiment. Dès ton apparition, ils se sont emparés de toi pour te faire servir à leur parure. De même les nations ont embrassé le Fils seul-engendré dès sa Venue au milieu d'elles; elles L'ont aimé, et chacune à l'envi L'a porté sur sa tête comme un glorieux diadème.

Les hommes ont battu le serpent par la secrète force de la vérité, et le serpent a été foulé aux pieds; alors aussi les vainqueurs ont rejeté leur vêtement d'ignominie et, se plongeant bientôt dans les eaux pures, ils se sont revêtus du Christ par l'onction sacrée; c'est aussi de son Sein qu'ils t'ont tirée. De là ils sont sortis nus et rejetant loin d'eux les vêtements qu'ils avaient déjà dépouillés. Par cette résolution ils ont retiré leurs âmes de la gueule du serpent qui, dans sa douleur, poussa de vaines plaintes. Et toi, tu as acquis ce calme paisible, cette sérénité d'esprit comparable à la douceur de cet agneau qu'on mena à la mort et qui n'ouvrit pas même la bouche. Hélas, une main t'a saisie, pour te placer sur sa croix, c'est-à-dire que les méchants t'ont suspendue à leurs oreilles. C'est ainsi que les Juifs ont suspendu le Seigneur sur le mont du Calvaire, et cependant tu ne refuses pas ta lumière à ceux qui te regardent, mais tu la répands même avec libéralité sur ceux qui en sont indignes.

Sur ton front est empreinte la radieuse beauté du Fils de Dieu qui a souffert sur la croix attaché par des clous sur ce bois de douleur. Eh quoi ? ne t'a-t-on pas infligé une peine semblable, et, malgré ton innocence, tes mains ne sont-elles pas percées ? Si la croix lui a valu le royaume des cieux, tes souffrances et tes travaux t'ont mérité l'éclat de la grâce. La constance et la cruauté de ses persécuteurs ont été d'un grand prix pour elle. Simon Pierre, ému de compassion pour les douleurs de la Pierre, a prédit au nom de la vérité que, blessée par ceux qui l'attaqueraient, elle les blesserait à son tour: et loin qu'on puisse douter que sa splendeur ait été obscurcie par les persécutions, on peut donner l'assurance qu'elle était plus belle au sortir de ce combat et qu'elle a répandu une lumière nouvelle dans les cieux et dans les enfers.

 

III. Que j'aime à te voir, ô perle divine, chercher dans ta simplicité précieuse l'éclat de la lumière et fuir l'obscurité des ténèbres! Le marchand, plein de ton amour, s'est dépouillé de ses vêtements, non point pour te couvrir, puisque tu n'étais point nue car ton éclat te protège, t'embellit et te revêt des vêtements qui te manquent. Par là tu représentes Eve, qui ne fut jamais plus voilée que tant qu'elle conserva sa nudité. Aussi combien mérite-t-il notre haine, ce fourbe qui, enveloppant la femme de ses pièges, la dépouilla de son innocence et l'abandonna sans voile. Il n'en sera pas ainsi pour toi, le serpent n'enlèvera pas ta parure, il n'en a pas la puissance; et, dans ton jardin de délices, une lumière nouvelle te couvre d'une robe semblable à celle de la femme innocente.

L'Éthiopie produit des perles d'une étonnante blancheur, ainsi que nous l'enseignent les saintes Écritures; qui donc t'a donnée au pays de la Nigritie, toi la plus éclatante de toutes les perles précieuses ? C'est sans doute Celui qui donne le jour à toutes les nations et qui éclaire en même temps et l'Inde et l'Éthiopie. Philippe, aussi pur qu'un agneau, revenait du bain lorsqu'il rencontra un eunuque de ce pays qui s'avançait traîné dans son char; il s'approche de l'homme de couleur noire, et, après l'avoir instruit par une lecture sacrée, il le purifie dans les eaux saintes. L'Éthiopien, éclairé par une lumière soudaine, reprend son voyage un moment interrompu (Ac 8, 27-39). De retour dans sa patrie, il enseigna à ses concitoyens à changer leur couleur et à transformer en perles blanches les noirs Éthiopiens: lorsque le Fils de Dieu les eut agréées, Il offrit à son Père un diadème enrichi des perles de l'Éthiopie.

La reine de Saba, brebis venue parmi des animaux féroces, se rendit au pays de Chanaan (1 R 11). Salomon fit briller à ses yeux le flambeau de la vérité, lui qui penchait déjà vers l'idolâtrie des nations et qui s'inclina aussi devant elle. La reine, après avoir reçu la lumière, se retira joyeuse et laissa les Hébreux livrés à un aveuglement déplorable, vice habituel de cette nation. Cependant, l'heureuse étincelle qu'elle avait apportée dans cette région d'ignorance y conserva sa lumière jusqu'à ce que, fortifiée d'une lumière nouvelle, l'étincelle, si faible d'abord, brille comme un soleil, et, après avoir dissipé les ténèbres de l'erreur, répande ses clartés sur toute cette province .

La mer contient d'énormes poissons, une foule d'entre eux arrivent à une prodigieuse grosseur, et ils sont cependant véritablement bien petits. Mais toi, divine perle, quelle que soit ta petitesse, tu décores le diadème des rois avec splendeur et magnificence : par là je veux dire que tu es le symbole du Fils de Dieu, dont l'humilité a élevé Adam à la dignité souveraine. Attachée au diadème, tu couronnes le front, ton aspect flatte les yeux, et tu es l'ornement des oreilles. Assez longtemps tu es restée sous les eaux, toi à qui la nature avait assigné la terre pour demeure. Pourquoi retourner dans ta patrie ? tu dois t'habituer à nos oreilles, vraiment, il est naturel qu'elles conçoivent pour toi le même amour que pour la parole de salut, parole qui pénètre en elle, tandis que toi, tu restes en dehors: que notre oreille, à qui tu as été destinée par ton Créateur, apprenne de toi à rechercher la parole de vérité: sois-en le miroir, que ta beauté nous rende l'éclat du Verbe, et que par toi nous connaissions tout son prix! Suppose que l'oreille est un rameau, pense que le corps est un arbre, et que tu es entre eux comme le principe de la divine lumière; peut-être aussi tes symboles représentent-ils la source de la lumière elle-même. Le Seigneur a dit que tu ressemblais au royaume des cieux, royaume dont Il dit dans un autre passage que les cinq vierges en obtinrent l'entrée parce qu'elles avaient su conserver la lumière de leurs lampes (Mt 25,1). Et toi aussi, tu ressembles aux vierges et tu brilles de la même lumière qu'elles.

N'offrez jamais une perle à la femme pauvre, cette parure ne lui convient pas: qu'elle se borne à acquérir gratuitement la foi qui s'unit et s'adapte à tous les organes de l'homme. Mais qu'une dame noble n'échange pas sa perle pour de l'or. Toi qui saisis le sens de ces paroles, quelle honte, quelle infamie, tu le vois, pèserait sur ta tête, si tu pensais à jeter dans la boue une perle d'un si grand prix. La valeur de la perle éternelle, il faut l'apprécier en la comparant à ce frêle diamant que nous gardons dans un écrin, que nous portons enchâssé dans un anneau, et qu'ensuite nous cachons sous clef, avec tant de précautions et de soins. Quant à ta perle, c'est dans ton coeur que le Très-Haut a marqué sa place; car Celui qui a mis un prix aux choses sait demander et tenir compte des bienfaits et de la reconnaissance.

IV. Le bon larron avait ouvert son coeur à la foi; la foi s'en empara, et, l'attachant par des liens spirituels à l'arbre de la croix où il avait été suspendu pour ses crimes, elle l'emporta avec elle dans un jardin de délices. Dans la faim qui le pressait, dans cette soif de justice qui le dévorait, ce bois était pour lui le bois sauveur de l'immortalité; et, en mangeant le fruit qui pendait à ses rameaux, il a été l'image d'Adam notre premier père. Égaré dans les voies de l'erreur, un homme insensé s'attaque à la foi, et, pour calmer l'irritation de son oeil trompé, il prétend l'enlacer dans les filets de ses questions captieuses; mais si le plaisir attaché à cette satisfaction passagère trouble un instant son regard, combien la manie de disputer contre la foi aveugle davantage l'esprit! Le plongeur examine-t-il avec une triste anxiété la perle qu'il vient de trouver ? Les marchands, qui se réjouissent qu'elle soit tombée entre leurs mains, s'inquiètent-ils d'où elle peut venir ? Et le roi prend-il la peine de demander qui l'a placée à sa couronne ?

Balaam, sous l'enveloppe grossière d'une brute, fut justement forcé d'obéir à la voix impérieuse d'un animal, lui qui avait refusé d'écouter la parole dont l'honorait son Dieu; mais vous, c'est une perle qui vous sert aujourd'hui de maître et de guide. Autrefois un rocher, docile à sa parole, servit à Dieu d'instrument pour châtier son peuple au coeur de pierre, et le rocher, soumis à la puissance de sa Volonté, fit rougir les hommes de leur rébellion. Vous tous qui fermez l'oreille à la vérité, c'est la perle qui vous invite à entrer aujourd'hui dans le bon chemin. La tourterelle et le milan vinrent, à l'appel de Dieu, porter témoignage contre l'égarement des hommes; le boeuf et l'âne en firent autant; et voici que la perle, pour sceller de son autorité l'accusation portée contre leur folie, se joint aux habitants de l'air, de la terre et des mers.

Gardez-vous de penser qu'elle est semblable à une lune qui croît et décroît sans cesse, qui tantôt brille de tout son éclat, et tantôt nous cache sa lumière. Comparez-la plutôt au roi des astres, au soleil; car, bien qu'elle soit petite, dans cette petitesse même elle représente le Fils de Dieu, cette source de lumière dont un seul rayon éclipse le soleil lui-même. Oui, la perle est un astre dont la splendeur ne s'altère jamais, et qui ne ressemble en rien aux diamants vulgaires auxquels le lapidaire peut enlever quelque chose; elle est protégée par sa forme, qui la conserve dans son intégrité; elle ne peut être ni usée, ni diminuée; en quelque lieu qu'elle soit, elle y est toute entière. Qu'on ose la diviser, et, après en avoir retranché la plus faible partie, se l'approprier, elle cesse tout-à-coup d'être elle-même et nous rappelle cette fable imaginée par les déserteurs de la sainte religion, qui, à force de subtiliser sur la foi, finissent par l'anéantir. Je doute qu'il y ait plus de vérité dans la parole de ceux qui disputent ainsi sur les dogmes de la sainte doctrine. La nature de la foi est parfaite et ne souffre pas d'altération; en essayant de l'attaquer, on se blesse soi-même, et quiconque s'en éloigne n'est pas conséquent avec lui-même. Celui qui fuit la lumière n'en obscurcit pas moins la beauté; il ne fait qu'enlever à ses yeux la faculté de voir. L'air et le feu sont divisés par l'interposition des corps, la lumière seule et indivisible; semblable à son Créateur, la lumière est féconde, et, sans rien perdre de sa force, engendre ces êtres qui lui ressemblent.

Ô perle! s'imaginer que tu es composée de la réunion de plusieurs parties, c'est une grossière erreur; ta nature atteste que tu n'es pas une oeuvre de main d'homme et que tu n'es pas divisible comme toute espèce de pierre. Non, non, tu es l'image du Fils unique engendré et non créé; l'image! et voilà pourquoi tu n'es pas comparable au Fils de Dieu ; car tu tires ton origine d'un lieu obscur, et le Fils de ton Créateur est sorti du Très-Haut, aux pieds duquel rampe tout ce qu'il y a de plus grand; et c'est de sa similitude parfaite avec le Père qu'il faut conclure sa dissemblance avec Lui-même. On peut assigner deux berceaux à ta naissance; en descendant du ciel ta nature était fluide et subtile; puis tu es sortie des eaux solides et compactes comme le cristal, et alors tu t'es complu dans le commerce des hommes; mais dès ce moment tu as pris un corps, pour ainsi dire, tu as été enchâssée dans l'or par la main habile de l'artisan, puis attachée au diadème, comme sur une croix, par ceux qui ont eu le bonheur de te posséder, tu ornes le front des vainqueurs comme l'insigne du courage; tu brilles suspendue aux oreilles, et tu en es comme le complément et la force, et tu as ainsi l'heureux privilège de t'appliquer à tout avec grâce.

V. Admirons maintenant ce trésor, c'est-à-dire la perle, qui est sortie des eaux de son propre mouvement pour venir au-devant des désirs du plongeur, nous rappelant la lumière qui s'offre d'elle-même à nos yeux, brillante image du soleil divin qui, sans qu'on le lui demande, fait luire un jour éclatant, non pas à nos sens, mais dans nos esprits. C'est avec la même habileté que le peintre reproduit ton portrait sous les couleurs de sa palette, mais de manière que nous reconnaissions en toi la figure de la foi exprimée non par l'effort du pinceau, mais par des caractères, des figures et des symboles, en même temps que nous voyons dans les traits dont il t'a embellie ceux de ton divin Auteur. Tu es sans parfum; cependant tu nous réjouis et nous enivres par l'odeur des mystères divins; tu n'es pas un aliment, et pourtant tu communiques une saveur délicieuse à notre palais; tu n'es pas une liqueur et tu ne saurais étancher la soif de l'homme altéré, cependant tu es pour nos oreilles une source mystique, dont le doux murmure charme ceux qui l'écoutent.

La bassesse de ton origine n'ôte rien à ta grandeur. Ton volume, ta masse et ton poids atteignent le dernier degré de la petitesse; cependant tu donnes au diadème une dignité que nul ne saurait imaginer. Celui qui, n'apercevant pas ta grandeur cachée sous ton petit volume, te dédaigne et ne s'afflige pas de ta perte, déplorera bientôt son imprudence lorsqu'il te verra orner le diadème des rois et qu'en même temps il t'entendra lui reprocher son ignorance.

Des pêcheurs se plongèrent nus dans les flots de la mer, et te firent briller à nos yeux. Perle admirable, ce n'est pas de la main des rois que tu as passé d'abord dans celle d'un autre; ce sont de vils mercenaires qui, dépouillés de leurs vêtements, t'arrachèrent pour notre usage du fond de la mer. Ils étaient la figure des apôtres du Seigneur, pauvres, pêcheurs et Galiléens. L'accès jusqu'à toi n'est en effet possible ni par une autre voie, ni pour d'autres hommes; ceux qui ne se sont pas défaits de leurs anciens vêtements espéreraient en vain te posséder; ceux que tu as enrichis ont été nus comme de petits enfants et ont enseveli leurs corps sous les eaux; ils sont descendus vers toi; mais tu les as reçus avec tendresse, heureuse de l'amour que tu leur inspirais. Ils proclamèrent aussitôt ta grandeur et ta beauté; et ces hommes que pressaient l'indigence et la misère tirèrent de leur sein et offrirent aux regards étonnés des lapidaires la perle nouvelle qu'ils avaient conquise. Le peuple était ravi du don précieux qu'on daignait lui faire; il t'embrassa de ses deux mains : tu étais à ses yeux le baume consolateur des maux de la vie.

Tous ceux qui, prêts à descendre sous les flots, se sont dépouillés de leurs vêtements, figurèrent ton ascension du sein des eaux. Les apôtres qui devaient être les prédicateurs de la vérité du Créateur, attendirent sur le bord de la mer que le Fils seul-engendré fût revenu des enfers, et bientôt la mer fut honorée de ta présence et de celle du Seigneur. Quiconque sortit des eaux saintes après s'y être plongé reprit ses vêtements; c'est ainsi que Simon Pierre, après avoir traversé la mer à la nage, cherchait à couvrir sa nudité, regrettait les habits qu'on lui avait dérobés. Les uns et les autres, en effet, s'étaient revêtus de ton amour et de l'amour de ton Dieu.

Mais où me laissé-je entraîner ? Je reviens à moi, et jusqu'ici spectateur oisif, je veux désormais m'efforcer de te ressembler. Et puisque tu te tiens constamment enfermée tout entière en toi-même, et que dans ton unité tu restes toujours semblable à toi-même, je veux demeurer en toi, toujours fidèle à cette grande loi d'unité et de constance. J'ai recueilli des perles; j'ai l'intention d'en faire une couronne pour l'offrir au Fils de Dieu. Aussi je m'étudie à effacer les taches empreintes sur mon corps. Accepte mon offrande, Seigneur, je T'en conjure. Je suis loin de croire que Tu aies besoin du présent que je T'offre; mais c'est pour que Tu viennes en aide à ma misère que je Te prie de me purifier de mes souillures. Ma couronne où brillent des perles, ouvrage de l'intelligence et de la raison, n'est point d'or, il est vrai, mais la charité l'a tressée; la foi en est toute la force et toute la solidité; ce ne sont pas mes mains, c'est ma langue qui, célébrant tes Louanges, l'élève jusqu'au trône du Très-Haut.

VI. Plût à Dieu que l'odeur qui s'exhale du tombeau de nos ancêtres vînt inspirer plus souvent leurs enfants! Doués d'une sagesse éminente, ils voulurent y joindre la simplicité et la modestie: aussi, rejetant toute question oiseuse, ils s'en tinrent au témoignage de la foi, et, entrés dans la voie qu'elle leur indiquait, ils résolurent d'y marcher avec persévérance. Quand Dieu promulgua sa loi, les montagnes, à l'aspect d'un si grand Législateur, se fondirent comme une cire molle sur leur base, et les hommes, dans l'égarement de leur raison, ont méprisé la loi. Dieu se servit de corbeaux pour envoyer de la nourriture à Élie caché près d'un torrent, dans une solitude profonde. D'un cadavre décharné il fit couler du miel pour Samson. Ni l'un ni l'autre ne s'emportèrent jusqu'à interroger Dieu, et à Lui demander pourquoi Il avait attaché la pureté à certaines substances et à quelques autres l'impureté.

Dieu abolit les fêtes du Sabbat et délivra les nations de l'antique superstition qui pesait sur elles. Samson alla chercher une épouse chez un autre peuple, et nulle plainte ne fut élevée par les justes sur ce mariage avec la fille de l'étranger. Un prophète même épousa une courtisane, et aucun homme de bien n'osa l'en blâmer. Ainsi, le Seigneur réprimande sévèrement certains hypocrites qui veulent plutôt paraître juste que l'être réellement; Il découvre à tous les yeux les vices dont ils sont infectés; mais combien de fois aussi ne Le vit-on pas plaindre le pêcheur et le relever avec bonté! Combien de fois ne l'a-t-Il pas déchargé du poids des crimes qui pesaient sur lui! Il a établi et sanctionné ses droits sans que personne osât réclamer. Vrai Seigneur et véritable Maître, Il eut des serviteurs dociles et obéissants, fidèles comme l'ombre au Corps qui la projette : même but, même esprit et même volonté; Soleil levé sur le monde chrétien, Il a dissipé les ténèbres où étaient plongés les apôtres.

Ce qui étonne, c'est de voir dans combien d'embarras se sont jetés les hérétiques, en des matières d'ailleurs évidentes et faciles! N'est-il pas clair que le nouveau Testament que nous suivons a été annoncé de la manière la plus positive par celui que Dieu donna aux prophètes ? Néanmoins ces hommes à la vue bornée, encore sous le charme du sommeil profond qui les accablait, et comme perdus, en lisant l'un et l'autre, au milieu de ténèbres épaisses, virent s'éteindre les lumières de leur intelligence, et dans la route que les hommes de la plus grande sainteté, sans s'écarter de la vérité qu'on leur avait enseignée, avaient frayée et aplanie sous leurs pas, ils ne rencontrèrent que des précipices. Qu'attendre de bien, en effet, d'hommes gorgés de vin ? Ils ont abandonné le droit chemin pour se jeter d'eux-mêmes dans d'inextricables détours. Il ne faut pas s'étonner qu'ils se soient honteusement égarés, puisqu'ils s'obstinaient à suivre pour guide aveugle la funeste manie de disputer. Ils ont changé en ténèbres, afin sans doute que leur égarement fût libre et plus complet, la lumière qui s'offrait à leurs yeux; la perle de la foi tomba entre leurs mains, et bientôt, tout occupés qu'ils étaient du soin de l'examiner en tous sens, dans leur indiscrète curiosité, elle échappa à leurs mains imprudente et fut à jamais perdue pour eux. C'est ainsi que la perle devint pour eux une pierre d'achoppement contre laquelle ils se heurtèrent de plein gré.

Ô précieux remède contre la mort, que des hommes insensés ont changé en poison! Le Juif a tout fait pour détourner les flots limpides de leur source sacrée; mais l'événement a trompé ses efforts. C'est par une ruse semblable que les hérétiques, ne pouvant anéantir ta beauté, ont cherché à la séparer de son Principe. Mais tout ce qu'ils ont entrepris pour te détourner de ton Auteur a tourné contre eux, et sans te séparer de Lui, les en a rejetés bien loin, et ils sont tombés, vaincus par ta puissance. N'avons-nous pas vu les rameaux qu'avait produits la vigne de Sion, arrachés et dispersés, et les sectes des hérétiques avoir le même sort ? Ô foi sainte et sacrée, mesure ta grandeur à notre petitesse; tant qu'il n'est pas possible à l'oeil de te voir tout entière et de saisir toute ton étendue, c'est en vain qu'on exigerait de l'amour repos et silence. Daigne rester en des limites plus étroites, abaisse-toi autant que tu le pourras; car si ta tête domine tout ce qui l'entoure, tu répands cependant, partout et sur tous, les trésors de ta grâce.

Ce qui suffirait pour réfuter ceux qui examinent notre perle avec trop de curiosité, c'est que du moment où la charité s'éloigne, le discours éclate entre les frères, leur audace s'accroît au point qu'enflammés du désir de connaître tes beautés, ils essayent de lever le voile qui couvre ton visage, persuadés sans doute qu'elle est l'effet de l'art, tandis que son origine et sa naissance sont ineffables. Toutefois tu as daigné, en certains temps, accorder aux incrédules la faveur de te considérer de plus près, pour leur faire voir de quel archétype tu es le symbole; mais lorsqu'ils se sont aperçus que tu es toute lumière, leur esprit s'est arrêté épouvanté et troublé à un tel point qu'ils ont voulu te diviser en autant de parties qu'il y a de sectes qui les partagent. Qu'arriva-t-il ? c'est qu'en se séparant de toi, ils ne s'accordaient plus avec eux-mêmes, quand, au contraire, toujours semblable à toi-même, tu restais dans ton immutabilité, privés des yeux de la vérité, il ne leur fut pas même possible de contempler ton visage. Le voile merveilleux tissé par la main des prophètes et qui enveloppe leurs mystérieux symboles couvrait la splendeur de ta face radieuse et la dérobait à leurs yeux; de là vint leur erreur, ils te virent autre que tu n'es; et tu ne fus pas pour eux ce miroir de la vérité que, dans leur aveuglement, ils s'efforcent de ternir.

Mais parce que les uns ont voulu t'élever au-dessus de ta nature, et les autres te rabaisser au-dessous, pour les ramener au vrai, descends, tu le peux, des hauteurs où les païens et les barbares te placèrent et relève-toi de l'abîme où les Juifs t'ont précipitée, bien que le ciel soit à jamais ton partage. Toujours fidèle à la vérité que tu aimes, sois notre médiatrice entre les hommes et Dieu; qu'à ta voix accourent les prophètes, et qu'ils disent hautement ce qu'ils ont cru du Sauveur, et que Dieu qui L'a engendré fasse retentir la parole que les Juifs et les païens s'efforcent en vain d'étouffer.

Viens embraser nos coeurs, ô foi, don précieux fait par le ciel à la sainte Église, demeure, je t'en supplie, repose-toi dans son sein! Si les circoncis cherchent à t'en chasser, il ne faut pas t'en étonner; les insensés s'attachent à la poursuite d'illusions mensongères qui les entraînent; ils conspirent les uns contre les autres, et ne se plaisent qu'au milieu des querelles et des plus violents débats. Sois reconnaissante envers Celui qui t'a donné une pieuse et brillante famille, qui promène glorieusement ton trône par tout le monde. Tes traits légèrement esquissés dans le Testament de Moïse brillent dans le Nouveau de tout l'éclat de la perfection, et ta lumière s'est étendue des premiers hommes jusqu'à nous. Il ne nous reste qu'à rendre des actions de grâce à Celui qui d'abord nous a montré l'aurore de ta lumière et nous inonde maintenant de tous les feux du midi.

VII. Je cherchais une retraite, j'entrai par hasard dans une académie, des sophistes y étaient assemblés. Dans leur oisiveté, ils voulaient examiner la nature du feu, les couleurs dont il brille, l'élasticité et la mobilité de la lumière; un rayon de soleil qui était venu les frapper avait lancé ces grands génies dans ces hautes questions. Ils prétendaient, dans leur folie, toucher du doigt la nature du Fils de Dieu qui est moins accessible à la faiblesse de nos sens que la pensée elle-même. Ils se vantaient d'avoir rendu palpable l'Esprit saint qui échappe également à toutes nos facultés; le Père Lui-même, que l'on regarde généralement comme placé au-dessus de la sphère de l'intelligence humaine n'avait pu se dérober à leurs savantes recherches, à leur sublime analyse. Pour nous, humbles d'esprit, nous avons dans Abraham un modèle parfait de la foi; de pénitence dans les Ninivites et la maison de Rahab; enfin les prophètes et les apôtres sont les archétypes de nos espérances.

Le poison fatal de la jalousie est entré dans le monde par le démon; bientôt les égyptiens sont tombés dans une religion impie; ils placent le honteux simulacre d'un veau sur leurs autels profanes; les éthéens, un spectre horrible, une idole à quatre visages. Un insecte rongeur, la dialectique des sophistes, est sorti du cerveau des Grecs. Un ennemi de la foi orthodoxe, qui s'est infecté du poison de leurs livres, a de nos jours corrompu la saine parole, répandu des opinions impies, et ébranlé les fondements de notre espérance. Ah! sans doute celui qui alluma le premier la passion des disputes a donné au monde un fruit plus empoisonné que le venin des serpents.

Lorsque le démon vit ses armées renversées par la vérité qu'il combattait, et qu'il la vit grandir et étouffer l'ivraie qu'il avait semée, il se déroba à la lumière du jour; il dressa contre notre croyance des embûches cachées et tendit partout ses dangereux filets. D'abord, il s'attaqua aux prêtres et alluma dans leur coeur le feu de l'ambition. Bientôt les clercs, renversant toutes les barrières, franchissant toutes les distances, tentèrent toutes les voies qui pouvaient les conduire à des postes plus élevés, à toutes les dignités ecclésiastiques; d'autres y marchèrent par des routes souterraines; d'autres au contraire se frayèrent un chemin par la violence et à main armée, pour ainsi dire; la plupart les achetèrent à prix d'argent, par le mensonge et l'hypocrisie. Ils ne prirent pas tous le même chemin, mais tous avaient le même but. Les jeunes gens, comptant sur leurs années, ne virent pas, ne réfléchirent pas, que le poste qu'ils convoitaient ne convenait pas à leur âge; et les vieillards étendirent au-delà des jours de la caducité leurs espérances et les songes dont ils se berçaient. C'est ainsi que le fourbe enveloppa tout dans son réseau d'iniquité. Aujourd'hui, jeunes et vieux, et même les enfants, aspirent dans l'église aux dignités les plus élevées.

Laissant de côté ses armes usées, le démon s'en forgea de nouvelles. L'ancien peuple juif (et s'il en reste encore quelque chose, ce n'est plus qu'un squelette décharné) est en proie à la dent corrosive des vers; à de nouvelles nations, comme à de nouveaux vêtements, s'attachent de nouveaux insectes. Voyant les meurtriers du Christ avilis et méprisés, et exclus comme des étrangers du commerce des hommes, il alla chercher dans le sein même de la famille chrétienne des esprits curieux qu'il façonna de ses mains, leur souffla l'aigreur de la dispute, les courba sous son joug et fit éclore le ver rongeur au manteau même de la foi, l'y laissa caché, se promettant les mêmes fléaux qu'auparavant. Puis, lorsqu'il vit toutes les moissons infestées, le grain corrompu dans les greniers, il s'assit dans son repos. Soudain les blés, fruits de tant de peines, ne furent plus qu'une vile poussière; les tissus précieux, insignes honorables de la dignité et de la puissance, furent de même en proie à ses ruses infernales : tant il se joue de notre crédulité! tant nous nous faisons illusion à nous-mêmes, quand notre raison s'est éteinte dans le délire de l'ivresse! Satan sema l'ivraie, et les épines envahirent un champ auparavant si bien cultivé. Il infecta la bergerie et les brebis; il attira à lui tout le troupeau dont il s'enrichit. Il commença le combat contre le peuple juif, et après l'avoir vaincu, il s'élança sur les nations, dont il fit un trophée à sa victoire.

Le vieux peuple, en insultant le Fils de Dieu, Lui offrit un roseau pour sceptre. Criminels imitateurs de nos pères, c'est d'un roseau que se servirent leurs enfants pour L'abaisser, dans leurs écrits, à la simple condition d'homme. C'est l'arme que le démon aiguisa contre le Réparateur de notre salut, et, au lieu des vêtements dont ses meurtriers L'avaient revêtu par dérision et par mépris, il Lui attacha la flétrissure de ses stigmates, en désignant l'Auteur de toutes choses tantôt par le mot de créé, et tantôt par celui de fait; comme on Lui avait tressé jadis une couronne d'épines naturelles, il Lui fit aussi, au bruit d'une trompeuse harmonie, comme une couronne d'épines intelligentes, et cacha ainsi le chardon sous les fleurs.

Après s'être aperçu qu'on avait découvert son iniquité, et que le vinaigre et les crachats, les épines et les clous, la croix et les vêtements ignominieux, le roseau et la lance, les tourments et les outrages n'inspiraient plus que le dégoût et l'horreur, nautonier prudent, il changea de voiles et lança sa nacelle vers d'autres rivages. Aux soufflets dont notre Seigneur fut meurtri, il substitua la licence et l'erreur, il remplaça les outrages par la fureur des querelles, il mit les machinations clandestines à la place des insignes ignominieux, et la discorde fut le nouveau spectre dont il s'arma. Il ne négligea rien pour nous diviser et nous perdre. De l'orgueil naquit la haine; la jalousie et la colère, l'arrogance et la dissimulation conspirèrent contre notre Sauveur avec la même ardeur qu'elles déployèrent autrefois pour Le faire mourir. L'hérésie secrète fut substituée à la croix, instrument public du supplice; les disputes impies aux clous de fer, et l'abandon de la vérité orthodoxe à la descente de notre Sauveur aux enfers. Satan fit tous ses efforts pour renouveler le type de la croix usé par le temps. Au lieu d'une éponge imbibée de vinaigre et de fiel, il suscita l'inquiète curiosité au regard empoisonné, et si le Seigneur refusa autrefois le fiel qu'on lui offrait, l'esprit de révolte fut accepté par des hommes insensés comme un don plein de charme et de douceur.

En ce temps-là les juges vengèrent la mort du Sauveur: maintenant, au contraire, je vois les juges conspirer contre nous, pour ainsi dire, et au lieu d'un acquittement, prononcer une sentence de condamnation. Et ce que nous devons surtout déplorer, c'est que les prêtres, dont les mains consacraient les rois, multiplient sous leurs pas les occasions de chute, au lieu de prêcher la paix, allument les brandons de la guerre, dont le feu dévore les nations. Seigneur, nous Te demandons la paix pour les prêtres et les rois; fais que les prêtres et le peuple réunis dans l'unité de l'église offrent à Dieu leurs prières et leurs voeux pour le salut de ceux qui gouvernent et qu'ils implorent la clémence des princes pour leurs sujets. Seigneur, apaise les troubles qui agitent l'empire, calme les haines intestines, Toi qui au-dedans et au-dehors, étends ta Puissance sur toutes choses.

 

 

Ajouter un commentaire

Date de dernière mise à jour : 2017-02-15