Jan Van Ruysbroeck quelques écrits

Jan van ruysbroeckBx Jan van Ruusbroec (1293-1381), chanoine régulier

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« L'Époux est avec eux »

« Regardez, voici l'Époux qui vient ; sortez à sa rencontre » (Mt 25,6)... Cet Époux, c'est le Christ, et l'épouse c'est la nature humaine, créée par Dieu « à son image et à sa ressemblance » (Gn 1,26). Au commencement Dieu l'avait placée dans le lieu le plus digne, le plus beau, le plus riche et le plus fertile de la terre, c'est-à-dire le Paradis. Dieu lui avait soumis toutes les créatures, il l'avait parée de grâce, et lui avait donné un commandement de sorte que, en l'observant, elle soit assurée à jamais de l'union stable et fidèle avec son Époux, libre de toute peine, de toute souffrance et de toute faute. 

Mais alors le malin est venu, l'ennemi infernal, rempli de jalousie envers l'épouse ; il a pris l'apparence d'un serpent rusé et a trompé la femme, et ensemble ils ont trompé l'homme et ainsi toute la nature humaine. De cette manière, par ses faux conseils, l'ennemi a ravi la nature humaine, l'épouse de Dieu, et elle a été exilée en une terre étrangère, pauvre et misérable, captive et opprimée… 

Mais, lorsque Dieu a vu que le temps était venu et quand les souffrances de sa bien-aimée l'avaient rempli de pitié, il a envoyé son Fils unique sur la terre…, dans le sein de la Vierge Marie. Là le Fils a épousé sa fiancée, notre nature, en l'unissant à sa personne.

.Les Noces spirituelles, prologue (trad. cf Orval et Louf, Bellefontaine 1993, p. 30) 

separ ecrit biblio« L’Esprit Saint vous enseignera tout »

      La vie de contemplation est la vie du ciel… Grâce à l'amour d’union avec Dieu en effet, l'homme passe au-delà de son être de créature, pour découvrir et savourer l'opulence et les délices que Dieu est lui-même et qu'il laisse couler sans cesse au plus caché de l'esprit humain, là où celui-ci est semblable à la noblesse de Dieu. Lorsque l'homme recueilli et contemplatif a ainsi rejoint son image éternelle, et lorsque, dans cette limpidité, grâce au Fils, il a trouvé sa place dans le sein du Père, il est éclairé par la vérité divine…

     Car il faut savoir que le Père céleste, abîme vivant, est tourné, par des oeuvres, avec tout ce qui vit en lui, vers son Fils, comme vers son éternelle Sagesse (Pr 8,22s) ; et cette même Sagesse, avec tout ce qui vit en elle, se réfléchit, par des oeuvres, dans le Père, c'est-à-dire dans l’abîme dont elle est sortie. De cette rencontre jaillit la troisième Personne, celle qui se tient entre le Père et le Fils, c'est-à-dire le Saint Esprit, leur commun amour, qui est un avec les deux dans la même nature. Cet amour embrasse et traverse avec jouissance le Père, le Fils et tout ce qui vit en eux, et cela avec une telle opulence et une telle joie que toutes les créatures en sont réduites à un silence éternel. Car la merveille insaisissable, cachée en cet amour, dépassera éternellement la compréhension de toute créature.

      Lorsque nous reconnaissons cette merveille et la savourons sans étonnement, c'est que notre esprit se trouve au-delà de lui-même et qu'il est un avec l'Esprit de Dieu, savourant et regardant sans mesure, comme Dieu savoure et regarde sa propre richesse dans l'unité de sa profondeur vivante, selon son mode incréé... Cette délicieuse rencontre, qui a lieu en nous selon le mode de Dieu, est sans cesse renouvelée… Car de même que le Père regarde sans cesse toutes les choses comme nouvelles dans la naissance de son Fils, elles sont aussi aimées d'une façon nouvelle par le Père et par le Fils dans le jaillissement du Saint Esprit. Voilà la rencontre du Père et du Fils en laquelle nous sommes amoureusement étreints, grâce au Saint Esprit, dans un amour éternel.

Les Noces spirituelles, III (trad. Louf, Bellefontaine 1993, p. 214 rev.)

separ ecrit biblio« Alors on verra le Fils de l'homme venir »

      « Voici l'époux qui vient. » (Mt 25,6) Le Christ, notre époux, prononce ce mot. En latin le mot « venit » contient en lui deux temps du verbe : le passé et le présent ; ce qui ne l'empêche pas de viser aussi le futur. C'est pourquoi nous allons considérer trois avènements chez notre époux, Jésus Christ.

      Lors du premier avènement, il se fit homme à cause de l'homme, par amour. Le second avènement a lieu tous les jours, souvent et en mainte occasion, dans chaque coeur qui aime, accompagné de nouvelles grâces et de nouveaux dons, selon la capacité de chacun. Dans le troisième avènement, l'on considère celui qui aura lieu le jour du Jugement ou à l'heure de la mort...

      Le motif pour lequel Dieu a créé les anges et les hommes est sa bonté infinie et sa noblesse, puisqu'il a voulu le faire afin que la béatitude et la richesse qu'il est lui-même soient révélées aux créatures douées de raison, et que celles-ci puissent le savourer dans le temps, et jouir de lui au delà du temps, dans l'éternité.

      Le motif pour lequel Dieu s'est fait homme est son amour insaisissable et la détresse des hommes, car ils étaient altérés par la chute du péché originel et incapables de s'en guérir. Mais le motif pour lequel le Christ a accompli toutes ses oeuvres sur terre non seulement selon sa divinité mais aussi selon son humanité est quadruple : à savoir son divin amour, qui est sans mesure ; l'amour créé, ou charité, qu'il possédait dans son âme, grâce à l'union avec le Verbe éternel et grâce au don parfait que lui en a fait son Père ; la grande détresse en laquelle se trouvait la nature humaine ; enfin, l'honneur de son Père. Voilà les motifs de l'avènement du Christ, notre époux, et de toutes ses oeuvres. 

Les Noces spirituelles, 1 (trad. Louf, Bellefontaine 1993, p. 39 rev.)

separ ecrit biblioLe Christ vient dans les sacrements, notamment dans l'eucharistie

      Le second avènement du Christ, notre époux, a lieu tous les jours dans les hommes bons, et cela souvent et à plusieurs reprises, avec des grâces et des dons nouveaux, chez tous ceux qui s'ajustent à lui selon qu'ils le peuvent. Nous ne voulons pas parler ici de la première conversion de l'homme ni de la première grâce qui lui a été donnée lorsqu'il s'est converti du péché à la vertu. Mais nous parlons de leur accroissement, jour après jour, grâce à de nouveaux dons et à de nouvelles vertus, ainsi que de l'avènement présent du Christ, notre époux, dans notre âme, quotidiennement...

      Il y a...un avènement du Christ, notre époux, qui est de tous les jours et qui consiste dans un accroissement de grâces et de nouveaux dons, lorsque quelqu'un reçoit quelque sacrement, avec un coeur humble et libre de tout ce qui lui serait un empêchement. Il reçoit alors de nouveaux dons et un accroissement de grâce, en raison de son humilité et grâce à l'activité cachée du Christ à l'intérieur des sacrements... Voilà le deuxième avènement du Christ, notre époux, qui se présente à nous maintenant, et cela tous les jours. Il nous faut le considérer d'un coeur rempli de désir, pour qu'il s'accomplisse en nous. Car il nous est nécessaire, si nous voulons tenir debout ou progresser dans la vie éternelle.

Les Noces spirituelles, 1 (trad. Louf, Bellefontaine 1993, p. 46)

separ ecrit biblio« Venez à moi..., car je suis doux et humble de coeur »         

      Le troisième avènement du Christ appartient encore à l'avenir. Il aura lieu, soit au Jugement, soit à l'heure de la mort...

      Le jugement du Christ est équitable car il est le Fils de l'homme et la sagesse du Père, à laquelle appartient tout jugement. Tous les coeurs en effet lui sont transparents et manifestes, au ciel, sur terre et aux enfers... Le mode que le Christ, notre époux et juge, emprunte lors de ce jugement, consiste à récompenser et à punir selon la justice, car il donne à chacun selon ses mérites. A tout homme bon, et pour chaque oeuvre bonne produite en Dieu, il accorde la récompense sans mesure qu'il est lui-même et qu'aucune créature ne saurait mériter. En effet, puisqu'il collabore à chaque oeuvre de la créature, c'est grâce à la puissance de celui-ci que la créature mérite le Christ lui-même en récompense, et cela en toute équité...

      Le premier avènement, en lequel Dieu s'est fait homme, a vécu en humilité et est mort par amour pour nous, il nous faut le suivre au-dehors avec les moeurs parfaites des vertus, au-dedans avec la charité et une vraie humilité. Le deuxième avènement, qui est actuel et en lequel Dieu vient avec la grâce en tout coeur qui aime, il nous faut le désirer et le demander tous les jours, afin de demeurer debout et de croître en nouvelles vertus. Le troisième avènement, qui est celui du Jugement ou de l'heure de notre mort, il nous faut l'attendre et le désirer, avec confiance et respect, pour être délivrés de l'exil présent et pénétrer dans la demeure de la gloire. 

Les Noces spirituelles, 1 (trad. Louf, Bellefontaine 1993, p. 49)

separ ecrit biblioAvec tous les saints

      Dans la vie éternelle, nous contemplerons avec les yeux de l'intelligence la gloire de Dieu, de tous les anges et de tous les saints, ainsi que la récompense et la gloire de chacun en particulier, en toutes manières que nous voudrons. Au dernier jour, au jugement de Dieu, lorsque nous ressusciterons avec nos corps glorieux par la puissance de notre Seigneur, ces corps seront resplendissants comme la neige, plus brillants que le soleil, transparents comme le cristal... Le Christ, notre chantre et maître de choeur, chantera de sa voix triomphante et douce un cantique éternel, louange et honneur à son Père céleste. Tous nous chanterons ce même cantique d'un esprit joyeux et d'une voix claire, éternellement et sans fin. La gloire de notre âme et son bonheur rejailliront sur nos sens et traverseront nos membres ; nous nous contemplerons mutuellement de nos yeux glorifiés ; nous entendrons, nous dirons, nous chanterons la louange de notre Seigneur avec des voix qui ne défailliront jamais.

      Le Christ nous servira ; il nous montrera sa face lumineuse et son corps de gloire portant les marques de la fidélité et de l'amour. Nous regarderons aussi tous les corps glorieux avec toutes les marques de l'amour avec lequel ils ont servi Dieu depuis le commencement du monde... Nos coeurs vivants s'embraseront d'un amour ardent pour Dieu et pour tous les saints...

      Le Christ, dans sa nature humaine, mènera le choeur de droite, car cette nature est ce que Dieu a fait de plus noble et de plus sublime. A ce choeur appartiennent tous ceux en qui il vit et qui vivent en lui. L'autre choeur est celui des anges ; bien qu'ils soient plus élevés de nature, nous les hommes nous avons davantage reçu en Jésus Christ avec qui nous sommes un. Lui-même sera le pontife suprême au milieu du choeur des anges et des hommes, devant le trône de la souveraine majesté de Dieu. Et il offrira et il renouvellera devant son Père céleste, le Dieu tout-puissant, toutes les offrandes qui furent jamais présentées par les anges et par les hommes ; sans cesse, elles se renouvelleront et continueront à jamais dans la gloire de Dieu. 

Les Sept Degrés de l'amour (trad. cf. Louf, Bellefontaine 1990, p. 217)

separ ecrit biblio« Prenez sur vous mon joug ; devenez mes disciples »

            Par l'humilité nous vivons avec Dieu et Dieu vit avec nous dans une paix véritable ; en elle se trouve le fondement vivant de toute sainteté. On peut la comparer à une source d'où jaillissent quatre fleuves de vertus et de vie éternelle (cf Gn 2,10)... Le premier fleuve qui jaillit d'un sol vraiment humble c'est l'obéissance...; l'oreille devient humblement attentive, afin d'entendre les paroles de vérité et de vie qui viennent de la Sagesse de Dieu, tandis que les mains sont toujours prêtes à accomplir sa très chère volonté... Le Christ, la Sagesse de Dieu, s'est fait pauvre pour nous rendre riches (2Co 8,9), est devenu serviteur pour nous faire régner, est mort enfin pour nous donner la vie... Afin que nous sachions comment le suivre et le servir, il nous dit : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur ».

            En effet, la douceur est le second fleuve de vertus qui jaillit du sol de l'humilité. « Bienheureux celui qui est doux, parce qu'il possède la terre » (Mt 5,5), c'est-à-dire son âme et son corps, en paix. Car sur l'homme doux et humble repose l'Esprit du Seigneur ; et lorsque notre esprit est ainsi élevé et uni à l'Esprit de Dieu, nous portons le joug du Christ, qui est agréable et doux, et nous sommes chargés de son fardeau léger... De cette douceur intime jaillit un troisième fleuve, qui consiste à vivre en toute patience. Par la tribulation et la souffrance le Seigneur nous rend visite. Si nous recevons ces envoyées d'un cœur joyeux, alors il vient lui-même, car il a dit par son prophète : « Je suis avec lui dans la tribulation : je le délivrerai et le glorifierai » (Ps 90,15)...

            Le quatrième et dernier fleuve de vie humble est l'abandon de la volonté propre et de toute recherche personnelle. Ce fleuve prend sa source dans la souffrance endurée patiemment. L'homme humble...renonce à sa propre volonté et s'abandonne spontanément entre les mains de Dieu. Il devient ainsi une seule volonté et une seule liberté avec la volonté divine... Et c'est là le fond même de l'humilité... La volonté de Dieu, qui est la liberté même, nous enlève l'esprit de crainte et nous rend libres, dégagés et vides de nous-mêmes... Dieu nous donne alors l'Esprit des élus qui nous fait crier avec le Fils : « Abba, c'est-à-dire Père » (Rm 8,15).

Les Sept Degrés de l'échelle d'amour spirituel, ch. 4 (trad. Bénédictins de Saint-Paul de Wisques, 1922, p. 220-224)

separ ecrit biblio« Voici l'Époux qui vient ; sortez à sa rencontre » (Mt 25,6)

       Lorsque pour Dieu le temps semblait venu de prendre en pitié la souffrance de l’humanité, sa bien-aimée, il a envoyé son Fils unique sur terre dans ce palais somptueux et ce temple glorieux qu'était le sein de la Vierge Marie. C'est là qu'il a épousé notre nature et l'a unie à sa personne, à partir du sang très pur de la noble Vierge. Le prêtre célébrant les noces a été l'Esprit Saint, l'ange Gabriel en a publié les bans, et la glorieuse Vierge a donné son consentement. Voilà de quelle façon le Christ, notre époux fidèle, s'est uni à notre nature, nous a visités dans une terre étrangère et nous a enseignés d’une manière céleste et avec une fidélité parfaite. 

      Il a peiné et combattu contre notre ennemi comme un champion valeureux ; il a détruit la prison et remporté la victoire. Par sa mort, il a détruit notre mort ; il nous a rachetés par son sang ; il nous a libérés, dans le baptême, par l'eau de son côté (Jn 19,34). Par ses sacrements et ses dons, il a fait de nous des riches, afin que parés de toutes sortes de vertus, nous sortions, comme il le dit dans l’Évangile (Mt 25,6), et que nous le rencontrions dans le palais de sa gloire, pour y jouir de lui sans fin, pour l'éternité. 

Les Noces spirituelles, prologue (trad. cf Orval et Louf, Bellefontaine 1993, p. 30)

 

 

 

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Date de dernière mise à jour : 2015-01-18