Notre Père

Saint François de Sales

Sermon Toussaint 1-11-1621 (X,138) 

La priere immédiate est toute filiale, pleine d'amour et de confiance ; elle s'addresse à Dieu comme à nostre Pere et nostre Chef souverain. Nostre Seigneur nous a luy mesme enseigné cette methode en l'Oraison Dominicale (Mt 6,9;Lc 11,2), qu'il commence par cette parole: Nostre Pere. 0 Dieu, que c'est une parole pleine d'amour que celle cy, et qu'elle remplit le coeur de douceur et de confiance filiale ! Ce que vous verrez par les demandes qui se font en la mesme Oraison, en laquelle on parle immédiatement à Dieu ; car apres l'avoir appellé du nom de Pere on luy demande son Royaume et que sa volonté soit faite ça bas en terre comme elle serait là haut au Ciel. 0 que ces requestes sont grandes, qu'elles sont amoureuses et confiantes !  

LE NOTRE PÈRE PARAPHRASÉ : (Pour Dona G.Scaglia ? XXVI, 386)

Père éternel, Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Père des lumières, (1)Père saint, Père très doux et aimant, Père Créateur de l'univers : quand méritai-je de vous appeler Père, moi terre, poussière et cendre,(2) le dernier de tous vos serviteurs ? Et quel bien avez-vous découvert en moi ou en quelqu'autre enfant d'Adam, pour que vous ayez voulu être notre Père ? " Qui êtes-vous, Seigneur, et qui suis-je ? " Vous êtes le Dieu d'infinie majesté, Roi des rois, Seigneur des seigneurs,(3) Saint des Saints, gloire des Anges et allégresse de tous les Bienheureux. En votre présence, les cieux, la terre et tout ce qu'ils contiennent, sont moins qu'un petit grain de sable en face du monde entier ; moi, d'autre part, je suis un petit ver de terre, pécheur et enfant d'Adam pécheur, qui si souvent ai offensé votre souveraine Majesté: et cependant, vous voulez que je vous appelle. Père ! Oh ! quelle excellence, quelle dignité me donnez-vous ! Qu'il vous plaise, Seigneur, que mon âme la sache reconnaître et qu'elle vous rende les dues actions de grâce pour tant de bienfaits. Mais parce que je ne suffis pas à cela, je prie les Anges de m'aider à louer et remercier continuellement votre Majesté.

Père, je dois confesser deux choses : l'une, que ce don et ce grand bienfait vient de votre bonté infinie et de l'amour infini que vous avez pour moi ; l'autre, que ce mot de. Père sied bien sur les lèvres de votre Fils unique mon Seigneur Jésus-Christ, qui est votre Fils par une éternelle et consubstantielle génération, mais sur les miennes, moi qui suis un si grand pécheur, il ne sied pas, il ne convient pas, je ne mérite pas, Seigneur, un si grand bien. Cependant, puisqu'il plaît ainsi à votre'Majesté, de grand coeur désormais je vous appellerai .Père et je jouirai de ce doux nom de Père.

Ce mot m'atteste l'amour immense que vous me portez, Seigneur; c'est pourquoi votre Evangéliste, émerveillé, dit : Voyez quel amour le Père nous a témoigné, que nous soyons appelés enfants de Dieu, et que nous le soyons en effet.(4) Il m'apprend aussi et m'avertit également que je dois vous aimer de tout mon coeur : je vous aime, Seigneur, ma Force, mon rocher, mon refuge, mon libérateur et mon Père.(5) Quel fils ingrat peut-on trouver au monde, qui ayant un Père bon, saint, doux, glorieux et aimant comme vous l'êtes, il ne l'aime pas ? 0 Père, où trouverons-nous quelqu'un qui soit aussi bon, aussi saint, aussi doux et aimant que vous l'êtes ? Donc, Père, que de mon coeur soit chassé tout autre amour, qu'il soit enflammé, afin qu'entre vous, mon Père, et moi votre enfant il y ait un continuel amour réciproque.

Ce mot de Père m'excite à vous demander les choses qui me sont nécessaires, car le père ne refuse jamais à son enfant ce qu'il voit lui être nécessaire, pourvu qu'il puisse le lui donner. je sais, mon Père, que vous pouvez et que vous voulez ; vous pouvez, parce que vous êtes tout-puissant; vous voulez, parce que vous êtes tout bon. Les besoins ne me manquent pas : je suis blessé par beaucoup de péchés, il me faut des remèdes ; vous, Père, vous êtes le médecin qui guérit toute langueur et soigne toute infirmité.(6) Ayez donc pitié de moi, Seigneur, car je suis faible ; guérissez-moi, Seigneur, car mes os sont tremblants, (7)et je serai guéri. Seigneur, guérissez cette âme, voyez comme elle se présente devant vous toute blessée. (Ici elle montre toutes ses blessures d'orgueil, d'avarice, de luxure, etc., et affectueusement elle demande la santé.)

En outre, ô Père, je suis nu et dépouillé des vêtements des vertus. Revêtez-moi, ô Père, vous qui revêtez le, ciel de, tant d'étoiles et la terre de tant de fleurs; donnez-moi la robe nuptiale(8) de la charité, afin que je puisse paraître à vos noces ; la robe de l'obéissance, afin que j'obéisse à vos commandements et à vos lois ; la robe de l'humilité, afin que je sois agréable à vos yeux. Revêtez-moi des riches vêtements des vertus infuses; donnez-moi la parfaite foi, la ferme espérance, l'ardente charité.

Je vous demande, ensuite, ô bon Père, que vous daigniez exercer envers-moi les offices de père. Le père frappe le fils quand il s'égare, afin qu'il se corrige, parce qu'autrernent, s'il ne le frappait pas, il ferait pire, et parfois serait même pendu. Frappez-moi, Seigneur, avec miséricorde. Je vous demande, Seigneur, la verge avec votre miséricorde ; brûlez, tranchez ici-bas, afin que vous me pardonniez dans l'éternité. Et si je ne m'amende pas, appesantissez, ô Père, votre sainte main et frappez-moi plus fort avec des tribulations, des maladies, des afflictions, et des angoisses. Que la pourriture entre dans mes os et qu'elle me consume au-dedans de moi, afin que je sois en repos au jour de la tribulation et que je me joigne à notre peuple pour marcher avec lui ;(9) je vous prie, ô bon Père, que dans ces os entre la pourriture, c'est-à-dire que, comme un autre. Job, mon corps soit couvert de plaies et flagellé, pourvu que mon âme soit en repos au jour de la tribula- tion, qui est celui de la mort, et soit du nombre de vos enfants qui sont ce peuple céleste, ceint de gloire et de béatitude.

Le père, après avoir châtié et frappé son enfant, lui fait quelques caresses. Père, après m'avoir frappé pour mes folies avec votre miséricorde, daignez me visiter par quelque consolation spirituelle, caressez cette âme par la suavité intérieure, afin qu'elle brûle de votre amour et ne cesse point de vous louer.

Oh ! quelle consolation excite dans mon âme cette parole : Père, et non seulement consolation, mais allégresse, joie et souverain contentement. Vous ferez entendre à mon coeur des paroles de joie et d'allégresse, et mes os humiliés exulteront, (10)disait le saint Prophète; et cependant, ce nom de Père, ne lui était pas encore révélé. Et moi, que dirai-je ? Père, vous m'avez fait entendre des paroles de joie et d'allégresse ; oh ! quelle est ma joie, quelle mon allégresse lorsque cette douce parole, Père, résonne à mes oreilles ! Mon âme humiliée, mes os anéantis à cause de la multitude de mes péchés, se récréent et prennent une nouvelle vigueur entendant cette parole : Père. Quelle plus grande joie puis-je avoir que de me ressouvenir que j'ai un Père si bon, qu'il est la bonté même ; si saint, qu'il est la sainteté même ; si sage, qu'il est la sagesse même, et enfin si puissant, qu'il peut toutes choses au Ciel, sur la terre et dans les abîmes. Que les riches se réjouissent de leurs richesses, les puissants de leur puissance, les sages de leur sagesse : pour moi, je me réjouirai dans mon Seigneur, (11)parce qu'il est Père et notre Père. Ceux-ci mettent leur confiance dans leurs chars et ceux- là dans leurs chevaux ; nous, nous exulterons dans le nom de notre Dieu.(12) Seigneur, que mon esprit tressaille en vous, 6 Dieu notre Sauveur et notre .Père.(13)

Ce mot de Père me montre votre soin et combien est grande votre providence à mon égard et à l'égard de tous. Chaque jour, ô Père, vous préparez la table et faites le festin pour le monde entier, et je participe toujours à ce festin ; chaque jour vous faites que le soleil nous éclaire, nous vos enfants, et le soir vous cachez cette belle lampe et il semble en certaine façon que vous éteigniez cette belle lumière afin que nous, vos enfants, puissions reposer et prendre le sommeil ; vous occupez, Seigneur, le ciel et la terre à mon service, et vous m'avez même confié aux soins des Anges : tout cela afin que j'obtienne l'héritage réservé à vos enfants, qui est le Royaume des Cieux. Par là je reconnais quel Père prévoyant vous êtes pour nous, qui sommes vos fils.

Enfin, ce mot de Père m'encourage, afin que lorsque je tomberai je coure me jeter dans vos bras avec contrition, car je serai reçu bien plus amoureusement que l'enfant prodigue. Et maintenant, me souvenant des fautes passées, je cours vers vous, Père, et je dis : Père, j'ai péché contre le ciel et contre vous, je ne suis pas digne d'être appelé votre Fils ; traitez-moi comme l'un de vos mercenaires., (14)Ou bien, Père, parce que je connais votre miséricorde et l'amour que vous me portez, venez à ma rencontre, ouvrez les bras de votre miséricorde, embrassez cet enfant prodigue, donnez- moi la robe d'innocence, l'anneau de la foi vive, les souliers des exemples de vos Saints que je dois imiter. Donnez-moi, ô Père, le veau gras, c'est-à-dire votre Fils béni dans le Très Saint Sacrement, afin qu'il soit la nourriture de mon âme et (des mots manquent)..... par sa grâce la plus abondante.

Pour conclusion, ô Père, cette parole très douce est un verbe abrégé (15)qui contient toute douceur, comme la manne que vous donnâtes jadis à manger à votre peuple dans le désert;(16) et moi, je suis heureux que ce mot, Père, soit une nourriture très savoureuse pour mon âme. Il suffisait à l'apôtre Paul de savoir seulement et de comprendre Jésus-Christ crucifié ;(17) et à moi il suffit de savoir et de comprendre cette parole : Père, parce que la comprenant, je saurai que vous m'avez pris pour votre fils adoptif, qui est la plus grande dignité qui existe au Ciel et sur la terre après celle de fils naturel, qui appartient en propre à votre Fils unique et mon Seigneur Jésus-Christ.

Sur cette parole : Notre.

Vous êtes, Seigneur, noire Père : qu'elle est grande votre bonté ! Vous ne vous contentez pas de communiquer ce nom de Père à vos Anges et à vos Saints qui sont dans votre maison, mais vous voulez aussi le communiquer à ceux qui sont dans ce monde, et non seulement aux riches et aux puissants, mais aux plus pauvres bergers qui, sur les ponts et dans les forêts, dorment sur la terre nue. Il me semble, Seigneur, que vous êtes comme le soleil qui communique sa lumière et envoie ses rayons à la plus petite fleur de la montagne comme à la montagne même ; ainsi vous, mon Seigneur, communiquez également votre nom si doux de Père aux grands et aux petits, aux riches et aux pauvres, et vous voulez que pour cela nous vous appelions nôtre.

Dans ces deux mots : Notre .Père, vous me découvrez, Seigneur, un autre grand mystère : c'est que vous voulez que j'aime beaucoup votre sainte loi d'amour et de charité, car vous l'avez toute ramenée à votre amour et à l'amour du prochain. Par la première parole, .Père, vous me demandez l'amour pour votre très souveraine Majesté ; par la seconde, nôtre, vous me demandez d'aimer mon prochain, puisque vous me le donnez pour frère et vous voulez que je prie pour lui.

Vous êtes notre Père, parce que vous nous avez créés : Vos mains Seigneur, m'ont tormé,;(18) N'abandonnez pas l'ouvrage de vos mains. (19)Vous êtes notre Père parce que vous nous avez achetés avec le précieux sang de votre Fils, l'Agneau immaculé, notre Christ Jésus,(20) avec qui nous avons été adoptés pour vos enfants. Vous êtes notre Père parce que vous nous consolez très suavement dans cette vallée de larmes. Enfin vous êtes notre Père parce que, après cette vie de travaux et de pénitence, vous nous préparez une vie de repos et d'éternelle béatitude.

Enfin vous êtes notre Père parce que vous vous employez tout entier pour nous, si pauvres, et parce que vous nous avez tout communiqué en ce monde dans le Très Saint Sacrement ; et puis, au Ciel, vous vous communiquerez plus manifestement, nous découvrant votre bienheureuse essence, les trésors infinis de votre béatitude et la gloire de votre Majesté. Faites donc, je vous en prie, ô Père, que puisque vous êtes tout nôtre, je sois aussi votre enfant ; vous, Père, et moi fils. Ces mots :. Notre Père, siéront bien sur mes lèvres quand mon âme et mon corps seront tout vôtres, puisque vous êtes tout à nous.

Sur ces mots : Qui êtes aux Cieux

Je sais, Seigneur, que vous êtes partout et que les cieux et la terre, (21)sont pleins de votre gloire ; et même je sais, Père, que vous tenez l'univers dans vos mains et que vous le conservez, car s'il en était autrement, toutes choses retourneraient dans le néant d'où vous les avez tirées. Vous êtes aussi, ô Père, dans les Cieux, où vous glorifiez cette immense multitude d'Anges et de Saints qui sont continuellement présents devant le trône de votre gloire, vous adorant en toute révérence. Quand sera-ce, ô Père, que mon âme sera comme un ciel, élevée de la terre par la force de l'amour ; ornée d'autant de vertus que le ciel contient d'astres et d'étoiles; ferme et forte en votre service, sans jamais tomber, ainsi que les cieux qui ne tombent pas, afin qu'elle soit toute belle et agréable devant votre face et que vous, Père, daigniez y habiter comme en un ciel très beau ? Je vous demande encore, ô Père, qu'afin que mon âme soit un ciel et la demeure de votre très souveraine Majesté, elle puisse se mouvoir comme les cieux, selon le mouvement du premier moteur. Vous êtes le premier et souverain Moteur ; que mon âme n'ait de mouvement que par votre sainte volonté, afin qu'en toutes choses elle se rende conforme à votre vouloir.

Vous êtes aux Cieux, ô Père,(22) c'est-à-dire dans les Anges et dans les Saints ; vous les éclairez afin qu'ils vous connaissent, car vous êtes la lumière éternelle (23)qui éclaire tout. Vous êtes, Père, dans les Anges et dans les Saintz, et vous les enflammez du feu d'un ardent amour, afin qu'ils vous aiment parfaitement, car vous êtes ce feu qui consume toute imperfection : Vous rendez vos Anges aussi prompts que les vents et des flammes de feu vos serviteurs. Vous êtes, Père, dans vos Anges et dans vos Saints, les comblant de béatitude afin qu'ils soient éternellement heureux , car vous êtes la béatitude, la gloire, le repos de cette glorieuse assemblée. Faites, ô Père, que je sois un ange et un saint par grâce, afin que je devienne participant de si grands biens et que mon entendement soit éclairé pour vous connaître. Vous avez donné, ô Père, à votre serviteur François ces deux grandes lumières : la première pour connaître votre sublime Majesté, la seconde pour se connaître lui-rnême. Donnez-moi, ô Père, cette grande lumière, afin que je vous connaisse comme les Anges et votre serviteur François, vous, mon Dieu, d'infinie vertu, de puissance infinie, de sagesse infinie et de beauté infinie. Donnez-moi aussi l'autre grande lumière par laquelle je connaîtrai ma bassesse et ma misère.

Je vous demande aussi, ô Père, que vous daigniez embraser mon coeur du leu du Saint-Esprit, comme vous embrasez les Anges au Ciel, et de même que vous embrasâtes sur la terre les coeurs des Apôtres le saint jour de la Pentecôte. 0 Père très heureux, envoyez quelques parcelles de ce grand fleuve et de ce grand feu qui procède de votre siège et de l'Agneau, (24)c'est-à-dire du Saint-Esprit ; envoyez-les à mon âme afin qu'elle brûle de votre amour. Lancez d'en haut le feu dans mes os(25) ; que ce feu, Père, pénètre jusqu'à la moelle de mon âme, afin que les grandes eaux de la tribulation ne puissent éteindre la charité.(26) Avec ce grand feu, embrasez mes affections, afin que je n'aille plus mendier les choses viles de la terre, mais qu'entraîné par sa vertu je cherche les choses éternelles du Ciel. (27)

Père saint, il est bien juste que puisque vous, mon Dieu, mon Père et mon héritage (28)êtes au Ciel, je ne cherche ni ne m'embarrasse plus de la terre ; qu'ai-je à faire de la terre, ô Père, puisque tout mon bien, tout mon trésor est au Ciel ? Si vous, mon Père, êtes au Ciel, il suit de là que moi, votre enfant, je suis étranger (29)dans ce monde et que je marche toujours vers ma patrie, qui est le Ciel. Si le pèlerin, quand il marche, a le corps sur la route et l'âme en la douce patrie, chaque heure lui semblant mille ans pour le désir qu'il a de l'atteindre et de voir son cher père et ses très doux frères, pourquoi n'en sera-t-il pas ainsi de moi ? Pourquoi, notre Père, mon âme ne converse-t-elle pas dans les Cieux comme l'âme de votre saint Apôtre qui disait : Notre conversation est dans le Ciel,(30) et pourquoi chaque heure de cet exil ne me semble-t-elle pas mille ans ? pourquoi ne désiré-je pas voir mes chers frères, qui sont les Anges et les Saints ? pourquoi, Père, ne réputé-je pas toutes les choses de cette vie, basses, viles et indignes d'y attacher mon coeur, puisque je suis créé pour posséder les biens du Ciel ? Il est hors de doute, ô Père, que ce serait un grand déshonneur pour le fils d'un grand prince ou d'un roi d'étriller de ses mains les chevaux ou, avec les mêmes mains, ramasser les immondices et le fumier dans les rues ; mais c'est un bien plus grand déshonneur pour moi de ce que sachant, ô Père céleste, que vous m'avez adopté pour votre fils et que vous me préparez des biens infinis, des richesses inestimables et même le royaume du Ciel, je m'abaisse et me rende méprisable en recherchant les choses viles et basses de ce inonde. Donc, notre Père qui êtes aux Cieux, donnez-moi l'amour des choses célestes, afin qu'aimant celles-là je méprise les choses de la terre et que tout mon amour soit en vous, notre Père du Ciel.

Je vous demande enfin, ô Père, que de même que vous remplissez les cieux, qui sont les Anges et les Saints, de gloire, de même vous daigniez remplir mon âme, lorsque, quittant ce monde, elle se présentera devant vous, afin qu'elle soit un " Ciel plein de votre gloire. "  

Sur ces mots : Que votre Nom soit sanctifié  

O Père éternel, faites, je vous en prie, que ce Nom si doux et suave soit connu dans le monde entier. Ne tenez pas caché, ô Père, un si riche trésor aux âmes auxquelles vous avez imprimé votre image et ressemblance.(31) Que l'orient, l'occident et les autres parties du monde sachent que vous êtes Père, que Jésus-Christ est votre Fils unique, coéternel et consubstantiel, et que tous peuvent être vos enfants d'adoption. Découvrez, ô Père, et communiquez à toutes les nations cet aimable Nom, afin que toutes s'embrasent et s'enflamment de votre saint amour. Oh ! quelle joie serait pour mon âme de voir un jour le monde entier plier le genou pour adorer votre très souveraine Majesté ! Père de mon Seigneur Jésus-Christ, si mon sang et ma vie étaient nécessaires pour cela, j'offrirais volontiers mon sang, ma vie et mille vies, si je les avais.

Que votre Nom soit sanctifié. Faites, ô Père, que mon âme et celles du monde entier aient toujours une plus claire connaissance de votre Majesté. Nous savons, Père, avec tous les saints, quelle est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur (32) : nous connaissons la largeur de vos bienfaits envers nous, qui est plus vaste que la mer et la terre ; la longueur de vos promesses, qui sont infinies ; la hauteur de votre Majesté, qui est immense : la profondeur de vos jugements, qui sont un abîme.

Que votre Nom soit sanctifié. Père saint, toutes vos créatures m'excitent à louer votre saint Nom, à vous bénir incessamment : les Anges avec leur douce musique, vous chantent sans cesse de suaves matines, vous louent, vous bénissent et ne cessent de s'écrier : Saint, Saint, Saint, le Seigneur, (33)Dieu des armées, et ils m'invitent à leur tenir compagnie. Les cieux, avec leurs continuels mouvements, les étoiles avec leur brillante lumière, et surtout ces deux plus grands luminaires,(34) le soleil et la lune, par la splendeur de leur clarté, m'excitent à adorer et bénir votre saint Nom. Tous les éléments, le feu, l'air, l'eau, la terre, les oiseaux qui volent dans l'air, les poissons qui nagent dans la mer, les fleuves, les fontaines, les monts et les vallées, les plantes de la terre et enfin tous les animaux qui la parcourent, me prêchent l'adoration et me disent de vous bénir. Donc, ô Père, que votre Nom soit sanctifié (35) ; daignez faire de moi un saint, afin que je ne cesse de bénir votre souveraine Majesté et que le monde, voyant que je suis occupé à vous louer et à vous bénir, vous glorifie, ô notre Père, et sanctifie votre Nom qui est béni dans les siècles des siècles. (36) 

Sur ces paroles : Que votre règne arrive  

Deuxième demande   

Je vous demande, ensuite, ô Père, le royaume des Bienheureux, ce royaume de tous les siècles, si ardemment désiré par un fils, celui où reposeront nos âmes et où elles jouiront. En ce saint royaume, nous vous louerons toujours, nous vous aimerons et nous jouirons de vous, ô Père saint, avec votre Fils béni et le Saint-Esprit. 0 Père saint, que votre règne arrive, parce que c'est dans ce but que vous avez créé nos âmes ; que votre règne arrive, parce que c'est pour cela que vous avez voulu que votre Fils mourût sur l'arbre de la croix ; que votre règne arrive, pour que je bénisse votre nom : les justes sont dans l'attente de la justice que vous me rendrez (37); vos Anges et tous les Saints désirent ce jour, parce qu'il découvrira en vous, Père, un abîme d'infinie beauté, de puissance infinie ; c'est pourquoi ils désirent ardemment avoir de nombreux compagnons qui les aident à louer et à aimer votre souveraine Majesté. Dans votre bonté, Seigneur, répandez vos bienfaits sur Sion et que les murs de Jérusalem soient bâtis. (38)Voyez, ô Père, une bonne partie des murs de votre Jérusalem sont tombés jusqu'au profond de l'enfer ; recueillez-nous dans votre bonté, ô Père saint, et placez-nous dans cette glorieuse cité, afin que vous puissiez achever de bâtir ses saintes et bénites murailles.

Que votre règne arrive : Père saint, bannis de votre royaume, nous sommes " dans cette vallée de larmes. " Faites, ô Père, que nous y revenions. Comme les pèlerins désirent la dernière journée qui terminera leur voyage et où ils retrouveront leur ville et leurs demeures, ainsi nous désirons que votre règne arrive, afin que s'achève notre pèlerinage et que nous entrions dans le séjour que vous nous avez préparé dans votre saint royaume.

Que votre règne arrive : nous sommes en guerre; faites, Seigneur, que nous remportions la victoire, afin que nous obtenions le prix qui est votre saint royaume. Vous êtes juste, Seigneur, vous serez trouvé juste dans votre sentence.(39) Vous nous avez promis votre royaume; je vous prie donc humblement de ne pas regarder nos démérites, mais le sang précieux de votre Fils bien aimé Jésus-Christ Notre-Seigneur : Regardez, l'ère, la face de votre Christ, et que par votre Christ votre règne arrive.(40)

Que votre règne arrive. Oh ! jour heureux ! Oh ! heure bénie ! Quand sera-ce, ô Père, que ce jour s'approchera et que viendra cette heure ? Quand viendrai-je et apparaîtrai-je devant votre face ? (41)Quand verrai-je, ô Père, les murs de votre royaume, travaillés avec des pierres précieuses ? Quand frapperai-je à tes portes, ô céleste Jérusalem ? Quand verrai-je tes riches palais ? quand jouirai-je de tes beaux jardins revêtus de fleurs éternelles ? quand m'abreuverai-je à tes sources de vie ? 0 Père saint, quand verrai-je dans votre royaume ces innombrables légions d'Anges et de Saints pleins de gloire, ces choeurs de vierges qui, les palmes à la main, chantent et suivent votre Agneau ? (42)Quand donc mes oreilles en- tendront-elles la douce musique, l'harmonie des Anges et le concert des Saints qui tous chantent devant vous : Saint, Saint, Saint le Seigneur, Dieu des armées ? Que vos tabernacles sont aimables, ô Seigneur des armées ! 0 Dieu des Anges, qu'ils sont beaux, qu'ils sont aimables vos tabernacles ! Mon âme s'épuise en soupirant après les parvis du Seigneur (43); mieux vaut un jour dans vos parvis que mille [loin de vous]. Donc, ô Père éternel qui êtes aux Cieux, afin que je puisse jouir de votre glorieuse présence et voir la gloire de votre Majesté, pour la louer, aimer et bénir [et être enfin, logé parmi] vos fils, je vous prie humblement, qu'une fois dépouillé de mon enveloppe mortelle, voire règne arrive.

Que votre règne arrive. Voici, Père, votre royaume : mon corps et mon âme. Dans ce royaume vous voulez régner; je vous le rends, ô Père, je vous le donne, qu'il soit bien vôtre, puisqu'en réalité il est vôtre ; que je ne l'usurpe pas, que je ne le livre plus au démon, au monde ni à la chair, qui sont de très cruels tyrans, mais à vous qui en êtes le vrai Seigneur. Donc, ô Père, que votre règne arrive. Régnez dorénavant en mon âme : en ma mémoire, afin qu'elle se souvienne toujours de vous ; en mon intelligence, afin qu'elle considère toujours votre bonté infinie et votre grandeur ; en ma volonté, afin que sans cesse elle vous aime, vous loue et vous bénisse. Régnez, ô Père, en mon corps et en tous ses sens, afin qu'il s'emploie tout entier à votre saint service et que je sois un royaume où votre Majesté règne paisiblement dans les siècles des siècles.

Sur ces paroles : Que votre volonté soit faite sur la terre comme au Ciel  

Troisième demande  

Père, je vous prie aussi que votre très sainte volonté soit faite sur la terre comme elle se fait au Ciel. Faites, ô Père, que de même qu'en cette terre des vivants,(44) qui est le Ciel, tous les Anges et les Saints font votre divine volonté, ainsi sur cette terre des mourants, qui est ce monde, mon âme fasse votre sainte volonté. Votre volonté, ô Père, est sainte et bonne, la mienne est mauvaise et sensuelle : que votre volonté, donc, soit faite sur cette terre de mon âme comme au Ciel. Mon âme sera bénie lorsqu'en tout elle se rendra conforme à votre volonté. Père saint, ôtez de mon âme, je vous prie, la volonté propre et greffez en elle la vôtre, afin que toujours votre volonté se fasse et jamais la mienne. Lorsqu'à un arbre on coupe une branche et qu'on y greffe une autre meilleure, bien meilleurs aussi sont ses fruits ; enlevez de cet arbre, ô Père, la petite branche de la volonté propre et greffez-y celle de votre volonté sainte ; alors je suis sûr qu'il portera de très beaux fruits. Tous mes défauts et péchés procèdent de cette volonté mauvaise. Donc, Seigneur, qu'attendez-vous ? Coupez seulement ce qui est mien et greffez ce qui est vôtre. Je dirai, ô Père, avec votre Fils bien aimé Notre-Seigneur Jésus-Christ : Père, non pas ma volonté, mais la vôtre soit laite ; Père, non ce que je veux, mais ce que vous voulez, Père, que votre volonté soit faite sur la terre comme, au Ciel. (45)

Je vous prie aussi, Père, que de même, que les esprits angéliques, signifiés par les cieux, font toujours votre très sainte volonté, de même l'âme des pécheurs, représentés par la terre, fasse aussi ce qui est de votre volonté, car de cette manière ils ne vous offenseront plus.

Je vous demande avec instance, ô Père, que votre volonté soit faite en moi et en tous, parce que je suis sûr que votre volonté est que nous soyons tous des saints. Soyez saints,car je suis saint : et : Ce que je veux, c'est votre sanctification.(46) 0 Source de toute sainteté, faites-nous saints, car telle est votre volonté. Quel est donc l'homme si aveugle d'intelligence qu'il ne désire être saint ? Père saint, je ne cherche, je ne désire autre chose , mes richesses, mes biens, mes trésors seront d'être saint. Que votre volonté soit donc faite en moi, afin que je sois saint.

Père saint, que votre volonté soit faite sur la terre comme au Ciel. " Votre volonté est que je sois ferme dans la foi, humble dans la conversation, modeste dans mes paroles, juste dans mes actions, miséricordieux avec les nécessiteux, bien réglé dans mes moeurs ; que je ne fasse injure à personne, que je supporte tous les hommes, qu'avec tous je garde la paix, que je vous aime comme Père, que je vous craigne comme père. " Que votre volonté soit faite. Père, c'est cela que je veux, que je demande, que je désire de tout mon coeur, que votre volonté sainte soit faite en moi. Que l'accomplissement de votre volonté soit le plaisir, le contentement, la joie de mon âme en tout lieu et en tout temps ; car je sais, Père, qu'il est plus utile à mon âme de souffrir tous les tourments du monde, si telle est votre volonté, que de jouir de tous les divertissements et plaisirs des enfants d'Adam. La joie des Anges, le désir des Saints et la consolation des justes sont en cela : que votre volonté soit faite. Que votre volonté soit faite sur la terre comme au Ciel ; je vous prie donc, ô Père, que votre volonté soit faite en moi.

Enfin, ô Père, vous et votre Fils bien aimé m'avez déclaré votre volonté quand celui-ci a dit : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre coeur, de toute votre âme, de tout votre esprit et de toutes vos forces, et votre prochain comme vous-même.(47) 0 Père, puisque votre volonté est que je vous aime de tout mon coeur, de toute mon âme et de toutes mes forces, donnez-moi, ô Père, de faire " ce que vous ordonnez et ce que vous voulez. " Source de charité, donnez-moi la charité ; abîme d'amour infini, donnez-moi l'amour. Allumez, Père, cette lampe de mon âme avec la lumière de votre amour. Vous nous avez ordonné, Père, qu'il y eût toujours du feu sur votre autel.(48) Je vous offre, ô Père, mon âme pour autel; faites que le feu de votre amour brûle sans cesse en elle. 0 Lumière éternelle, " qui éclairez toute lumière et consumez dans l'éternelle, splendeur des milliers et des milliers d'étincelants flambeaux devant le trône de votre Divinité dès le point du jour ! " 0 Lumière éternelle qui éclairez toute lumière et la conservez dans votre éternelle splendeur, des milliers et des milliers d'Anges sont devant votre Majesté comme autant de flambeaux allumés par le feu de votre charité et brûlent continuellement sans se brûler ni se consumer. Permettez- moi, mon Dieu et mon Père, d'approcher de vous, Feu d'amour, ce flambeau de mon âme, afin qu'étant allumé, il brûle sans cesse, vous airnant vous-même et le prochain en vous : ainsi sera faite en moi votre sainte volonté.

Sur ces paroles . Donnez-nous aujourd'hui notre Pain de chaque jour  

Quatrième demande

Oui, Père, les enfants ont besoin de pain ; ne nous le refusez pas, de peur que nous ne mourions. Donnez-nous, ô Père, notre Pain supersubstantiel,(49) votre Fils unique Jésus-Christ Notre-Seigneur dans le Très Saint Sacrement, afin que par ce Pain nous soyons nourris dans la vie spirituelle, nous croissions dans la vertu et nous soyons tellement fortifiés, que nous puissions faire le voyage en cette vallée de larmes, jusqu'à la montagne de Dieu, à Horeb. (50)Père saint, ce Pain est celui que votre Fils nous a apporté, ce sont les choses merveilleuses qu'il a opérées, prêchées, endurées ; faites, ô Père saint, que pendant la durée de ce pèlerinage, cette manne céleste ne vienne jamais à nous manquer et que nous goûtions son immense suavité. (51)

Les yeux de tous les êtres sont tournés vers vous dans l'attente, Seigneur, et vous leur donnez la nourriture en temps opportun (52); les yeux de vos enfants vous regardent, ô Père, et demandent ce Pain de vie,(53) parce que par lui on mène une vie céleste. Moi donc, Père, l'un de vos enfants, bien que d'ailleurs indigne, grand par les années, mais très petit en mérites, affamé et besogneux, je vous demande le pain. Et parce qu'en moi se trouvent deux substances, l'une corporelle, l'autre spirituelle, pour toutes deux je vous demande du pain. Pour le corps, qui est terre, je vous demande le pain de la terre ; pour l'âme, qui est esprit, je vous demande le Pain céleste, le Pain des Anges.(54) Or, Père plein de pitié, souvenez-vous que lorsque les petits enfants demandent du pain à leur père, surtout s'ils ont bien faim, ils crient de toutes leurs forces ce mot : Pain, pain ! et avec ce mot, comme avec autant de flèches, ils blessent le coeur de leurs pères qui, sur la terre, cherchent du pain pour le donner à leurs enfants. Me voici bien affamé, ô notre Père ; écoutez ce mot que je vous adresse :, Du pain, Père, du pain ! Daignez donc, Père saint, ouvrir les entrailles de votre miséricorde,(55) et puisque vous le pouvez, secourez-moi et donnez à votre enfant le pain de voire grâce et le Pain supersubstantiel du Très Saint Sacrement.

Donnez-nous en outre, ô Père, le, pain de votre suave et très douce parole, rompez-le-nous, coupez-le en morceaux par le moyen de vos ministres qui sont vos prédicateurs ; faites qu'il fructifie dans nos âmes, comme ce bon grain qui tomba dans la bonne terre et qui rapporta le cent pour un. (56)

Enfin, Père, je suis maintenant sous la table de votre haute Majesté, où mangent une multitude d'Anges et de Saints ; agenouillé devant votre face royale, humilié en votre présence comme les petits chiens qui sont sous la table de leurs maîtres (57) guettant les miettes qui en tombent, daignez m'honorer de cette suavité, de cette douceur que goûtent les Bienheureux à votre table, afin que dans mon oraison je goûte quelque chose de ce que goûtent vos enfants au Ciel. Faites, ô Père, que mon oraison ne soit pas aride et sèche, mais douce et suave, avec le pain de vos consolations et de vos visites.

Sur ces paroles : Pardonnez-nous nos offenses comme nous les pardonnons à ceux qui nous ont offensés  

Cinquième demande

Père, nous sommes pauvres et pleins de dettes ; vous, vous êtes riche et notre créancier ; il faut que le riche remette au pauvre ses dettes : remettez-mous donc nos dettes. Père, faites miséricorde à votre enfant qui a contracté autant de dettes qu'il a commis de péchés. Quel est le père qui ne remettrait pas à son fils tombé en grande pauvreté n'importe quelle dette, si humblement il le lui demandait ? Et qui donc, ô Père saint, est un fils plus pauvre et plus chargé de dettes que moi ? Voici que, comme un autre publicain,(58) humblement je vous prie : remettez-moi tant de dettes de péchés par lesquels je vous ai offensé " 0 Dieu, dont le propre est de faire toujours miséricorde et de pardonner, " ayez pitié de ce pauvre enfant et remettez-moi toutes mes dettes; je reconnais, ô Père, que les dettes sont nombreuses (dix mille talents), (59)parce que j'ai péché contre toute votre loi ; mais les richesses de votre miséricorde les surpassent infiniment. Souvenez-vous, ô Père, de vos miséricordes qui sont éternelles,(60) et de même que vous avez usé de miséricorde à l'égard de tant de vos serviteurs, daignez me remettre tous mes péchés.

Je me souviens, ô Père, de votre miséricorde à l'égard de votre ancien peuple à qui tant de fois vous pardonnâtes ses péchés. (61)Je me rappelle, ô Père, que vous vous êtes souvenu de votre serviteur David et que vous lui avez pardonné sa grande faute. Je me souviens, ô Père, que votre bien aimé Fils, étant en ce monde, regarda d'un oeil de pitié son Apôtre quand il le renia et Madeleine quand elle se convertit, et enfin qu'il recevait tous les pêcheurs à pénitence et mangeait avec eux.(62) Vous n'êtes point changé ; vous étiez autrefois le Dieu très miséricordieux, vous ne l'êtes pas moins maintenant ; vous êtes le même Dieu que jadis, votre miséricorde n'est pas finie puisqu'elle est infinie; elle ne s'est point arrêtée puisqu'elle n'a point d'arrêts et que, plutôt, on fermerait le Ciel ; elle n'a pas cessé, puisque de même que le feu opère toujours tant qu'il y a de la matière à consumer, ainsi votre miséricorde, tant qu'il y a des péchés à brûler et des dettes à remettre. Sa miséricorde s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent (63): cantique de la très sainte Mère de votre Fils béni, Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui savait bien qu'elle était immense. Vous avez mis, Seigneur, des bornes à la mer, mais vous avez laissé sans bornes votre miséricorde, afin que toujours elle aille chercher les pécheurs chargés de dettes pour leur pardonner. Voilà, ô Père, que votre miséricorde se rencontre avec le plus grand pécheur entre tous les pécheurs, avec celui qui a plus de dettes qu'aucun autre enfant d'Adam : effacez mes péchés, remettez-moi la grande somme de mes dettes et passez toujours plus avant pour chercher les autres débiteurs. Un abîme appelle un autre abîme (64); le fils de la misère invoque [le Père des miséricordes.] Que l'abîme absorbe un autre abîme; que l'abîme, mes misères infinies, soit absorbé par l'abîme. Je sais, ô Père, que tous mes péchés, pour nombreux qu'ils soient, et tous ceux du monde entier, sont devant votre miséricorde comme un brin de paille en présence d'un grand feu. Enfin je vous prie, Père saint, par votre miséricorde infinie, par la vertu de cette Passion que votre Fils bien aimé endura sur le bois de la croix et par les mérites et l'intercession de la Bienheureuse Vierge et de tous les élus qui existent depuis le commencement du monde, de daigner nous remettre nos dettes.

Comme nous les remettons à ceux qui nous ont offensés. 

Je vous prie aussi, ô Père, de me donner assez de vertu et votre grâce pour que je puisse parfaitement pardonner à ceux qui m'ont offensé ; et si vous trouvez dans mon coeur quelque reste d'imperfection contre ceux qui m'ont offensé, vous, Père, par le feu de votre charité, faites-le disparaître, brûlez-le, faites que nulle trace ni ombre de rancune demeure dans mon coeur, afin que je puisse dire en toute vérité : Pardonnez-nous nos offenses comme nous les pardonnons à ceux qui nous ont offensés.

Et ne nous induisez point en tentation  

Nous sommes, ô Père, en un lieu de tentation. Notre adversaire, le diable, rôde autour de nous, cherchant qui dévorer.(65) Donnez les moyens, portez secours, ô Père ; les ennemis sont aussi nombreux que le sable de la mer et expérimentés dans le combat ; mon âme est languissante, faible, impuissante si vous ne venez à son aide. Saisissez donc vos armes et votre bouclier, et levez-vous pour me secourir ; tirez la lance et barrez le passage à mes persécuteurs (66) ; dites à mon âme : Je suis ton salut. 0 Seigneur, que cette pauvre âme a besoin de votre grâce, de votre secours, de votre assistance pour ne pas succomber aux tentations ! Une petite brebis au milieu des loups se perd si le berger ne la sauve ; ainsi, Père, cette âme au milieu de tant de loups qui l'assaillent dans un monde où elle est sollicitée par mille occasions de péchés, avec la chair qui continuellement la combat, que fera-t-elle sans votre secours?

Père saint, je lèverai mes yeux au Ciel d'où me viendra le secours ; mon secours vient du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. O Père des miséricordes et Dieu de toute consolation, venez à mon aide ; Seigneur, hâtez-vous de me secourir. Père saint, quand donc ferez-vous justice de ceux qui me persécutent ?(67) Faites justice, Seigneur, de ceux qui cherchent la mort de mon âme, donnez-moi cependant votre aide pour ne point tomber, pour ne pas vous offenser. Je ne demande pas que vous me délivriez des tentations, ô Père, mais je vous demande la grâce et la force pour résister et combattre énergiquement. Par amour pour vous, je veux bien avoir des tribulations et des angoisses en ce monde, pourvu que dans les tribulations mon âme ne défaille pas. Faites, Seigneur, que, comme l'or dans la fournaise (68)devient plus beau, ainsi mon âme jetée dans la fournaise des tribulations, devienne plus pure, lumineuse et resplendissante. Qu'elle ne soit pas comme la paille qui, par manque de force, se laisse brûler et consumer par le feu. Que je sois plutôt comme vos Saints qui, en ce monde, jetés dans les flammes et le feu, restèrent forts et fermes, et ensuite, comme des pierres précieuses, en sortirent avec plus de splendeur et de lumière. Ne nous induisez donc pas en tentation, ô Père, afin que nous n'offensions pas une telle Majesté.

Mais délivrez-nous du mal. Ainsi soit-il

Père saint, je reconnais vos miséricordes sur moi, car vous m'avez préservé de beaucoup de maux que j'avais mérités par mes péchés ; autant de fois que je péchai, autant de fois je méritai ce mal infini qui est la damnation éternelle. Qu'ils sont nombreux, Père, ceux qui ont encouru ce malheur ! Ils avaient commis moins de péchés que moi ; et combien, parce qu'il ne leur fut pas donné, comme à moi, le loisir de faire pénitence, moururent misérablement dans leurs péchés et se perdirent ! Je vous en prie, ô Père, délivrez-moi désormais de toute faute, afin que j'échappe aux peines de l'enfer ; faites, Seigneur, que je ne vous offense plus ; vous avoir offensé dans le passé est bien suffisant. Que mes péchés, Seigneur, ne se multiplient pas comme le sable de la mer (69)et les étoiles du ciel ; que l'enfer ne m'engloutisse pas et que la fosse ne se ferme pas sur moi. (70)

Vous m'avez délivré, ô Père, de beaucoup de maux qui sont en ce monde. Que d'aveugles, que de sourds, que de muets, que de paralytiques sont au nombre des enfants d'Adam ! et vous, Seigneur, m'avez préservé de tous ces maux, bien que je fusse comme eux enfant d'Adam, et pécheur plus qu'eux tous ; cependant, cela me servirait de peu de chose ou même de rien, si vous ne me délivriez du mal du péché. Donc, du péché, de la faute et de la peine due au péché, je demande d'être délivré . Mais délivrez-nous du mal.

Vous m'avez délivré, ô Père, des ténèbres et de l'aveuglement où se trouvent les Turcs, les Maures, les Juifs, les Gentils et payens, me faisant naître dans le sein de la sainte Eglise ; délivrez-moi, ô Père, des ténèbres et de l'aveuglement du péché, afin que je jouisse du sang et des mérites de votre Fils béni, Jésus-Christ mon Seigneur, et que je sois compté parmi vos enfants, qui sont les fils de la lumière (71) dans votre. Royaume.

Père, je me rappelle cette bonne femme de Thécua qui, entrant chez le roi David, lui demanda pardon pour Absalon son fils ; et ce bon roi, entendant que la demande avait été ordonnée par le capitaine Joab,(72) son bien aimé et son favori, aussitôt il lui accorda la grâce qu'elle implorait. Père, votre saint et bien aimé Fils Jésus-Christ m'a ordonné de faire cette prière et m'a envoyé à vous afin que je vous demande les grâces qui y sont contenues. Ne me regardez pas, ô Père, moi qui suis le plus grand de tous les pécheurs, mais regardez votre Fils très saint et béni, le plus grand de tous les Saints, voire le Sanctificateur d'eux tous(73) ; et par l'amour que vous lui portez, accordez-moi ce qu'il m'a ordonné de vous demander.

Je me souviens aussi, Père, qu'il n'était pas permis aux fils de Jacob de paraître une seconde fois en présence de Joseph s'ils ne conduisaient avec eux leur frère cadet Benjamin(74) ; et à nous il n'est pas permis de paraître en votre présence sans notre frère aîné, qui est votre Fils unique Jésus-Christ. Voilà donc, ô Père, je viens maintenant devant vous avec votre saint Fils, mon Seigneur Jésus. je vous le présente, et vous prie humblement que par ses mérites et par sa très sainte Mort et Passion vous daigniez m'accorder ce que lui-même, dans cette Oraison et cette requête qui sont siennes, m'a ordonné de vous demander, afin que mon âme soit toute vôtre et qu'elle vous loue et bénisse dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

1. - Jc 1,17

2. - Gn 18,27

3. - Ap 17,14 ; 19,16

4. - 1 Ep 3,1

5. - Ps 17,2

6. - Mt 4,23

7. - Ps 6,3

8. - Mt 17,2

9. - Hab 3,16

10. - Ps 50,10

11. - Hab 3,18

12. - Ps 19,8

13. - Lc 1,42

14. - Lc 15,18

15. - Rm 9,28

16. - Ex 16,14

17. - 1 Co 2,2

18. - Jb 10,8

19. - Ps 137,8

20. - 1 P 1,15

21. - Is 6,3

22. - Sg 7,26

23. - Jn 1,9

24. - Ap 22,2

25. - Lm 1,13

26. - Ct 8,7

27. - Co 3,1

28. - Ps 15,5 ; Mt 6,20 ;

29. - Ps 38,13 ; 1 P 2,11

30. - Ph 3,20

31. - Gn 1,26 ; 5,11 ; 9,6

32. - Ep 3,8

33. - Is 6,2 ; Ap 4,2

34. - Gn 1,16

35. - Mt 5,16

36. - Rm 5,16

37. - Ps 141,8

38. - Ps 1,20

39. - Ps 118,137

40. - Ps 83,10

41. - Ps 41,3 ; Ap 21,18

42. - Ap 7,9 ; 14,4

43. - Ps 83,2

44. - Ps 26,13 ; 141,6

45. - Mt 6,9 ; 26,42 ; Mc 14,36

46. - Lv 11,44 ; 19,2 ; 1 Th 4,3

47. - Mc 12,30

48. - Lv 6,12

49. - Mt 6,11

50. - Ps 83,7 ; 3 R 19,8

51. - Sg 16,20

52. - Ps 144,15

53. - Jn 6,35

54. - Ps 77,25

55. - Lc 1,78

56. - Mt 13,8

57. - Mt 15,27

58. - Lc 18,13

59. - Mt 18,24

60. - Ps 24,6

61. - 2 R 12,13

62. - Lc 7,37 ; 15,1 ; 22,55

63. - Lc 1,50

64. - Ps 41,8

65. - 1 P 5,8

66. - Ps 34,2

67. - Ps 120,1 ; 2 Co 1,3 ; Ps 69,2 ; Ps 118,84

68. - Pr 17,3 ; 27,21 ; Sg 3,6

69. - Jb 6,3

70. - Ps 68,16

71. - Lc 16,8 ;Ep 5,8 ; 1 Th 5,5

72. - 2 R 14,1

73. - 1 Co 1,30

74. - Gn 42,20 ; 43,3 ; 44,23  

 

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