Jean XXIII quelques écrits

Jean xxiii bureauBx Jean XXIII (1881-1963), pape

 « Tout sera achevé, quand le Christ remettra son pouvoir royal à Dieu le Père » (1Co 15,24)

      Jésus, Roi des hommes et des siècles, accueille les hommages d'adoration et de louange que nous, tes frères d'adoption, nous t'adressons humblement. Tu es « le pain de Dieu qui donne la vie au monde » (Jn 6,33), à la fois grand prêtre et victime. Tu t'es immolé sur la croix pour la rédemption du genre humain, et aujourd'hui, par les mains de tes ministres, tu t'offres chaque jour sur les autels afin d'instaurer dans chaque cœur ton « Royaume de vie, de sainteté, de grâce, de justice, d'amour et de paix » (Préface de la fête). 


      Que ton Règne arrive, ô Roi de Gloire ! (Ps 23) Du haut de ton « trône de grâce » (He 4,16), règne sur le cœur des enfants afin qu'ils conservent sans tache le lis immaculé de l'innocence ; règne sur le cœur des jeunes afin qu'ils grandissent sains et purs, dociles à ceux qui te représentent au sein de la famille, à l'école, à l'église. Règne sur le foyer domestique afin que parents et enfants vivent en harmonie dans l'observance de ta très sainte Loi. Règne sur notre patrie afin que tous les citoyens, dans l'ordre et la compréhension entre les classes sociales, se sentent les fils du même Père céleste, appelés à coopérer au bien temporel de tous, heureux d'appartenir à l'unique corps mystique dont ton sacrement est à la fois le symbole et la source intarissable ! 


      Règne enfin, ô « Roi des rois, Dieu des dieux, Seigneur des seigneurs » (Ap 19,16; Dt 10,17), sur toutes les nations de la terre et éclaire les responsables de chacune afin que, s'inspirant de ton exemple, ils nourrissent « des pensées de paix et non d'affliction » (Jr 29,11). Fais que tous les peuples, Jésus eucharistique, te servent en toute liberté, conscients de ce que « servir Dieu, c'est régner ».

Prière en l’honneur du Roi eucharistique (Bulletin quotidien de l’Ufficio Stampa Vaticana, 24/01/1959) 

separ ecrit biblio« Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ?... m'aimes-tu ?... m'aimes-tu ? »

      Le successeur de Pierre sait que dans sa personne et dans son activité c'est la grâce et la loi de l'amour qui soutient, vivifie et orne tout ; et, face au monde entier, c'est dans l'échange de l'amour entre Jésus et lui, Simon Pierre, fils de Jean, que la sainte Église trouve son appui, comme sur un support invisible et visible : Jésus invisible aux yeux de la chair, et le pape, Vicaire du Christ, visible aux yeux du monde entier. A bien peser ce mystère d'amour entre Jésus et son Vicaire, quel honneur et quelle douceur pour moi, mais en même temps quel motif de confusion pour la petitesse, pour le néant que je suis.

      Ma vie doit être toute d'amour pour Jésus et en même temps totale effusion de bonté et de sacrifice pour chaque âme et pour le monde entier. Dans cet épisode...le passage est direct à la loi du sacrifice. C'est Jésus lui-même qui l'annonce à Pierre : « En vérité, en vérité, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais ; quand tu seras devenu vieux, tu étendras les mains, un autre te nouera ta ceinture et te mènera où tu ne voudrais pas ».

      Par la grâce du Seigneur, je ne suis pas encore entré dans cette « vieillesse », mais avec mes quatre-vingts ans désormais accomplis je me trouve sur le seuil. Je dois donc me tenir prêt pour cette dernière période de ma vie où m'attendent les limitations et les sacrifices, jusqu'au sacrifice de la vie corporelle et à l'ouverture de la vie éternelle. O Jésus, me voici prêt à étendre les mains, mes mains déjà tremblantes et débiles, et à permettre qu'un autre m'aide à me vêtir et me soutienne sur la route. Seigneur, à Pierre tu as ajouté : « et te mènera où tu ne voudrais pas ». Oh! après tant de grâces dont j'ai bénéficié durant ma longue vie, il n'y a plus rien que je ne veuille pas. C'est toi qui m'as ouvert la route, ô Jésus ; « Je te suivrai partout où tu iras » (Mt 8,19). 

Journal de l'âme, 1961 (trad. Le Cerf 1964, p. 487)

separ ecrit biblio« Quand on vous livrera, ne vous tourmentez pas »

      En faisant retour sur moi-même et sur les vicissitudes variées de mon humble vie, je dois reconnaître que le Seigneur m'a dispensé jusqu'ici de ces tribulations qui, pour tant d'âmes, rendent difficile et sans attrait le service de la vérité, de la justice et de la charité... Ô Dieu bon, comment vous remercier des égards qu'on m'aura toujours réservés partout où je me serai rendu en votre nom, et toujours par pure obéissance non à ma volonté mais à la vôtre ? « Que vous rendrai-je, Seigneur, pour tout ce que vous m'avez accordé ? » (Ps 115,12) Je le vois bien, la réponse à faire à moi-même et au Seigneur est toujours de « prendre le calice du salut et invoquer le nom du Seigneur » (v. 13).

      J'y ai déjà fait allusion dans ces pages : si un jour m'arrive une grande tribulation, il faudra bien l'accueillir ; et si elle se fait attendre encore un peu, je dois continuer à m'abreuver du sang de Jésus avec ce cortège de tribulations petites ou grandes dont la bonté du Seigneur voudra l'entourer. J'ai toujours été très impressionné, et maintenant encore, par ce petit psaume 130 qui dit : « Seigneur, mon coeur ne se gonfle pas et mes yeux ne se lèvent pas devant toi ; je ne cours pas après de grandes choses plus hautes que moi. Non, je tiens mon âme en paix et en silence. Comme un enfant dans les bras de sa mère, voilà comment est mon âme ». Oh, comme j'aime ces paroles ! Mais si je devais me troubler vers la fin de ma vie, mon Seigneur Jésus, tu me fortifierais dans la tribulation. Ton sang, ton sang que je continuerai à boire à ton calice, c'est-à-dire à ton coeur, sera pour moi un gage de salut et de joie éternelle. « La légère tribulation d'un moment nous prépare, bien au-delà de toute mesure, une masse éternelle de gloire. » (2Co 4,17) 

Journal de l'âme, août 1961 (trad. Cerf 1964, p. 479)

separ ecrit biblio« Je te suivrai partout où tu iras » 

      « Au soir, donne-nous la lumière. » Seigneur, nous sommes au soir. Je suis dans la soixante-seizième année de cette vie qui est un grand don du Père céleste. Les trois quarts de mes contemporains sont passés sur l'autre rive. Je dois donc, moi aussi, me tenir préparé pour le grand moment. La pensée de la mort ne me donne pas d'inquiétude... Ma santé est excellente et encore robuste, mais je ne dois pas m'y fier ; je veux me tenir prêt à répondre « présent » à tout appel, même inattendu. La vieillesse — qui est aussi un grand don du Seigneur — doit être pour moi un motif de silencieuse joie intérieure et d'abandon quotidien au Seigneur lui-même, vers qui je me tiens tourné comme un enfant vers les bras que lui ouvre son père.

      Mon humble et maintenant longue vie s'est déroulée comme un écheveau, sous le signe de la simplicité et de la pureté. Il ne me coûte rien de reconnaître et de répéter que je ne suis et ne vaux qu'un beau néant. Le Seigneur m'a fait naître de pauvres gens et a pensé à tout. Moi, je l'ai laissé faire... Il est bien vrai que « la volonté de Dieu est ma paix ». Et mon espérance est tout entière dans la miséricorde de Jésus...

      Je pense que le Seigneur Jésus me réserve, pour ma complète mortification et purification, pour m'admettre à sa joie éternelle, quelque grande peine ou affliction du corps et de l'esprit avant que je ne meure. Eh bien, j'accepte tout et de bon cœur, pourvu que tout serve à sa gloire et au bien de mon âme et de mes chers fils spirituels. Je crains la faiblesse de ma résistance, et je le prie de m'aider, parce que j'ai peu ou pas du tout confiance en moi-même, mais j'ai une confiance totale dans le Seigneur Jésus.

        Il y a deux portes au paradis : l'innocence et la pénitence. Qui peut prétendre, pauvre homme fragile, trouver grande ouverte la première ? Mais la seconde aussi est tout à fait sûre. Jésus est passé par celle-là, avec sa croix sur les épaules, en expiation de nos péchés, et il nous invite à le suivre.

Journal de l'âme, juin 1957 [avant son élection à la papauté] (trad. Cerf 1964, p. 451)

separ ecrit biblio« Qu'il prenne sa croix chaque jour »

      L'amour de la croix de mon Seigneur m'attire de plus en plus ces jours-ci. Jésus béni, que ce ne soit pas là un feu de paille qui s'éteindra à la première pluie, mais un incendie qui brûle sans jamais se consumer ! J'ai trouvé ces jours-ci une autre belle prière qui correspond très bien à mes conditions spirituelles... : « Ô Jésus, mon amour crucifié, je vous adore dans toutes vos souffrances... J'embrasse de tout mon cœur, pour l'amour de vous, toutes les croix de corps et d'esprit qui m'arriveront. Et je fais profession de mettre toute ma gloire, mon trésor et mon contentement dans votre croix, c'est-à-dire dans les humiliations, privations et souffrances, disant avec Saint Paul : ' Que jamais je ne me glorifie, sinon dans la croix de notre Seigneur Jésus Christ ' (Ga 6,14). Quant à moi, je ne veux d'autre paradis en ce monde que la croix de mon Seigneur Jésus Christ »... Tout me persuade que le Seigneur me veut tout pour lui, sur la « voie royale de la sainte croix ». Et c'est sur cette voie, et non sur une autre, que je veux le suivre...

      Une note caractéristique de cette retraite a été une grande paix et une grande joie intérieures, qui me donnent le courage de m'offrir au Seigneur pour tous les sacrifices qu'il voudra demander à ma sensibilité. De ce calme et de cette joie, je veux que toute ma personne et toute ma vie soient toujours plus pénétrées, au-dedans et au-dehors... Je veillerai à garder cette joie intérieure et extérieure... La comparaison de Saint François de Sales que je me plais à répéter parmi d'autres : « Je suis comme un oiseau qui chante dans un buisson d'épines », doit être une continuelle invitation pour moi. Donc, peu de confidences sur ce qui peut faire souffrir ; beaucoup de discrétion et d'indulgence en jugeant les hommes et les situations ; m'efforcer de prier spécialement pour ceux qui me font souffrir ; et puis en toute chose une grande bonté, une patience sans limites, en me souvenant que tout autre sentiment...n'est pas conforme à l'esprit de l'Évangile et de la perfection évangélique. Du moment que je fais triompher la charité à tout prix, je veux bien passer pour un homme de rien. Je me laisserai écraser, mais je veux être patient et bon jusqu'à l'héroïsme. 

Journal de l'âme, 1930, retraite à Rusciuk

separ ecrit biblio« Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour »

      Nous voulons insister sur le triple privilège de ce « pain quotidien » que les enfants de l'Église doivent demander au Père céleste, et attendre, dans la confiance, de sa providence divine. Il doit être avant tout « notre pain », c'est-à-dire le pain demandé au nom de tous. « Le Seigneur, nous dit saint Jean Chrysostome, nous a appris dans le Notre Père à adresser à Dieu une prière au nom de tous nos frères. Il veut ainsi que les prières que nous élevons vers Dieu concernent aussi bien les intérêts du prochain que les nôtres. Il entend, par là, combattre les inimitiés et réprimer l'arrogance. »

      Il doit être, de surcroît, un pain « substantiel » (Mt 6,11 grec), indispensable à notre subsistance, à notre nourriture. Mais si l'homme est composé d'un corps, il l'est aussi d'un esprit immortel, et le pain qu'il convient de demander au Seigneur ne sera pas seulement un pain matériel. Il sera, comme le fait observer avec tant d'à-propos ce docteur de l'eucharistie qu'est saint Thomas d'Aquin, un pain spirituel avant tout. Ce pain, c'est Dieu lui-même, vérité et bonté à contempler et à aimer ; un pain sacramentel : le Corps du Sauveur, témoignage et viatique de la vie éternelle.

      La troisième qualité demandée à ce pain, et non moins importante que les précédentes, c'est qu'il soit « un », symbole et cause d'unité (cf 1Co 10,17). Et saint Jean Chrysostome d'ajouter : « De même que ce corps est uni au Christ, de même nous sommes unis au moyen de ce pain ». 

In Discorsi, messagi, colloqui, t. 1, Vatican 1958, p. 433

separ ecrit biblioLe Fils de Dieu, charpentier dans l'atelier de Joseph

      Saint Joseph, gardien de Jésus, époux très chaste de Marie, qui as passé ta vie à accomplir parfaitement ton devoir, en entretenant par le travail de tes mains la Sainte Famille de Nazareth, daigne protéger ceux qui, avec confiance, se tournent vers toi. Tu connais leurs aspirations, leurs angoisses, leurs espérances ; ils recourent à toi, car ils savent qu'ils trouveront en toi quelqu'un qui les comprenne et les protège. Toi aussi, tu as connu l'épreuve, la fatigue, l'épuisement ; mais, même au milieu des préoccupations de la vie matérielle, ton âme, comblée de la paix la plus profonde, exultait d'une joie inexprimable, à cause de l'intimité avec le Fils de Dieu, confié à tes soins, et avec Marie, sa très douce mère.

      Fais que ceux qui cherchent ta protection comprennent eux aussi qu'ils ne sont pas seuls dans leur travail, qu'ils sachent découvrir Jésus à côté d'eux, l'accueillir avec la grâce, le garder fidèlement comme tu l'as fait toi-même. Obtiens que dans chaque famille, dans chaque atelier, dans chaque chantier, partout où un chrétien travaille, tout soit sanctifié dans la charité, dans la patience, dans la justice, dans la préoccupation de bien faire, afin que descendent en abondance, sur tous, les dons de l'amour de Dieu. 

Radiomessage du 01/05/1960 (trad. DC, n° 1329, p. 643)

separ ecrit biblio« Beaucoup de gens de Galilée le suivirent ; et beaucoup de gens de Judée, de Jérusalem, d'Idumée, de Transjordanie...vinrent à lui »

      « Seigneur, ouvre mes lèvres et ma bouche annoncera ta louange » (Ps 50,17)... Quand on pense que ces paroles sont répétées chaque jour pendant la prière du matin, au nom de la sainte Église qui prie pour elle-même et pour le monde entier, par les milliers et les centaines de milliers de bouches ouvertes par la grâce ainsi demandée, notre vision s'élargit et se complète. Voici l'Église qui s'annonce, non comme un monument historique du passé, mais comme une institution vivante. La sainte Église n'est pas comme un palais qui se construit en un an. C'est une ville très vaste qui doit contenir l'univers entier. « La montagne de Sion est fondée sur la joie de toute la terre ; la cité du grand Roi s'étend vers le nord » (Ps 47,3 Vulg).

      La fondation est commencée depuis vingt siècles mais elle se poursuit, et elle s'étend à toute la terre jusqu'à ce que le nom du Christ soit adoré partout. A mesure qu'elle se poursuit, les nouveaux peuples à qui le Christ est annoncé exultent de joie : « Les peuples sont dans la joie à cette annonce » (Ac 13,48). Et elle est belle aussi cette pensée..., elle est édifiante pour tout prêtre qui récite son bréviaire : il faut que chacun s'applique à fonder cette Église sainte.

      Que celui qui s'applique à cette belle œuvre par la prédication dise au Seigneur, en tant que messager de son Évangile : « Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange ». Et celui qui n'est pas missionnaire, qu'il désire ardemment coopérer lui aussi à la grande tâche de la mission, et lorsqu'il psalmodie en privé, tout seul dans sa cellule, qu'il dise lui aussi : « Seigneur, ouvre mes lèvres ». Car, par la communion de la charité, il doit considérer comme sienne toute langue qui est alors en train d'annoncer l'Évangile, qui est la louange divine suprême. 

Journal de l'âme, 29/11/1940 (trad. Cerf 1964, p. 398 rev.)

separ ecrit biblio« C'est ma paix que je vous donne »

  Il revient à tout croyant d'être, dans le monde d'aujourd'hui, une étincelle lumineuse, un foyer d'amour et un ferment pour toute la masse (Mt 5,14; 13,33). Chacun le sera dans la mesure de son union à Dieu. La paix ne pourra pas régner entre les hommes si elle ne règne d'abord en chacun d'eux, si chacun n’observe en lui-même l’ordre voulu par Dieu... Il s'agit, en fait, d'une entreprise trop sublime et trop élevée pour que sa réalisation soit au pouvoir de l'homme laissé à ses seules forces, même s’il était animé de la bonne volonté la plus louable. Pour que la société humaine donne avec la plus parfaite fidélité l'image du Royaume de Dieu, le secours d'en haut est absolument nécessaire… 

Par sa Passion et par sa mort, le Christ a vaincu le péché, source première de toutes les discordes, détresses et inégalités… « C'est lui qui est notre paix... Il est venu proclamer la paix, paix pour vous qui étiez loin, et paix pour ceux qui étaient proches » (Ep 2,14s). Et c'est ce même message que nous fait entendre la liturgie de ces saints jours de Pâques : « Jésus, notre Seigneur ressuscité, se tint au milieu de ses disciples et leur dit : La paix soit avec vous, alléluia. Et les disciples, ayant vu le Seigneur, furent remplis de joie » (cf Jn 20,19s). Le Christ nous a apporté la paix, nous a laissé la paix : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne. » 

C'est cette paix apportée par le Rédempteur que nous lui demandons avec insistance dans nos prières. Qu'il bannisse des âmes ce qui peut mettre la paix en danger, et qu'il transforme tous les hommes en témoins de vérité, de justice et d'amour fraternel. Qu'il éclaire ceux qui président aux destinées des peuples… Que le Christ enflamme le cœur de tous les hommes et leur fasse renverser les barrières qui divisent, resserrer les liens de l'amour mutuel, montrer de la compréhension à l'égard des autres et pardonner à ceux qui leur ont fait du tort. Et qu'ainsi, grâce à lui, tous les peuples de la terre forment entre eux une véritable communauté fraternelle, et que parmi eux ne cesse de fleurir et de régner la paix tant désirée. 

Encyclique « Pacem in Terris » § 164-171 (trad. © Libreria Editrice Vaticana rev.) 

separ ecrit biblio« Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue »

      Je sens que mon Jésus se fait toujours plus proche de moi. Il a permis ces jours-ci que je tombe à la mer et que je me noie dans la considération de ma misère et de mon orgueil, pour me faire comprendre à quel point j'ai besoin de lui. Au moment où je risque d'être submergé, Jésus, marchant sur les eaux, vient à ma rencontre en souriant pour me sauver. Je voudrais lui dire avec Pierre : « Éloignez-vous de moi, Seigneur, car je suis un pécheur » (Lc 5,8), mais je suis devancé par la tendresse de son coeur et par la douceur de ses paroles : « N'aie pas peur » (Lc 5,10).

      Oh! je ne crains plus rien à côté de vous ! Je repose tout contre vous ; pareil à la brebis perdue, j'entends les battements de votre coeur ; Jésus, je suis à vous une fois de plus, à vous pour toujours. Avec vous je suis vraiment grand ; sans vous je ne suis qu'un faible roseau, mais appuyé à vous je suis une colonne. Je ne dois jamais oublier ma misère, non pour trembler sans cesse, mais pour que, malgré mon humilité et ma confusion, je m'approche de votre coeur avec toujours plus de confiance, car ma misère est le trône de votre miséricorde et de votre amour.

Journal de l’âme, 1901-1903 (trad. Cerf, 1964, p. 242 )

separ ecrit biblioJésus se donne jusqu'au bout (Jn 13,1)

      O Jésus, nourriture des âmes qui dépasse toute réalité naturelle, ce peuple immense crie vers toi. Il s'efforce de donner à sa vocation humaine et chrétienne un nouvel élan, de l'embellir de vertus intérieures, toujours prêt au sacrifice dont tu es l'image même, par la parole et par l'exemple. Tu es le premier de nos frères ; tu as précédé les pas de chacun de nous ; tu as pardonné les fautes de tous. Et tu les appelles tous à un témoignage de vie plus noble, plus actif, plus compréhensif.

      Jésus, « pain de vie » (Jn 6,35), unique et seul aliment essentiel de l'âme, accueille tous les peuples à ta table. Elle est déjà la réalité divine sur la terre, le gage des bontés célestes, la certitude d'une entente heureuse entre les peuples et d'une lutte pacifique en vue du vrai progrès et de la civilisation. Nourris par toi et de toi, les hommes seront forts dans la foi, joyeux dans l'espérance, actifs dans la charité. Les bonnes volontés triompheront des pièges tendus par le mal ; elles triompheront de l'égoïsme, de la paresse. Et les hommes droits et craignant Dieu entendront s'élever de la terre, dont l'Eglise ici-bas veut être l'image, les premiers échos mystérieux et doux de la cité de Dieu. Tu nous conduis aux bons pâturages ; tu nous protèges. Montre-nous, Jésus, les biens de la terre des vivants (Ps 26,13).

Prière à Jésus dans le Saint Sacrement, in Discorsi, Messaggi, Colloqui, Eds. Vatican, t. 4, p. 395

separ ecrit biblio« Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s’en aller dans la paix »

      Après ma première messe sur la tombe de saint Pierre, voici les mains du Saint Père Pie X, posées sur ma tête en bénédiction de bon augure pour moi et pour ma vie sacerdotale commençante. Et après plus d'un demi-siècle, voici mes propres mains étendues sur les catholiques -- et pas seulement les catholiques -- du monde entier, en un geste de paternité universelle… Comme saint Pierre et ses successeurs, je suis préposé au gouvernement de l'Eglise du Christ tout entière, une, sainte, catholique et apostolique. Tous ces mots sont sacrés et surpassent de façon inimaginable toute exaltation personnelle ; ils me laissent dans la profondeur de mon néant, élevé à la sublimité d'un ministère qui l'emporte sur toute grandeur et toute dignité humaines.

      Quand, le 28 octobre 1958, les cardinaux de la sainte Eglise romaine m’ont désigné à la responsabilité du troupeau universel du Christ Jésus, à soixante-dix-sept ans, la conviction s’est répandue que je serais un pape de transition. Au lieu de cela, me voici à la veille de ma quatrième année de pontificat et dans la perspective d'un solide programme à déployer à la face du monde entier qui regarde et attend. Quant à moi, je me trouve comme saint Martin, qui « n'a pas craint de mourir ni refusé de vivre ».

      Je dois toujours me tenir prêt à mourir même subitement et à vivre autant qu'il plaira au Seigneur de me laisser ici-bas. Oui, toujours. Au seuil de ma quatre-vingtième année, je dois me tenir prêt : à mourir ou à vivre. Et dans un cas comme dans l'autre, je dois veiller à ma sanctification. Puisque partout on m'appelle « Saint Père », comme si c'était mon premier titre, eh bien, je dois et veux l'être pour de vrai.

Journal de l’âme, § 1958-1963 (trad. Cerf 1964, p. 464)

 

Jean xxiii bureauBx Jean XXIII (1881-1963), pape

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« Celui qui vient à moi n'aura plus jamais faim »

Le problème économique est l'inconnu terrible de notre époque tourmentée. Le problème du pain quotidien, du bien-être, c'est l'incertitude angoissante qui nous opprime au milieu des foules agitées et insatisfaites, et parfois, hélas, affamées. C'est pour nous un devoir d'unir nos efforts, de faire les sacrifices nécessaires selon la doctrine catholique issue de l'Evangile et les instructions claires et solennelles de l'Église, pour contribuer à la recherche d'une solution équitable pour tous. Mais c'est en vain que nous nous efforcerons de remplir les estomacs de pain et de satisfaire les autres désirs parfois effrénés, si l'on ne parvient pas à nourrir les âmes du pain de vie, vrai, substantiel, divin ; à les nourrir de ce Christ dont elles ont faim et grâce auquel, seulement, on pourra reprendre le chemin « jusqu'à la montagne du Seigneur » (1R 19,8). 

C'est en vain que nous demanderons aux économistes et aux législateurs de nouvelles formes de vie sociale si l'on soustrait aux yeux du peuple le doux et maternel sourire de Marie dont les bras sont ouverts pour accueillir tous ses fils. Sur son sein, l'orgueil s'abaisse, les cœurs s'apaisent dans la sainte poésie de la paix chrétienne et de l'amour. Conjuguons nos efforts afin que l'on ne sépare jamais du cœur de l'homme ce que Dieu, dans la doctrine catholique et dans l'histoire du monde, a si merveilleusement uni : l'eucharistie et la Vierge.

OR 20/09/59 

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Discerner les signes des temps : un grand thème du Concile Vatican II

      Il arrive souvent que dans l'exercice quotidien de notre ministère apostolique nos oreilles soient offensées en apprenant ce que disent certains qui, bien qu'enflammés de zèle religieux, manquent de justesse de jugement et de pondération dans leur façon de voir les choses. Dans la situation actuelle de la société, ils ne voient que ruines et calamités ; ils ont coutume de dire que notre époque a profondément empiré par rapport aux siècles passés ; ils se conduisent comme si l'histoire, qui est maîtresse de vie, n'avait rien à leur apprendre et comme si du temps des Conciles d'autrefois tout était parfait en ce qui concerne la doctrine chrétienne, les mœurs et la juste liberté de l'Église. 

      Il nous semble nécessaire de dire notre complet désaccord avec ces prophètes de malheur, qui annoncent toujours des catastrophes, comme si le monde était près de sa fin. 

      Dans le cours actuel des événements, alors que la société humaine semble à un tournant, il vaut mieux reconnaître les desseins mystérieux de la Providence divine qui, à travers la succession des temps et les travaux des hommes, la plupart du temps contre toute attente, atteignent leur fin et disposent tout avec sagesse pour le bien de l'Église, même les événements contraires.

Discours à l'ouverture du Concile Vatican II, 11/10/1962

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Marie, étoile du matin, porte du ciel

L'Immaculée annonce l'aube du jour éternel et nous soutient et nous guide tout au long du chemin qui nous en sépare encore. Pour cette raison l'hymne liturgique « Salut, étoile du matin » est une douce invocation : « Fais en sorte que, croyant en Jésus avec toi, avec toi nous puissions en jouir ». C'est à cette fin, couronnement d'une vie de grâce, que doivent tendre les battements de notre cœur et les efforts les plus généreux de notre fidélité de chrétiens. Prenons courage, enfants, nous ne serons pas toujours dans le trouble. Marie, « tu es notre force » !

      Ô Marie, image radieuse de grâce et de pureté, en paraissant tu as dissipé les ténèbres de la nuit et nous as élevés aux splendeurs du ciel : sois propice à tes enfants. Prépare nos pensées à la venue du Soleil de justice (Ml 3,20) que tu as donné au monde. Porte du ciel, fais que nos cœurs aspirent au paradis. Miroir de justice, conserve en nous l'amour de la grâce divine, afin que dans l'humilité et la joie, nous accomplissions notre vocation chrétienne ; que nous puissions jouir toujours de l'amitié du Seigneur et recevoir tes consolations maternelles.

Discorsi II, p. 53

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« D'où lui vient cette sagesse... ? N'est-il pas le fils du charpentier ? »

      Chaque fois que je repense au grand mystère de la vie cachée et humble de Jésus pendant ses trente premières années, mon esprit est toujours plus confondu et les paroles me manquent. Ah ! c'est l'évidence même : en face d'une leçon si lumineuse, non seulement les jugements du monde mais aussi les jugements et la manière de penser de beaucoup d'ecclésiastiques paraissent complètement faux et se trouvent vraiment à l'opposé.

      Pour ma part, j'avoue n'être pas encore arrivé à m'en faire une idée. Pour autant que je me connais, il me semble que je ne possède que l'apparence de l'humilité, mais son véritable esprit, cet « amour de l'effacement » de Jésus Christ à Nazareth, je ne le connais que de nom. Et dire que Jésus a passé trente années de vie cachée, et qu'il était Dieu, et qu'il était « la splendeur de la substance du Père » (He 1,3), et qu'il était venu pour sauver le monde, et qu'il a fait tout cela uniquement pour nous enseigner combien l'humilité est nécessaire et comment il faut la pratiquer ! Et moi, qui suis si grand pécheur et tellement misérable, je ne pense qu'à me complaire en moi-même, à me complaire en des succès qui me valent un peu d'honneur terrestre ; je ne peux pas concevoir même la pensée la plus sainte, sans que s'y glisse le souci de ma réputation auprès des autres... En fin de compte je ne sais m'accoutumer qu'avec un grand effort à cette idée du véritable effacement, tel que Jésus Christ l'a pratiqué et tel qu'il me l'enseigne. 

Journal de l'âme, §1901-1903 (trad. Cerf 1964, p. 240)

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Date de dernière mise à jour : 2019-10-10