Justin quelques écrits

JustinSaint Justin (v. 100-160), philosophe, martyr 

 ......

 L'Esprit Saint vous enseignera à cette heure même ce qu'il faudra dire

On arrêta ensemble les saints et on les conduisit au préfet de Rome, Rusticus. Quand ils furent devant le tribunal, le préfet Rusticus dit à Justin... : « A quelle science te consacres-tu ?
      -- J'ai successivement étudié toutes les sciences. J'ai fini par m'attacher à la doctrine vraie des chrétiens...
      -- Quelle est cette doctrine ?
      -- Nous adorons le Dieu des chrétiens ; ce Dieu, nous croyons qu'il est unique, que dès l'origine il est le créateur de tout l'univers, des choses visibles et invisibles. Nous croyons que Jésus Christ, le serviteur de Dieu, est Seigneur, annoncé par les prophètes comme devant assister la race des hommes, messager du salut et maître du beau savoir. Moi qui ne suis qu'un homme, je suis trop petit pour parler dignement de sa divinité infinie ; je reconnais qu'il y faut une puissance de prophète... Or les prophètes étaient inspirés d'en haut, quand ils ont annoncé sa venue parmi les hommes. »

      Le préfet Rusticus demanda : « Où vous réunissez-vous ? ... Où rassembles-tu tes disciples ?
      -- Je demeure au-dessus d'un certain Martin, près du bain de Timothée. Tous ceux qui ont voulu m'y trouver, je leur ai communiqué la doctrine de la vérité.
      -- Tu es donc chrétien ?
      -- Oui, je suis chrétien. »
      Le préfet Rusticus dit à Chariton : « A ton tour, Chariton. Es-tu chrétien ?
      -- Je suis chrétien par la volonté de Dieu.
      -- Et toi, qu'es-tu, Evelpiste ?
      -- Moi aussi je suis chrétien. Esclave, j'ai été affranchi par le Christ, je partage la même espérance, par la grâce du Christ.
      -- Est-ce Justin qui t'a fait chrétien ?
      -- J'ai toujours été chrétien, et je le serai toujours... J'écoutais sans doute avec plaisir les leçons de Justin ; mais je dois à mes parents d'être chrétien »...
      Péon se leva et dit spontanément : « Moi aussi, je suis chrétien. »
      Le préfet dit à Libérien : « Et toi, qu'as-tu à dire, es-tu chrétien ? Es-tu toi aussi un impie ?
      -- Moi aussi je suis chrétien. Je ne suis pas un impie, mais j'adore le seul vrai Dieu. »

      Le préfet revint à Justin : « Écoute-moi, toi qu'on dit éloquent et qui crois posséder la doctrine véritable. Si tu es fouetté, puis décapité, es-tu convaincu qu'après tu monteras au ciel ? Tu imagines que tu y recevras des récompenses ?
      -- J'espère que j'y aurai ma demeure, si je supporte tout cela. Et je sais que la récompense divine est réservée, jusqu'à la consommation de l'univers entier, à tous ceux qui auront vécu de la sorte... Je ne l'imagine pas, j'en suis convaincu, j'en ai la certitude. »

Actes du martyre de saint Justin et ses compagnons (l'an 163)  trad. coll. Icthus, vol. 2, p. 171)

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« Il y a ici bien plus que Salomon »

Laissez-moi citer un psaume, dit par l'Esprit Saint à David ; vous dites qu'il se rapporte à Salomon, votre roi, mais c'est bien encore au Christ qu'il se rapporte... : « Dieu, donne au roi ton jugement » (Ps 71,1). Parce que Salomon est devenu roi, vous dites que c'est de lui que parle ce psaume, alors que les paroles du psaume désignent très clairement un roi éternel, c'est-à-dire le Christ. Car le Christ nous a été annoncé comme roi, prêtre, Dieu, Seigneur, ange, homme, chef suprême, pierre, petit enfant par sa naissance, comme un être de douleur d'abord, puis montant au ciel, revenant dans la gloire avec la royauté éternelle...

« Dieu, donne ton jugement au roi et ta justice au fils du roi, pour juger ton peuple dans la justice et tes pauvres dans le jugement... Tous les rois de la terre se prosterneront devant lui ; toutes les nations le serviront »... Salomon a été un roi grand et illustre ; c'est sous lui que la maison qu'on appelle le Temple de Jérusalem a été bâtie, mais il est clair que rien de ce qui est dit dans le psaume ne lui est arrivé. Tous les rois ne l'ont pas adoré, il n'a pas non plus régné jusqu'aux extrémités de la terre, ses ennemis ne sont pas davantage tombés devant lui pour lécher la poussière...

Salomon n'est pas « Seigneur des puissances » (Ps 23,10) ; c'est le Christ. Lorsqu'il est ressuscité d'entre les morts et est monté au ciel, on a ordonné aux princes établis par Dieu dans les cieux « d'ouvrir les portes » des cieux, afin que « celui qui est le Roi de la gloire entre » et monte « s'asseoir à la droite du Père, jusqu'à ce qu'il fasse de ses ennemis l'escabeau de ses pieds », comme il a été montré par d'autres psaumes (23,109). Mais lorsque les princes des cieux l'ont vu sans beauté, honneur, ni gloire en son aspect (Is 53,2), ils ne l'ont pas reconnu et ils demandaient : « Qui est ce roi de la gloire ? » (Ps 23,8) L'Esprit Saint leur répond alors : « Le Seigneur des puissances, voilà le roi de la gloire ». En effet, ce n'est pas de Salomon, si glorieux fût-il en sa royauté..., que l'on a pu dire : « Qui est-il, ce roi de la gloire ? »

Dialogue avec Tryphon (34-36 ; trad. coll. Icthus, vol. 3, p. 176s rev.)

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« Sur votre route, proclamez que le Royaume des cieux est tout proche »

      Lorsque l'Esprit prophétique annonce l'avenir, voici comment il parle : « Une loi sortira de Sion et une parole, le Verbe du Seigneur, de Jérusalem ; il jugera parmi les nations et il convaincra une grande multitude. Les nations feront de leurs épées des fers de charrues, et de leurs lances des faucilles ; ils n'apprendront plus à faire la guerre » (Is 2,3-4).

      Ces paroles se sont réalisées de façon convaincante. Douze hommes sont partis de Jérusalem pour parcourir le monde. C'était des hommes simples et qui ne savaient pas parler. Mais par la puissance de Dieu, ils ont annoncé à tous les hommes qu'ils étaient envoyés par le Christ pour enseigner à tous la parole de Dieu. Et nous, qui autrefois ne savions que nous entre-tuer, non seulement nous ne combattons plus nos ennemis, mais, pour ne pas mentir ni tromper nos juges, nous confessons le Christ avec joie et nous mourons martyrs…

      Écoutez ce qui a été dit de ceux qui annonceraient sa venue. C'est David le roi prophète qui parle, inspiré par l'Esprit prophétique : « Le jour l'annonce au jour ; la nuit le dit à la nuit. Il n'y a pas de nation de quelque langue que ce soit qui n'entende leur parole. Leur voix s'est répandue sur toute la terre, et leurs paroles jusqu'aux limites de la terre » (Ps 18,2)… Dans une autre prophétie, l'Esprit prophétique annonce par le même David : « Chantez un cantique au Seigneur par toute la terre : annoncez chaque jour son salut… Que les nations se réjouissent, car le Seigneur a régné du haut du bois » (Ps 95 LXX)…

      David a fait cette prophétie quinze cents ans avant que le Christ fait homme ait été crucifié ; or personne avant lui n'a été crucifié pour le salut des nations, ni personne après lui. Au contraire, à notre époque, Jésus Christ a été crucifié, est mort, est ressuscité, et il est remonté au ciel où il règne, et cette bonne nouvelle, répandue dans le monde entier par les apôtres, est la joie de ceux qui attendent l'immortalité qu'il a promise.   

Première Apologie, 39-42 (trad. coll. Icthus, t. 3, p. 65s)

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Le premier témoignage historique du baptême chrétien, à Rome au milieu du deuxième siècle

      Nous allons vous exposer comment, après avoir été renouvelés par le Christ, nous nous consacrons à Dieu… Ceux qui croient à la vérité de notre doctrine et de notre parole promettent de vivre selon cette loi. Nous leur enseignons à prier et à demander à Dieu, en jeûnant, le pardon de leurs péchés passés, et nous-mêmes nous prions et nous jeûnons avec eux. Ensuite nous les conduisons en un endroit où il y a de l'eau et là, de la même manière que nous avons été régénérés nous-mêmes, ils sont régénérés à leur tour. Au nom de Dieu le Père, maître de l'univers, de notre Sauveur Jésus Christ et de l'Esprit Saint, ils sont alors lavés dans l'eau.

      Le Christ a dit en effet : « Si vous ne renaissez pas, vous n'entrerez pas dans Le Royaume des cieux ». Il est évident pour tout le monde que ceux qui sont nés une fois ne peuvent pas rentrer dans le sein de leur mère. Le prophète Isaïe a enseigné comment les pécheurs convertis effaceront leurs péchés ; il a parlé ainsi : « Lavez-vous, purifiez-vous, enlevez la méchanceté de vos âmes, apprenez à faire le bien... Venez et discutons, dit le Seigneur. Et si vos péchés sont comme l'écarlate, je vous rendrai blancs comme la laine » (Is 1,16s)… Voici la doctrine que les apôtres nous ont transmise à ce sujet. Nous avons reçu la première naissance sans le savoir et par nécessité, par suite de l'union de nos parents... Pour que nous ne demeurions pas les enfants de la nécessité et de l'ignorance, mais du libre choix et de la connaissance, et pour que nous obtenions dans l'eau le pardon de nos péchés passés, sur celui qui veut renaître et se convertir de ses péchés, on invoque dans l’eau le nom du Père de l'univers, notre Dieu et Maître. Il ne lui donne pas d'autre nom, celui qui conduit le candidat au baptême, car personne n'est capable d'attribuer un nom au Dieu qui est au-dessus de toute parole…

      Ce bain du baptême est appelé « illumination » parce que ceux qui reçoivent cette doctrine ont l’esprit rempli de lumière. C'est aussi au nom de Jésus Christ, crucifié sous Ponce Pilate, et au nom de l'Esprit Saint qui a proclamé d'avance par les prophètes tout ce qui se rapporte à Jésus, c'est en leur nom qu'est baptisé celui qui reçoit la lumière. 

Première apologie (trad. cf. bréviaire)

separ ecrit biblio« Il n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants »

      La chair est précieuse aux yeux de Dieu, il la préfère entre toutes ses œuvres, donc ce serait normal qu'il la sauve... Ne serait-ce pas absurde que ce qui a été créé avec tant de soin, ce que le Créateur considère comme plus précieux que tout le reste, cela retourne au néant ? 

      Quand un sculpteur ou un peintre veulent que les images qu'ils ont créées demeurent afin de servir leur gloire, ils les restaurent lorsqu'elles sont abîmées. Et Dieu verrait son bien, son œuvre, retourner au néant, ne plus exister ? Nous appellerions « ouvrier de l'inutile » celui qui bâtirait une maison pour la détruire ensuite ou qui la laisserait s'abîmer quand il peut la remettre debout. De la même façon, n'accuserions-nous pas Dieu de créer la chair inutilement ? Mais non, l'Immortel n'est pas ainsi ; celui qui par nature est l'Esprit de l'univers ne saurait être insensé !... En vérité, Dieu a appelé la chair à renaître et il lui a promis la vie éternelle. 

      Car là où on annonce la Bonne Nouvelle du salut de l'homme, on l'annonce aussi pour la chair. Qu'est-ce que l'homme en effet, sinon un être vivant doué d'intelligence, composé d'une âme et d'un corps ? L'âme toute seule fait-elle l'homme ? Non, c'est l'âme d'un homme. Appellera-t-on « homme » le corps ? Non, on dit que c'est un corps d'homme. Si donc aucun de ces deux éléments n'est à lui seul l'homme, c'est l'union des deux qu'on appelle « l'homme ». Or c'est l'homme que Dieu a appelé à la vie et à la résurrection : non pas une partie de lui, mais l'homme tout entier, c'est-à-dire l'âme et le corps. Ne serait-ce donc pas absurde, alors que tous deux existent selon et dans la même réalité, que l'un soit sauvé et pas l'autre ?

Traité sur la Résurrection, 8 (trad. OC, Migne 1994, p. 354 rev.) 

separ ecrit biblio« Je crois à la résurrection de la chair » (Credo)

      Ceux qui sont dans l'erreur disent qu'il n'y a pas de résurrection de la chair, qu'il est impossible en effet que celle-ci, après avoir été détruite et réduite en poussière, retrouve son intégrité. Toujours d'après eux, le salut de la chair serait non seulement impossible, mais même nuisible : ils blâment la chair, dénoncent ses défauts, la rendent responsable des péchés ; ils disent donc que si cette chair doit ressusciter, ses défauts aussi ressusciteront... En plus, le Sauveur a dit : « Lorsqu'on ressuscite d'entre les morts, on ne se marie pas, mais on est comme les anges dans les cieux ». Or les anges, disent-ils, n'ont pas de chair, ils ne mangent ni ne s'unissent. Donc, disent-ils, il n'y aura pas de résurrection de la chair...

      Qu'ils sont aveugles, les yeux du seul intellect ! Car ils n'ont pas vu sur terre « les aveugles voir, les boiteux marcher » (Mt 11,5) grâce à la parole du Sauveur..., pour nous faire croire qu'à la résurrection la chair ressuscitera complète. Si sur cette terre il a guéri les infirmités de la chair et il a rendu au corps son intégrité, combien plus le fera-t-il au moment de la résurrection, afin que la chair ressuscite sans défaut, intégralement... Ces gens-là me paraissent ignorer l'action divine dans son ensemble, à l'origine de la création, dans la fabrication de l'homme ; ils ignorent pourquoi les choses terrestres ont été faites.

      Le Verbe a dit : « Faisons l'homme à notre image et ressemblance » (Gn 1,26)... Il est évident que l'homme, modelé à l'image de Dieu, était de chair. Alors quelle absurdité de prétendre méprisable, sans aucun mérite, la chair modelée par Dieu selon sa propre image ! Que la chair soit précieuse aux yeux de Dieu, c'est évident parce que c'est son oeuvre. Et parce que là se trouve le principe de son projet pour le reste de la création, c'est ce qu'il y a de plus précieux aux yeux du créateur. 

Traité sur la résurrection, 2.4.7-9 (trad. OC, Migne, 1994, p. 345s)

separ ecrit biblio« Le vrai pain venu du ciel » : au deuxième siècle, une des premières descriptions de l'eucharistie hors du Nouveau Testament

      Au jour qu'on appelle le jour du soleil [le dimanche], tous les habitants des villes ou des campagnes se rassemblent en un seul lieu. On lit les mémoires des apôtres et les écrits des prophètes autant que le temps le permet. Quand la lecture est terminée, celui qui préside prend la parole pour attirer l'attention sur ces beaux enseignements et exhorter à les suivre. Ensuite nous nous levons tous ensemble et nous recommandons les intentions de prière. Puis on apporte du pain, du vin et de l'eau. Le président fait monter de tout son coeur vers le ciel prières et actions de grâces, et le peuple répond par l'acclamation « Amen ! », un mot hébreu qui signifie : « Ainsi soit-il ».

      Nous appelons cet aliment eucharistie, et personne ne peut y prendre part s'il ne croit à la vérité de notre doctrine et s'il n'a reçu le bain du baptême pour la rémission des péchés et la régénération. Car nous ne prenons pas cette nourriture comme un pain ordinaire ou une boisson commune. De même que, par la Parole de Dieu, Jésus Christ notre Sauveur s'est incarné en prenant chair et sang pour notre salut, ainsi l'aliment consacré par la parole même de sa prière et destiné à nourrir notre chair et notre sang pour nous transformer, cet aliment est la chair et le sang de Jésus incarné : telle est notre doctrine. Les apôtres, dans les mémoires qu'ils nous ont laissées et qu'on nomme évangiles, nous ont transmis ainsi la recommandation que Jésus leur avait faite : Il prit du pain, il rendit grâce et dit : « Faites ceci en mémoire de moi ; ceci est mon corps ». Il prit de même la coupe, il rendit grâce et dit : « Ceci est mon sang ». Et il les leur donna à eux seuls (Mt 26,26s;1Co 11,23s)... C'est le jour du soleil que nous nous réunissons tous, parce que c'est le premier jour, celui où Dieu a dégagé la matière des ténèbres pour faire le monde, et c'est le jour où Jésus Christ notre Sauveur est ressuscité des morts. 

Première Apologie, 67.66 ; PG 6, 427-431

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Le baptême au nom de Jésus Christ : nouvelle naissance et illumination 

Comme pour l'Eucharistie, Justin est aussi le premier témoin de l'incorporation à la communauté par le baptême, dans l'Église de Rome au IIe siècle. 

Nous allons vous exposer comment, après avoir été renouvelés par le Christ, nous nous consacrons à Dieu. ~ 

Ceux qui sont convaincus de la vérité de notre doctrine et de notre parole, et qui y croient, promettent de vivre selon cette doctrine. On leur enseigne à prier et à demander à Dieu, en jeûnant, le pardon de leurs péchés passés ; et nous-mêmes, nous prions et nous jeûnons avec eux.

Ensuite ils sont conduits par nous au lieu où se trouve l'eau, et, de la même manière que nous avons été régénérés nous-mêmes, ils sont régénérés à leur tour. Au nom de Dieu le Père, maître de l'univers, de notre Sauveur Jésus Christ et de l'Esprit Saint, ils sont alors lavés dans l'eau.

Le Christ a dit en effet : Si vous ne renaissez pas, vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux . Il est évident pour tout le monde que ceux qui sont nés une fois ne peuvent pas rentrer dans le sein de leur mère.

Le prophète Isaïe a enseigné comment les pécheurs convertis échapperont à leurs péchés. Il a parlé ainsi : Lavez-vous, purifiez-vous, enlevez la méchanceté de vos cœurs, apprenez à faire le bien, rendez justice à l'orphelin, défendez la veuve. Venez et discutons, dit le Seigneur. Et si vos péchés sont comme la pourpre, je les rendrai blancs comme la laine ; s'ils sont comme l'écarlate, je vous rendrai blancs comme la neige. Mais si vous ne m'écoutez pas, l'épée vous dévorera. C'est la bouche du Seigneur qui a parlé. 

Voici la doctrine que nous ont léguée les Apôtres à ce sujet. Nous avons reçu la première naissance sans le savoir, par une loi nécessaire, par la suite de l'union de nos parents, et nous sommes venus au monde avec des habitudes vicieuses et des mœurs mauvaises. Pour que nous ne demeurions pas les enfants de la nécessité et de l'ignorance, mais du libre choix et de la connaissance, et pour que nous obtenions dans l'eau le pardon de nos péchés passés, sur celui qui veut renaître et se convertir de ses péchés, on invoque le nom du Père de l'univers, notre Dieu et Maître. Il ne lui donne pas d'autre nom, celui qui conduit au baptême le candidat.

Car personne n'est capable d'attribuer un nom au Dieu qui est au-dessus de toute parole, et si quelqu'un ose prétendre qu'il en a un, il est atteint d'une folie mortelle. Ces mots : Père, Dieu, Créateur, Seigneur et Maître ne sont pas des noms, mais des appellations motivées par ses bienfaits et par ses œuvres. Le mot Dieu n'est pas un nom, mais une approximation naturelle à l'homme pour désigner d'une chose inexplicable.

Ce bain du baptême est appelé « illumination » parce que ceux qui reçoivent cette connaissance sont illuminés. C'est aussi au nom de Jésus Christ, crucifié sous Ponce Pilate, et nom de l'Esprit Saint qui a proclamé d'avance par les prophètes tout ce qui se rapporte à Jésus, — c'est en leur nom qu'est baptisé celui qui reçoit la lumière.

PREMIERE APOLOGIE 

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La célébration de l'Eucharistie 

  Le philosophe, Justin, membre de la communauté de Rome – où il fut martyrisé en 165 – est pour nous le premier témoin de l'Eucharistie de cette communauté. 
  
Personne ne doit prendre part à l'Eucharistie, sinon celui qui croit à la vérité de notre doctrine, qui a été baptisé pour obtenir le pardon des péchés et la nouvelle naissance, et qui vit selon l'enseignement que le Christ nous a transmis.

Car nous ne prenons pas l'Eucharistie comme un pain ordinaire ou une boisson ordinaire. De même que Jésus Christ notre Sauveur, en s'incarnant par la Parole de Dieu, a pris chair et sang pour notre salut : ainsi l'aliment devenu eucharistie par la prière contenant sa parole, et qui nourrit notre sang et notre chair en les transformant, cet aliment est la chair et le sang de ce Jésus qui s'est incarné. Voilà ce qui nous est enseigné.

En effet, les Apôtres, dans leurs mémoires qu'on appelle évangiles, nous ont ainsi transmis l'ordre de Jésus : Il prit du pain, il rendit grâce et il dit : Faites cela en mémoire de moi. Ceci est mon corps . Il prit la coupe de la même façon, il rendit grâce et il dit : Ceci est mon sang . Et c'est à eux seuls qu'il le distribua. ~ Depuis ce temps, nous n'avons jamais cessé d'en renouveler la mémoire entre nous.
  
Parmi nous, ceux qui ont de quoi vivre viennent en aide à tous ceux qui sont dans le besoin, et nous sommes toujours unis entre nous. Dans toutes nos offrandes, nous bénissons le créateur de l'univers par son Fils Jésus Christ et par l'Esprit Saint.

Le jour appelé jour du soleil, tous, qu'ils habitent la ville ou la campagne, ont leur réunion dans un même lieu et on lit les mémoires des Apôtres et les écrits des prophètes aussi longtemps qu'il est possible.

Quand le lecteur a fini, celui qui préside fait un discours pour nous avertir et pour nous exhorter à mettre en pratique ces beaux enseignements.

Ensuite nous nous levons tous et nous faisons ensemble des prières. Puis, lorsque nous avons fini de prier, ainsi que je l'ai déjà dit, on apporte le pain avec le vin et l'eau. Celui qui préside fait monter au ciel des prières et des actions de grâce, autant qu'il en est capable, et le peuple acclame en disant Amen . Puis on distribue et on partage à chacun les dons sur lesquels a été prononcée l'action de grâce ; ces dons sont envoyés aux absents par le ministère des diacres.
  
Les fidèles, qui sont dans l'aisance et qui veulent donner, donnent librement, chacun ce qu'il veut ; ce qu'on recueille est remis à celui qui préside et c'est lui qui vient en aide aux orphelins et aux veuves, à ceux qui sont dans le besoin par suite de maladie ou pour toute autre cause, aux prisonniers, aux voyageurs, aux étrangers ; bref, il vient en aide à tous les malheureux.

C'est le jour du soleil que nous faisons tous notre réunion, d'abord parce que c'est le premier jour, celui où Dieu, à partir des ténèbres et de la matière, créa le monde ; et c'est parce que ce jour-là est encore celui où Jésus Christ, notre Sauveur, ressuscita d'entre les morts. La veille du jour de Saturne (du samedi), on l'avait crucifié, et le surlendemain, c'est-à-dire le jour du soleil, s'étant montré à ses Apôtres et à ses disciples, il leur enseigna ce que nous avons exposé.

PREMIÈRE APOLOGIE 

separ ecrit biblioLe signe de Jonas 

      Le Fils savait que son Père, selon son dessein, lui donnerait tout, qu’il le réveillerait d’entre les morts, et il a exhorté tous ceux qui craignent Dieu à le louer d’avoir pris en pitié toute la race des hommes croyants par le mystère du Crucifié (cf Ps 21,24). De plus, il se tint au milieu de ses frères les apôtres après sa résurrection d’entre les morts…, et ils se sont repentis de s’être éloignés de lui pendant sa crucifixion…

       Il devait ressusciter le troisième jour après la crucifixion ; c’est pourquoi il est écrit dans les Mémoires des apôtres [les évangiles] que les juifs qui discutaient avec lui ont dit : « Montre-nous un signe. » Il leur a répondu… : « Il ne vous sera pas donné d’autre signe que celui de Jonas. » À ces paroles voilées, les auditeurs pouvaient comprendre qu’après sa crucifixion, le troisième jour, il ressusciterait. Il montrait ainsi à ses auditeurs que leurs compatriotes étaient plus méchants que la ville de Ninive ; car lorsque, rejeté le troisième jour du ventre du gros poisson, Jonas a annoncé aux Ninivites qu’après trois jours ils périraient en masse (3,4 LXX), ils ont proclamé un jeûne pour tous les êtres vivants, hommes et bêtes, avec des vêtements de deuil, avec de violentes lamentations, la véritable pénitence et le renoncement à l’injustice. Ils ont cru que Dieu est miséricordieux, qu’il est « ami des hommes » (Sg 1,6) vis-à-vis de tous ceux qui fuient le mal. Si bien que quand le roi de cette ville lui-même et les grands se sont mis à porter aussi des vêtements de deuil et à persévérer dans le jeûne et la prière, leur ville n’a pas été détruite.

      Or, comme Jonas s’en attristait…, Dieu lui a reproché de s’être ainsi injustement découragé de ce que la ville de Ninive n’était pas encore détruite. Et il a dit… : « Moi, je n’épargnerais pas la grande ville de Ninive, dans laquelle habitent plus de cent vingt mille hommes qui ne savent pas distinguer leur droite de leur gauche ? » (4,11)   

Dialogue avec Tryphon,106-107 (trad. coll. Icthus, t. 3, p. 298 rev.)

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Date de dernière mise à jour : 2016-07-29