Grégoire le Grand quelques écrits

Gregoirelegrand

64eme pape de 590-604

Liste des lectures

Marie Madeleine

Mes brebis écoutent ma voix, et moi je leur donne la vie éternelle

 Redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche 

Le Royaume des cieux subit la violence ; des violents s'en emparent 

C'est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie

Jésus, fils de David, aie pitié de moi 

Pour la première fois, il les envoie deux par deux 

Le jeûne qui plaît à Dieu

Maitre …Père …

Les bienfaits ….

Offrir avec amour au Seigneur

Offrande du cœur

Heureux ceux qui croient sans avoir vu

Ne pas se laisser posséder

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Je Suis

Au lever du jour, Jésus était là, sur le rivage 

Je leur donne la vie éternelle

Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : c'est lui qui vient derrière moi

Femme, te voilà délivrée de ton infirmité

Vois ! Ta foi t'a sauvé 

Heureux les invités aux noces de l'Agneau

Allez, vous aussi, à ma vigne

Les ouvriers de la vigne du Seigneur

Quarante jours pour grandir dans l'amour de Dieu et de notre prochain

L'Esprit Saint vous enseignera tout ; il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit

Ma coupe, vous y boirez 

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Pourquoi êtes-vous restés là toute la journée sans rien faire ?

Tous sont devenus pécheurs parce qu'un seul homme, Adam, a désobéi

N’oubliez pas l’hospitalité 

Jean le Baptiste, précurseur du Christ dans la mort comme dans la vie

Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route

Le Royaume des cieux est à eux

Aucun domestique ne peut servir deux maîtres

Que l’amour nous attire à sa suite

Je leur donne la vie éternelle

Vous avez été rachetés par un sang précieux

De même que tous sont devenus pécheurs parce qu’un seul homme a désobéi, 

Job dans l’épreuve. 

Simplicité et rectitude

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Il criait de plus belle 

Une brèche ouverte

Allez dire à ses disciples : ' Il est ressuscité

Il t'appelle par ton nom

Tous ceux qui le touchèrent étaient sauvés

Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul

Aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent 

Sachez que le Royaume de Dieu est proche

Le Seigneur envoie ses disciples 

Les ouvriers sont peu nombreux 

Les noms des anges

 Je fais de toi un guetteur

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.......

 Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement

Pierre tire le filet jusqu'au rivage

Parler avec audace et discernement

Porter du fruit par la persévérance

Nos lampes s'éteignent 

Tu auras un trésor dans les cieux

Le double combat de l'Apôtre

Avez-vous vu celui que mon cœur aime ?

Jésus se mit à faire des reproches aux villes qui...ne s'étaient pas converties

Nous sommes à l'aurore de la lumière parfaite. 

Le témoin intérieur 

L'accomplissement de la loi, c'est l'amour

Gregoirelegrand

64eme pape de 590-604

 

Marie Madeleine

Marie Madeleine, après être venue au tombeau sans y trouver le corps du Seigneur, crut qu'on l'avait enlevé et porta cette nouvelle aux disciples. Une fois venus, ceux-ci constatèrent et ils crurent qu'il en était comme elle l'avait dit. L'Évangile note aussitôt : Après cela, les disciples rentrèrent chez eux. Puis il ajoute : Mais Marie restait là dehors, à pleurer.

À ce sujet, il faut mesurer avec quelle force l'amour avait embrasé l'âme de cette femme qui ne s'éloignait pas du tombeau du Seigneur, même lorsque les disciples l'avaient quitté. Elle recherchait celui qu'elle ne trouvait pas, elle pleurait en le cherchant, et, embrasée par le feu de son amour, elle brûlait du désir de celui qu'elle croyait enlevé. C'est pour cela qu'elle a été la seule à le voir, elle qui était restée pour le chercher, car l'efficacité d'une œuvre bonne tient à la persévérance, et la Vérité dit cette parole : Celui qui aura persévéré jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé.

Elle a donc commencé par chercher, et elle n'a rien trouvé ; elle a persévéré dans sa recherche, et c'est pourquoi elle devait trouver ; ce qui s'est produit, c'est que ses désirs ont grandi à cause de son attente, et en grandissant ils ont pu saisir ce qu'ils avaient trouvé. Car l'attente fait grandir les saints désirs. Si l'attente les fait tomber, ce n'était pas de vrais désirs. C'est d'un tel amour qu'ont brûlé tous ceux qui ont pu atteindre la vérité. Aussi David dit-il : Mon âme a soif du Dieu vivant : quand pourrai-je parvenir devant la face de Dieu ? Aussi l'Église dit-elle encore dans le Cantique des cantiques : Je suis blessée d'amour. Et plus loin : Mon âme a défailli.

Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? On lui demande le motif de sa douleur, afin que son désir s'accroisse, et qu'en nommant celui qu'elle cherchait, elle rende plus ardent son amour pour lui.

Jésus lui dit : Marie. Après qu'il l'eut appelée par le mot banal de « femme », sans être reconnu, il l'appelle par son nom. C'est comme s'il lui disait clairement : « Reconnais celui par qui tu es reconnue. Je ne te connais pas en général, comme les autres, je te connais d'une façon particulière. » Appelée par son nom, Marie reconnaît donc son créateur et elle l'appelle aussitôt Rabboni, c'est-à-dire maître, parce que celui qu'elle cherchait extérieurement était celui-là même qui lui enseignait intérieurement à le chercher.

HOMÉLIE SUR L'ÉVANGILE DE JEAN

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« Mes brebis écoutent ma voix, et moi je leur donne la vie éternelle » 

Moi, je suis le bon Pasteur. Et je connais mes brebis (c'est-à-dire je les aime), et mes brebis me connaissent . C'est comme s'il disait clairement : Ceux qui m'aiment m'obéissent, car celui qui n'aime pas la vérité, maintenant même ne la connaît pas du tout.

Puisque vous avez entendu, frères très chers, le péril qui nous menace, nous les pasteurs, évaluez, grâce aux paroles du Seigneur, le péril qui est le vôtre. Voyez si vous êtes ses brebis, voyez si vous le connaissez, voyez si vous percevez la lumière de la vérité. Je parle de percevoir, non par la foi, mais par l'amour. Je parle de percevoir, non par la croyance, mais par l'action. Car saint Jean, qui parle dans notre évangile, atteste cela lorsqu'il dit ailleurs : Celui qui prétend connaître Dieu, et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur.

C'est pourquoi, dans notre passage, le Seigneur ajoute aussitôt : Comme le Père me connaît, moi je connais le Père, et je donne ma vie pour mes brebis . C'est comme s'il disait clairement : Ce qui prouve que je connais le Père et que je suis connu de lui, c'est que je donne ma vie pour mes brebis : c'est-à-dire : je montre combien j'aime le Père par l'amour qui me fait mourir pour mes brebis. ~

Au sujet des brebis, il dit encore : Mes brebis entendent ma voix, et moi je les connais, elles me suivent, et je leur donne la vie éternelle . Et un peu plus haut il avait dit à leur sujet : Si quelqu'un entre en passant par moi, il sera sauvé il pourra entrer et sortir, et il trouvera un pâturage . Il entrera pour avoir la foi ; il sortira en passant de la foi à la vision, de la croyance à la contemplation, et il trouvera un pâturage en arrivant au festin éternel.

Les brebis du bon Pasteur trouvent donc un pâturage parce que tout homme qui le suit avec un cœur simple est nourri dans la pâture des prairies intérieures. Et quel est le pâturage de ces brebis-là, sinon les joies éternelles d'un paradis toujours vert ? Car le pâturage des élus, c'est le visage de Dieu, toujours présent : puisqu'on le regarde sans interruption, l'âme se rassasie sans fin de l'aliment de vie. ~ 

Recherchons donc, frères très chers, ce pâturage où nous trouverons notre joie au cœur de la fête célébrée par tant de nos concitoyens. Que leur allégresse nous y invite. ~ Réchauffons nos cœurs, mes frères, que notre foi se ranime envers ce qu'elle croit, que nos désirs s'enflamment pour les biens célestes : c'est déjà partir à leur rencontre que de les aimer.

Aucun obstacle ne doit nous enlever la joie de la solennité intérieure, car si l'on désire se rendre à un endroit qu'on s'est fixé, aucune difficulté ne peut changer ce désir. Aucune prospérité flatteuse ne doit nous en détourner ; il est fou, le voyageur qui, apercevant sur sa route de gracieuses prairies, oublie le but de son voyage.

HOMÉLIE 

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« Redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche »

      « Les puissances des cieux seront ébranlées. » Qui le Seigneur appelle-t-il puissances des cieux, sinon les anges, les archanges, les Trônes, les Dominations, les Principautés et les Puissances ? (Col 1,16) Ils apparaîtront visiblement lors de la venue du Juge... « Alors on verra le Fils de l'homme venir sur les nuées avec une grande puissance et une grande majesté. » C'est comme si on disait clairement : « Ils verront dans la puissance et la majesté celui qu'ils n'ont pas voulu écouter lorsqu'il se présentait dans l'humilité »... Cela est dit à l'intention des réprouvés. Les paroles qui suivent sont adressées aux élus pour les consoler : « Quand cela commencera d'arriver, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche. » C'est comme si la Vérité avertissait clairement ses élus en disant : « Au moment où les malheurs du monde se multiplient..., réjouissez-vous en vos cœurs. Tandis que finit le monde, dont vous n'êtes pas les amis, la rédemption que vous avez désirée approche. »

      Ceux qui aiment Dieu sont invités à se réjouir de voir approcher la fin du monde, parce qu'ils trouveront bientôt le monde qu'ils aiment, lorsqu'aura passé celui auquel ils ne sont pas attachés. Que le fidèle désirant voir Dieu se garde bien de pleurer sur les malheurs qui frappent le monde, puisqu'il sait que ces malheurs mêmes amènent sa fin. Il est écrit en effet : « Celui qui veut être l'ami des choses de ce monde se rend ennemi de Dieu » (Jc 4,4). Celui qui ne se réjouit donc pas de voir approcher la fin de ce monde, celui-là montre qu'il est son ami, et par là il donne des preuves d'être l'ennemi de Dieu.

      Mais qu'il n'en soit pas ainsi du cœur des fidèles, de ceux qui croient qu'il existe une autre vie et qui, par leurs actes, prouvent qu'ils l'aiment... En effet, qu'est-ce que cette vie mortelle sinon un chemin ? Or, quelle folie, mes frères, que de s'épuiser sur cette route, tout en ne voulant pas en atteindre la fin !... Ainsi, mes frères, n'aimez pas les choses de ce monde, qui, comme nous le voyons d'après les événements qui se produisent autour de nous, ne pourra pas subsister longtemps. 

Homélies sur l'Évangile, n°1, 3

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« Le Royaume des cieux subit la violence ; des violents s'en emparent »

      Jean Baptiste nous recommande d'accomplir de grandes choses : « Produisez des fruits dignes du repentir » et encore : « Celui qui a deux vêtements, qu'il partage avec celui qui n'en a pas ; celui qui a de quoi manger, qu'il fasse de même » (Lc 3,8.11). N'est-ce pas donner à comprendre clairement ce qu'affirme celui qui est la Vérité : « Depuis le temps de Jean Baptiste jusqu'à présent, le Royaume des cieux se prend de force ; ce sont les violents qui s'en empare » ? Ces paroles nous viennent d'en haut ; nous devons les méditer avec une grande attention. Il faut rechercher comment le Royaume des cieux peut se prendre de force. Qui peut faire violence au ciel ? Et s'il est vrai que le Royaume des cieux se prend de force, pourquoi cela n'est-il vrai que depuis le temps de Jean Baptiste et non auparavant ?

      L'ancienne Loi...frappait les pécheurs par des peines rigoureuses, mais sans les ramener à la vie par la pénitence. Mais Jean Baptiste, annonçant la grâce du Rédempteur, prêche la pénitence afin que le pécheur, mort par suite de son péché, vive par l'effet de sa conversion : c'est donc vraiment depuis lors que le Royaume des cieux s'est ouvert à ceux qui le prennent de force. Qu'est-ce que le Royaume des cieux, sinon le séjour des justes ?... Ce sont les humbles, les chastes, les doux, les miséricordieux qui parviennent aux joies d'en haut. Mais quand les pécheurs...reviennent de leurs fautes par la pénitence, eux aussi obtiennent la vie éternelle et entrent dans ce pays qui leur était étranger. Ainsi..., en enjoignant la pénitence aux pécheurs, Jean leur a appris à faire violence au Royaume des cieux.

      Frères bien-aimés, réfléchissons donc nous aussi à tout le mal que nous avons fait et pleurons. Emparons-nous de l'héritage des justes par la pénitence. Le Tout-Puissant veut accepter cette violence de notre part ; il veut que nous ravissions par nos larmes le Royaume qui ne nous était pas dû selon nos mérites.

Homélie 20 sur les Evangiles, § 14 (trad. Le Barroux rev.)

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« C'est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie » 

  « Celui qui, comme moi, est tourné en dérision par ses amis invoquera Dieu, qui l'exaucera. » (Jb 12,4 Vulg)... Il arrive que l'âme persévère dans le bien, et pourtant subisse la dérision des hommes. Elle agit de manière admirable, et elle reçoit des injures. Alors celui que les louanges auraient pu attirer au dehors, repoussé par les affronts, rentre en lui-même. Et il s'affermit en Dieu d'autant plus solidement qu'il ne trouve à l'extérieur rien où il puisse se reposer. Il met toute son espérance dans son Créateur et, au milieu des moqueries outrageantes, il n'implore plus que le témoin intérieur. L'âme de l'homme affligé s'approche de Dieu d'autant plus qu'il est délaissé par la faveur des hommes. Il se répand aussitôt en prière, et sous l'oppression venue du dehors, il se purifie pour saisir les réalités intérieures. C'est pourquoi ce texte dit avec raison : « Celui qui, comme moi, est tourné en dérision par ses amis invoquera Dieu, qui l'exaucera... » Lorsque ces malheureux trouvent des armes dans la prière, ils rejoignent intérieurement la bonté divine : celle-ci les exauce parce que, extérieurement, ils sont privés de la louange des hommes...

      « On tourne en dérision la simplicité du juste. » (Jb 12,4) La sagesse de ce monde consiste à dissimuler le coeur sous des artifices, à voiler la pensée par des paroles, à montrer comme vrai ce qui est faux, à prouver la fausseté de ce qui est vrai. Au contraire, la sagesse des justes consiste à ne rien inventer pour se faire valoir, à livrer sa pensée dans ses paroles, à aimer la vérité comme elle est, à fuir la fausseté, à faire le bien gratuitement, à préférer supporter le mal plutôt que de le faire, à ne jamais chercher à se venger d'une offense, à considérer comme un bénéfice l'insulte qu'on reçoit pour la vérité. Mais c'est précisément cette simplicité des justes qui est tournée en dérision, car les sages de ce monde croient que la pureté est une sottise. Tout ce qui se fait avec intégrité, ils le considèrent évidemment comme absurde ; tout ce que la Vérité approuve dans la conduite des hommes apparaît une sottise à la soi-disant sagesse de ce monde.

Commentaire moral du livre de Job, 10, 47-48 ; PL 75, 946 (trad. bréviaire)

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« Jésus, fils de David, aie pitié de moi »

      Remarquons-le, c'est quand Jésus approche de Jéricho que l'aveugle recouvre la vue. Jéricho signifie « lune », et dans l'Ecriture Sainte la lune est le symbole de la chair vouée à disparaître ; à tel moment du mois elle décroît, symbolisant le déclin de notre condition humaine vouée à la mort. C'est donc en approchant de Jéricho que notre Créateur rend la vue à l'aveugle. C'est en se faisant notre proche par la chair, qu'il a revêtue avec sa mortalité, qu'il rend au genre humain la lumière que nous avions perdue. C'est bien parce que Dieu endosse notre nature que l'homme accède à la condition divine.

      Et c'est très justement l'humanité qui est représentée par cet aveugle, assis au bord du chemin et mendiant, car la Vérité dit d'elle-même : « Je suis le chemin » (Jn 14,6). Celui qui ne connait pas l'éclat de la lumière éternelle est bien un aveugle, mais s'il commence à croire au Rédempteur, alors il est « assis au bord du chemin ». Si, tout en croyant en lui, il néglige d'implorer le don de la lumière éternelle, s'il refuse de le prier, il reste un aveugle au bord du chemin ; il ne se fait pas demandeur... Que tout homme qui reconnaît les ténèbres qui font de lui un aveugle, que tout homme qui comprend que la lumière éternelle lui fait défaut, crie du fond de son coeur, qu'il crie de tout son esprit : « Jésus, fils de David, aie pitié de moi. » 

Homélie 2 sur l'Evangile (trad. Luc commenté, DDB 1987, p. 140 rev.)

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« Pour la première fois, il les envoie deux par deux »

      Notre Seigneur et Sauveur, frères très chers, nous instruit tantôt par ses paroles, tantôt par ses actions. Ses actions elles-mêmes sont des commandements, parce que, lorsqu'il fait quelque chose sans rien dire, il nous montre comment nous devons agir. Voici donc qu'il envoie ses disciples en prédication deux par deux, parce que les commandements de la charité sont deux : l'amour de Dieu et du prochain. Le Seigneur envoie prêcher ses disciples deux par deux pour nous suggérer, sans le dire, que celui qui n'a pas la charité envers autrui ne doit absolument pas entreprendre le ministère de la prédication.

      Il est fort bien dit qu'« il les envoya deux par deux devant lui dans toutes les villes et les localités où lui-même devait aller » (Lc 10,1). En effet, le Seigneur vient après ses prédicateurs, parce que la prédication est un préalable ; le Seigneur vient habiter notre âme lorsque les paroles d'exhortation sont venues en avant-coureur et font accueillir la vérité dans l'âme. C'est pourquoi Isaïe dit aux prédicateurs : « Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez les sentiers de notre Dieu » (40,3). Et le psalmiste leur dit aussi : « Frayez la route à celui qui monte au couchant » (Ps 67,5 Vulg). Le Seigneur monte au couchant parce que, s'étant couché par sa Passion, il s'est manifesté avec une plus grande gloire dans sa résurrection. Il est monté au couchant, parce que, en ressuscitant, il a foulé aux pieds la mort qu'il avait subie. Nous frayons donc la route à celui qui monte au couchant lorsque nous prêchons sa gloire à vos âmes, afin que, venant ensuite, il les éclaire par la présence de son amour.

Homélies sur l'Evangile, 17,1-3 ; PL 76,1139 (trad. bréviaire)

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Le jeûne qui plaît à Dieu

      C'est en mangeant le fruit de l'arbre défendu qu'Adam a transgressé les préceptes de vie (Gn 3,6). Quant à nous, c'est en réduisant ce que nous mangeons, autant qu'il est possible, que nous nous relèverons et que nous retrouverons la joie du Paradis.

      Que personne ne croie pour autant que seule cette abstinence puisse suffire. Par son prophète, Dieu nous dit en effet : « Ne savez-vous pas quel est le jeûne qui me plaît ? Partage ton pain avec l'affamé, héberge les pauvres sans abri, donne un habit à celui que tu vois nu, ne te dérobe pas à ton semblable » (Is 58,5-7). Voilà quel jeûne Dieu approuve : celui qui présente à son regard des mains remplies d'aumônes, un cœur rempli d'amour des autres, un jeûne tout pétri de bonté. Ce dont tu te prives personnellement, donne-le à quelqu'un d'autre. Ainsi ta pénitence corporelle contribuera au mieux-être corporel de ceux qui sont dans le besoin.

      Comprends d'ailleurs ce reproche du Seigneur dans la bouche du prophète : « Quand vous avez jeûné et gémi, est-ce pour l'amour de moi que vous avez multiplié vos jeûnes ? Quand vous mangiez et buviez, n'est-ce pas pour vous que vous mangiez, pour vous que vous buviez ? » (Za 7,5-6) C'est manger et boire pour soi que de consommer, sans les partager avec les pauvres, les aliments destinés à nourrir le corps ; ce sont des dons faits par le Créateur à la communauté des hommes. C'est encore jeûner pour soi que de se priver pour un temps mais de se réserver le fruit de ses restrictions pour le consommer plus tard. « Sanctifiez votre jeûne », dit le prophète (Jl 1,14)... Que cesse la colère ; que disparaissent les querelles ! La mortification du corps est vaine si le cœur ne s'impose pas une discipline pour réfréner ses désirs déréglés... Le prophète dit : « Quand vous jeûnez vous vous occupez de vos affaires. Vous frappez le pauvre ; vous opprimez vos ouvriers. Vous jeûnez dans la dispute et la colère » (Is 58,3-4)... Ce n'est en effet que si nous pardonnons que Dieu nous remettra à nous-mêmes notre injustice.

Homélies sur les évangiles, n°16

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Maitre …Père …

"Quand [le Seigneur dans l'Ecriture Sainte] se nomme Maître, il veut dire que nous avons été créés ; quand il se nomme Père, il veut dire que nous avons été adoptés ; quand il se nomme Epoux, il veut dire que nous lui avons été unis. Or le fait d'avoir été unis à Dieu est bien plus que d'avoir été créés et adoptés."

 (Commentaire sur le Cantique des Cantiques, 8 ; SC 314, p. 83).

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Les bienfaits ….

"Celui qui reçoit des bienfaits, mais qui, à l’époque des bienfaits, ne redoute aucunement l’épreuve, se précipite dans l’orgueil sous l’effet de la joie. Celui qui est broyé par les épreuves mais qui, à l’époque des épreuves, ne trouve aucun réconfort dans les bienfaits qu’il a eu le bonheur de recevoir, voit s’anéantir son équilibre spirituel par un désespoir total.
Il faut donc joindre les deux, pour que l’un vienne toujours soutenir l’autre de telle sorte que le souvenir du bienfait reçu atténue la peine causée par l’épreuve, et que l’éventualité et la crainte de l’épreuve refrènent la joie du bienfait."

(Commentaire moral du Livre de Job, 3, 16).

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Offrir avec amour au Seigneur

Les apôtres, "...qu’ont-ils abandonné à l’appel du Seigneur, et combien cela valait-il ? Ils n’avaient à peu près rien. Mais en pareil cas, frères très chers, nous devons prendre en compte l’attachement du cœur plus que la valeur marchande. Il a beaucoup laissé, celui qui n’a rien gardé pour lui ; il a beaucoup laissé, celui qui a tout abandonné, si peu que ce soit. Nous, bien sûr, nous sommes attachés à ce que nous avons, et par le désir cherchons ce que nous n’avons pas. Pierre et André ont donc abandonné beaucoup quand, l’un et l’autre, ils ont renoncé jusqu’au désir d’avoir. Il a abandonné beaucoup, celui qui a renoncé, en même temps qu’à son bien, à la convoitise. [...] 
Nos biens extérieurs, même minimes, contentent le Seigneur. Il tient compte du cœur et non de la fortune. Il ne pèse pas scrupuleusement ce dont on lui fait offrande, mais l’amour avec lequel on agit. Car, à peser la valeur matérielle des choses, nos saints marchands ont acheté la vie éternelle des anges avec des filets et un bateau. Le royaume de Dieu n’a pas de prix, et pourtant il coûte exactement ce qu’on possède."

(Homélies sur l’Evangile, V, 2 ; SC 485, pp. 169-171).

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Offrande du cœur

"Aux yeux de Dieu, une main n'est jamais vide de présents si le cœur est plein d'un trésor de bonne volonté, ce qui fait dire au psalmiste : "En moi, Dieu, sont les vœux dont je m'acquitterai, louanges pour toi [Ps 55, 13]. Cela revient à dire en clair : même si, au-dehors, je n'ai pas de présent à t'offrir, je trouve pourtant au-dedans de moi-même quelque chose à déposer sur l'autel de ta louange, car, si tu ne te nourris pas de nos dons, tu te laisses apaiser par l'offrande du coeur. On ne peut rien offrir à Dieu de plus précieux qu'une bonne volonté.
Or la bonne volonté, c'est redouter les revers pour un autre comme pour nous-mêmes, nous réjouir du succès du prochain comme de notre propre réussite ; c'est croire nôtres les pertes d'autrui, compter comme nôtres ses profits ; c'est aimer un ami non pour le monde mais pour Dieu, supporter un ennemi jusqu'à l'aimer ; c'est ne faire à personne ce qu'on ne voudrait pas subir, ne refuser à personne ce qu'on est en droit de désirer ; c'est non seulement courir au secours de notre prochain selon nos forces, mais vouloir lui être utile au-delà même de nos forces."

 (Homélies sur l'Evangile, V, 3).

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Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! 

"Heureux ceux qui croient sans avoir vu ! Par cette phrase, c'et nous qui sommes spécialement désignés, nous qui nous attachons par l'esprit à celui que nous n'avons pas vu dans la chair. [...] Car celui-là croit véritablement qui met en pratique, par ses actions, ce qu'il croit. Au contraire, Paul dit de ceux dont la foi est purement nominale : Ils font profession de connaître Dieu, mais par leurs actes ils le renient. Et Jacques : La foi sans les oeuvres est morte."

(Homélie sur l'Evangile de Jean, 26, 9)

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Ne pas se laisser posséder

"Je veux vous inviter à tout abandonner, sans vous y obliger. Si vous ne pouvez pas abandonner entièrement le monde, retenez les biens de ce monde, mais de telle façon qu'ils ne vous retiennent pas dans le monde. Possédez, mais ne vous laissez pas posséder. Il faut que votre esprit domine ce que vous avez ; autrement, si votre esprit est vaincu par l'amour des biens terrestres, c'est plutôt lui qui sera possédé par les biens qui lui appartiennent."

(Homélie sur l'Evangile, 36, 11)

Gregoirelegrand

64eme pape de 590-604

« Je Suis »

      « Abraham, votre père, a exulté à la pensée de voir mon jour ; il l'a vu, et il s'est réjoui. » Abraham a vu le jour du Seigneur quand il a reçu chez lui les trois anges qui représentent la sainte Trinité : trois hôtes auxquels il s'est adressé comme à un seul (Gn 18,2-3)... Mais l'esprit terre à terre des auditeurs du Seigneur n'élève pas leur regard au-dessus de la chair..., et ils lui disent : « Tu n'as pas encore cinquante ans, et tu as vu Abraham ? » Alors, doucement, notre Rédempteur détourne leur regard de son corps de chair pour l'élever à la contemplation de sa divinité, en déclarant : « En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham ait existé, moi, je suis ». « Avant » indique le passé, et « je suis » le présent. Parce que sa divinité n'a ni passé ni futur, mais existe toujours, le Seigneur ne dit pas « avant Abraham, j'étais », mais « avant Abraham, je suis ». C'est pourquoi Dieu a déclaré à Moïse : « Je suis celui qui suis... Tu diras aux enfants d'Israël : ' Celui-qui-est ' m'a envoyé vers vous » (Ex 3,14).

      Abraham a eu un avant et un après ; il est venu en ce monde...et il l'a quitté, emporté par la course de sa vie. Mais il appartient à la Vérité d'exister toujours (Jn 14,6), car pour elle rien ne commence dans un premier temps et ne se termine par un temps suivant. Mais ces incroyants, qui ne pouvaient pas supporter ces paroles d'éternité, courent ramasser des pierres pour lapider celui qu'ils ne pouvaient pas comprendre...

      « Jésus se déroba et sortit du Temple. » Il est étonnant que le Seigneur ait échappé à ses persécuteurs en se cachant, alors qu'il aurait pu exercer la puissance de sa divinité... Pourquoi donc s'est-il caché ? Parce que s'étant fait homme parmi les hommes, notre Rédempteur nous dit certaines choses par sa parole et d'autres par son exemple. Et que nous dit-il par cet exemple, sinon de fuir avec humilité la colère des orgueilleux, même quand nous pouvons y résister ?... Que personne donc ne regimbe en recevant des affronts, que personne ne rende insulte pour insulte. Car il est plus glorieux, à l'exemple d'un Dieu, d'éviter une injure en se taisant que de prendre le dessus en ripostant. 

Homélies sur l'Évangile, n°18 (trad. Le Barroux rev. ; cf SC 485, p. 413)

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« Au lever du jour, Jésus était là, sur le rivage »

      Que symbolise la mer, sinon le monde présent, battu par les vagues tumultueuses des affaires et les remous d'une vie caduque ? Et que représente le rivage ferme, sinon la pérennité du repos éternel ? Les disciples peinent donc sur le lac puisqu'ils sont encore pris dans les flots de la vie mortelle, mais notre Rédempteur, après sa résurrection, se tient sur le rivage puisqu'il a déjà dépassé la condition d'une chair fragile. C'est comme s'il avait voulu se servir de ces choses pour parler à ses disciples du mystère de sa résurrection, en leur disant : « Je ne vous apparais plus sur la mer (Mt 14,25), car je ne suis plus parmi vous dans l'agitation des vagues ».

      C'est dans le même sens qu'en un autre endroit, il a dit à ces mêmes disciples après sa résurrection : « Je vous ai dit ces choses quand j'étais encore avec vous » (Lc 24,44). Il n'a dit pas cela parce qu'il n'était plus avec eux — son corps était présent et leur apparaissait — mais...sa chair immortelle distançait de loin leurs corps mortels : il disait ne plus être avec eux tout en étant au milieu d'eux. Dans le passage que nous lisons aujourd'hui, par l'emplacement de son corps il leur signifie la même chose : alors que ses disciples naviguent encore, il se montre désormais établi sur le rivage.     

Homélies sur l'Évangile, n°24 (trad. Le Barroux rev.)

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« Je leur donne la vie éternelle »

      Le Seigneur dit : « Mes brebis écoutent la voix, et moi je les connais ; elles me suivent, et je leur donne la vie éternelle ». Un peu plus haut il avait dit à leur sujet : « Si quelqu'un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer et sortir, et il trouvera un pâturage » (Jn 10,9). Il entrera en venant à la foi ; il sortira en passant de la foi à la vision face à face, de la croyance à la contemplation, et il trouvera un pâturage en arrivant au festin éternel.

      Les brebis du bon pasteur trouvent donc un pâturage parce que tous ceux qui le suivent avec un cœur simple sont nourris dans le pâturage des prairies éternellement vertes. Et quel est le pâturage de ces brebis-là, sinon les joies intérieures d'un paradis à jamais verdoyant ? Car le pâturage des élus, c'est le visage de Dieu, toujours présent : puisqu'on le contemple sans interruption, l'âme se rassasie sans fin d'un aliment de vie...

      Recherchons donc, frères très chers, ce pâturage où nous trouverons notre joie au cœur de la fête célébrée au ciel par tant de nos concitoyens. Que leur allégresse nous y invite... Réveillons donc nos âmes, mes frères ! Que notre foi se réchauffe en ce qu'elle croit, que nos désirs s'enflamment pour les biens d'en haut. Aimer ainsi c'est déjà se mettre en route. Ne laissons aucune épreuve nous détourner de la joie de cette fête intérieure, car si on désire se rendre à un endroit qu'on s'est fixé, aucune difficulté ne peut détourner de ce désir. Ne nous laissons pas non plus séduire par des réussites flatteuses. Stupide serait le voyageur qui, au spectacle du paysage merveilleux, oublierait en chemin le but de son voyage. 

Homélies sur l'Évangile, n°14 (trad. cf bréviaire 4ème dim. Pâques et Le Barroux)

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« Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : c'est lui qui vient derrière moi »

      « Moi, je baptise dans l'eau ; mais au milieu de vous se trouve quelqu'un que vous ne connaissez pas. » Ce n'est pas dans l'esprit, mais dans l'eau que Jean baptise. Impuissant à pardonner les péchés, il lave par l'eau le corps des baptisés, mais ne lave pas l'esprit par le pardon. Pourquoi donc baptise-t-il, s'il ne remet pas les péchés par son baptême ? Pourquoi, sinon pour rester dans son rôle de précurseur ? De même qu'en naissant, il avait précédé le Seigneur qui allait naître, il précédait aussi, en baptisant, le Seigneur qui allait baptiser. Précurseur du Christ par sa prédication, il le devenait également en donnant un baptême qui était l'image du sacrement à venir.

      Jean a annoncé un mystère lorsqu'il a déclaré que le Christ se tenait au milieu des hommes et qu'il ne leur était pas connu, puisque le Seigneur, quand il s'est montré dans la chair, était à la fois visible en son corps et invisible en sa majesté. Et Jean ajoute : « Celui qui vient après moi a passé devant moi » (Jn 1,15)...; il explique les causes de la supériorité du Christ lorsqu'il précise : « Car il était avant moi », comme pour dire clairement : « S'il l'emporte sur moi, alors qu'il est né après moi, c'est que le temps de sa naissance ne le resserre pas dans des limites. Né d'une mère dans le temps, il est engendré par le Père hors du temps ».

      Jean manifeste quel humble respect il lui doit, en poursuivant : « Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de sa sandale ». Il était de coutume chez les anciens que si quelqu'un refusait d'épouser une jeune fille qui lui était promise, il dénouait la sandale de celui à qui il revenait d'être son époux. Or le Christ ne s'est-il pas manifesté comme l'Époux de la sainte Église ?... Mais parce que les hommes ont pensé que Jean était le Christ -- ce que Jean lui-même nie -- il se déclare indigne de dénouer la courroie de sa sandale. C'est comme s'il disait clairement... : « Je ne m'arroge pas à tort le nom d'époux » (cf Jn 3,29). 

Homélies sur l'Évangile, n°7 (trad. Le Barroux rev.)

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« Femme, te voilà délivrée de ton infirmité »

      « Jésus enseignait dans une synagogue un jour de sabbat. Il y avait là une femme possédée depuis dix-huit ans d'un esprit qui la rendait infirme » ... « Elle était courbée, et ne pouvait absolument pas regarder vers le haut. » Le pécheur, préoccupé des choses de la terre et ne recherchant pas celles du Ciel, est incapable de regarder vers le haut : comme il suit des désirs qui le portent vers le bas, son âme, perdant sa rectitude, s'incurve, et il ne voit plus que ce à quoi il pense sans cesse. Faites retour sur vos cœurs, frères très chers, et examinez continuellement les pensées que vous ne cessez de rouler en votre esprit. L'un pense aux honneurs, un autre à l'argent, un autre encore à augmenter ses propriétés. Toutes ces choses sont basses, et quand l'esprit s'y investit, il s'infléchit, perdant sa rectitude. Et parce qu'il ne se relève pas pour désirer les biens d'en haut, il est comme cette femme courbée, qui ne peut absolument pas regarder vers le haut...

      Le psalmiste a fort bien décrit notre courbure quand il a dit de lui-même, comme symbole de tout le genre humain : « J'ai été courbé et humilié à l'excès » (Ps 37,7). Il considérait que l'homme, bien que créé pour contempler la lumière d'en haut, a été jeté hors du paradis à cause de ses péchés, et que par suite, les ténèbres règnent en son âme, lui faisant perdre l'appétit des choses d'en haut et porter toute son attention vers celles d'en bas... Si l'homme, perdant de vue les choses du Ciel, ne pensait qu'aux nécessités de ce monde, il serait sans doute courbé et humilié, mais non pourtant « à l'excès ». Or, comme non seulement la nécessité fait tomber ses pensées..., mais qu'en outre le plaisir défendu le terrasse, il n'est pas seulement courbé, mais « courbé à l'excès ». 

Homélies sur l'Évangile, n°31 (trad. Le Barroux)

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« Vois ! Ta foi t'a sauvé »

      Remarquons ce que le Seigneur dit à l'aveugle qui s'approche : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Celui qui avait le pouvoir de rendre la vue ignorait-il donc ce que voulait l'aveugle ? Non, bien sûr ! Mais il veut que nous demandions les choses, bien qu'il sache d'avance que nous les demanderons et qu'il nous les accordera. Il nous exhorte à prier jusqu'à être importuns, lui qui affirme cependant : « Votre Père céleste sait de quoi vous avez besoin avant que vous ne le lui demandiez » (Mt 6,8). S'il interroge, c'est pour qu'on lui demande ; s'il interroge, c'est pour exciter notre cœur à la prière...

      Ce que demande l'aveugle au Seigneur, ce n'est pas l'or, mais la lumière. Il ne se soucie pas de demander autre chose que la lumière... Imitons cet homme, frères très chers. Ne demandons au Seigneur ni des richesses trompeuses, ni des cadeaux terrestres, ni des honneurs passagers, mais la lumière : non la lumière circonscrite par l'espace, limitée par le temps, interrompue par la nuit, et dont nous partageons la vue avec les animaux, mais demandons cette lumière que seuls les anges voient avec nous, qui ne débute par aucun commencement et n'est bornée par aucune fin. Or le chemin pour arriver à cette lumière, c'est la foi. C'est donc avec raison que le Seigneur répond aussitôt à l'aveugle à qui il va rendre la lumière : « Vois ! Ta foi t'a sauvé ». 

Homélies sur l'Évangile, n°2 ; PL 76, 1081  (trad. Le Barroux)

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« Heureux les invités aux noces de l'Agneau » (Ap 19,9)

            Avez-vous compris qui est ce roi, père d'un fils qui est lui-même roi ? C'est celui dont le psalmiste disait : « Ô Dieu, donne au roi ton jugement, au fils du roi ta justice » (71,1)... « Il célébrait les noces de son fils. » Le Père a donc célébré les noces du roi son Fils, quand il lui a uni l'Église dans le mystère de l'Incarnation. Et le sein de la Vierge Mère a été la chambre nuptiale de cet Époux. C'est pourquoi un psaume dit encore : « Du soleil il a fait sa tente, et lui-même est comme un époux qui sort de son pavillon de noces » (Ps 18,5-6)...

            Il a donc envoyé ses serviteurs pour inviter ses amis à de telles noces. Il les a envoyés une première fois et une deuxième fois, c'est-à-dire d'abord les prophètes, puis les apôtres, pour annoncer l'incarnation du Seigneur... Par les prophètes il a annoncé comme future l'incarnation de son fils unique, et par les apôtres il l'a prêchée une fois accomplie...

             « Mais ils n'en tinrent aucun compte et s'en allèrent, l'un à son champ, l'autre à son commerce. » Aller à son champ, c'est s'adonner sans retenue aux tâches d'ici-bas. Aller à son commerce, c'est rechercher avidement son profit dans les affaires de ce monde. L'un et l'autre négligent de penser au mystère de l'incarnation du Verbe et d'y conformer leur vie... Plus grave encore, certains, non contents de mépriser la faveur de celui qui les appelle, le persécutent... Toutefois, le Seigneur ne laissera pas de places vides au festin des noces du roi son Fils. Il envoie chercher d'autres convives, car la parole de Dieu, bien qu'elle reste encore méconnue de beaucoup, trouvera bien un jour où se reposer...

            Mais vous, frères, qui par la grâce de Dieu êtes déjà entrés dans la salle du festin, c'est-à-dire dans la sainte Église, examinez-vous bien attentivement, de peur qu'à son entrée, le roi ne trouve quelque chose à reprendre dans le vêtement de votre âme.

Homélies sur l'Évangile, n°38

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« Allez, vous aussi, à ma vigne »

      Le Seigneur ne cesse en aucun temps d'envoyer des ouvriers pour cultiver sa vigne...: par les patriarches, puis par les docteurs de la Loi et les prophètes, enfin par les apôtres, il travaillait, en quelque sorte, à cultiver sa vigne par l'entremise de ses ouvriers. Tous ceux qui, à une foi droite, ont joint les bonnes œuvres ont été les ouvriers de cette vigne...

      Les ouvriers du point du jour, de la troisième, de la sixième et de la neuvième heure désignent donc l'ancien peuple hébreu, qui, s'appliquant...depuis le commencement du monde, à rendre un culte à Dieu avec une foi droite, n'a pas cessé, pour ainsi dire,  de travailler à la culture de la vigne. Mais à la onzième heure, les païens sont appelés, et c'est à eux que s'adressent ces paroles : « Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ? » Car tout au long de ce si grand laps de temps traversé par le monde, les païens avaient négligé de travailler en vue de la vie éternelle, et ils étaient là, en quelque sorte, toute la journée, sans rien faire. Mais remarquez, mes frères, ce qu'ils répondent à la question qui leur est posée : « Parce que personne ne nous a embauchés ». En effet, aucun patriarche ni aucun prophète n'était venu à eux. Et que veut dire : « Personne ne nous a embauchés pour travailler » sinon : « Personne ne nous a prêché les chemins de la vie » ?

      Mais nous, que dirons-nous donc pour notre excuse, si nous nous abstenons des bonnes œuvres ? Songez que nous avons reçu la foi au sortir du sein de notre mère, entendu les paroles de vie dès notre berceau, et sucé aux mamelles de la sainte Église le breuvage de la doctrine céleste en même temps que le lait maternel. 

Homélies sur l'Évangile, n°19 (trad. Le Barroux)

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Les ouvriers de la vigne du Seigneur

      Le Royaume des cieux est comparé à un père de famille qui embauche des ouvriers pour cultiver sa vigne. Or qui peut être plus justement comparé à ce père de famille que notre Créateur, qui gouverne ceux qu'il a créés, et exerce en ce monde le droit de propriété sur ses élus comme un maître sur les serviteurs qu'il a chez lui ? Il possède une vigne, l'Église universelle, qui a poussé, pour ainsi dire, autant de sarments qu'elle a produit de saints, depuis Abel le juste jusqu'au dernier élu qui naîtra à la fin du monde.

      Ce Père de famille embauche des ouvriers pour cultiver sa vigne, dès le point du jour, à la troisième heure, à la sixième, à la neuvième et à la onzième heure, puisqu'il n'a pas cessé, du commencement du monde jusqu'à la fin, de réunir des prédicateurs pour instruire la foule des fidèles. Le point du jour, pour le monde, c'était d'Adam à Noé ; la troisième heure, de Noé à Abraham ; la sixième, d'Abraham à Moïse ; la neuvième, de Moïse jusqu'à la venue du Seigneur ; et la onzième heure, de la venue du Seigneur jusqu'à la fin du monde. Les saints apôtres ont été envoyés pour prêcher en cette dernière heure, et bien que tard venus, ils ont reçu un plein salaire.

      Le Seigneur ne cesse donc en aucun temps d'envoyer des ouvriers pour cultiver sa vigne, c'est-à-dire pour enseigner son peuple. Car tandis qu'il faisait fructifier les bonnes mœurs de son peuple par les patriarches, puis par les docteurs de la Loi et les prophètes, enfin par les apôtres, il travaillait, en quelque sorte, à cultiver sa vigne par l'entremise de ses ouvriers. Tous ceux qui, à une foi droite, ont joint les bonnes œuvres ont été les ouvriers de cette vigne. 

Homélies sur l'Évangile, n°19 (trad. Le Barroux)

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Quarante jours pour grandir dans l'amour de Dieu et de notre prochain

      Nous entamons aujourd'hui les saints quarante jours du carême, et il nous faut examiner attentivement pourquoi cette abstinence est observée pendant quarante jours. Moïse, pour recevoir la Loi une seconde fois, a jeûné quarante jours (Gn 34,28). Élie, dans le désert, s'est abstenu de manger quarante jours (1R 19,8). Le Créateur des hommes lui-même, venant parmi les hommes, n'a pas pris pas la moindre nourriture pendant quarante jours (Mt 4,2). Efforçons-nous, nous aussi, autant que cela nous est possible, de refréner notre corps par l'abstinence en ce temps annuel des saints quarante jours..., afin de devenir, selon le mot de Paul, « une hostie vivante » (Rm 12,1). L'homme est une offrande à la fois vivante et immolée (cf Ap 5,6) lorsque, sans quitter cette vie, il fait cependant mourir en lui les désirs de ce monde.

      C'est la satisfaction de la chair qui nous a entraînés au péché (Gn 3,6) ; que la chair mortifiée nous ramène au pardon. L'auteur de notre mort, Adam, a transgressé les préceptes de vie en mangeant le fruit défendu de l'arbre. Il faut donc que nous qui sommes déchus des joies du Paradis par le fait de la nourriture, nous nous efforcions de les reconquérir par l'abstinence.

      Mais que personne ne s'imagine que seule cette abstinence nous suffise. Le Seigneur dit par la bouche du prophète : « Le jeûne que je préfère ne consiste-t-il pas plutôt en ceci ? Partager ton pain avec l'affamé, recevoir chez toi les pauvres et les vagabonds, habiller celui que tu vois sans vêtement, et ne pas mépriser ton semblable » (Is 58,6-7). Voilà le jeûne que Dieu approuve... : un jeûne réalisé dans l'amour du prochain et imprégné de bonté. Prodigue donc aux autres ce que tu retires à toi-même; ainsi, ta pénitence corporelle soulagera le bien-être corporel de ton prochain qui est dans le besoin. 

Homélies sur les évangiles, n° 16, 5 (trad. Le Barroux rev.)

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« L'Esprit Saint vous enseignera tout ; il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit »

      Le Seigneur promet à juste titre que l'Esprit « vous enseignera tout ». Car si cet Esprit ne touche pas le cœur de ceux qui écoutent, vaine est la parole de ceux qui enseignent. Que personne n'attribue donc à celui qui enseigne ce que la bouche de cet enseignant lui fait comprendre : s'il n'y a pas quelqu'un pour nous enseigner au-dedans, la langue de l'enseignant travaille dans le vide.

      Tous ici, vous entendez ma voix de la même manière ; et cependant vous ne saisissez pas de la même façon ce que vous entendez... C'est-à-dire que la voix n'instruit pas si l'âme ne reçoit pas l'onction de l'Esprit. La parole du prédicateur est vaine si elle n'est pas capable d'allumer le feu de l'amour dans les cœurs. Les disciples qui disaient : « Notre cœur n'était-il pas brûlant en nous tandis qu'il nous parlait en chemin, et qu'il nous expliquait les Écritures ? » (Lc 24,32), avaient reçu ce feu de la bouche même de la Vérité. Lorsqu'on entend une telle parole, le cœur s'échauffe, sa torpeur froide le quitte, l'esprit ne connaît plus de repos et se prend à désirer les biens du Royaume des cieux. L'amour véritable qui le remplit lui arrache des larmes... Comme il est heureux d'entendre cet enseignement qui vient d'en-haut et ces commandements qui deviennent en nous comme une torche qui nous enflamme...de l'amour intérieur. La parole parvient à notre oreille, et notre esprit transformé se consume d'une douce flamme intérieure. 

Homélies sur les évangiles, n°30, 3.5 (trad. cf Le Barroux)

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  « Ma coupe, vous y boirez »     

      Puisque nous célébrons aujourd'hui la fête d'un martyr, mes frères, nous devons nous sentir concernés par la forme de patience qu'il a pratiquée. Car si nous nous efforçons avec l'aide du Seigneur de garder cette vertu, nous ne manquerons pas d'obtenir la palme du martyre, bien que nous vivions dans la paix de l'Église. C'est qu'il y a deux sortes de martyres : l'un consistant en une disposition de l'esprit, l'autre joignant à cette disposition de l'esprit les actes extérieurs. C'est pourquoi nous pouvons être martyrs même si nous ne mourons pas exécutés par le glaive du bourreau. Mourir de la main des persécuteurs, c'est le martyre en acte, dans sa forme visible ; supporter les injures en aimant celui qui nous hait, c'est le martyre en esprit, dans sa forme cachée.

      Qu'il y ait deux sortes de martyres, l'un caché, l'autre public, la Vérité l'atteste en demandant aux fils de Zébédée : « Pouvez-vous boire le calice que je vais boire ? » Ceux-ci ayant répliqué : « Nous le pouvons », le Seigneur répond aussitôt : « Mon calice, vous le boirez en effet ». Que devons-nous comprendre par ce calice, sinon les souffrances de la Passion, dont il dit ailleurs : « Mon Père, s'il est possible, que ce calice passe loin de moi » ? (Mt 26,39) Les fils de Zébédée, à savoir Jacques et Jean, ne sont pas morts pas tous les deux martyrs, et pourtant il leur a été dit à tous deux qu'ils boiraient le calice. En effet, bien que Jean ne soit pas mort martyr, il l'a été cependant, puisque les souffrances qu'il n'avait pas subies dans son corps, il les a éprouvées dans son esprit. Il faut donc conclure de cet exemple que nous pouvons nous aussi être martyrs sans passer par le glaive, si nous conservons la patience dans notre âme. 

Homélies sur l'Évangile, n°35 (trad. Le Barroux)

 

Gregoirelegrand

64eme pape de 590-604

 « Pourquoi êtes-vous restés là toute la journée sans rien faire ? »

      Nous pouvons répartir ces diverses heures du jour entre les âges de la vie de chaque homme. Le petit jour, c'est l'enfance de notre intelligence. La troisième heure peut s'entendre de l'adolescence, car le soleil y prend alors déjà, pour ainsi dire, de la hauteur, en ce que les ardeurs de la jeunesse commencent à s'y échauffer. La sixième heure, c'est l'âge de la maturité : le soleil y établit comme son point d'équilibre, puisque l'homme est alors dans la plénitude de sa force. La neuvième heure désigne la vieillesse, où le soleil descend en quelque sorte du haut du ciel, parce que les ardeurs de l'âge mûr s'y refroidissent. Enfin, la onzième heure est cet âge qu'on nomme extrême vieillesse... Puisque les uns sont conduits à une vie honnête dès l'enfance, d'autres durant l'adolescence, d'autres à l'âge mûr, d'autres dans la vieillesse, d'autres enfin dans l'âge très avancé, c'est comme s'ils étaient appelés à la vigne aux différentes heures du jour.

      Examinez donc votre façon de vivre, frères, et voyez si vous avez commencé à agir comme les ouvriers de Dieu. Réfléchissez bien, et considérez si vous travaillez à la vigne du Seigneur... Celui qui a négligé de vivre pour Dieu jusqu'en son dernier âge est comme l'ouvrier resté sans rien faire jusqu'à la onzième heure... « Pourquoi êtes-vous là toute la journée sans rien faire ? » C'est comme si l'on disait clairement : « Si vous n'avez pas voulu vivre pour Dieu durant votre jeunesse et votre âge mûr, repentez-vous du moins en votre dernier âge... Venez quand même sur les chemins de la vie »...

      N'est-ce pas à la onzième heure que le larron est venu ? (Lc 23,39s) Ce n'est pas par son âge avancé, mais par son supplice qu'il s'est trouvé arrivé au soir de sa vie. Il a confessé Dieu sur la croix, et il a rendu son dernier souffle presque au moment où le Seigneur rendait sa sentence. Et le Maître du domaine, admettant le larron avant Pierre dans le repos du paradis, a bien distribué le salaire en commençant par le dernier. 

Homélies sur l'Évangile, n°19 (trad. Le Barroux)

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« Tous sont devenus pécheurs parce qu'un seul homme, Adam, a désobéi ; de même tous deviennent justes par un seul homme, Jésus Christ » (Rm 5,19)

      Le diable s'est attaqué au premier homme, notre parent, par une triple tentation : il l'a tenté par la gourmandise, par la vanité et par l'avidité. Sa tentative de séduction a réussi, puisque l'homme, en donnant son consentement, a été alors soumis au diable. Il l'a tenté par la gourmandise, en lui montrant sur l'arbre le fruit défendu et en l'amenant à en manger ; il l'a tenté par la vanité, en lui disant : « Vous serez comme des dieux » ; il l'a tenté enfin par l'avidité, en lui disant : « Vous connaîtrez le bien et le mal » (Gn 3,5). Car être avide, c'est désirer non seulement l'argent, mais aussi toute situation avantageuse, désirer, au-delà de la mesure, une situation élevée...

      Le diable a été vaincu par le Christ qu'il a tenté d'une manière tout à fait semblable à celle par laquelle il avait vaincu le premier homme. Comme la première fois, il le tente par la gourmandise : « Ordonne que ces pierres se changent en pains » ; par la vanité : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas » ; par le désir violent d'une belle situation, quand il lui montre tous les royaumes du monde et lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si tu tombes à mes pieds et m'adores »...

      Il est une chose qu'il faut remarquer dans la tentation du Seigneur : tenté par le diable, le Seigneur a riposté par des textes de la Sainte Ecriture. Il aurait pu jeter son tentateur dans l'abîme par le Verbe qu'il était lui-même. Et pourtant il n'a pas eu recours à son pouvoir puissant ; il a seulement mis en avant les préceptes de la Sainte Ecriture. Il nous montre ainsi comment supporter l'épreuve, de sorte que, lorsque des méchants nous font souffrir, nous soyons poussés à recourir à la bonne doctrine plutôt qu'à la vengeance. Comparez la patience de Dieu à notre impatience. Nous, quand nous avons essuyé des injures ou subi une offense, dans notre fureur nous nous vengeons nous-mêmes autant que nous le pouvons, ou bien nous menaçons de le faire. Le Seigneur, lui, endure l'adversité du diable sans y répondre autrement que par des mots paisibles.

Homélies sur l'Evangile, n° 16 (trad. Véricel, L'Evangile commenté, p.68)

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« N’oubliez pas l’hospitalité »

      Deux disciples faisaient route ensemble. Ils ne croyaient pas, et cependant ils parlaient du Seigneur. Soudain celui-ci est apparu, mais sous des traits qu'ils n’ont pas pu reconnaître… Ils l’invitent à partager leur gîte, comme on le fait avec un voyageur… Ils apprêtent donc la table, ils présentent la nourriture, et Dieu, qu'ils n'avaient pas reconnu dans l'explication de l’Écriture, ils le découvrent dans la fraction du pain. Ce n'est donc pas en écoutant les préceptes de Dieu qu'ils ont été illuminés, mais en les accomplissant : « Ce ne sont pas ceux qui écoutent la Loi qui seront justes devant Dieu, mais ceux qui mettent la Loi en pratique qui seront justifiés » (Rm 2,13). Si quelqu’un veut comprendre ce qu'il a entendu, qu’il se hâte de mettre en pratique ce qu'il en a déjà pu saisir. Le Seigneur n'a pas été reconnu pendant qu’il parlait ; il a daigné se manifester lorsqu’on lui a offert à manger.

      Aimons donc l'hospitalité, frères très chers ; aimons pratiquer la charité. Paul affirme à ce sujet : « Persévérez dans la charité fraternelle. N’oubliez pas l’hospitalité, car c'est grâce à elle que quelques uns, à leur insu, ont reçu chez eux des anges » (He 13,1;Gn 18,1s). Pierre dit aussi : « Pratiquez l'hospitalité les uns envers les autres, sans murmurer » (1P 4,9). Et la Vérité elle-même nous déclare : « J’étais un étranger, et vous m’avez recueilli »... « Ce que vous avez fait au plus petit d'entre les miens, nous dira le Seigneur au jour du jugement, c'est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,35.40)... Et malgré cela, nous sommes si paresseux devant la grâce de l'hospitalité ! Mesurons, mes frères, la grandeur de cette vertu. Recevons le Christ à notre table, afin de pouvoir être reçus à son festin éternel. Donnons maintenant l'hospitalité au Christ présent dans l'étranger, afin qu'au jugement nous ne soyons pas comme des étrangers qu’il ne connaît pas (Lc 13,25), mais nous reçoive comme des frères dans son Royaume. 

Homélie 23 ; PL 76, 1182 (trad. Orval rev.)

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Jean le Baptiste, précurseur du Christ dans la mort comme dans la vie

      Pourquoi, une fois emprisonné, Jean le Baptiste envoie-t-il ses disciples demander : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? », comme s'il ne connaissait pas celui qu'il avait montré ?... Cette question trouve vite sa réponse si l'on examine le temps et l'ordre dans lesquels se sont déroulés les faits. Sur les rives du Jourdain, Jean a affirmé que Jésus était le Rédempteur du monde (Jn 1,29) ; une fois emprisonné, il demande pourtant s'il est bien celui qui doit venir. Ce n'est pas qu'il doute que Jésus soit le Rédempteur du monde, mais il cherche à savoir si celui qui était venu en personne dans le monde va aussi descendre en personne dans les prisons du séjour des morts. Car celui que Jean a déjà annoncé au monde en tant que précurseur, il le précède encore aux enfers par sa mort… C'est comme s'il disait clairement : « De même que tu as daigné naître pour les hommes, fais-nous savoir si tu daigneras aussi mourir pour eux, de sorte que, précurseur de ta naissance, je le devienne aussi de ta mort et que j'annonce au séjour des morts que tu vas venir, comme j'ai déjà annoncé au monde que tu étais venu ».

      C'est pour cela que la réponse du Seigneur traite de l'abaissement de sa mort aussitôt après avoir énuméré les miracles opérés par sa puissance : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres sont évangélisés. Heureux celui qui ne trébuchera pas à cause de moi ! » A la vue de tant de signes et de si grands prodiges, personne n'avait sujet de trébucher, mais bien plutôt d'admirer. Il s'éleva cependant une grave occasion de scandale dans l'esprit de ceux qui ne croyaient pas lorsqu'ils le virent mourir, même après tant de miracles. D'où le mot de Paul : « Nous prêchons un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens » (1Co 1,23)... Quand donc le Seigneur dit : « Heureux celui qui ne trébuchera pas à cause de moi », ne veut-il pas désigner clairement l'abjection et l'abaissement de sa mort ? C'est comme s'il disait ouvertement : « Il est vrai que je fais des choses admirables, mais je ne refuse pas pour autant de souffrir des choses ignominieuses. Puisque je vais suivre Jean le Baptiste en mourant, que les hommes se gardent bien de mépriser en moi la mort, eux qui vénèrent en moi les miracles ». 

Homélies sur l’Evangile, n° 6 (trad. Barroux rev.)

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« Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route »

      Pour tout lecteur il est évident que Jean non seulement a prêché, mais a conféré un baptême de pénitence. Cependant il n’a pas pu donner un baptême qui remet les péchés, car la rémission des péchés nous est accordée seulement dans le baptême du Christ. C’est pourquoi l’évangéliste dit qu’il « prêchait un baptême de pénitence en vue de la rémission des péchés » (Lc 3,3) ; ne pouvant pas donner lui-même le baptême qui pardonnerait les péchés, il annonçait celui à venir. De même que la parole de sa prédication était l’avant-coureur de la Parole du Père faite chair, ainsi son baptême...précédait celui du Seigneur, ombre de la vérité (Col 2,17).

      Ce même Jean, interrogé sur ce qu’il était, a répondu : « Moi, je suis la voix de celui qui crie dans le désert » (Jn 1,23;Is 40,3). Le prophète Isaïe l'avait appelé « voix » car il précédait la Parole. Ce qu'il criait, la suite nous l'apprend : « Préparez les chemins du Seigneur, rendez droits ses sentiers ». Celui qui prêche la foi droite et les bonnes oeuvres, que fait-il sinon préparer la route dans les coeurs des auditeurs pour le Seigneur qui vient ? Ainsi la grâce toute-puissante pourra pénétrer dans ces coeurs, la lumière de la vérité les illuminer...

      Saint Luc ajoute : « Toute vallée sera comblée, toute montagne et toute colline seront abaissées ». Que désigne ici les vallées, sinon les humbles, et les monts et collines, sinon les orgueilleux ? À la venue du Rédempteur…, selon sa propre parole, « qui s'élève sera humilié et qui s'abaisse sera élevé » (Lc 14,11)… Par leur foi au médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus Christ fait homme (1 Tm 2,5), ceux qui croient en lui ont reçu la plénitude de la grâce, alors que ceux qui refusent de croire ont été abaissés dans leur orgueil. Toute vallée sera comblée car les coeurs humbles, accueillant la parole de la sainte doctrine, seront remplis de la grâce des vertus, selon ce qui est écrit : « Il a fait jaillir des sources au creux des vallées » (Ps 104,10).

Homélies sur l’Evangile, n° 20 (trad. Solesmes, Lectionnaire, t.1, p. 157 et Barroux)

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« Le Royaume des cieux est à eux »

      Jésus dit dans l'Évangile : « Mes brebis écoutent ma voix ; je les connais, elles me suivent et je leur donne la vie éternelle » (Jn 10,27). Un peu plus haut, il avait dit : « Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et sortira, et trouvera des pâturages » (v.9). Car on entre par la foi, mais on sort de la foi vers la vision face à face ; passant de la croyance à la contemplation, on trouvera des pâturages pour un repos éternel.

      Ce sont donc les brebis du Seigneur qui ont accès à ces pâturages, car celui qui le suit dans la simplicité du coeur reçoit en nourriture une herbe toujours verte. Que sont ces pâturages des brebis, sinon les joies profondes d'un paradis toujours verdoyant ? La pâture des élus, c'est le visage de Dieu présent, contemplé dans une vision sans ombre ; l'âme se rassasie sans fin de cette nourriture de vie.

      Dans ces pâturages ceux qui ont échappé aux filets des désirs de ce monde sont comblés éternellement. Là, chante le choeur des anges, là sont réunis les habitants des cieux. Là, c'est une fête bien douce pour ceux qui reviennent après leurs peines dans un triste séjour à l'étranger. Là se trouvent le choeur des prophètes aux yeux perçants, les douze apôtres juges, l'armée victorieuse des martyrs innombrables d'autant plus joyeux qu'ils ont été ici-bas plus rudement affligés. En ce lieu, la constance des confesseurs de la foi est consolée en recevant sa récompense. Là se trouvent les hommes fidèles dont les plaisirs de ce monde n'ont pas pu amollir la force d'âme, les saintes femmes qui ont vaincu toute fragilité en même temps que ce monde ; là sont les enfants qui par leur manière de vivre se sont élevés au dessus de leurs années, les vieillards que l'âge n'a pas rendu faibles ici-bas et que la force pour oeuvrer n'a pas abandonnés. Frères bien-aimés, mettons-nous donc en quête de ces pâturages où nous serons heureux en compagnie de tant de saints. 

Homélie 14 sur l'Évangile ; PL 76,1129 (trad. Brésard, 2000 ans B, p. 304 rev.)

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« Aucun domestique ne peut servir deux maîtres »

      Vouloir mettre son espoir et sa confiance en des biens passagers, c'est vouloir poser des fondations dans une eau courante. Tout passe ; Dieu demeure. S'attacher au transitoire c'est se détacher du permanent. Qui donc, emporté par les tourbillons agités d'un rapide, peut demeurer fixe à sa place dans ce torrent bouillonnant ? Si donc on veut refuser d'être emporté par le courant, il faut fuir tout ce qui coule ; sinon l'objet de notre amour nous contraindra à en arriver à ce que l'on veut précisément éviter. Celui qui s'accroche à des biens transitoires sera sûrement entraîné là où dérivent ces choses auxquelles il s'accroche.

      La première chose à faire donc est de se garder d'aimer les biens matériels ; la seconde, de ne pas mettre toute sa confiance dans ceux de ces biens qui nous sont confiés pour en user et non pour en jouir. L'âme attachée à des biens qui ne font que passer perd très vite sa propre stabilité. Le courant de la vie actuelle entraîne celui qu'il porte, et c'est une illusion folle, pour celui qu'emporte ce courant de vouloir s'y tenir debout.

Morales sur Job, 34 (trad. Soleil Levant 1964 rev.)

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Que l’amour nous attire à sa suite

      « Le Seigneur Jésus après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s'assit à la droite de Dieu » (Mc 16,19). Il repartait ainsi vers le lieu d'où il était, il revenait d'un lieu où il continuait de séjourner ; en effet, au moment où il montait au ciel avec son humanité, il unissait par sa divinité le ciel et la terre. Ce que nous avons à remarquer dans la solennité d'aujourd'hui, frères très aimés, c'est la suppression du décret qui nous condamnait et du jugement qui nous vouait à la corruption. En effet, la nature humaine à qui s’adressaient ces mots : « Tu es terre, et tu retourneras à la terre » (Gn 3,19), cette nature est aujourd'hui montée au ciel avec le Christ. Voilà pourquoi, frères très aimés, il nous faut le suivre de tout notre coeur, là où nous savons par la foi qu'il est monté avec son corps. Fuyons les désirs de la terre : qu'aucun des liens d’ici-bas ne nous entrave, à nous qui avons un Père dans les cieux.

      Pensons aussi au fait que celui qui est monté au ciel plein de douceur reviendra avec exigence… Voilà, mes frères, ce qui doit guider votre action ; pensez-y continuellement. Même si vous êtes ballottés dans le remous des affaires de ce monde, jetez pourtant dès aujourd'hui l'ancre de l'espérance dans la patrie éternelle (He 6,19). Que votre âme ne recherche que la vraie lumière. Nous venons d'entendre que le Seigneur est monté au ciel ; pensons sérieusement à ce que nous croyons. Malgré la faiblesse de la nature humaine qui nous retient encore ici-bas, que l'amour nous attire à sa suite, car nous sommes sûrs que celui qui nous a inspiré ce désir, Jésus Christ, ne nous décevra pas dans notre espérance.

Homélies sur les Evangiles, n° 29 (trad. Véricel, L’Evangile commenté, p. 352)

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« Je leur donne la vie éternelle »

      Voici que celui qui est bon, non par un don reçu, mais par nature, dit : « Je suis le bon Pasteur ». Et il poursuit, pour que nous imitions le modèle qu'il nous a donné de sa bonté : « Le bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10,11). Lui, il a réalisé ce qu'il a enseigné ; il a montré ce qu'il a ordonné. Bon Pasteur, il a donné sa vie pour ses brebis, pour changer son corps et son sang en notre sacrement, et rassasier de l'aliment de sa chair les brebis qu'il avait rachetées. La route à suivre est montrée : c’est le mépris qu'il a fait de la mort. Voici placé devant nous le modèle sur lequel nous avons à nous conformer. D'abord nous dépenser extérieurement avec tendresse pour ses brebis ; mais ensuite, si c'est nécessaire, leur offrir même notre mort.

      Il ajoute : « Je connais -- c'est-à-dire j'aime -- mes brebis et mes brebis me connaissent ». C'est comme s'il disait en clair : « Qui m'aime, me suive ! », car celui qui n'aime pas la vérité ne la connaît pas encore. Voyez, frères très chers, si vous êtes vraiment les brebis du bon Pasteur, voyez si vous le connaissez, voyez si vous percevez la lumière de la vérité. Je parle non de la perception de la foi mais de celle de l'amour ; vous percevez non par votre foi, mais par votre comportement. Car le même évangéliste Jean, de qui vient cette parole, affirme encore : « Celui qui dit qu'il connaît Dieu, et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur » (1Jn 2,4). C’est pourquoi, dans notre texte, le Seigneur ajoute aussitôt : « De même que le Père me connaît et que je connais le Père, et je donne ma vie pour mes brebis », ce qui revient à dire clairement : Le fait que je connais mon Père et que je suis connu de mon Père, consiste en ce que je donne ma vie pour mes brebis. En d'autres termes : Cet amour par lequel je vais jusqu'à mourir pour mes brebis montre combien j'aime le Père.

Homélie 14 sur l’Evangile ; PL 76, 1129-1130 (trad. Brésard, 2000 ans C, p 136)

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« Vous avez été rachetés par un sang précieux »

Le bienheureux Job, préfigurant l'Église, parle tantôt au nom du corps, tantôt au nom de la tête. Et, alors que les membres sont l'objet de ses discours, il s'élève tout à coup aux paroles dites par la tête. C'est pourquoi, il dit : J'ai souffert tout cela sans qu'il y ait aucun crime dans mes mains, et alors que je présentais à Dieu des prières pures .

En effet, il a souffert sans qu'il y ait eu aucun crime dans ses mains, celui qui n'a jamais commis de péché ni proféré de mensonge ; pourtant, il a subi le supplice de la croix pour nous racheter. Contrairement à tous, lui seul a présenté des prières pures , puisque, jusque dans le supplice de la passion, il faisait cette prière pour ses persécuteurs : Père, pardonne-leur; ils ne savent pas ce qu'ils font .

Que peut-on dire, que peut-on penser de plus pur, dans la prière, que d'intercéder avec miséricorde pour ceux qui vous font souffrir ? C'est pourquoi le sang de notre Rédempteur, que ses persécuteurs furieux avaient répandu, les croyants l'ont bu par la suite et ont proclamé que Jésus est le Fils de Dieu. Au sujet de ce sang, il est dit ensuite avec à-propos : Terre, ne couvre point mon sang, et n'arrête pas mon cri . L'homme, après son péché, avait entendu cette sentence : Tu es terre, et tu retourneras à la terre .

Or, cette terre n'a pas caché le sang de notre Rédempteur, parce que tout homme pécheur, buvant le sang qui a payé sa rédemption, la proclame, en rend grâce et la fait connaître à tous ceux qu'il approche. Et la terre n'a pas recouvert son sang , parce que la sainte Église a proclamé déjà maintenant le mystère de sa rédemption dans toutes les parties du monde.

Remarquez ce qui suit : N'arrête pas mon cri . En effet, ce sang de notre rédemption, qui nous est donné à boire, est le cri de notre Rédempteur. Ce qui fait dire à saint Paul : Son sang répandu parle plus fort que celui d'Abel. Du sang d'Abel il avait été dit : Le sang de ton frère, de la terre crie vers moi . Mais le sang de Jésus parle plus fort que celui d'Abel, parce que le sang d'Abel a demandé la mort du meurtrier de son frère, tandis que le sang du Seigneur a obtenu la vie pour ses persécuteurs.

Afin que le sacrement de la passion du Seigneur ne soit pas inefficace en nous, nous devons imiter ce qui nous est donné à boire, et proclamer aux autres ce que nous vénérons. En effet, son cri est arrêté en nous, si la langue tient caché ce que l'âme a cru, Mais, pour que son cri ne soit pas arrêté en nous, il reste que chacun, selon sa capacité, fasse connaître à ceux qu'il approche le mystère qui le fait vivre.

COMMENTAIRE SUR LE LIVRE DE JOB

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« De même que tous sont devenus pécheurs parce qu’un seul homme a désobéi, de même tous deviendront justes parce qu’un seul homme a obéi » (Rm 5,19) 

En examinant le déroulement de la tentation du Seigneur, nous pourrons comprendre avec quelle ampleur nous avons été délivrés de la tentation. L’ennemi des origines s’est dressé contre le premier homme, notre ancêtre, par trois tentations : il l’a tenté par la gourmandise, la vaine gloire et l’avarice… C’est par la gourmandise qu’il lui a montré le fruit défendu de l’arbre et l’a persuadé de le manger. Il l’a tenté par la vaine gloire en disant : « Vous serez comme des dieux » (Gn 3,5). Et c’est en y ajoutant l’avarice qu’il l’a tenté en disant : « Vous connaîtrez le bien et le mal. » En effet, l’avarice n’a pas seulement pour objet l’argent, mais aussi les honneurs…

Mais quand il a tenté le second Adam (1Co 15,47), les mêmes moyens qui lui avaient servi à terrasser le premier homme ont vaincu le diable. Il le tente par la gourmandise en lui demandant : « Ordonne que ces pierres deviennent des pains » ; il le tente par la vaine gloire en lui disant : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas » ; il le tente par le désir avide des honneurs lorsqu’il lui montre tous les royaumes du monde en déclarant : « Tout cela, je te le donnerai si, tombant à mes pieds, tu m’adores »... Ayant ainsi fait prisonnier le diable, le second Adam l’expulse de nos cœurs par le même accès qui lui avait permis d’y entrer et de les tenir en son pouvoir.

Il y a autre chose que nous devons considérer dans la tentation du Seigneur… : il pouvait précipiter son tentateur dans l’abîme, mais il n’a pas manifesté son pouvoir personnel ; il s’est limité à répondre au diable par des préceptes de la Sainte Écriture. Il l’a fait pour nous donner l’exemple de sa patience, et nous inviter ainsi à recourir à l’enseignement plutôt qu’à la vengeance… Voyez quelle est la patience de Dieu, et quelle est notre impatience ! Nous sommes emportés de fureur dès que l’injustice ou l’offense nous atteignent… ; le Seigneur, lui, a endure l’hostilité du diable, et il ne lui a répondu qu’avec des paroles de douceur. 

Homélies sur l’Evangile, n°16 (trad. Le Barroux rev.)

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Job dans l'épreuve

Saint Paul disait : Nous portons ce trésor dans les vases d'argile, quand il considérait les richesses de sagesse intérieure qu'il portail en lui, tandis qu'il se voyait extérieurement comme un corps voué à la corruption. Eh bien, chez le saint homme Job, le vase d'argile a éprouvé à l'extérieur les déchirures de ses ulcères, mais le trésor intérieur est demeuré intact. Au-dehors, il a craqué par ses blessures, mais intérieurement le trésor indéfiniment renaissant de la sagesse a jailli en des paroles de sainte connaissance comme celle-ci : Si nous avons reçu des biens de la main du Seigneur, pourquoi n'en accepterions-nous pas des maux ? Ce qu'il appelle les biens, ce sont les dons de Dieu, temporels ou éternels : ce qu'il appelle les maux, ce sont les épreuves qu'il subit, dont le Seigneur a dit, par la bouche du prophète : Je suis le Seigneur, et il n'y en a pas d'autre ; je façonne la lumière et je crée les ténèbres, je fais la paix et je crée le malheur .

Il façonne la lumière et crée les ténèbres , car lorsque les ténèbres de la douleur sont créées à l'extérieur par les épreuves, à l'intérieur la lumière de l'âme s'allume par la connaissance. Il fait la paix et crée le malheur, car la paix avec Dieu nous est rendue lorsque des choses qui étaient bonnes en tant que créées, mais non pas en tant que désirées, sont mauvaises pour nous en devenant des épreuves. En effet, par le péché, nous sommes en désaccord avec Dieu ; il est donc juste que nous revenions à la paix avec lui par les épreuves. Ainsi, lorsque toute chose créée bonne nous cause de la douleur, l'âme de celui qui est ainsi corrigé est rétablie par l'humilité dans la paix avec son Créateur.

Mais ce qu'il faut surtout considérer dans ces paroles, c'est avec quelle sagesse dans la réflexion Job se ressaisit contre les objurgations de sa femme : Si nous avons reçu des biens de la main du Seigneur, pourquoi n'en accepterions-nous pas des maux ? Certes, c'est un grand réconfort dans l'affliction de rappeler à notre mémoire les biens reçus du Créateur, au moment où nous endurons l'adversité. On ne se laisse pas briser par la rencontre de la douleur, si l'on se hâte de se rappeler un bienfait qui nous réconforte. C'est pourquoi il est écrit : Au jour du malheur, n'oublie pas le bonheur ; au jour du bonheur, n'oublie pas le malheur.

Celui qui reçoit des bienfaits, mais qui, à l'époque des bienfaits, ne redoute aucunement l'épreuve, se précipite dans l'orgueil sous l'effet de la joie. Celui qui est broyé par les épreuves mais qui, à l'époque des épreuves, ne trouve aucun réconfort dans les bienfaits qu'il a eu le bonheur de recevoir, voit s'anéantir son équilibre spirituel par un désespoir total.

Il faut donc joindre les deux, pour que l'un vienne toujours soutenir l'autre, de telle sorte que le souvenir du bienfait reçu atténue la peine causée par l'épreuve, et que l'éventualité et la crainte de l'épreuve refrènent la joie du bienfait. Le saint homme Job, pour calmer son âme écrasée par les coups, doit apprécier, dans les douleurs causées par l'épreuve, la douceur des bienfaits en disant : Si nous avons reçu des biens de la main du Seigneur, pourquoi n'en accepterions-nous pas des maux ?

COMMENTAIRE SUR LE LIVRE DE JOB

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Simplicité et rectitude

Certains hommes sont tellement simples qu'ils ignorent ce qui est droit. Mais ils ont abandonné l'innocence de la vraie simplicité au point qu'ils ne s'élèvent pas jusqu'à la vertu de rectitude ; car ne sachant pas être assez prudents pour être droits, ils ne peuvent demeurer innocents par une simplicité de ce genre.

C'est pourquoi saint Paul avertit ainsi ses disciples : Je veux que vous soyez sages pour le bien, et simples pour le mal . C'est pourquoi il dit encore : Pour le jugement, ne soyez pas des enfants : pour le mal, oui, soyez de petits enfants .

La Vérité prescrit donc à ses disciples : Soyez adroits comme des serpents, et candides comme des colombes . En effet, il unit les deux choses dans son avertissement par un lien nécessaire : que l'adresse du serpent guide la candeur de la colombe, et en revanche que la candeur de la colombe modère l'adresse du serpent.

C'est pourquoi le Saint-Esprit a manifesté aux hommes sa présence non seulement par une colombe mais aussi par le feu. La colombe désigne la simplicité, et le feu symbolise le zèle. Il se montre donc dans une colombe et dans le feu. En effet, tous ceux qui sont remplis du Saint-Esprit pratiquent la douceur de la simplicité tout en étant embrasés du zèle de la rectitude contre les pécheurs. ~

Simple et droit, qui craint Dieu et s'écarte du mal . Tout homme qui désire la patrie éternelle se comporte évidemment en homme simple et droit : simple dans sa conduite, droit par sa foi. Simple dans le bien qu'il accomplit ici-bas, droit devant les hautes réalités qu'il connaît dans son cœur. Car il y a des gens qui ne sont pas simples dans le bien qu'ils font, parce qu'ils n'y cherchent pas la récompense intérieure mais la faveur extérieure. Aussi un sage a-t-il bien fait de dire : Malheureux le pécheur qui marche par deux sentiers . Le pécheur marche par deux sentiers lorsque ce qu'il manifeste par sa conduite appartient à Dieu, alors que ce qu'il recherche par sa pensée appartient au monde.

On a raison de dire : Qui craint Dieu et s'écarte du mal . Car la sainte Église des élus commence par la crainte son voyage de simplicité et de rectitude, mais elle l'achève par l'amour. On s'écarte radicalement du mal quand, par amour pour Dieu, on a décidé de ne plus jamais pécher. Celui qui fait encore le bien par crainte ne s'est pas entièrement écarté du mal. Car il pèche, du seul fait qu'il voudrait bien pécher, s'il le pouvait impunément.

Il est donc bien dit que Job craint Dieu, lorsque l'on rapporte aussi qu'il s'écarte du mal. Car, lorsque l'amour suit la crainte, la faute qui reste dans l'esprit est vaincue ensuite par la résolution de bien faire. 

COMMENTAIRE SUR LE LIVRE DE JOB

Gregoirelegrand

64eme pape de 590-604

« Il criait de plus belle »

      Que tout homme qui connaît les ténèbres qui font de lui un aveugle...crie de tout son esprit : « Jésus, fils de David, aie pitié de moi ». Mais écoutons aussi ce qui fait suite aux cris de l'aveugle : « Ceux qui marchaient en tête le rabrouaient pour lui imposer silence » (Lc 18,39). Qui sont-ils ? Ils sont là pour représenter les désirs de notre condition en ce monde, fauteurs de trouble, les vices de l'homme et leur tumulte, qui, voulant empêcher la venue de Jésus en nous, perturbent notre pensée en y semant la tentation et veulent couvrir la voix de notre cœur en prière. Il arrive souvent, en effet, que notre volonté de nous tourner vers Dieu à nouveau..., notre effort pour éloigner nos péchés par la prière, soit contrarié par leur image : la vigilance de notre esprit se relâche à leur contact, ils jettent la confusion dans notre cœur, ils étouffent le cri de notre prière.

      Qu'a donc fait cet aveugle pour recevoir la lumière malgré ces obstacles ? « Il criait de plus belle : ' Fils de David, aie pitié de moi ! ' »... Oui, plus le tumulte de nos désirs nous accable, plus nous devons rendre notre prière insistante... Plus la voix de notre cœur est couverte, plus elle doit insister vigoureusement, jusqu'à couvrir le tumulte des pensées envahissantes et toucher l'oreille fidèle du Seigneur. Chacun se reconnaîtra, je pense, dans cette image : au moment où nous nous efforçons de détourner notre cœur de ce monde pour le ramener à Dieu..., ce sont autant d'importuns qui pèsent sur nous et que nous devons combattre. C'est un essaim que le désir de Dieu a du mal à écarter des yeux de notre cœur... Mais en persistant vigoureusement dans la prière, nous arrêtons en notre esprit Jésus qui passait. D'où le récit de l'Évangile : « Jésus s'arrêta et ordonna qu'on le lui amène » (v. 40).

Homélies sur l'Évangile, n°2 ; PL 76, 1081 (trad. Luc commenté, DDB 1987, p. 141 rev.)

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Une brèche ouverte

      Avec quelle précaution le pharisien qui montait au Temple pour y faire sa prière, et qui avait fortifié la citadelle de son âme, prétendait jeûner deux fois par semaine et donner le dixième de ce qu'il gagnait. En disant : « Mon Dieu, je te rends grâce », il est bien clair qu'il avait apporté toutes les précautions imaginables pour s'en prémunir. Mais il laisse un endroit ouvert et exposé à son ennemi en ajoutant : « Parce que je ne suis pas comme ce publicain ». Ainsi, par la vanité, il a donné à son ennemi d'entrer dans la ville de son cœur qu'il avait pourtant bien verrouillée par ses jeûnes et ses aumônes.

      Toutes les autres précautions sont donc inutiles, quand il reste en nous quelque ouverture par où l'ennemi peut entrer... Ce pharisien avait vaincu la gourmandise par l'abstinence ; il avait surmonté l'avarice par la générosité... Mais combien de travaux en vue de cette victoire ont été anéantis par un seul vice ? par la brèche d'une seule faute ? 

      C'est pourquoi il ne nous faut pas seulement penser à pratiquer le bien, mais aussi veiller avec soin sur nos pensées, pour les garder pures dans nos bonnes œuvres. Car si elles sont une source de vanité ou d'orgueil dans notre cœur, nous combattons alors seulement pour la vaine gloire, et non pour celle de notre Créateur.

Moralia, 76 

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« Allez dire à ses disciples : ' Il est ressuscité et il vous précède en Galilée ; c'est là que vous le verrez' » (Mt 28,7)

    C'est volontairement qu'il est dit : « Il vous précède en Galilée : là vous le verrez, comme il vous l'a dit. » Galilée veut dire « fin de la captivité ». Le Rédempteur, lui, était déjà passé de la passion à la résurrection, de la mort à la vie, du châtiment à la gloire, de la corruption à l'incorruptibilité. Mais si les disciples, après la résurrection, le voient d'abord en Galilée, c'est que, plus tard, nous ne contemplerons, dans la joie, la gloire de sa résurrection que si nous quittons nos vices pour les sommets de la vertu. Il y a un déplacement à faire : si la nouvelle est connue au sépulcre, c'est ailleurs que le Christ se montre...

    Il y avait deux vies ; nous en connaissions une, mais pas l'autre. Il y avait une vie mortelle et une immortelle, une corruptible et l'autre incorruptible, une de mort et l'autre de résurrection. Alors vint le Médiateur entre Dieu et les hommes, l'homme Jésus Christ (1Tm 2,5), qui se chargea de la première vie et nous révéla l'autre, qui perdit l'une en mourant et nous révéla l'autre en ressuscitant. S'il nous avait promis, à nous qui connaissions la vie mortelle, une résurrection de la chair sans nous en donner une preuve palpable, qui aurait pu ajouter foi en ses promesses ?

Homélies sur les évangiles, 21, 5-6; PL 76, 1172 (trad. Véricel, Les Pères commentent, p. 341)

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Il t'appelle par ton nom

« Si c'est toi qui l'as emporté... » Comme si Marie lui avait déjà dit ce qui faisait couler ses pleurs ! Elle parle de « lui », sans avoir prononcé son nom. Tel est le trait de l'amour : toujours plein de ce qu'on aime, on croit que tous les autres en sont également occupés... Marie imagine peu qu'on puisse ignorer le sujet de son immense détresse.

Jésus lui dit : « Marie ! » Il l'appelait tout à l'heure d'un nom commun à tout son sexe, « Femme », et ne se laissait pas encore reconnaître. Il l'appelle à présent par son nom propre, comme s'il lui disait sans plus de détours : « Reconnais celui qui te reconnaît. » Dieu disait de même à Moïse, l'homme parfait : « Je te connais par ton nom » (Ex 33,12). « Homme » est le nom commun à tous, mais « Moïse » est son nom personnel, et le Seigneur lui dit fort bien qu'il le connaît par son nom et semble lui déclarer : « Je ne te connais pas comme l'ensemble des hommes, je te connais personnellement. »

Ainsi, appelée par son nom, Marie reconnaît son créateur, et aussitôt elle lui répond : « Rabbouni », c'est-à-dire, Maître. Car c'était lui qu'elle cherchait au-dehors, mais c'était lui qui lui demandait de le chercher au-dedans... « Marie de Magdala s'en va donc annoncer aux disciples : j'ai vu le Seigneur et voilà ce qu'il m'a dit. » Le péché des hommes quitte ici le cœur d'où il était issu. Car c'est une femme qui, au paradis, tendit à l'homme le fruit de la mort ; c'est une femme qui, au tombeau, annonce la vie aux hommes et rapporte les paroles de celui qui vivifie.

Homélie 25 sur l'Evangile ; PL 76, 1188-1196 (trad. coll. Icthus 10, p. 296s)

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« Tous ceux qui le touchèrent étaient sauvés »

   Plaçons devant notre regard intérieur un blessé grave, sur le point de rendre son dernier souffle… La blessure de l'âme, c'est le péché, dont l'Écriture parle en ces termes : « Blessures, contusions, plaies ouvertes qui ne sont ni pansées, ni bandées, ni soignées avec de l'huile » (Is 1,6). Toi qui es blessé, reconnais ton médecin au-dedans de toi, et montre-lui les plaies de tes péchés. Qu'il entende le gémissement de ton cœur, lui qui connaît déjà toute pensée secrète. Que tes larmes l'émeuvent. Va jusqu'à un peu de sans-gêne dans ta supplication (cf Lc 11,8). Fais sortir vers lui du fond de ton cœur de profonds soupirs, sans cesse.

Que ta douleur lui parvienne pour qu'il te dise, à toi aussi : « Le Seigneur a pardonné ton péché » (2S 12,13). Pousse des cris avec David ; lui qui a dit : « Pitié pour moi, mon Dieu..., selon ta grande miséricorde » (Ps 50,3). C'est comme s'il disait : « Je suis en grand danger à cause d'une énorme blessure que nul médecin ne peut guérir, à moins que le médecin tout-puissant ne vienne à mon secours. » Pour ce médecin tout-puissant, rien n'est incurable. Il soigne gratuitement : d'un mot il rend la santé. Je désespérerais de ma blessure si je ne mettais pas ma confiance dans le Tout-Puissant. 

Commentaire du psaume 50 ; PL 75,581 (trad. Les Psaumes commentés, DDB 1983, p. 184 rev.)

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« Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12,24)

       « Le Royaume des cieux est semblable à une graine de moutarde qu'un homme sème en son champ ; en poussant, il devient comme un arbre, en sorte que les oiseaux du ciel viennent se reposer sur ses branches » (Mt 13,31). Ce petit grain de semence est pour nous le symbole de Jésus Christ, qui mis en terre dans le jardin où il a été enseveli, en est ressorti peu après par sa résurrection, debout comme un grand arbre.

      On peut dire que quand il est mort, ce fut comme un petit grain de semence. Ce fut un grain de semence par l'humiliation de sa chair, et un grand arbre par la glorification de sa majesté. Ce fut un grain de semence lorsqu'il est apparu à nos yeux tout défiguré ; et un arbre lorsqu'il est ressuscité comme le plus beau des hommes (Ps 44,3).

      Les branches de cet arbre mystérieux sont les saints prédicateurs de l'Évangile, dont un psaume nous marque l'étendue : « Leur renommée s'est répandue par tout l'univers, et leurs paroles jusqu'aux extrémités de la terre » (Ps 19,5 ; cf Rm 10,18). Les oiseaux se reposent sur ses branches lorsque les âmes justes qui se sont élevées des attraits de la terre en s'appuyant sur les ailes de la sainteté, trouvent dans les paroles de ces prédicateurs de l'Évangile la consolation dont elles ont besoin dans les peines et les fatigues de cette vie.

Homélies sur Matthieu, ch. 13

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« Aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent »

      Quelqu'un se dira peut-être... : « Qu'est-ce qu'ils ont abandonné de si précieux à l'appel du Seigneur, ces deux pêcheurs qui n'avaient presque rien ? »... Ils ont beaucoup quitté, puisqu'ils ont renoncé à tout, si peu que soit ce tout. Nous, au contraire, nous nous attachons à ce que nous avons, et nous recherchons avidement ce que nous n'avons pas. Pierre et André ont donc beaucoup abandonné lorsqu'ils ont tous deux renoncé au simple désir de posséder ; ils ont beaucoup abandonné, puisqu'en renonçant à leurs biens, ils ont aussi renoncé à leurs convoitises... 

      Que personne donc, même lorsqu'il voit que certains ont renoncé à de grandes richesses, ne dise en lui-même : « Je voudrais bien les imiter dans leur mépris de ce monde, mais je n'ai rien à abandonner, je ne possède rien. » Vous abandonnez beaucoup, mes frères, si vous renoncez aux désirs de ce monde. En effet, le Seigneur se contente de nos biens extérieurs, si minimes soient-ils : c'est le cœur qu'il considère et non la valeur marchande, il ne regarde pas combien nous lui sacrifions, mais combien d'amour accompagne notre offrande. 

      Car à ne considérer que les biens extérieurs, voilà que nos saints marchands ont payé de leurs filets et de leur barque la vie éternelle, celle des anges. Le Royaume de Dieu n'a pas de prix, et pourtant il te coûte ni plus ni moins que ce que tu possèdes.

Homélies sur l'Évangile, n°5 

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« Sachez que le Royaume de Dieu est proche »

      « Voyez le figuier et tous les arbres : lorsqu'ils font paraître leurs fruits, vous savez que l'été est proche. Ainsi pour vous : quand vous verrez arriver cela, sachez que le Royaume de Dieu est proche. » C'est comme si notre Rédempteur disait clairement : « Si on connaît la proximité de l'été par les fruits des arbres, on peut de même reconnaître par la ruine du monde que le Royaume de Dieu est proche. » Ces paroles nous montrent bien que le fruit du monde, c'est sa ruine ; il ne grandit que pour tomber ; il ne bourgeonne que pour faire périr par des calamités tout ce qui aura bourgeonné en lui. C'est avec raison que le Royaume de Dieu est comparé à l'été, car alors les nuages de notre tristesse passeront, et les jours de la vie brilleront de la clarté du Soleil éternel… 

      « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas. » Rien, dans la nature des choses matérielles, n'est plus durable que le ciel et la terre, et rien ici-bas ne passe plus vite qu'un mot prononcé… Le Seigneur déclare donc : « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas. » C'est comme s'il disait clairement : « Tout ce qui est durable autour de vous n'est pas durable devant l'éternité ; et tout ce qui chez moi semble passer est en fait fixe et ne passe pas, car ma parole qui passe exprime des pensées qui demeurent sans pouvoir changer »… 

      Ainsi, mes frères, n'aimez pas ce monde, qui ne pourra pas subsister longtemps, comme vous le voyez. Fixez dans votre esprit ce commandement que l'apôtre Jean nous donne pour nous mettre en garde : « N'ayez pas l'amour du monde, ni de ce qui est dans le monde ; car si quelqu'un aime le monde, l'amour du Père n'est pas en lui » (1Jn 2,15).

Homélies sur les évangiles, n° 1 (trad. Le Barroux rev.) 

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Le Seigneur envoie ses disciples 

Notre Seigneur et Sauveur, frères très chers, nous instruit tantôt par ses paroles, tantôt par ses actions. Ses actions elles-mêmes sont des commandements, parce que, lorsqu'il fait quelque chose sans rien dire, il nous montre comment nous devons agir. Voici donc qu'il envoie ses disciples en prédication deux par deux, parce que les commandements de la charité sont deux : l'amour de Dieu et du prochain. 

Le Seigneur envoie prêcher ses disciples deux par deux pour nous suggérer, sans le dire, que celui qui n'a pas la charité envers autrui ne doit absolument pas entreprendre le ministère de la prédication.

Il est fort bien dit qu' il les envoya devant lui dans toutes les villes et les localités où lui-même devait aller . En effet, le Seigneur vient après ses prédicateurs, parce que la prédication est un préalable : le Seigneur vient habiter notre âme lorsque les paroles d'exhortation sont venues en avant-coureur et font accueillir la vérité dans l'âme. C'est pourquoi Isaïe dit aux prédicateurs : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez les sentiers de notre Dieu . Et le Psalmiste leur dit aussi : Frayez la route à celui qui monte au couchant . Le Seigneur monte au couchant parce que, s'étant couché par sa passion, il s'est manifesté avec une plus grande gloire dans sa résurrection. Il est monté au couchant, parce que, en ressuscitant, il a foulé aux pieds la mort qu'il avait subie. Nous frayons donc la route à celui qui monte au couchant lorsque nous prêchons sa gloire à vos âmes, afin que, venant ensuite, il les éclaire par la présence de son amour. 

Écoutons maintenant ce qu'il dit aux prédicateurs qu'il envoie : La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson . Les ouvriers sont peu nombreux pour une moisson abondante ; nous ne pouvons pas le répéter sans une grande tristesse. Il y a des gens pour entendre de bonnes choses, il n'y en a pas pour les dire. Le monde est rempli de prêtres, mais on rencontre rarement un ouvrier dans la moisson de Dieu ; nous acceptons bien la fonction sacerdotale, mais nous ne faisons pas le travail de cette fonction. 

Considérez, frères très chers, considérez le poids de cette parole : Priez le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson . Vous-mêmes, priez pour nous, afin que nous puissions faire le travail auquel vous avez droit : que notre langue ne soit pas engourdie, quand il faut exhorter ; une fois que nous avons accepté la charge de la prédication, que notre silence ne nous assigne pas devant le juste Juge !

HOMÉLIE SUR L'ÉVANGILE

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« Les ouvriers sont peu nombreux » 

Écoutons ce que dit le Seigneur aux prédicateurs qu'il envoie : La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour la moisson . Les ouvriers sont peu nombreux pour une moisson abondante ; nous ne pouvons le répéter sans une grande tristesse. Il y a des gens pour entendre dire de bonnes choses, il n'y en a pas pour les dire. Le monde est rempli de prêtres, mais on rencontre rarement un ouvrier dans la moisson de Dieu ; nous acceptons bien la fonction sacerdotale, mais nous ne faisons pas le travail de cette fonction. 

Considérez, frères très chers, considérez le poids de cette parole : Priez le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson . Vous-mêmes, priez pour nous, afin que nous puissions faire le travail auquel vous avez droit : que notre langue ne soit pas engourdie, quand il faut exhorter ; une fois que nous avons accepté la charge de la prédication, que notre silence ne nous assigne pas devant le juste juge ! Souvent en effet la langue des prédicateurs est paralysée par leurs mauvaises dispositions ; mais souvent, c'est par la faute de leurs peuples que les supérieurs s'abstiennent de prêcher. 

La langue des prédicateurs est paralysée par leurs mauvaises dispositions, nous dit le Psalmiste : Dieu déclare au pécheur : Comment peux-tu redire mes lois ? Et que la parole des prédicateurs soit arrêtée par les vices de leurs peuples, le Seigneur le dit à Ézéchiel : Je ferai adhérer ta langue à ton palais, tu seras muet et tu cesseras de les avertir, car c'est une engeance de rebelles. Comme s'il disait clairement : La prédication te sera enlevée car, puisque ce peuple me défie par sa conduite, il ne mérite pas d'être exhorté à la vérité. Par suite de quel vice la parole est retirée au prédicateur, il n'est pas facile de le savoir. Mais ce que l'on sait avec certitude, c'est que le silence du pasteur est nuisible quelquefois à lui-même, mais toujours à son peuple. ~ 

Il y a encore autre chose, frères très chers, qui m'afflige vivement, dans la vie des pasteurs ; mais pour que mes paroles ne permettent de critiquer personne injustement, je m'accuse moi-même également, bien que ce soit malgré moi que je succombe, contraint par la nécessité de cette époque de barbarie. 

Nous avons glissé vers des affaires extérieures et la charge honorable que nous avons acceptée est bien différente des fonctions que nous exerçons en fait. Nous abandonnons le ministère de la prédication et c'est pour notre châtiment, je crois, qu'on nous appelle évêque, car nous en avons le titre, mais nous n'en avons pas la valeur. En effet, ceux qui nous ont été confiés abandonnent Dieu, et nous nous taisons. Ils sont tombés, par leur mauvaise conduite, et nous ne leur tendons pas la main en les corrigeant. ~

Mais quand pourrions-nous corriger la vie d'autrui, nous qui négligeons la nôtre ? Pris par des tâches profanes, nous devenons d'autant plus insensible à l'intérieur que nous paraissons plus adonné à tout ce qui se passe à l'extérieur. ~

L'Église a donc bien eu raison de dire, à propos de ses membres en mauvaise santé : On m 'a chargé de garder ces vignes : ma propre vigne, je ne l'ai pas gardée. ~ Nous qui avons été institué gardien des vignes, nous n'avons aucunement gardé notre propre vigne parce que, en nous laissant prendre par des actions extérieures, nous avons négligé le ministère de notre tâche propre.

HOMÉLIE  SUR L'ÉVANGILE

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Les noms des anges

Il faut savoir que le nom d’anges désigne leur fonction, et non leur nature. Car ces esprits bienheureux de la patrie céleste sont bien toujours des esprits, mais on ne peut les appeler toujours des « anges », parce qu’ils ne sont des anges que lorsqu’ils portent un message. On appelle « anges » ceux qui portent les messages moins importants, et « archanges » ceux qui annoncent les plus grands événements. 

C’est pourquoi l’archange Gabriel fut envoyé à la Vierge Marie, et non pas un ange quelconque : pour ce ministère, il s’imposait d’envoyer un ange du plus haut rang annoncer le plus haut de tous les événements. 

En outre, certains d’entre eux sont désignés par un nom propre, afin de signifier par les mots la nature de leur action. En effet, ce n’est pas dans la sainte cité, où la vision de Dieu tout-puissant confère une connaissance parfaite, qu’ils reçoivent leurs noms particuliers, comme si, sans l’aide de ces noms, on n’avait pas pu connaître leurs personnes. C’est lorsqu’ils viennent vers nous pour exercer un ministère qu’ils reçoivent chez nous des noms tirés de leur fonction. C’est ainsi que Michel veut dire « Qui est comme Dieu ? », Gabriel : « Force de Dieu ». Raphaël : « Dieu guérit ». 

Chaque fois qu’il est besoin d’un déploiement de force extraordinaire, c’est Michel qui est envoyé : son action et son nom font comprendre que nul ne peut faire ce qu’il appartient à Dieu seul de faire. L’antique ennemi, qui a désiré par orgueil être semblable à Dieu, disait : J’escaladerai les cieux, par-dessus les étoiles du ciel j’érigerai mon trône, je ressemblerai au Très-Haut . Or, l’Apocalypse nous dit qu’à la fin du monde, lorsqu’il sera laissé à sa propre force, avant d’être éliminé par le supplice final, il devra combattre contre l’archange Michel : Il y eut un combat contre l’archange Michel . 

À la Vierge Marie, c’est Gabriel qui est envoyé, dont le nom signifie « Force de Dieu » : ne venait-il pas annoncer celui qui voulut se manifester dans une humble condition pour triompher des puissances démoniaques ? C’est donc par la « force de Dieu » qu’il devait être annoncé, celui qui venait comme le Dieu des armées, le vaillant des combats . 

Raphaël, comme nous l’avons dit, se traduit : « Dieu guérit ». En effet, il délivra des ténèbres les yeux de Tobie lorsqu’il les toucha comme pour remplir l’office de soignant. Celui qui fut envoyé pour soigner est bien digne d’être appelé « Dieu guérit ».

HOMÉLIE 

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Je fais de toi un guetteur 

Fils d'homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d'Israël . Il faut noter que le Seigneur désigne comme un « guetteur » celui qu'il envoie prêcher. Le guetteur se tient toujours sur la hauteur pour voir de loin tout ce qui va venir. Et tout homme qui reçoit le poste de guetteur doit se tenir sur la hauteur par sa vie, afin de pouvoir rendre service par sa vigilance.

Combien il m'est cruel de dire ces paroles ! Car en parlant, je me frappe moi-même : je ne pratique pas la prédication comme je le devrais ; et lorsque cette prédication est suffisante, ma vie ne concorde pas avec ma parole.

Je ne nie pas ma culpabilité, je vois ma torpeur et ma négligence. Peut-être que de reconnaître ma faute m'obtiendra le pardon auprès du juge miséricordieux ? Sans doute, quand j'étais au monastère, j'étais capable de retenir ma langue des paroles inutiles et de garder presque continuellement mon esprit attentif à la prière. Mais, après avoir endossé le fardeau de la charge pastorale, mon esprit ne peut plus se recueillir assidûment, parce qu'il est divisé par quantité de soucis.

En effet, je suis obligé d'examiner les affaires tantôt des Églises tantôt des monastères, et tantôt des monastères, et souvent de juger la vie et les actes des personnes privées ; tantôt de m'occuper longuement de certains problèmes civiques, tantôt de gémir devant l'assaut meurtrier des barbares et de redouter les loups qui menacent le troupeau que Dieu m'a confié. Tantôt je suis contraint de prendre des mesures pour que les secours ne manquent pas à ceux-là mêmes qui sont tenus par la règle monastique ; tantôt je dois supporter avec patience certains pillards, et tantôt m'opposer à eux pour sauvegarder la charité.

Lorsque l'esprit est amené à se disperser et à se déchirer par le souci d'affaires si nombreuses et si importantes, comment peut-il rentrer en lui-même afin de se recueillir entièrement pour la prédication, et ne pas renoncer au ministère de la parole ? Mais, parce que les obligations de ma charge m'obligent souvent à rencontrer des hommes du monde, il m'arrive de relâcher la discipline de ma langue. Car, si je maintiens constamment une sévérité rigoureuse, je sais que je mets en fuite les plus faibles, et je ne les attirerai jamais comme je le voudrais. C'est pourquoi il m'arrive souvent d'écouter leurs paroles inutiles. Mais parce que je suis faible, moi aussi, je me laisse quelque peu entraîner aux discours inutiles, et je me mets à parler volontiers sur des sujets que j'avais d'abord écoutés de mauvais gré : et là où cela m'ennuyait de manquer au silence, je trouve plaisir à m'étendre.

Quel « guetteur » suis-je donc, qui ne me tiens pas posté sur la montagne de l'efficacité, mais plutôt gisant dans la vallée de la faiblesse ? Mais le créateur et rédempteur du genre humain est assez puissant pour me donner, malgré mon indignité, et la noblesse de la vie et l'efficacité de la prédication, car c'est pour son amour que je me consacre totalement à sa parole.

HOMÉLIE DE S. GRÉGOIRE SUR ÉZÉKIEL

 

Gregoirelegrand

64eme pape de 590-604

« Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement »

Vous pouvez, vous aussi, si vous le voulez, mériter ce beau nom de messager de Dieu. En effet, si chacun de vous, selon ses possibilités, dans la mesure où il en a reçu l'inspiration du ciel, détourne son prochain du mal, s'il prend soin de l'amener au bien, s'il rappelle à l'égaré le Royaume ou le châtiment qui l'attendent dans l'éternité, il est évidemment un messager des saintes paroles de Jésus. Et que personne ne vienne dire : Je suis incapable d'instruire les autres, de les exhorter. Faites du moins votre possible, pour qu'un jour on ne vous demande pas compte du talent reçu et malheureusement conservé. Car celui qui a préféré cacher son talent plutôt que de le faire valoir n'avait pas reçu plus d'un talent, lui non plus (Mt 25,14s)... Entraînez les autres avec vous ; qu'ils soient vos compagnons sur la route qui mène à Dieu. Quand, en allant sur la place ou aux bains publics, vous rencontrez quelque désœuvré, invitez-le donc à vous accompagner. Car vos actions quotidiennes elles-mêmes servent à vous unir aux autres. Vous alliez à Dieu ? Essayez de ne pas y arriver seuls. Que celui qui, dans son cœur, a déjà entendu l'appel de l'amour divin en tire pour son prochain une parole d'encouragement.

Homélies sur les évangiles, n°6 (trad. Véricel, Evangile commenté, p. 134)

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Pierre tire le filet jusqu'au rivage

Après la prise de tant de gros poissons, « Simon-Pierre monta dans la barque et tira à terre le filet. » Je suppose que vous avez saisi pourquoi c'était Pierre qui a tiré le filet à terre. C'est à lui, en effet, que la sainte Église a été confiée, c'est à lui qu'il a été dit personnellement : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? Pais mes brebis. » Ainsi, ce qui dans un deuxième temps a été clairement énoncé en paroles est d'abord signifié par une action. C'est le prédicateur de l'Église qui nous sépare des flots de ce monde ; il est donc nécessaire que Pierre mène à terre le filet plein de poissons. Et il a tiré en personne les poissons sur la terre ferme du rivage, puisqu'il a fait connaître aux fidèles, par sa sainte prédication, l'immutabilité de la patrie éternelle. Il l'a fait par ses paroles comme par ses épîtres ; il le fait encore chaque jour par ses miracles. Toutes les fois qu'il nous porte à l'amour du repos éternel, toutes les fois qu'il nous détache du tumulte des choses de ce monde, ne sommes-nous pas des poissons pris dans les filets de la foi, qu'il tire au rivage ?

Homélies sur l'Évangile, n°24 (trad. Le Barroux rev.)

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Parler avec audace et discernement

Le supérieur doit garder le silence avec discernement et parler de façon utile : il ne doit ni divulguer ce qu’il faut taire, ni taire ce qu’il faut divulguer. Car une parole étourdie peut entraîner dans l’erreur, tout comme un silence mal avisé laisse dans l’erreur ceux qu’on aurait dû éclairer. Souvent des supérieurs, manquant de sagesse et craignant de perdre la bienveillance des hommes, ont peur de dire franchement ce qui est bien ; mais selon une parole de la Vérité en personne, ils n’accomplissent plus leur service, qui est de garder le troupeau avec le zèle des pasteurs mais, comme des mercenaires, ils s’enfuient à l’arrivée du loup lorsqu’ils se cachent dans le silence.

C’est pourquoi le Seigneur les blâmes, par la bouche du Prophète, en les traitant de chiens muets, incapables d’aboyer . Et il s’en plaint encore lorsqu’il dit : Vous n’êtes pas montés à l’assaut, vous n’avez pas construit un rempart pour la maison d’Israël, afin de tenir fermes dans le combat, au jour du Seigneur . Monter à l’assaut, c’est s’opposer aux puissances de ce monde par une parole hardie pour défendre le troupeau. Et tenir ferme dans le combat, au jour du Seigneur, c’est résister à des adversaires déloyaux par amour de la justice.

Pour un pasteur, craindre de dire ce qui est bien, n’est-ce pas la même chose que de prendre la fuite pas son silence ? Celui qui s’expose pour son troupeau construit un rempart pour la maison d’Israël contres ses ennemis. C’est pourquoi Dieu dit encore à son peuple pécheur : Tes prophètes ont eu pour toi des visions fausses et sottes, ils n’ont pas révélé ton péché pour te provoquer à la conversion . Dans l’Écriture Sainte, on appelle parfois prophètes les maîtres qui, en signalant la présence de signes fugitifs, découvrent l’avenir. La parole divine leur reproche d’avoir des visions fausses, parce qu’en craignant de blâmer les fautes ils flattent vainement les coupables en leur promettant la sécurité, et ils ne révèlent pas l’indignité des pécheurs parce qu’ils gardent le silence au lieu de les blâmer.

La clé de cette révélation, c’est le discours de réprimande, parce que, en blâmant la faute, on la découvre, alors que souvent elle est ignorée même de son auteur. Aussi saint Paul disait : Qu’il soit capable d’exhorter dans la saine doctrine et de réfuter les contradicteurs . Et il est dit dans Malachie :Les lèvres du prêtre doivent garder le savoir et c’est de sa bouche qu’on recherche l’instruction, parce qu’il est le messager du Seigneur de l’univers . Le Seigneur donne aussi cet avertissement par la bouche d’Isaïe : Crie à pleine voix sans relâche, élève ta voix comme une trompette .

Celui qui accède au sacerdoce reçoit l’office du héraut, qui est de proclamer la venue du juge redoutable qui le suit. Si donc le prêtre ne sait pas prêcher, comment criera-t-il, ce héraut muet ? C’est pour cela que sur les premiers pasteurs l’Esprit Saint s’est reposé sous l’apparence de langues : en effet, ceux qu’il remplit, il en fait aussitôt par lui-même des gens qui parlent.

DE LA RÈGLE PASTORALE DE SAINT GRÉGOIRE LE GRAND

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Porter du fruit par la persévérance

Veillez à ce que la parole que vous avez reçue résonne au fond de votre cœur et y demeure. Prenez garde que la semence ne tombe le long du chemin, de crainte que l'Esprit mauvais ne vienne enlever la parole de votre mémoire. Prenez garde que le sol pierreux ne reçoive la semence et ne produise une bonne action dépourvue des racines de la persévérance. Beaucoup, en effet, se réjouissent en entendant la parole, et se disposent à entreprendre de bonnes œuvres. Mais à peine les épreuves ont-elles commencé à les assaillir qu'ils renoncent à ce qu'ils avaient entrepris. Ainsi, le sol pierreux a manqué d'eau, si bien que le germe de la graine n'est pas parvenu à donner le fruit de la persévérance.

Mais la bonne terre donne du fruit par la patience : entendons par là que nos bonnes œuvres peuvent avoir de la valeur si nous supportons patiemment les désagréments que nous cause notre prochain. D'ailleurs, plus nous avançons vers la perfection, plus nous avons à endurer des épreuves ; une fois que notre âme a abandonné l'amour du monde présent, l'hostilité de ce monde grandit. Voilà pourquoi nous en voyons beaucoup peiner sous un lourd fardeau (Mt 11,28), alors que leurs œuvres sont bonnes... Mais, selon la parole du Seigneur, « ils portent du fruit par leur constance » en supportant humblement ces épreuves, si bien qu'après avoir peiné, ils seront invités à entrer dans la paix du ciel.

Homélies sur l'Evangile,1,15 ; PL 76, 1131s (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 116)

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« Nos lampes s'éteignent »

« Les cinq vierges folles, en prenant leurs lampes, n'avaient pas emporté d'huile avec elles ; les sages au contraire portaient avec leurs lampes de l'huile dans des vases. » L'huile désigne ici l'éclat de la gloire ; les vases, ce sont nos cœurs, dans lesquels nous portons toutes nos pensées. Les vierges sages portent de l'huile dans leurs vases, parce qu'elles gardent au-dedans de leur conscience tout l'éclat de leur gloire, comme le dit saint Paul : « Ce qui fait notre gloire, c'est le témoignage de notre conscience » (2Co 1,12). Les vierges folles au contraire n'emportent pas d'huile avec elles, parce qu'elles ne portent pas leur gloire dans le secret de leur cœur, c'est à dire qu'elles la demandent aux louanges d'autrui.

« Mais au milieu de la nuit, un cri retentit : ' Voici l'Epoux qui vient, allez au-devant de lui ! ' » Alors toutes les vierges se lèvent. Mais les lampes des vierges folles s'éteignent parce que leurs œuvres, qui du dehors paraissaient éclatantes aux yeux des hommes, ne sont plus au-dedans que ténèbres à l'arrivée du Juge ; et elles ne reçoivent de Dieu aucune récompense, ayant pour elles déjà reçu des hommes ces louanges qu'elles aimaient.

Homélies sur les évangiles, 12 ; PL 76, 1119-1120

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« Tu auras un trésor dans les cieux »

      Que personne, lorsqu'il voit certains quitter de grands biens, ne se dise : « Je voudrais bien imiter ceux qui se détachent ainsi du monde, mais qu'est-ce que je peux abandonner ? Je ne possède rien. » Vous abandonnez beaucoup, mes frères, lorsque vous renoncez aux désirs de ce monde. En effet, nos biens extérieurs, si petits soient-ils, suffisent aux yeux du Seigneur. C'est le cœur qu'il regarde, et non la fortune ; il ne regarde pas combien nous lui sacrifions, mais combien d'amour nous incite à faire notre sacrifice… Le Royaume de Dieu n'a pas de prix, et cependant il te coûte exactement ce que tu as... Il a coûté à Pierre et à André l'abandon de leur barque et de leurs filets ; il a coûté à la veuve deux piécettes d'argent (Lc 21,2) ; il a coûté à quelqu'un d'autre un verre d'eau fraîche (Mt 10,42). Le Royaume de Dieu, avons-nous dit, te coûte ce que tu as. Voyez donc, mes frères, quoi de plus facile à acquérir et quoi de plus précieux à posséder ?

      Mais peut-être que tu n'as même pas un verre d'eau fraîche à offrir au pauvre qui en a besoin ? Même dans ce cas la Parole de Dieu nous apaise… : « Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté » (Lc 2,14). En effet, aux yeux de Dieu, la main n'est jamais vide de présents si le fond du cœur est rempli de bonne volonté… Même si je n'ai rien d'extérieur à t'offrir, mon Dieu, je trouve cependant en moi-même ce que je déposerai sur l'autel à ta louange… : tu te plais aux offrandes du cœur (Ps 55,13).

Homélies sur l’Évangile, n°5 ; PL 76, 1093

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Le double combat de l'Apôtre

On nous rapporte que les saints entraînés dans le combat des épreuves combattent simultanément certains de leurs ennemis en les frappant, et d'autres en les persuadant ; à ceux-ci ils opposent le bouclier de la patience, contre ceux-là ils brandissent les javelots de l'enseignement. Et ils réussissent merveilleusement dans la pratique de ces deux genres de combat. Au-dedans, ils instruisent sagement ceux qui sont égarés ; au dehors, ils méprisent, courageusement ceux qui les attaquent. Ils corrigent ceux-ci par l'enseignement ; ils découragent ceux-là par la constance. Par la patience, ils peuvent regarder sans crainte les ennemis menaçants ; mais, par la compassion, ils amènent au salut leurs concitoyens qui faiblissent. Ils résistent à ceux-là, pour les empêcher d'entraîner les autres ; ils craignent que ceux-ci ne s'écartent radicalement de la voie droite.

Regardons le soldat de l'armée divine se battre des deux côtés. Il dit : Luttes au-dehors, craintes au-dedans . Il énumère les guerres qu'il endure au-dehors en disant : Dangers des fleuves, dangers des bandits, dangers de mes frères de race, dangers des païens, dangers dans la ville, dangers dans le désert, dangers sur mer, dangers des faux frères . Dans cette guerre, il doit ajouter les flèches qu'il lance contre l'adversaire : Fatigues et peines, veilles fréquentes, faim, soif ; jeûnes fréquents, froid et dénuement .

Mais alors qu'il est entraîné dans tous ces combats, il va dire comment il va encore être vigilant pour protéger son camp. Car il ajoute aussitôt : Sans compter tout le reste, ma préoccupation quotidienne, le souci de toutes les Églises . Voilà comment il soutient courageusement les combats et se dépense avec miséricorde pour protéger ses proches. Il raconte les maux qu'il souffre, il y ajoute les bienfaits qu'il dispense.

Comprenons donc quel labeur c'était pour lui de supporter les assauts au-dehors, et en même temps de protéger la faiblesse du dedans. Au-dehors, il souffre des combats parce qu'il est déchiré par les fouets, lié par les chaînes ; au-dedans, il éprouve la peur : il redoute que ce qu'il souffre ne fasse du tort, non pas à lui. mais à ses disciples. C'est pourquoi il écrit à ceux-ci : Que personne ne soit ébranlé au milieu des épreuves présentes, car vous savez bien que nous y sommes destinés . Dans sa propre passion, ce qu il craignait, c'était la chute des autres ; il craignait que ses disciples, en apprenant qu'il avait été fouetté pour la foi, ne refusent de professer leur propre foi.

Tendresse d'une infinie charité ! Il méprise sa propre souffrance, et il veille à ce que ses disciples ne souffrent dans leur cœur aucun dommage d'une suggestion mauvaise. Il dédaigne pour lui-même les blessures corporelles, et il remédie chez les autres aux blessures spirituelles. Les justes se reconnaissent à cela : accablés de douleurs par l'épreuve, ils ne cessent pas de se soucier de l'intérêt d'autrui ; alors qu'ils souffrent des malheurs qui les atteignent eux-mêmes, ils veillent par leur enseignement à fournir autrui du nécessaire ; c'est ainsi qu'ils sont de grands médecins tout en étant frappés par la maladie. Eux-mêmes sont déchirés de blessures, et ils portent aux autres les remèdes qui leur rendront la santé.

COMMENTAIRE DE SAINT GRÉGOIRE LE GRAND SUR LE LIVRE DE JOB

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« Avez-vous vu celui que mon cœur aime ? » (Ct 3,3)

Il faut mesurer avec quelle force l'amour avait embrasé l'âme de cette femme qui ne s'éloignait pas du tombeau du Seigneur, même lorsque les disciples l'avaient quitté. Elle recherchait celui qu'elle ne trouvait pas, elle pleurait en le cherchant, et, embrasée par le feu de son amour, elle brûlait du désir de celui qu'elle croyait enlevé. C'est pour cela qu'elle a été la seule à le voir, elle qui était restée pour le chercher, car l'efficacité d'une œuvre bonne tient à la persévérance, et la Vérité dit cette parole : « Celui qui aura persévéré jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé » (Mt 10,22)...

Car l'attente fait grandir les saints désirs. Si l'attente les fait tomber, ce n'étaient pas de vrais désirs. C'est d'un tel amour qu'ont brûlé tous ceux qui ont pu atteindre la vérité. C'est pourquoi David dit : « Mon âme a soif du Dieu vivant : quand pourrai-je parvenir devant la face de Dieu ? » (Ps 41,3) Et l'Église dit encore dans le Cantique des cantiques : « Je suis blessée d'amour » et plus loin : « Mon âme a défailli » (Ct 2,5). « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » On lui demande le motif de sa douleur, afin que son désir s'accroisse, pour qu'en nommant celui qu'elle cherche, elle rende plus ardent son amour pour lui.

« Jésus lui dit : Marie ». Après le mot banal de « femme », il l'appelle par son nom. C'est comme s'il lui disait : « Reconnais celui qui te connaît. Je ne te connais pas en général, comme toutes les autres, je te connais d'une façon personnelle. » Appelée par son nom, Marie reconnaît donc son Créateur et elle l'appelle aussitôt « Rabbouni, c'est-à-dire maître », parce que celui qu'elle cherchait extérieurement était celui-là même qui lui enseignait intérieurement à le chercher.

Homélies sur l'Evangile, 25,1-2.4-5 ; PL 76, 1189-1193 (trad. bréviaire)

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« Jésus se mit à faire des reproches aux villes qui...ne s'étaient pas converties »

    Crions avec David ; écoutons-le pleurer et versons des larmes avec lui. Voyons comme il se redresse et réjouissons-nous avec lui : « Pitié pour moi, ô Dieu, selon ta grande tendresse » (Ps 50,3).

    Plaçons devant les yeux de notre âme un homme gravement blessé, presque sur le point d'exhaler son dernier souffle, et qui gît nu dans la poussière. Dans son désir de voir venir un médecin, il gémit et prie celui qui comprend son état d'avoir pitié. Or le péché est une blessure de l'âme. Toi qui es ce blessé, apprends qu'au-dedans de toi est ton médecin et découvre-lui les plaies de tes péchés. Qu'il entende le gémissement de ton cœur, lui à qui toute pensée secrète est connue. Que tes larmes l'émeuvent, et s'il faut le chercher avec quelque insistance, du fond de ton cœur, fais monter vers lui de profonds soupirs. Que ta douleur parvienne jusqu'à lui et qu'on te dise, à toi aussi, comme à David : « Le Seigneur a effacé ton péché » (2S 12,13)...

    « Pitié pour moi, ô Dieu, selon ta grande tendresse. » Ceux qui rapetissent leur faute parce qu'ils ne connaissent pas cette grande tendresse, ceux-là n'attirent à eux que peu de tendresse. Pour moi, je suis tombé lourdement, j'ai péché en connaissance de cause. Mais toi, médecin tout-puissant, tu corriges ceux qui te méprisent, tu instruis ceux qui ignorent leur faute, et tu pardonnes à ceux qui te l'avouent.

Expos. sur les 7 psaumes de la pénitence ; PL 79, 581s (trad. Brésard, 2000 ans C, p. 176)

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Nous sommes à l'aurore de la lumière parfaite. 

Parce que le point du jour, ou l'aurore, passe des ténèbres à la lumière, on a bien raison de désigner par ces noms toute l'Église des élus. C'est elle en effet qui est conduite de la nuit de l'incroyance à la lumière de la foi, et qui, pareille à l'aurore, s'ouvre au jour, après les ténèbres, dans le rayonnement de la lumière d'en haut. Le Cantique dit donc très bien : Qui est celle-ci, qui s'avance comme l'aurore à son lever ? En effet, la sainte Église, désirant les récompenses de la vie céleste, a été appelée aurore, puisque, en quittant les ténèbres des péchés, elle resplendit de la lumière de justice.

Mais on peut trouver une considération plus subtile dans cette comparaison avec le point du jour et l'aurore. Celle-ci, ou le point du jour, annoncent que la nuit est passée, mais ils ne font pas découvrir l'éclat du jour dans sa plénitude ; cependant, en chassant la nuit, ils accueillent le jour ; ils apportent une lumière toute mêlée de ténèbres. Nous tous, qui suivons la vérité, sommes-nous autre chose, en cette vie, qu'une aurore ? Car nous accomplissons déjà des actes qui relèvent de la lumière, et pourtant, sur certains points, bien des restes de ténèbres demeurent en nous. Le Seigneur l'a bien dit, par la bouche du Prophète : Aucun vivant n'est juste devant toi.Et il est encore écrit : Nous trébuchons tous, bien souvent . ~

Aussi, lorsque Paul disait : La nuit est bientôt finie , il n'ajoutait pas : Le jour est venu, mais : Le jour est tout proche . En effet, lorsqu'il suggère qu'après la fin de la nuit le jour n'est pas encore venu, mais qu'il approche, il montre qu'avec l'aurore on est après les ténèbres, mais encore avant le soleil.

L'Église parfaitement sainte des élus sera le plein jour, lorsqu'elle ne comportera plus le mélange d'aucune ombre de péché. Ce sera le plein jour, lorsque brillera en elle la ferveur parfaite de la lumière intérieure. ~ Il est donc très juste de montrer que l'aurore est encore comme en devenir, avec cette parole : As-tu fait connaître à l'aurore sa place ? Faire connaître sa place à quelqu'un, c'est en effet l'inviter à passer d'un endroit à un autre. Quelle est la place de l'aurore, sinon la pleine lumière de la vision éternelle ? Lorsqu'elle parvient à cette place, elle ne garde plus rien des ténèbres de la nuit écoulée. ~ L'aurore s'efforçait de rejoindre sa place, quand le Psalmiste disait : Mon âme a soif du Dieu vivant ; quand pourrai-je m'avancer, paraître devant la face de Dieu ? ~

L'aurore se hâtait de parvenir à cette place qu'elle connaissait, lorsque saint Paul disait avoir le désir de s'en aller pour être avec le Christ . Et encore :Pour moi, vivre, c'est le Christ, et mourir est un avantage .

COMMENTAIRE DE SAINT GRÉGOIRE LE GRAND SUR LE LIVRE DE JOB

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Le témoin intérieur 

Celui qui, comme moi, est tourné en dérision par ses amis, invoquera Dieu, qui l'exaucera . Souvent, l'âme fragile, lorsqu'elle est enveloppée, pour ses bonnes actions, par la brise caressante de la faveur humaine, se laisse entraîner vers les joies extérieures, néglige ce qu'elle désirait intérieurement et demeure sans force devant les appels qui lui parviennent du dehors ; au point qu'elle se réjouit moins d'être bienheureuse que d'en avoir la réputation. En buvant les paroles qui font son éloge, elle abandonne sa première entreprise. Ainsi, elle se sépare de Dieu pour le motif même qui la faisait paraître digne d'éloge à cause Dieu.

Mais il arrive aussi que l'âme persévère dans le bien, et pourtant subisse la dérision des hommes. Elle agit de manière admirable, et elle reçoit des injures. Alors celui que les louanges auraient pu attirer au dehors, repoussé par les affronts, rentre en lui-même. Et il s'affermit en Dieu d'autant plus solidement qu'il ne trouve à l'extérieur rien où il puisse se reposer. Il met toute son espérance dans son Créateur et, au milieu des moqueries outrageantes, il n'implore plus que le témoin intérieur. L'âme de l'homme affligé s'approche de Dieu d'autant plus qu'il est délaissé par la faveur des hommes. Il se répand aussitôt en prière, et sous l'oppression venue du dehors, il se purifie pour saisir les réalités intérieures.

C'est pourquoi notre texte dit avec raison : Celui qui, comme moi, est tourné en dérision, par ses amis, invoquera Dieu, qui l'exaucera , parce que les hommes mauvais, en blâmant l'esprit des bons, montrent quel témoin de leurs actes ceux-ci doivent chercher. Lorsque ces malheureux trouvent des armes dans la prière, ils rejoignent intérieurement la bonté divine : celle-ci les exauce parce que, extérieurement, ils sont privés de la louange des hommes.

Remarquez la portée de cette parenthèse : comme moi parce qu'il y a certains hommes que les moqueries humaines découragent, mais que Dieu n'est pas disposé à exaucer. Car, lorsque la raillerie est dirigée contre le péché, il est évident qu'elle ne produit aucun mérite vertueux. 

On tourne en dérision la simplicité du juste . La sagesse de ce monde consiste à dissimuler le cœur sous des artifices, à voiler la pensée par des paroles, à montrer comme vrai ce qui est faux, à prouver la fausseté de ce qui est vrai.

Au contraire, la sagesse des justes consiste à ne rien inventer pour se faire valoir, à livrer sa pensée dans ses paroles, à aimer la vérité comme elle est, à fuir la fausseté, à faire le bien gratuitement, à préférer supporter le mal plutôt que de le faire, à ne jamais chercher à se venger d'une offense, à considérer comme un bénéfice l'insulte qu'on reçoit pour la vérité. Mais c'est précisément cette simplicité des justes qui est tournée en dérision, car les sages de ce monde croient que la pureté est une sottise. Tout ce qui se fait avec intégrité, ils le considèrent évidemment comme absurde ; tout ce que la Vérité approuve dans la conduite des hommes apparaît une sottise à la sagesse charnelle.

COMMENTAIRE SUR LE LIVRE DE JOB

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« L'accomplissement de la loi, c'est l'amour » 

Comment doit-on entendre ici la loi de Dieu, sinon comme étant la charité ? Car c'est toujours elle qui nous fait comprendre comment nous devons observer dans notre conduite les préceptes de vie. De cette loi, la parole de Vérité nous dit : Ce que je vous commande, c'est de vous aimer les uns les autres . Saint Paul dit à ce sujet : L'accomplissement parfait de la loi, c'est l'amour . Et il dit encore : Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi du Christ . En effet, rien ne traduira plus exactement la loi du Christ, sinon la charité que nous accomplissons vraiment lorsque nous portons par amour les fardeaux de nos frères. 
  
Mais on dit aussi que cette même loi est multiple, parce que la charité, avec empressement, s'étend à tous les actes des différentes vertus. Elle commence par deux préceptes, mais elle s'étend à des préceptes innombrables.

Saint Paul expose bien cette multiplicité de la loi, lorsqu'il dit : L'amour prend patience, l'amour est serviable, il ne jalouse pas, ne se gonfle pas d'orgueil ; il ne fait rien de malhonnête ; il n'est pas ambitieux ; il ne cherche pas son intérêt, il ne s'emporte pas ; il ne pense pas au mal, il ne se réjouit pas de ce qui est mauvais, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai.

L'amour prend patience
 , parce qu'il supporte avec calme le mal qu'on lui fait. Il est serviable , parce qu'il distribue généreusement le bien, en échange du mal. Il ne jalouse pas , parce que, ne désirant rien dans le monde présent, il ignore la jalousie à l'égard des réussites terrestres. Il ne se gonfle pas d'orgueil , parce que, désirant ardemment la récompense intérieure, il ne s'enorgueillit pas des biens extérieurs. Il ne fait rien de malhonnête , parce que, du fait qu'il s'épanouit seulement dans l'amour de Dieu et du prochain, il ignore tout ce qui s'écarte de la rectitude. 

Il n'est pas ambitieux , parce que, toute sa recherche étant tournée vers l'intérieur, il ne convoite aucunement à l'extérieur les biens d'autrui. Il ne cherche pas son intérêt , parce que, tout ce qu'il possède ici-bas en passant, il le néglige comme un bien étranger, puisqu'il reconnaît que rien ne lui appartient vraiment, sinon ce qui pourra demeurer avec lui. Il ne s'emporte pas , parce que, même accablé d'injustices, il ne cède à aucun mouvement de vengeance, puisqu'il attend, pour les grandes peines qu'il subit, des récompenses bien plus grandes. Il ne pense pas au mal , parce que, en établissant fermement son âme dans l'amour de la pureté, puisqu'il extirpe radicalement toute haine, il ne peut remuer en lui des pensées qui le salissent.

Il ne se réjouit pas de ce qui est mauvais , parce que, ne cherchant qu'à aimer tout le monde, il ne trouve aucune joie dans la perte de ses adversaires. Il trouve sa joie dans ce qui est vrai , parce que, aimant les autres comme soi-même, lorsqu'il découvre en autrui quelque chose de droit, il s'en réjouit comme contribuant à son progrès personnel. Cette loi de Dieu est donc multiple.

COMMENTAIRE SUR LE LIVRE DE JOB

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Date de dernière mise à jour : 2016-07-20