Ignace de Loyola quelques écrits

IgnaceSaint Ignace de Loyola (1491-1556), fondateur des jésuites


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« Soyez sans crainte »

      Il me semble que vous devriez vous résoudre à faire avec calme ce que vous pouvez. Ne soyez pas inquiet de tout le reste, mais abandonnez à la divine Providence ce que vous ne pouvez pas accomplir par vous-même. Sont agréables à Dieu notre soin et notre sollicitude raisonnables pour mener à bien les affaires dont nous devons nous occuper par devoir. Ne plaisent pas à Dieu l'anxiété et l'inquiétude de l'esprit : le Seigneur veut que nos limites et nos faiblesses prennent appui en sa force et en sa toute-puissance, il veut que nous espérions que sa bonté suppléera à l'imperfection de nos moyens.

      Ceux qui se chargent d'affaires nombreuses, même avec une intention droite, doivent se résoudre à faire simplement ce qui est en leur pouvoir... Si on doit laisser de côté certaines choses, il faut s'armer de patience, et ne pas penser que Dieu attend de nous ce que nous ne pouvons pas faire. Il ne veut pas que l'homme s'afflige de ses limites...; il n'est pas nécessaire de se fatiguer exagérément. Bien plus, lorsqu'on s'est efforcé d'agir de son mieux, on peut abandonner tout le reste à celui qui a le pouvoir d'accomplir tout ce qu'il veut.

      Plaise à la divine bonté de nous communiquer toujours la lumière de la sagesse, pour que nous puissions voir clairement et accomplir fermement son bon plaisir, en nous et dans les autres..., pour que nous acceptions de sa main ce qu'il nous envoie, en considérant ce qui a le plus d'importance : la patience, l'humilité, l'obéissance et la charité. 

Lettre du 17/11/1555 (trad. Soleil Levant 1957, p. 169 rev. Tournay)

separ ecrit biblio« Suis-moi »

      Les trois sortes d'humilité : La première sorte d'humilité est nécessaire au salut éternel. Elle consiste à m'abaisser et m'humilier autant que cela m'est possible pour que j'obéisse en tout à la Loi de Dieu notre Seigneur. De la sorte, même si on faisait de moi le maître de toutes les choses créées en ce monde ou s'il y allait de ma propre vie temporelle, je n'envisagerais pas de transgresser un commandement, soit divin soit humain...

      La deuxième sorte d'humilité est une humilité plus parfaite que la première. Elle consiste en ceci : je me trouve à un point tel que je ne veux ni ne m'incline davantage à avoir la richesse plutôt que la pauvreté, à vouloir l'honneur plutôt que le déshonneur, à désirer une vie longue plutôt qu'une vie courte, étant égal le service de Dieu notre Seigneur et le salut de mon âme...

      La troisième sorte d'humilité est l'humilité la plus parfaite : c'est quand, tout en incluant la première et la deuxième, la louange et la gloire de sa divine majesté étant égales, pour imiter le Christ notre Seigneur et lui ressembler plus effectivement je veux et je choisis davantage la pauvreté avec le Christ pauvre que la richesse, les opprobres avec le Christ couvert d'opprobres que les honneurs ; et que je désire davantage être tenu pour insensé et fou pour le Christ qui, le premier, a été tenu pour tel, plutôt que « sage et prudent » dans ce monde (Mt 11,25).

Exercices spirituels, 2e semaine, 12e jour (trad. DDB 1986, p. 103)

separ ecrit biblio« Que, dans vos coeurs, règne la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés » (Col 3,15)

      Le propre de Dieu et de ses anges est de donner, dans leurs incitations, une véritable allégresse et joie spirituelle, en écartant toute tristesse et trouble que suscite l'ennemi. Au contraire, le propre de ce dernier est de lutter contre cette joie et cette consolation spirituelle, en proposant des raisons apparentes, des subtilités et de continuels sophismes. Seul Dieu notre Seigneur donne à l'âme la consolation sans cause précédente. C'est en effet le propre du Créateur d'entrer, de sortir, de produire des motions dans l'âme, l'attirant tout entière à l'amour de sa divine Majesté. Je dis : sans cause, c'est-à-dire, sans aucun sentiment préalable ni de connaissance d'un objet grâce auquel viendrait cette consolation...

      C'est le propre de l'ange mauvais, qui se transforme en « ange de lumière » (2Co 11,14), d'aller d'abord dans le sens de l'âme fidèle et de l'amener ensuite dans le sien. C'est à dire qu'il propose des pensées bonnes et saintes, en accord avec l'âme juste, et ensuite, peu à peu, il tâche de l'amener à ses fins en entraînant l'âme dans ses tromperies secrètes et ses intentions perverses.

      Nous devons être très attentifs au déroulement de nos pensées. Si le début, le milieu et la fin sont entièrement bons, orientés entièrement vers le bien, c'est le signe du bon ange. Mais si le déroulement de nos pensées nous amène finalement à quelque chose de mauvais ou de distrayant ou de moins bon que ce que l'âme projetait d'abord, ou qui affaiblit, qui inquiète ou qui trouble l'âme en lui enlevant la paix, la tranquillité et le repos qu'elle avait auparavant, c'est un signe clair que cela vient du mauvais esprit, ennemi de notre progrès et de notre salut éternel... Chez ceux qui avancent de bien en mieux, le bon ange touche l'âme de façon douce, légère et suave, comme une goutte d'eau qui entre dans une éponge. Le mauvais la touche de façon aigüe, avec bruit et agitation.

Exercices spirituels : règles pour un plus grand discernement des esprits (trad. DDB 1960, p.174 rev.)

separ ecrit biblio« Tout cela vous sera donné par-dessus le marché »

 Contemplation pour obtenir l'amour : 

      Il est bon d'abord de remarquer que...l'amour consiste en une communication mutuelle. C'est-à-dire que l'amant donne et communique son bien à l'aimé...; de même, en retour, l'aimé à l'amant...

      Comme préambule, demander ce que je veux. Ce sera, ici, demander une connaissance intérieure de tout le bien reçu, afin que, le reconnaissant pleinement, je puisse en tout aimer et servir sa divine Majesté.

      Le premier point est de me remettre en mémoire les bienfaits reçus : création, rédemption et dons particuliers. Peser avec beaucoup d'amour combien Dieu notre Seigneur a fait pour moi, combien il m'a donné de ce qu'il a ; ensuite, combien le Seigneur désire se donner lui-même à moi autant qu'il le peut, selon son dessein divin. Réfléchir alors en moi-même et considérer ce qu'en toute raison et justice je dois de mon côté offrir et donner à sa divine Majesté tous mes biens et moi-même avec eux, comme quelqu'un qui fait une offrande en un grand amour : « Prends, Seigneur, et reçois toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté, tout ce que j'ai, tout ce que je possède. Tu me l'as donné : à toi, Seigneur, je le rends. Tout est à toi ; disposes-en selon ton entière volonté. Donne-moi ton amour et ta grâce ; c'est assez pour moi ». 

Exercices spirituels, 233-234 (trad. Courel, DDB 1963, p. 128)

 

 

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Date de dernière mise à jour : 2014-12-08