Lettre à Louis-Baptiste

Saint jean de dieu 1

Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de Notre-Dame la Vierge Marie, toujours pure. Dieu avant tout et par-dessus tout ce qui est au monde!

Dieu vous garde, mon frère en Jésus-Christ et fils bien aimé, Louis-Baptiste!

J'ai reçu votre lettre adressée de Jaen; elle m'a causé une grande joie et beaucoup de plaisir. Toutefois, vos maux de dents m'ont bien peiné; car toute douleur qui vous atteint m'attriste et votre bien-être, au contraire, me réjouit.

Vous n'avez trouvé là-bas, me dites-vous, aucune des commodités que vous étiez aller y chercher. Par ailleurs, vous me faites part de votre désir de vous rendre à Valence, j'ignore en quel endroit. Que vous répondre en cette lettre, écrite à l'improviste, pour vous être expédiée aussitôt- Je ne le sais. Telle est ma hâte que je n'ai presque pas le temps de prier Dieu de m'éclairer sur cette affaire. Il serait pourtant nécessaire de la recommander beaucoup à Notre-Seigneur Jésus-Christ et, pour cela, de disposer de plus de temps que j'en ai.
A vous voir souvent si faible, en particulier en ce qui regarde la chasteté, je ne sais que vous dire pour vous faire venir ici. Du reste, Pierre n'est pas parti et j'ignore quand il s'en ira. Il dit bien qu'il veut s'en aller, mais je ne sais au juste quand aura lieu son départ.

Si j'étais sûr que votre présence en cette maison dût être profitable à votre âme et au bien spirituel du prochain, je vous ordonnerais de venir tout de suite; mais je crains qu'il n'en soit autrement. Mieux vaudrait pour vous, ce me semble, passer encore quelque temps dans l'épreuve, jusqu'à ce que vous soyez très bien disposé, accoutumé à souffrir et à faire beaucoup de bien, malgré les contrariétés des plus mauvais jours; .mais, d'un autre côté, c'est aussi mon sentiment que si vous couriez risque de vous perdre, vous feriez bien mieux de venir. En ceci, Dieu sait ce qui est préférable, il connaît la vérité.

C'est pourquoi, à mon avis, avant de quitter cette ville où vous êtes, il vaudrait mieux recommander beaucoup cette affaire à Notre-Seigneur Jésus-Christ. De mon côté, j'en ferai de même ici. Vous devriez aussi m'écrire plus souvent et vous informer, par là, auprès des gens qui voyagent de côté et d'autre. Ils vous diraient ce qu'est ce pays de Valence. Si vous vous y rendez, vous verrez le vénérable corps de saint Vincent Ferrier.

Vous errez çà et là, ce me semble, comme une barque sans rames; souvent, de mon côté, je suis sujet au doute comme un homme sans jugement. Nous sommes donc deux, vous et moi, àne savoir que faire, mais Dieu, qui connaît tout, peut venir à notre aide. Qu'il nous fasse la grâce de nous éclairer et de nous conseiller tous deux!

Vous me paraissez être encore comme la pierre qui roule. Il serait bon, cependant, de vous mettre un peu à mortifier votre chair, à endurer les misères de la vie: faim, soif, déshonneurs, opprobres, chagrins, peines et ennuis, le tout pour Dieu; car si vous veniez ici, il vous faudrait endurer tout cela pour son amour.

Pour tout ce qui vous arrive en bien ou en mal, vous devez rendre grâce à Dieu. Souvenez-vous de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de sa sainte Passion. Il a rendu le bien pour le mal et ainsi devez-vous faire, mon fils Baptiste, afin que, quand vous viendrez en cette maison de Dieu, vous sachiez discerner le bien et le mal.

Si vous étiez absolument certain que ce voyage à Valence dût vous perdre, mieux vaudrait venir ici, ou vous rendre à Séville, bref, là où Notre-Seigneur voudra vous diriger.

Venant ici, vous devriez obéir et travailler beaucoup plus que vous ne l'avez fait, être tout entier aux choses de Dieu, enfin, vous dépenser sans cesse au service des pauvres.

La maison vous est ouverte. J'aimerais vous voir devenir de plus en plus vertueux, vous qui êtes pour moi comme un fils et un frère.

Vous trouverez ma lettre bien négligée, car je suis très pressé. Je ne puis non plus vous en dire bien long; j'ignore, en effet, s'il plaît au Seigneur que vous retourniez en cette maison si tôt, ou s'il désire que vous fassiez pénitence là où vous êtes.

Souvenez-vous cependant que, si vous venez, il faut le faire résolument et vous garder beaucoup des femmes, comme du diable.
Déjà s'approche le moment où vous devez prendre un état. Décidé à vous rendre ici, il vous faudrait travailler avec fruit pour Dieu et faire bon marché de " votre peau " et de vos forces. Rappelezvous saint Barthélemy: écorché vif, il emporta sa peau sur les épaules. Ne venez donc pas ici dans le dessein de mener une vie tranquille, mais pour travailler; car les travaux les plus pénibles sont le partage de l'enfant le plus aimé.

Venez, si vous pensez que c'est là ce que vous avez de mieux à faire et si Dieu vous l'inspire. Si, au contraire, il vous semble bon de courir encore le monde et de chercher quelque situation où vous puissiez mieux servir Dieu, agissez en tout comme il vous plaira, à l'exemple de ceux qui vont aux Indes chercher fortune. Faites en sorte de m'écrire en quelque lieu que vous soyez.

Tous les jours de votre vie, ayez le regard fixé sur Dieu et entendez la messe toujours en entier. Confessez-vous souvent; et, si possible, ne vous endormez jamais, le soir, en conscience de péché mortel. Aimez Notre-Seigneur Jésus-Christ par-dessus tout ce qui est au monde; parce que, quel que soit votre amour pour lui, il vous aime bien davantage. Ayez toujours la charité; car là où il n'y a pas de charité, Dieu n'est pas, bien qu'il soit en tout lieu.

Quand je pourrai, je transmettrai vos compliments à Lébrija. Votre lettre, je l'ai remise à Baptiste dans la prison; il en a ressenti une grande joie. Je lui ai dit aussi de préparer une réponse tout de suite, pour pouvoir vous l'expédier. A l'instant, je vais voir si elle est prête.

Votre commission est faite, j'ai salué tout le monde de votre part, les ,grands et les petits, Ortiza et Michel. Pierre m'a dit que si vous venez, vous serez avec lui, jusqu'à son départ, et à son retour aussi, s'il revient.

Je n'ai plus rien à vous dire, sinon à vous souhaiter que Dieu vous garde, vous sauve et vous mette ainsi que tout le monde sur la voie de son saint service.

Je termine, mais ne cesse de prier Dieu pour vous et tous les hommes. Le rosaire, je puis vous l'affirmer, m'a toujours fait grand bien; j'espère que Dieu me fera la grâce de le réciter aussi souvent que je le pourrai et qu'Il le désirera.

Tenez-le-vous pour dit: si vous pensez courir le risque vous perdre, en ce voyage, décidez-vous pour ce qui vous paraîtra le mieux.

Avant de quitter la ville où vous êtes, faites dire quelques messes à l'Esprit Saint et en l'honneur des Rois Mages, vous le pouvez; autrement, la bonne volonté de le faire fira ou, du moins, si elle ne suffisait pas, la grâce de Dieu irait !.

Frère Jean de Dieu, le plus petit de tous, prêt à mourir, Dieu le veut, mais qui attend en silence, espère en Dieu désire servir Notre-Seigneur Jésus-Christ dont il est l'esclave. Amen Jésus!

Moins bon esclave que les autres hommes, je suis, bien des fois, fourbe et traître; je m'en repens, sans doute, beaucoup mais je devrais m'en repentir bien davantage. Que Dieu daigne me pardonner et sauver tout le monde!

Ecrivez-moi tout ce qui se passe là-bas. Je vous envoie ci-incluse une lettre qu'on m'a remise, pour vous la faire parvenir. Par délicatesse, je n'ai pas voulu l'ouvrir et j'ignore si elle est pour vous, ou pour Baptiste de la prison. Lisez-la et, au cas où elle serait pour lui, renvoyez-la-moi, afin que je la lui remette.
Si Baptiste a écrit sa lettre, elle partira avec ces deux-ci.

Maintenant, tenez-vous près de Dieu et marchez en sa présence.

Lettre de saint Jean de Dieu à Louis-Baptiste

Ajouter un commentaire