François d'Assise quelques écrits

francois dassise 1

Saint François d'Assise (1182-1226), fondateur des Frères mineurs
 

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur »

      Aimons tous le Seigneur de tout notre cœur, de toute notre âme, de tout notre esprit, de tout notre pouvoir et courage, de toute notre intelligence, de toutes nos forces, de tout notre effort, de toute notre affection, de toutes nos entrailles, de tous nos désirs, de toutes nos volontés. Il nous a donné et nous donne à tous le corps, l'âme et la vie ; il nous a créés et rachetés ; il nous sauvera par sa seule miséricorde. Malgré nos faiblesses et nos misères, notre corruption et notre honte, notre ingratitude et notre méchanceté, il ne nous a fait et ne nous fait que du bien.

      N'ayons donc d'autre désir, d'autre volonté, d'autre plaisir et d'autre joie que notre Créateur, Rédempteur et Sauveur : le seul vrai Dieu, qui est le bien plénier, entier, total, vrai et souverain. Lui seul est bon, miséricordieux et aimable, suave et doux ; lui seul est saint, juste, vrai et droit ; lui seul est bienveillant, innocent et pur...

      Désormais donc, plus d'obstacle, plus de barrière, plus d'écran ! Partout, en tout lieu, à toute heure et en tout temps, chaque jour et sans discontinuer, tous, croyons d'une foi humble et vraie, gardons dans notre cœur, sachons aimer, honorer, adorer, servir, louer et bénir, glorifier et célébrer, magnifier et remercier le très haut souverain Dieu éternel : Trinité et unité ; Père, Fils et Saint Esprit ; Créateur de toutes choses, Sauveur de tous ceux qui mettent en lui leur foi, leur espérance et leur amour ; lui qui est sans commencement ni fin ; immuable, invisible, inexprimable..., béni, louable, glorieux et célébré..., doux, aimable, délectable, et désirable plus que tout autre bien dans ce monde et dans le monde à venir. Amen. 

Première règle, § 23 (trad. Desbonnets et Vorreux, Documents, p. 80)

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 « Afin que vous donniez du fruit et que votre fruit demeure »

      Qu'ils sont heureux et bénis, ceux qui aiment Dieu et qui pratiquent ce que le Seigneur lui-même dit dans l'Évangile : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme, et ton prochain comme toi-même ». Aimons donc Dieu et adorons-le d'un cœur et d'un esprit purs...

      Puis, aimons notre prochain comme nous-mêmes. Et si quelqu'un ne veut pas ou ne peut pas aimer son prochain comme lui-même, qu'au moins il n'aille pas lui faire de mal, mais qu'il lui fasse du bien. Ceux qui ont été investis du pouvoir de juger autrui, qu'ils exercent leur charge de juge avec miséricorde, comme ils voudraient obtenir eux-mêmes miséricorde du Seigneur... Ayons donc charité et humilité : faisons des aumônes, car elles lavent les âmes des souillures de leurs péchés. En effet, tout ce que les hommes doivent laisser en quittant ce monde est à jamais perdu pour eux, tandis qu'ils emportent avec eux le prix de leur charité et les aumônes qu'ils auront faites : ils en recevront de Dieu la récompense et une juste rémunération...

      Tous ceux et toutes celles qui agiront ainsi et qui persévèreront jusqu'à la fin, l'Esprit du Seigneur reposera sur eux et fera en eux son habitation et sa demeure, et ils seront les fils du Père céleste dont ils font les œuvres ; et ils sont époux, frères et mères de notre Seigneur Jésus Christ... Oh, qu'il est glorieux et saint et grand d'avoir un Père dans les cieux ! Qu'il est saint et beau, magnifique et admirable d'avoir dans les cieux un Époux ! Que c'est une chose sainte...et humble, apaisante et douce, aimable et désirable plus que tout, d'avoir un tel frère et un tel fils, qui a donné sa vie pour ses brebis, et qui a prié son Père pour nous en disant : « Père saint, garde en ton nom ceux que tu m'as donnés...; je veux, Père, que là où je suis, eux aussi soient avec moi, pour qu'ils voient ma splendeur dans ton royaume. »

(Références bibliques : Mt 22,37-39; Lc 6,37; Is 11,2; Jn 14,23;  Mt 5,45; Mt 12,50; Jn 10,15; Jn 17,6-24) 

Lettre à tous les fidèles, 2-3 (trad. Desbonnets et Vorreux, Documents, p. 110s)

separ ecrit biblio« Nous devons aimer non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité » (1Jn 3,18)

      Tous les frères auront soin de ne calomnier personne, d'éviter les paroles de dispute. Qu'ils essaient plutôt de garder le silence autant que Dieu leur en donnera la grâce. Ils ne se disputeront pas entre eux ni avec d'autres, mais ils s'efforceront de répondre humblement : « Nous ne sommes que des serviteurs inutiles » (Lc 17,10). Ils ne s'irriteront pas, « car celui qui se met en colère contre son frère sera passible du jugement ; celui qui dit : ' Imbécile ! ' sera passible du tribunal ; celui qui dira : ' Fou ! ' sera passible de la géhenne du feu ». Ils s'aimeront les uns les autres, conformément à la parole du Seigneur : « Mon commandement est que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15,12). Par des actes ils témoigneront de l'amour mutuel qu'ils doivent se porter, conformément à la parole de l'apôtre Jean : « Aimons non pas avec des paroles et des discours, mais véritablement et par des actes » (1Jn 3,18).

      Ils « n'outrageront personne » ; ils ne diffameront, ils ne dénigreront personne ; car il est écrit : Le Seigneur hait « les rapporteurs et les médisants » ; ils seront modestes, « animés de la plus grande douceur envers tous les hommes » (Tt 3,2; Rm 1,29-30). Ils ne doivent ni juger ni condamner, comme dit le Seigneur (Lc 6,37). Ils n'examineront pas les moindres péchés des autres, mais ils réfléchiront à leurs propres péchés dans l'amertume de leur cœur (cf Is 38,15). Ils « s'efforceront d'entrer par la porte étroite », car, dit le Seigneur, « étroite est la porte et resserrée la route qui conduit à la vie, et il en est peu qui la trouvent » (Lc 13,24; Mt 7,13-14). 

Première règle, § 11 (trad. Desbonnets et Vorreux, Documents, p. 66 rev.)

separ ecrit biblio« Je ne suis pas digne de te recevoir »

      Dans l'amour qu'est Dieu, je supplie tous mes frères -- ceux qui prêchent, ceux qui prient, ceux qui travaillent manuellement, clercs et laïcs -- de s'appliquer à l'humilité en tout : de ne pas se glorifier, trouver sa joie ou s'enorgueillir intérieurement des bonnes paroles et des bonnes actions que Dieu dit ou accomplit parfois en eux ou par eux. Selon la parole du Seigneur : « Ne vous réjouissez pas de ce que les esprits mauvais vous sont soumis » (Lc 10,20). Soyons-en fermement convaincus : nous n'avons à nous que les fautes et les péchés. Réjouissons-nous plutôt dans les épreuves lorsque nous avons à supporter, dans notre âme et dans notre corps, toutes sortes d'angoisses et de tribulations en ce monde pour la vie éternelle.

      Frères, gardons-nous donc de tout orgueil et de toute vaine gloire ; gardons-nous de la sagesse de ce monde et de la prudence égoïste. Celui qui est esclave de ses tendances égoïstes met beaucoup d'application à tenir des discours, mais beaucoup moins à passer aux actes. Au lieu de rechercher la religion et la sainteté intérieures de l'esprit, il désire une religion et une sainteté extérieures bien visibles aux yeux des hommes. C'est d'eux que le Seigneur dit : « Je vous le dis en vérité, ils ont reçu leur récompense » (Mt 6,2). Celui, au contraire, qui est docile à l'esprit du Seigneur veut mortifier et humilier ce qui est égoïste, vil et abject dans cette chair. Il s'applique à l'humilité et à la patience, à la pure simplicité et à la paix véritable de l'esprit ; ce qu'il désire toujours et par-dessus tout, c'est la crainte filiale de Dieu, la sagesse de Dieu, et l'amour de Dieu, Père, Fils et Saint Esprit. 

Première Règle, 17 (trad. Desbonnets et Vorreux, Documents, p. 70)

separ ecrit biblio« Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange »

Dans l'amour qu'est Dieu, je supplie tous mes frères -- ceux qui prêchent, ceux qui prient, ceux qui travaillent manuellement, clercs et laïcs -- de s'appliquer à l'humilité en tout : de ne pas se glorifier, se réjouir, s'enorgueillir intérieurement des bonnes paroles et bonnes actions, ni même d'aucun bien que Dieu dit, fait ou accomplit parfois en eux ou par eux. Selon la parole du Seigneur, « ne vous réjouissez pas de ce que les esprits mauvais vous sont soumis ». Soyons-en fermement convaincus : nous n'avons à nous que le mal et les péchés... Celui qui est docile à l'esprit du Seigneur veut mortifier et humilier cette chair égoïste ; il s'applique à l'humilité et à la patience, à la pure simplicité et à la paix véritable de l'esprit...

Tous les biens, rendons-les au Seigneur Dieu très-haut et souverain : reconnaissons que tout bien lui appartient ; rendons-lui grâce pour tout, puisque c'est de lui que procèdent tous les biens. Lui, le Dieu très-haut et souverain, le seul vrai Dieu, qu'on lui rende, qu'il reçoive tout honneur et respect, toutes louanges et bénédictions, toute reconnaissance et toute gloire : car tout bien est à lui qui seul est bon (Mc 10,18).

Et nous, pour notre part, quand nous voyons ou entendons maudire, bénissons ; faire le mal, faisons le bien ; blasphémer, louons le Seigneur, qui est béni pour les siècles des siècles. Amen.

1ère Règle, § 17 (trad. Desbonnets, Documents, p. 70 rev. )

separ ecrit biblio« Comment peux-tu dire : ‘ Montre-nous le Père ? ’ »

      Le Seigneur Jésus dit à ses disciples : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie ; personne ne va au Père que par moi. Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père ; dorénavant vous le connaîtrez, et d’ailleurs vous l’avez déjà vu. » Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit. » Jésus lui répondit : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas encore ? Philippe, qui me voit voit aussi mon Père. » Le Père « habite une lumière inaccessible », « Dieu est esprit », « personne n’a jamais vu Dieu » : puisque Dieu est esprit, on ne peut donc le voir que par l’Esprit, car « c’est l’esprit qui fait vivre, la chair ne sert de rien » (1Tm 6,16; Jn 4,24; Jn 1,18; 6,63).  Il en va de même pour le Fils : en tant qu’il est égal au Père, on ne peut le voir autrement que par le Père, autrement que par l’Esprit… 

      « Fils d’hommes, combien de temps encore aurez-vous le cœur si dur ? » (Ps 4,3 Vulg). Pourquoi ne pas reconnaître la vérité ? Pourquoi ne pas croire au Fils de Dieu ? Regardez : chaque jour il s’abaisse, exactement comme à l’heure où, quittant son palais royal (Sg 18,15), il s’est incarné dans le sein de la Vierge ; chaque jour c’est lui-même qui vient à nous, et sous les apparences les plus humbles ; chaque jour il descend du sein du Père sur l’autel entre les mains du prêtre. Et de même qu’autrefois il se présentait aux saints apôtres dans une chair bien réelle, de même il se montre à nos yeux maintenant dans le pain consacré. 

      Les apôtres, lorsqu’ils le regardaient de leurs yeux de chair, ne voyaient que sa chair, mais ils le contemplaient avec les yeux de l’esprit, et croyaient qu’il était Dieu. Nous aussi, lorsque, de nos yeux de chair, nous voyons du pain et du vin, sachons voir et croire fermement que c’est là, réels et vivants, le Corps et le Sang très saints du Seigneur. Tel est en effet le moyen qu’il a choisi de rester toujours avec ceux qui croient en lui, comme il l’a dit lui-même : « Je suis avec vous jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20).

Admonitions, § 1 (trad. Desbonnets et Vorreux, Documents, p. 39) 

separ ecrit biblio« Moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant » 

      « Aimez vos ennemis », dit le Seigneur. Aimer vraiment son ennemi, c’est d’abord ne pas se chagriner des torts qu’on a subis soi-même. C’est ressentir douloureusement le péché que l’autre a commis comme une offense à l’amour de Dieu, et c’est prouver à ce dernier, par des actes, qu’on l’aime toujours.

      « Ai-je commis un péché ? C’est la faute au démon ! Ai-je subi une injustice ? C’est la faute au prochain ! » Telle est l’attitude de beaucoup de chrétiens. Mais ce n’est pas sur autrui qu’il faut rejeter la faute : l’ennemi, chacun le tient entre ses mains ; l’ennemi c’est l’égoïsme qui fait tomber dans le péché. Heureux dès lors le serviteur qui gardera toujours enchaîné cet ennemi livré entre ses mains et saura s'armer sagement contre lui ; tant qu’il agira de la sorte, aucun autre ennemi, visible ou invisible, ne pourra lui faire du mal. 

Admonitions, 9-10 (trad. Desbonnets et Vorreux, Documents, p. 46 rev.)

separ ecrit biblio« Je ne suis pas descendu du ciel pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m’a envoyé »

      Dieu tout-puissant, éternel, juste et bon, par nous-mêmes nous ne sommes que pauvreté. 
      Mais toi, à cause de toi-même, donne-nous de faire ce que nous savons que tu veux, et de vouloir toujours ce qui te plaît.

      Ainsi nous deviendrons capables, intérieurement purifiés, illuminés et embrasés par le feu du Saint Esprit, de suivre les traces de ton Fils, notre Seigneur Jésus Christ, et par ta seule grâce, de parvenir jusqu'à toi, Très-Haut, qui, en Trinité parfaite et très simple Unité, vis et règnes et reçois toute gloire, Dieu tout-puissant dans les siècles des siècles. Amen.

Lettre à tout l’ordre (trad. Desbonnets et Vorreux, Documents, 1968, p. 127)

separ ecrit biblio« Celui qui a recevra encore ; mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a »

 Heureux le serviteur qui fait hommage de tout bien au Seigneur. Celui au contraire qui en revendique une part pour lui-même, celui-là cache au fond de lui-même l’argent du Seigneur Dieu, et ce qu’il croyait posséder en propre lui sera enlevé (Mt 25,18.28). 


Heureux le serviteur qui, lorsqu’on le félicite et qu’on l’honore, ne se tient pas pour meilleur que lorsqu’on le traite en homme de rien, simple et méprisable. Car tant vaut l’homme devant Dieu, tant vaut-il en réalité, sans plus…

Heureux le religieux qui ne prend plaisir et joie que dans tout ce que le Seigneur a fait, et qui s’en sert pour porter les hommes à l’amour de Dieu en toute joie… Heureux le serviteur qui ne parle pas pour se faire valoir, qui ne fait pas étalage de sa valeur et qui n’est pas toujours avide de prendre la parole, mais qui s’exprime et répond avec sagesse et réflexion. Malheur au religieux qui, au lieu de garder en son cœur les grâces dont le Seigneur le favorise, et au lieu d’en faire profiter les autres par ses actions, s’empresse en discours de les étaler aux yeux des hommes pour se faire valoir. Il en obtient la mesquine récompense qu’il convoitait, mais ceux qui l’écoutent n’en retirent que peu de fruit...

Heureux le serviteur qui amasse, mais dans le ciel (Mt 6,20), le trésor de grâces que le Seigneur lui offre et qui ne cherche pas, pour se faire valoir, à les manifester aux hommes ; car c’est le Très-Haut lui-même qui manifestera ses propres œuvres à qui il lui plaira. Heureux le serviteur qui conserve en son cœur les secrets du Seigneur. 

Admonitions, 19-22.28 (trad. Desbonnets et Vorreux, Documents, p. 50s)

separ ecrit biblio« Le Royaume des cieux est à eux »

       « Heureux les pacifiques : ils seront appelés fils de Dieu. » On ne peut pas savoir ce qu'un serviteur de Dieu possède de patience et d'humilité tant que tout va selon ses désirs. Mais quand vient le temps où ceux qui devaient respecter ses volontés se mettent au contraire à 

les contester, ce qu'il manifeste alors de patience et d'humilité, voilà alors exactement ce qu'il en possède, et rien de plus.

      « Heureux ceux qui ont l'esprit de pauvreté, car le Royaume des cieux leur appartient. » Il y en a beaucoup qui sont épris de prières et d'offices, et qui infligent fréquemment à leur corps des mortifications et des abstinences. Mais pour un mot qui leur semble un affront ou une injustice envers leur cher moi, ou bien pour tel ou tel objet qu'on leur enlève, les voilà qui s'indignent aussitôt et perdent la paix de l'âme. Ceux-là n'ont pas le véritable esprit de pauvreté : car celui qui a le véritable esprit de pauvreté renonce à lui-même, et chérit ceux qui le frappent sur la joue (Mc 8,34; Mt 5,39).

      « Heureux les pacifiques : ils seront appelés fils de Dieu. » Sont vraiment pacifiques ceux qui, malgré tout ce qu'ils ont à souffrir en ce monde pour l'amour de notre Seigneur Jésus Christ, gardent la paix de l'âme et du corps.

      « Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu. » Ont vraiment le cœur pur ceux qui méprisent les biens de la terre, cherchent ceux du ciel et, ainsi purifiés de tout attachement de l'âme et du cœur, ne cessent jamais d'adorer et de voir rien d'autre que le Seigneur Dieu vivant et vrai.  

Admonitions, §13-17 (trad. Desbonnets et Vorreux, Documents, p. 48)

 separ ecrit biblio« Soixante-dix fois sept fois »

Que le Seigneur te bénisse ! Je vais t'expliquer comme je le peux ton cas de conscience. Des soucis ou des gens –- frères ou autres personnes –- t'empêchent d'aimer le Seigneur Dieu ? Eh bien..., aime ceux qui te causent ces ennuis. N'exige pas d'eux, sauf si le Seigneur t'indique le contraire, un changement d'attitude à ton égard. C'est tels qu'ils sont que tu dois les aimer...    Voici à quoi je reconnaîtrai que tu aimes le Seigneur, et que tu m'aimes, moi, son serviteur et le tien : si n'importe quel frère au monde, après avoir péché autant qu'il est possible de pécher, peut rencontrer ton regard, demander ton pardon, et te quitter pardonné. S'il ne demande pas pardon, demande-lui, toi, s'il veut être pardonné. Et même si après cela il péchait encore mille fois contre toi, aime-le plus encore que tu m'aimes, et cela pour l'amener au Seigneur. Aie toujours pitié de ces malheureux. Et quand l'occasion s'en présentera, fais savoir aux gardiens [de nos communautés] ta ferme résolution d'agir ainsi.

Lettre à un responsable franciscain (trad. Desbonnets et Vorreux, p. 129)

separ ecrit biblio« Si je parviens seulement à toucher son vêtement, je serai sauvée »

Écoutez mes frères. Si la bienheureuse Vierge Marie est tellement honorée -- et c'est justice -- parce qu'elle a porté le Christ dans son sein très béni, si le bienheureux Jean le Baptiste a tremblé, n'osant même pas toucher la tête sacrée de son Dieu, si le tombeau dans lequel le corps du Christ a été couché pour quelque temps est entouré de vénération, comme il doit être saint, juste et digne, celui qui touche le Christ de ses mains, le reçoit dans sa bouche et dans son cœur et le donne aux autres en nourriture, ce Christ qui maintenant n'est plus mortel, mais éternellement vainqueur et glorieux, celui sur qui les anges désirent jeter les yeux. Voyez votre dignité, frères prêtres, et soyez saints parce qu'il est saint (1P 1,16)... Grande misère et misérable faiblesse si, le tenant ainsi présent entre vos mains, vous vous occupez de quelque autre chose au monde !  Que tout homme craigne, que le monde entier tremble, et que le ciel exulte quand le Christ, Fils du Dieu vivant, est sur l'autel entre les mains du prêtre. Quelle grandeur admirable, et quelle bonté stupéfiante ! Quelle humilité sublime ! Le maître de l'univers, Dieu et Fils de Dieu, s'humilie pour notre salut, au point de se cacher sous une petite hostie de pain. Voyez, frères, l'humilité de Dieu ; faites-lui l'hommage de vos cœurs. Soyez humbles, vous aussi, pour pouvoir être exaltés par lui. Ne gardez rien pour vous, afin que celui qui se donne à vous tout entier vous reçoive tout entiers. 

Lettre à tout l'ordre (trad. Debonnets et Vorreux, Documents, 1968, p. 124) 

 

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Saint François d'Assise (1182-1226), fondateur des Frères mineurs 

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À tous les chrétiens, religieux, clercs et laïques, hommes et femmes....

À tous les chrétiens, religieux, clercs et laïques, hommes et femmes, à tous ceux qui habitent dans le monde entier, le frère François, leur serviteur et leur sujet : hommage et respect, vraie paix du ciel et sincère charité dans le Seigneur.

Puisque je suis le serviteur de tous, je suis tenu de me mettre au service de tous, et de me faire le ministre des paroles pleines de parfum de mon Seigneur. C'est pourquoi, considérant en moi-même que je ne puis, à cause des maladies et de la faiblesse de mon corps, aller vous visiter tous et chacun, je me suis proposé de vous adresser la présente lettre et ce message, pour vous rapporter les paroles de Notre Seigneur Jésus Christ, qui est la Parole du Père, et les paroles du Saint-Esprit, qui sont Esprit et Vie.

Ce Verbe du Père, si digne, si saint et si glorieux, le Père très haut en annonça la venue, par son saint archange Gabriel, à la sainte et glorieuse Vierge Marie, du sein de laquelle le Verbe reçut vraiment la chair de notre humanité fragile. Lui qui était riche plus que tout, il a voulu choisir, avec sa bienheureuse Mère, par-dessus tout, la pauvreté.

Proche de sa Passion, il célébra la Pâque avec ses disciples. — Ensuite il pria son Père en disant : Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! ~ Cependant, il mit sa volonté dans la volonté de son Père, en disant : Père, que ta volonté soit faite, non comme je veux, mais comme tu veux !

Or, la volonté du Père fut que son Fils béni et glorieux, qu'il nous a donné et qui est né pour nous, s'offrît lui-même par son propre sang, en sacrifice et en victime sur l'autel de la Croix ; non pour lui-même, par qui toutes choses ont été faites, mais pour nos péchés, nous laissant un exemple afin que nous suivions ses traces. Il veut que tous nous soyons sauvés par lui, et que nous le recevions d'un cœur pur et dans un corps chaste. ~

Qu'ils sont heureux et bénis, ceux qui aiment le Seigneur et font ce qu'il dit lui-même dans l'Évangile : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme, et ton prochain comme toi-même. Aimons donc Dieu et adorons-le avec pureté de cœur et d'esprit, car c'est là ce qu'il cherche par-dessus tout quand il dit : Les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; car tous ceux qui l'adorent doivent l'adorer en esprit et en vérité. Adressons-lui des louanges et des prières, jour et nuit, en disant : Notre Père qui es aux cieux. Car il nous faut toujours prier et ne cesser jamais. ~

En outre, faisons de dignes fruits de pénitence. Puis aimons notre prochain comme nous-mêmes. ~ Ayons donc charité et humilité : faisons des aumônes, car elles lavent les âmes des souillures de leurs péchés. En effet, les hommes perdent tout ce qu'ils laissent en ce monde ; tandis qu'ils emportent avec eux le prix de leur charité et les aumônes qu'ils ont faites : ils en recevront de Dieu la récompense et la digne rémunération. ~

Nous ne devons être ni sages ni prudents selon la chair ; mais nous devons plutôt être simples, humbles et purs. ~ Jamais nous ne devons désirer d'être au-dessus des autres ; mais nous devons plutôt être serviteurs et soumis à toute créature humaine à cause de Dieu.

Tous ceux qui agiront ainsi et persévéreront jusqu'à la fin, l'Esprit du Seigneur reposera sur eux et fera en eux habitation et demeure, et ils seront fils du Père céleste dont ils font les œuvres : et ils seront époux, frères et mères de Notre Seigneur Jésus Christ.

LETTRE DE S. FRANÇOIS À TOUS LES FIDÈLES

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« Moi, je vous dis : aimez vos ennemis »

Nous, tous les frères, considérons attentivement ce que dit le Seigneur : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent ». Notre Seigneur Jésus Christ, dont nous devons suivre les traces (1P 2,21), a donné le nom d'ami à celui qui le trahissait (Mt 26,50), et il s'est offert de son plein gré à ceux qui allaient le crucifier. Ils sont donc nos amis, tous ceux qui nous infligent injustement tribulations et angoisses, affronts et injures, douleurs et tourments, martyre et mort. Nous devons les aimer beaucoup, car les coups qu'ils nous portent nous vaudront la vie éternelle.

Première Règle, §22 (trad. Desbonnets et Vorreux, Documents, p. 74)

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« Revenir pour rendre grâce à Dieu »

Tout puissant, très saint, très haut et souverain Dieu,
Père saint et juste, Seigneur, roi du ciel et de la terre,
nous te rendons grâces à cause de toi-même,
parce que, par ta sainte volonté,
et par ton Fils unique avec le Saint Esprit,
tu as créé toutes choses, spirituelles et corporelles.
Tu nous as faits à ton image et ressemblance,
tu nous as placés dans le paradis ;
et nous, par notre faute, nous sommes tombés.

Nous te rendons grâces parce que,
de même que tu nous as créés par ton Fils,
de même, par le saint amour dont tu nous as aimés,
tu as fait naître ton Fils, vrai Dieu et vrai homme,
de la glorieuse Vierge sainte Marie,
et, par sa croix, son sang et sa mort,
tu as voulu nous racheter de notre captivité.

Et nous te rendons grâce parce que ce même Fils
reviendra dans la gloire de sa majesté,
pour envoyer au feu éternel les maudits
qui ont refusé de se convertir et de te reconnaître
et pour dire à tous ceux qui t'auront reconnu,
adoré et servi dans la pénitence :
« Venez, les bénis de mon Père, recevez le royaume qui vous a été préparé dès l'origine du monde » (Mt 25,34).

Indigents et pécheurs que nous sommes tous,
nous ne sommes pas dignes de te nommer ;
accepte donc, nous t'en prions,
que notre Seigneur Jésus Christ,
ton Fils bien-aimé en qui tu te complais,
avec le Saint Esprit Paraclet,
te rende grâces lui-même pour tout,
comme il te plaît et comme il lui plaît,
lui qui toujours te suffit en tout,
lui par qui tu as tant fait pour nous. Alleluia !

Première règle, 23 (trad. Desbonnets et Vorreux, Documents, p. 78)

separ ecrit biblio« Seigneur, apprends-nous à prier » (Lc 11,1)

« Notre Père » très saint,
notre Créateur, notre Rédempteur, notre Sauveur et notre Consolateur.
« Qui es aux cieux »,
dans les anges et dans les saints, les illuminant pour qu'ils te connaissent, car tu es, Seigneur, la lumière ;
les enflammant pour qu'ils t'aiment, car tu es, Seigneur, l'amour ;
habitant en eux et les emplissant de ta divinité pour qu'ils aient le bonheur, car tu es, Seigneur, le bien souverain, le bien éternel,
de qui vient tout bien, sans qui n'est aucun bien.

« Que ton nom soit sanctifié » :
Que devienne toujours plus lumineuse en nous
la connaissance que nous avons de toi,
afin que nous puissions mesurer la largeur de tes bienfaits,
la longueur de tes promesses, la hauteur de ta majesté,
la profondeur de tes jugements (Ep 3,18).

« Que ton règne vienne » :
Règne en nous dès maintenant par la grâce ;
introduis-nous un jour en ton Royaume
où enfin nous te verrons sans ombre,
où deviendra parfait notre amour pour toi,
bienheureuse notre union avec toi, éternelle notre jouissance de toi.

« Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » :
Que nous t'aimions
de tout notre cœur en pensant toujours à toi,
de toute notre âme en te désirant toujours,
de tout notre esprit en dirigeant vers toi tous nos élans et ne poursuivant toujours que ta seule gloire,
de toutes nos forces en dépensant toutes nos énergies
et tous les sens de notre âme et de notre corps au service de ton amour et de rien d'autre (Mc 12,30).
Que nous aimions nos proches comme nous-mêmes (Mt 22,39)
en les attirant tous à ton amour selon notre pouvoir,
en partageant leur bonheur comme s'il était le nôtre,
en les aidant à supporter leurs malheurs,
en ne leur faisant nulle offense.

Notre Père paraphrasé (trad. Desbonnets et Vorreux, Documents, p. 142)

separ ecrit biblioDonne-nous aujourd'hui le pain de vie (Jn 6,35) 

« Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour »,
ton Fils bien-aimé, notre Seigneur Jésus Christ,
pour que nous puissions nous rappeler,
mieux comprendre et vénérer
l'amour qu'il a eu pour nous,
et tout ce qu'il a dit, fait et souffert pour nous.

« Pardonne-nous nos offenses »
par ta miséricorde inexprimable,
en vertu de la Passion de ton Fils bien-aimé,
par les mérites et par l'intercession de la Vierge Marie
et de tous tes élus.

« Comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. »
Et ce que nous ne pardonnons pas pleinement,
toi, Seigneur, fais que nous le pardonnions pleinement ;
que nous aimions vraiment nos ennemis à cause de toi,
que nous arrivions à te prier sincèrement pour eux ;
qu'à personne nous ne rendions le mal pour le mal,
mais que nous tâchions de faire du bien à tous, en toi.

« Et ne nous soumets pas à la tentation »,
qu'elle soit manifeste ou sournoise,
soudaine, ou lancinante et prolongée.

« Mais délivre-nous du mal »,
passé, présent et futur. Amen ! 

Notre Père paraphrasé (trad. Desbonnets et Vorreux, Documents, p. 143)

separ ecrit biblio« Ni pièces de monnaie dans leur ceinture »

      Le Seigneur ordonne dans l'Évangile : Gardez-vous soigneusement de tout attachement mauvais ; évitez soigneusement les préoccupations de ce monde et les soucis matériels (cf Mt 6,25). C'est pourquoi aucun frère, qu'il demeure dans une résidence ou qu'il soit en voyage, ne doit en aucune manière accepter lui-même ou faire recueillir pour son compte ni pièces d'or ni menue monnaie, et cela ni pour acheter des vêtements ou des livres, ni en guise de salaire pour aucun travail, ni sous aucun prétexte, sauf cas de nécessité évidente pour les frères malades. Car l'or et la monnaie, nous ne devons pas les considérer comme plus utiles ou précieux que les cailloux. Le diable s'emploie à aveugler ceux qui convoitent l'argent ou qui lui accordent plus de valeur qu'à des cailloux. Nous qui avons tout quitté, n'allons donc pas perdre pour si peu le Royaume des cieux (Mc 10,24.28). S'il nous arrive de trouver quelque part des pièces de monnaie, n'y faisons pas plus attention qu'à la poussière que nous foulons aux pieds : car cela est vanité des vanités, et tout est vanité (Eccl 1,2)...

      Tous les frères s'appliqueront à suivre l'humilité et la pauvreté de notre Seigneur Jésus Christ... Ils doivent se réjouir quand ils se trouvent parmi des gens de basse condition et méprisés, des pauvres et des infirmes, des malades et des lépreux, et des mendiants des rues. Lorsqu'il le faudra, ils iront quêter en nature. Qu'ils n'aient point honte : qu'ils se rappellent plutôt que notre Seigneur Jésus Christ, le Fils du Dieu vivant tout puissant..., a été pauvre et sans abri, qu'il a vécu d'aumônes, lui, et la bienheureuse Vierge, et ses disciples.

Première Règle, §8-9 (trad. Desbonnets et Vorreux, Documents, p. 62-64 rev.)

separ ecrit biblio« Va te mettre à la dernière place »

      Frères, gardons-nous de tout orgueil et de toute vaine gloire. Gardons-nous de la sagesse de ce monde et de la prudence égoïste. Car celui qui est esclave de ses tendances égoïstes met beaucoup de volonté et d'application à tenir des discours, mais beaucoup moins à passer aux actes : au lieu de rechercher la religion et la sainteté intérieures de l'esprit, il veut et il désire une religion et une sainteté extérieures bien visibles aux yeux des hommes. C'est d'eux que le Seigneur dit : « Je vous le dis en vérité, ils ont reçu leur récompense » (Mt 6,5). Celui, au contraire, qui est docile à l'esprit du Seigneur veut mortifier et humilier cette chair égoïste... Il s'applique à l'humilité et à la patience, à la pure simplicité et à la paix véritable de l'esprit ; ce qu'il désire toujours et par-dessus tout, c'est la crainte de Dieu, la sagesse de Dieu, et l'amour de Dieu, Père, Fils et Saint Esprit.

      Tous les biens, rendons-les au Seigneur Dieu très-haut et souverain ; reconnaissons que tous les biens lui appartiennent ; rendons-lui grâces pour tout, puisque c'est de lui que procèdent tous les biens. Lui, le Dieu très-haut et souverain, le seul vrai Dieu, qu'il obtienne, qu'on lui rende, qu'il reçoive tous honneurs et respects, toutes louanges et bénédictions, toute reconnaissance et toute gloire : car tout bien est à lui, qui seul est bon. 

Première règle, § 17 (trad. Desbonnets et Vorreux, Documents, p. 71)

 

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Date de dernière mise à jour : 2018-10-04